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Full text of "Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 7"

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THÉOLOGIE. 



TOME SEPTIÈME 

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BERGIER 



DICTIONNAIRE 

DE THÉOLOGIE 

APPROPRIE AU MOUVEMENT INTELLECTUEL 

DK LA SECONDE MOITIÉ DU XIX e S1ÈCLH 
PAR 

L'ABBÉ LE NOIR 



TOME SEPTIÈME. 

IMM-KYR 




; 



PARIS, 

LIBRAIRIE DE LOUIS VIVES, ÉDITEUR. 



HUE DELAMBRE. 43. 



1817. 



■ 



I 



LE 



DICTIONNAIRE THÉOLOGIQUE 



DE BERGIER 



APPROPRIÉ AU MOUVEMENT INTELLECTUEL 



DE LA SECONDE MOITIÉ DU XIX e SIÈCLE 



(suite) 



IMMOLÉES (viandes). Voyez Idolo- 

THïTES. 

IMMORTALITÉ. Voyez Ame, § 2. 

IMMORTALITÉ DES AMES (certi- 
tude rationnelle de 1'). (Théol. mixt. et 
pur. philos, psych. fin. dcr.) L'immorta- 
lité de nos âmes est, après l'existence 
de Dieu, le point le plus capital de tous. 
Il implique, à lui seul, le rejet de toutes 
les erreurs sur Dieu et sur la créatu- 
re ; toutes ces erreurs, en etFct, n'ont 
qu'une importance secondaire, si ce 
point est accordé : qu'importe, par 
exemple, que l'on explique la créa- 
tion par un panthéisme plus ou moins 
excessif ou plus ou moins modéré, 
pourvu qu'on professe l'immortalité 
du moi personnel, avec les récompen- 
ses ou les peines que suppose sa 
responsabilité morale ? Il ne restera 
plus que des efforts plus ou moins 
heureux en vue de rendre compte 
d'un mystère à jamais incompréhen- 
sible, mais le résultat capital et gé- 
néral sera le même ; et n'est-ce pas 
tout? 

Or, le concile duVatican a dit que la 
raison démontre les fondements de la 
foi ; les deux premiers de ces fonde- 
ments sont l'existence de Dieu et Yim- 
VII 



mortalité des âmes; tous les bons phi- 
losophes out établi des preuves de ces 
deux grandes bases : nous n'avons pas 
la prétention de faire mieux qu'ils 
n'ont fait ; mais nous sentons le be- 
soin de donner aussi notre démons- 
tration et de faire voir aux droites 
raisons qui vont nous lire, la vérité 
rigoureuse, en raison pure, de la pa- 
role du concile du Vatican. Si notre 
argumentation n'est pas nouvelle 
pour le fond, elle aura peut-être quel- 
que chose de nouveau dans la forme, 
et c'est assez pour nous donner le 
droit de la présenter à l'avenir, 

On n'établit pas une thèse de cette 
importance plusieurs fois en sa vie; 
quand on l'a faite une fois, on la con- 
serve et on la relit de temps en temps 
pour se rappeler à soi-même ce que 
l'on sentait quand on la fit, et pour 
retremper sa foi présente dans sa foi 
passée. Nous fimes ce travail il y a 
vingt ans; nous le publiâmes en som- 
maire, il y en a dix-sept, dans nos Droits 
de la raison dans la foi ; nous allons 
reproduire ce sommaire et pour 
nous-même et pour nos lecteurs. 

Il s'agit d'extraire de nos connais- 
sances purement naturelles les propo- 
sitions certaines qui y sont renfer- 

1 



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mées sur le seul fait de l'immortalité 
de notre être, en tant qu'être humain 
fondamental, et sans nous occuper 
des transformations que cet être peut 
subir sans cesser d'être lui-même. 

Or, nous réduisons ces propositions 
rationnelles aux trois suivantes : 

I. ]/ y a pour le moi humain person- 
nel gardant conscience de son p> c 'ssé 
parle souvenir, une vie future, dont 
l'état de grandeur et de bien-être sera 
proportionnel à l'état moral bon ou 
mauvais où il se sera constitué dans 
celle-ci, 

II. Que cette vie future soit immor- 
U lie ou >■ mporelle, qu'elledure toujours 
ouqu'ilk soit suivit d'autres ries à for- 
différentes, la personnalité humai- 
ne, vertueuse ou coupable au sortir 
de celle-ci, ne sera jamais anéantie, 

III. Quel que soit le mode dis récom- 
penses et des peines, qu'il consiste à 
fixer /'< tôt de la personnalité, ou à la 
tancer dans uni ooie indéfini de pro- 
gression a latin et proportionnelle, 
qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas une 08- 

elle de toutes les personna- 
lités dans l'augmentation du bien ou 
dansla diminution du mal, ce qui est 
certain rationnellement, c'est qu'il y 
mira distinction et différence entre les 
bons et les méchants, aussi longue que 
l cur , ime consé- 

quence indélébile 'le la bonté '/'.s uns < I 
île la malice des autres au sortir de la 
vie présente. 

Avant de démontrer ces trois pro- 
positions, nous devons appeler l'at- 
tention sur quelques points importants 
qu'elles impliquent. 

1° Nous ne mêlons pas à la discussion 
la question de lasubstantialité, créée 
ou non créée, de l'être humain, qui 
est la question même du panthéisme ; 
nous prenons ce moi nôtre tel que 
nous le sentons, et nous prouvons 
Yimuinrtiilitè de ce moi identique, à 
titre de fait existant, qu'il soit, d'ail- 
leurs, comme le veulent les panthéis- 
tes, une simple information ou limi- 
tation de la substance éternelle, un 
petit moi déterminé dans le grand 
moi sans limite, ou qu'il soit, comme 
le veulent les théistes véritables et 
conséquents, une substance créée et 
soutenue par la substance absolue, 
créant à son tour et soutenant des 



modes selon la force relative qu'elle 
reçoit perpétuellement de la force de 
Dieu. Qu'importe, en eiïet, comme 
nous l'avons dit dans l'article Psycho- 
logie de nos Harmonies, le mystère du 
comment de notre personnalité, de 
son origine, de sa persistance, de son 
identité comme moi qui se distingue 
de la cause et de tout ce qu'il ap- 
pelle Vautre, si nous pouvons établir 
qu'elle restera ce qu'elle est dans sa 
phénoménalité intérieure, qu'elle con- 
tinuera d'être aprèsla mort présente, 
en reliant par le souvenir cette vie, 
à titre de vie passée, àsa vie nouvelle, 
qu'elle persistera, en un mot, disant 
moi et s'applaudissant d'avoir été li- 
brement bonne, ou se reprochant d'a- 
voir élé librement mauvaise ? Voilà, 
ce nous semble, le seul pomt capital; 
et toutes les questions soulevées par 
le panthéisme deviennent inutiles dès 
qu'on n'a recours, pour démontrer 
ce point, u aucun principe qui sup- 
pose la négation des explications pan- 
théistiques. Or, c'est ce que nous al- 
lons faire; la remarque suivante va 
déjà suffire pour l'indiquer. 

2° Deux grands faits mis en rap- 
port dans leurs éléments corrélatifs 
serviront de base à notre argumenta- 
tion : le fait de Dieu démontré et 
analysé par l'ontologie, c'est-à-dire 
un principe éternel, qui est, pour le 
moins, loi universelle de justice ab- 
solue, et qui est aussi, par nécessité, 
puissance, intelligence, amour ; et le 
lait de notre nature présente, indi- 
viduelle et sociale, analysé par la, 
critique morale. C'est de la compa- 
raison rigoureuse de ces deux faits 
que vont sortir les motifs de notro 
conviction. 

Or, ces deux faits ne supposeront 
pas, dans L'emploi que nous en fe- 
rons, la négation a priori dn pan- 
théisme originel ; quant au second, 
cela es! évident, puisqu'il faut tou- 
jours, quelle que soit la philosophie 
qu'on professe, admettre l'humanité 
individuelle et sociale comme fait 
existant; et quant au premier, il ne 
la suppose pas davantage, car lors 
même qu'on ne dislingue pas la subs- 
tance moi de la substance Dieu, on 
n'es! pis moins obligé d'admettre, dans 
l'éternité totale, l'élément de l'être,. 



IMM 

l'élément de l'intelligence, l'élément 
de l'amour, et la loi de justice, puis- 
que nous en sentons, voyons, raison- 
nons les manifestations comme faits, 
et que supposer l'éruption de ces ma- 
nifestations sans une entité éternelle 
d'où elles sortent, serait supposer la 
plus évidente des contradictions, à sa- 
voir leur éruption du néant pur, sans 
cause ni originelle, ni déterminante, 
ni instrumentale, ni occasionnelle 
ni efficiente, ni subjective, ni objec- 
tive, etc. C est, an reste, ce qui résulte 
des démonstrations que nous avons 
faites de Dieu, comme principe éter- 
nel, dans nos articles Ontologie, Tri- 
nité, Athéisme, et plusieurs autres 
de nos Harmonies ; ces démonstra- 
tions ne supposent pas, pour exister 
et avoir valeur, la démonstration an- 
técédente Je la distinction substan- 
tielle entre Dieu et moi ; c'est, au 
contraire, cette distinction qui les 
suppose presque toutes, comme élé- 
ments de sa propre démonstration. 
3° La première de nos trois propo- 
sitions ne paraîtra pas audacieuse, 
car on est habitué à lire dans la plu- 
part des traités de philosophie la 
thèse de la survivance de l'âme après 
la mort, et de la nécessité de peines et 
de récompenses durant cette survi- 
vance pour le rétablissement de l'or- 
dre et la satisfaction de la justice. 
Mais il n'en sera pas de même de 
la seconde ; on nous trouvera hardi 
de donner, comme entourée de con- 
sidérations démonstratives de raison 
pure, suffisantes pour un sceau de 
certitude, la thèse de l'immortalité 
proprement dite ; mais pourquoi 
nous arrêterions-nous où les autres 
s'arrêtent, si nous trouvons réelle- 
ment dans les conditions de notre 
humanité, telle qu'elle s'offre à nos 
Observations, des symptômes pro- 
phétiques de cette immortalité abso- 
lue assez puissants pour éveiller en 
nous des convictions qui méritent le 
nom de certitude ? Nous trouvons 
ces symptômes, nous les exposerons 
au lecteur, et il jugera. 

4° Enfin la troisième paraîtra plus 
audacieuse encore ; nous avouons 
qu'elle n'a été sérieusementsoutenue, 
comme certitude de raison pure, par 
aucun philosophe ou théologien de 



3 IMM 

première force. « L'esprit humain,» 
dit Lachambre, « laissé à lui-même 
et à ses propres lumières, est dans 
I impossibilité de connaître si c'est 
la volonté de Dieu que la punition 
finale des méchants soit éternelle ou 
s'il y a une connexion nécessaire et 
essentielle entre l'éternité des peines 
et l'impénitence finale. » (Exposition 
claire, etc., chap. 7. ) Voilà le juge- 
ment des plus sérieux auteurs. Il y a 
mieux, cette éternité de distinction 
de catégorie du bien et du mal en 
soite de la vie présente, fut le point 
le plus conle^é par les sages de la 
libre pensée dans tous les temps; et 
c'est celui sur lequel les traditions 
des peuples et les doctrines religieu- 
ses de l'humanité sont le moins una- 
nimes. 

L'immense société des bouddhistes 
croit à cette distinction durant des 
périodes effrayantesde longueur.mais 
annonce, en même temps, après des 
punitions, des épreuves, des supplices 
horribles, des transformations in- 
nombrables, un retour complet des 
méchants au bien et au bonheur des 
bons, sans distinction aucune, ménagé 
par les combinaisons de la grâce 
infinie. 

L'antique société des brahmanes 
a toujours été dans les mêmes idées; 
d'après leur théologie, on est retardé 
par le crime dans la voie du nirvana, 
mais à force de temps et de peine, on 
y arrive. — « Où va l'homme après 
la mort? » demande Arjoun au dieu 
Krichna. Le dieu répond : « Le bien 
va au bien et le mal au mal. Mais 
l'homme ne cesse pas d'exister sous 
d'autres formes jusqu'à ce qu'il soit 
régénéré tout entier dans le bien. » 
(Mahabarata, épisode Bagavagita.) 

Celle des mages, non moins anti- 
ques, s'est transmis le même ensei- 
gnement. Zoroastre dit en parlant 
de l'ange du mal : « Lorsque la fin 
sera arrivée, le plus méchant des 
darvands sera pur, excellent, céleste ;' 
oui, il deviendra céleste, ce menteur, 1 
ce méchant ; il deviendra saint, céles- 
te, excellent, ce cruel, ne respirant 
que pureté. Il fera un long sacrifice 
de louanges à Ormouzd. » (Yaçna, 
far. 30.) — H dit encore : « Cet injuste, 
cet impur, qui n'est que dur dans ses 



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pensées, ce roi ténébreux des dar- 
vands, qui ne comprend que le mal, 
au dernier jour il dira VAvesta, il 
exécutera la loi, il l'établira dans les 
demeures des darvands. [Ibid., 31.) 
Aufargar74 du Yaçna, il y a une 
prière pour la conversion des dé- 
mons et des damnés. «Fais attention, 
saint Ormouzd, à celui qui fait le 
ma!.... fais-moi cette grâce, Ormouzd, 
accorde-moi ce saint avantage que 
ta parole détruise les démons, que 
leur chef, ne respirant que la pureté 
du cœur, prononce éternellement ta 
parole au milieu de tous les darvands 
convertis. » Et le boundehech prédit 
qu'un feu coulera sur l'humanité 
coupable et la purifiera. 

Jusqu'aux ascètesdel'Islam se trans- 
mettent une tradition selon laquelle 
les mauvais croyants seront à la fin 
pardonnes à la prière du prophète. 

Et combien de Chrétiens, excellents 
d'ailleurs, n'ont jamais pu se persua- 
der que les effets du mal soient longs 
comme l'éternité elle-même malgré 
la puissance et la bonté de Dieu ! Ils 
étaient appelés, au temps d'Augustin, 
les miséricordieux; leur race n'est 
pas éteinte, et leur nombre n'a point 
diminué; nous en rencontrons chaque 
jour des preuves nouvelles parmi les 
plus pieux. 

Cependant nous soutiendrons avec 
force notre troisième proposition dans 
les termes quenouslui avonsdonnés, 
comme tellement liée à la seconde, 
qu'il est impossible de l'en détacher 
sans se jeter dans des hypothèses qui 
ne concordent plus avec les symptô- 
mesprophétiquesdontnousavons par- 
lé et par conséquent comme solide- 
ment fondée en raison pure. 

Synthétisons maintenante démons- 
tration. 

Démonstration de la première 
proposition. 

11 y a des mondes possibles et des 
mondes impossibles ; les impossibles 
sont tous ceux qui impliquent con- 
tradiction entre leurs éléments, soit 
considérés en eux-mêmes soit consi- 
dérés dans leurs relations à la cause 
éternelle, telle que nous venons d'en 
rappeler l'idée ontologique ; et tous 



les autres sont possibles en tant que 
productions de cette cause. 

Or, nous reconnaissons commepos- 
sibles des multitudes d'humanités res- 
semblant plus ou moins à la nôtre, 
et dans lesquelles les individualités 
s'anéantiraient tour à tour par une 
mort véritable, après une vie analo- 
gue à notre vie présente, en sorte 
qu'il n'y aurait de persistant, au delà 
de cette mort, que l'espèce elle-même. 
Cette possibilité de sociétés à person- 
nalités intelligentes et libres, non 
survivantes, est une conséquence in- 
séparable de lacontingenceessentielle 
de toute création ; la créature, de 
quelque façon qn'on l'explique, soit 
panthéistiquement par détermination 
de simples formes dans la substance 
universelle, soit par création propre- 
ment dite de vraies substances incom- 
plètes soutenues par la substance ra- 
dicale éternelle, est nécessairement 
dépendante, par cela même qu'elle 
est supposée commencer d'être ou 
devenir, de ce que veut qu'elle soit 
la cause qui l'engendre ; et rien n'est 
plus concevable que des productions 
très- diverses, par cette cause, d'espè- 
ces ressemblantes à celle de l'homme 
dont les individus se dissoudraient 
totalement, en tant que personnalités, 
à l'occasion d'une mort matérielle qui 
ne serait ni seulement apparente ni 
seulement partielle, mais réelle et 
complète. 

Ce principe ne pourrait avoir de 
contradicteurs que ceux qui soutien- 
draient l'éternité de toutes choses 
jusque dans la forme, ou au moins 
l'éternité essentielle de toute person- 
nalité ayant conscience d'elle-même, ( 
ce qui est réfuté par le seul fait du moi.! 
qui, loin d'avoir la conscience de son 
éternité, a, au contraire, la conscience; 
de ne s'être réalisé, en tant que se/ 
reconnaissant et se sentant, que de- 
puis un temps court. 

Mais si ce principe est incontesta- 
ble, il est vrai aussi quetoutes les hu- 
manités imaginables ne sont pas pos- 
sibles, et qu'on en peut supposer 
dont les conditions d'existence soient 
telles que leur réalisation n'a jamais 
eu lieu, et n'aura jamais lieu par 
suite de contradictions incompatibles 
avec les nécessités éternelles du vrai, 



IMM 

du bien et du beau. Leur impossibilité 
correspondrait, dans l'ordre moral, 
à celles que la raison conçoit souvent, 
dans l'ordre physique ou mathémati- 
que, lorsque l'imagination se repré- 
sente un être qui sedétruit lui-même 
par les modes contraires d'existence 
dont elle veut le doter. 

Or, nous soutenons que d'imaginer 
une humanité qui serait, d'une part, 
dans les conditions ouest la nôtre, et 
qui, d'autre part, ne se prolongerait 
pas dans une vie future distincte de 
celle-ci, c'est imaginer une impos- 
sibilité morale aussi absolue que l'im- 
possibilité métaphysique d'un triangle 
rectangle dont l'hypoténuse n'engen- 
drerait pas un carré équivalent à la 
somme des cariés des deux autres cô- 
tés du même triangle ; d'où nous de- 
vrons conclure avec certitude que 
cette vie future est une réalité, puis- 
que nul homme raisonnable ne peut 
contester nos conditions d'être de la 
vie présente, lesquelles consistent 
dans un ensemble de faits que nous 
révèle, à tout instant, notre nature, 
et qu'il sera prouvé que cette vie fu- 
ture en est une conséquence aussi es- 
sentielle, dans l'ordre moral, que 
le sont dans l'ordre mathématique, 
toutes les conséquences que tirent les 
géomètres des conditions données de 
telle ou telle figure, ou que le sont, 
si l'on trouve cette comparaison plus 
exacte, dans l'ordre cosmographique, 
les prophéties des situations relatives 
des planètes, non encore accomplies, 
que déduisent les astronomes de l'é- 
tat présent de leur mouvement. 

C'est ce qui résulte de la majeure 
et de la mineure que nous établissons 
comme il suit : 



IMM 



•j Majeure. 

Est impossible sans une vie future 
servant de synthèse, de conclusion 
et de dénoùment à la vie mortelle 
quis'écouleaumomentoùon l'étudié : 
1 1. Toute humanité dontles éléments^ 
cest-à-dire les personnalités qui la 
composent, seront supposés porter en 
eux-mêmes un germe vraiment natu- 
rel de développement transmondain (1) 

(I) r,« mot est pris relativement an monde mortel 
Ouraot lequel on couaidèie l'humanité qu'on 6Uf B ose. 



impliquant une prophétie claire 
d'immortalité. 

Si ces personnalités possèdent, au 
fond de leur être moral, ce germe 
prophétique; que sa naissance y soit 
nécessaire, invincible, fatale ; qa'il y 
règne à l'état net, positif, inné, indé- 
lébile ; qu'il y soit par inhérence in- 
time, indépendante de tout concours 
libre ; qu'il y soit universel et tout- 
puissant; qu'il se produise en elles, 
sans elles, par une vertu de germi- 
nation tenant à l'ensemble des choses 
et, par suite, à la cause primordiale, 
dequelque manière qu'on se la re- 
présente; si, en un mot, ce germe de 
survivance existe dans les individua- 
lités élémentaires de la société qu'on 
suppose, de façon que l'ordre géné- 
ral, éternel, divin en soit responsable 
et solidaire, il sera impossible que 
cette société soit, sans qu'une vie fu- 
ture vienne un jour réaliser son épa- 
nouissement pour chacune de ces per- 
sonnalités, comme il est impossible, 
en physique, en mathématique, en 
chimique, en astronomique, en tous 
les ordres indépendants des caprices 
de la liberté, qu'une série commen- 
cée ne se termine pas , qu'une loi 
posée ne produise pas ses effets , 
qu'une harmonie lancée n'achève pas 
sa gamme. 

Si, en effet, on comprend Dieu 
conformément au théisme pur et vrai- 
ment rationnel, ce principe sera de la 
dernière évidence ; car lajustice, l'in- 
telligence, la sagesse, la véracité, la 
bonté éternelles seraient compromi- 
ses par la supposition contradictoire 
d'une humanité à personnalités élé- 
mentaires ayant reçu le germe pro- 
phétique et précurseur absolument 
en vain, l'ayant reçu pour n'en voir 
jamais la floraison, pour n'en jamais 
récolter les fruits, pour s'évanouir 
avant son développement en laissant 
sur la page des créations de Dieu une 
tache de néant signifiant à jamais : 
Tu m'avais menti. 

Et si on veut comprendre Dieu de 
toute autre manière, on n'y gagnera 
rien contre ce même principe ; car 
Dieu ne fût-il que l'ordre éternel se- 
lon lequel se développe l'ensemble 
des êtres ou des formes, ce serait en- 
core le bien et non le mal, le vrai et 









IMM 



6 



non le faux, la sagesse et non la folie, 
l'harmonie et non le chaos, qui régi- 
raient tous les développements, ainsi 
que nous le révèle chaque jour, de 
plus en plus, l'observation scientifi- 
que delà nature; et il faudrait encore 
reconnaître qu'un germe existant avec 
les caractères que nous lui avons at- 
tribués ne pourrait manquer de par- 
venir à son épanouissement, 

Le seul moyen de le nier serait de 
substituer au Dieu des théistes le 
mauvais principe des manichéens, de 
le faire régner seul éternellement, de 
tout livrer aux malices d'Ahrimane; 
alors, nous l'accordons, il n'y aurait 
plus que mensonge, désordre, con- 
fusion ; toute loi fixe a disparu: la 
fourberie est la reine des choses, l'il- 
lusion leur mère ; et il n'existe plus 
pour la raison humaine une seule dé- 
duction, une seule anologie, un seul 
raisonnement qui mérite confiance ; 
mais c'est l'absurde poussé à sa der- 
nière limite, l'absurde si complet qu'il 
n'a pas encore osé, dep uis que Tbomme 
aberre, se produire en système. Ce 
qu'on a imaginé de plus fort dans ce 
genre, c'est la coéternitê absolue du 
bien et du mal ainsi que leur combat, 
et dans cette théorie insensée c'est 
encore l'ordre et le bien qui avaient 
l'avantage. 

II. Toute humanité dont chacune 
des personnalités sera supposée plon- 
gée, par la nécessité de sa nature, au 
sein d'un entourage de liaisons mo- 
rales que la mort brise avant leur ré- 
sultante, et qui ne peuvent se synthé- 
tiser, s'épanouir, se conclure, que 
dans une autre vie. 

Si ces fils extérieurs se croisant de 
l'individu à la famille et à l'amitié, 
de la famille et de l'amitié à l'indi- 
vidu, sont le produit nécessaire de 
l'ordre naturel, sont indépendants de 
la volonté de chacun, sont universels, 
sont indissolubles, sont vraiment in- 
dicateurs, pour le sentiment et la 
raison, d'un but qui n'est pas atteint 
et qui ne peut l'être durant la pre- 
mière vie ; s'ils ne font que se rompre 
sans se rejoindre et sans former une 
trame; s'ils sont inexplicables et dé- 
pourvus de raison d'être sans quelque 
synthèse aboutissante; si toutes ces 
conditions sont supposées, nous affir- 



IMM 

merons encore l'impossibilité d'une 
humanité ainsi construite sans qu'elle 
ait pour prolongement une autre vie 
qui sera, en même temps, l'explica- 
tion, le nœud, le but, l'épanouissement 
et la synthèse simultanée de ces re- 
lations successivement engagées dans 
la vie mortelle antécédente. 

Car, si Dieu est conçu comme il 
doit être conçu, son intelligence, sa 
véracité, sa bonté , sa justice, son 
amour nécessaire, et non libre, de 
l'harmonie, exigent qu'un tel ensemble 
d'ouvertures prophétiques, desentiers 
précurseurs cl. d appels violents delà 
synthèse ne puis-e être son ouvrage 
sans que ce qu'ils prophétisent, pré- 
cèdent et appellent soit une réalité. 
Et si Dieu n'est conçu que selon 
l'abstraction panthéistique, le même 
principe demeure, parce qu'il est im- 
possible de concevoir l'essence des 
choses, la loi universelle, la règle 
priorique de tous les développements 
autrement qu'en conformité parfaite 
avec elle-même, c'est-à-dire donnant 
ce qu'elle promet, terminantee qu'elle 
commence et faisant ce qu'elle vent. 
Notre raison est assez longue de vue 
pour avoir droit d'affirmer, avec toute 
l'assurance de la certitude, qu'il est 
impossible que la loi des êtres, de 
quelque façon qu'on les explique , 
soit une loi de contradiction, de dé- 
sordre, de brisement pur, de débau- 
che, d'inachèvement, de vide et de 
chaos. 

III. Toute humanité qu'on suppo- 
sera plongée par les lois de sa nature 
dans un entourage matériel, réel ou 
fantasmagorique, qui lui prêche l'im- 
mortalité des unités élémentaires , 
et lui présente la mort comme un 
principe de renaissance pour toutes 
ces unités, en sorte qu'elle soit invin- 
ciblement poussée par le spectacle 
qui l'entoure à cette déduction plus 
qu'analogique : l'anéantissement des 
personnalités qui me servent d'élé- 
ments ne peut être leur destinée, car 
il faudrait, pour ce résultat, qu'il y 
eût exception pour moi seule, et cette 
exception serait d'autant plus dérai- 
sonnable que chacun de ces moi qui 
sont mes unités élémentaires est plus 
digne à lui seul de renaissance et 
d'immortalité que ne le sont tous les 



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IMM 






•éléments de la matière que je ne vois 
jamais mourir dans les dissolutions 
que subissent leurs agglomérats ou 
leurs formes devant mon observation 
continue. 

Si tous les faits de l'ordre matériel 
concourent sans aucune exception à 
inspirer ce raisonnement à l'humanité 
qu'on suppose; si, écrasée par cette 
prédication imposantedetousles êtres 
inférieurs à elle, elle est aussi invin- 
ciblement poussée à croire immortels 
ses propres éléments personnels et 
moraux, que l'est tout naturaliste à 
généraliser les lois qu'il découvre sur 
les analogies qui ne le trompent ja- 
mais ; s'il est plus fort qu'elle de sup- 
poser sans folie l'exception unique à 
son détriment; nous proclamons en- 
core l'impossibilité d'une humanité 
entouréede symplômesaussi influents 
sur ses convictions, et cependant des- 
tinée par sa nature à la grande dé- 
ception de l'anéantissement. 

Car si l'on admet le Dieuduthéisme, 
cette prédication de l'entourage ma- 
tériel sera une proclamation éloqueTite 
de ce Dieu lui-même, et ce Dieu aura 
menti si l'effet n'y est pas conforme. 

Et si l'on ne veut que le Dieu du 
panthéisme, la force de la situation 
n'aura rien perdu en démonstration 
de ['immortalité survivante , par la 
raison déjà donnée que la contradic- 
tion ne peut se concevoir dans la loi 
éternelle dudéveloppementdes êtres; 
qu'en un monde, où les éléments sont 
immortels, les plus nobles, les mieux 
sentis, les plus incontestables, doivent 
l'être, à tout le moins, aussi bien que 
tous les inférieurs ; et que cette dé- 
ception de l'anéantissement réservée 
à ces moi pensant, sentant, voulant, 
raisonnant, ne peut venir déparer la 
beauté d'un ensemble régi par des lois 
de vérité, de sagesse, d'harmonie, de 
concorde, dans lequel la mort n'est 
jamais qu'un retour à une nouvelle 
vie. 

IV. Toute humanité dont la société 
entière sera supposée constituée de 
telle sorte qu'il y ait solidarité entre 
ses individus, ses familles, ses na- 
tions, entre son passé, son présent, 
son avenir; solidarité de peine, soli- 
darité de travaux, solidarité de bon- 
heur; et que cependant elle se brise 



sans cesse dans sa trame, de manière 
à ce que le résultat synthétiqne de 
celte solidarité ne puisse s'épanouir 
simultanément que dans une autre 
vie. 

S'il est bien vrai, à ne considérer 
que la nature de cette humanité, que 
tous les individus aient des droits 
égaux aux conquêtes de l'ensemble, 
qu'ils so'ent tous frères, que les fa- 
milles et les nations soient sœurs, 
que la société du commencement ne 
mérite ni ne démérite pas moins que 
celle de la lin; si l'on ne voit aucune 
raison de privilège, autre que la dif- 
férence de bonne volonté, d'effort et 
de vertu libre entre les individus : et, 
si la vie présente de cette société to- 
tale est organisée de manière à ex- 
clure perpétuellement la répartition 
fraternelle, la communion simultanée 
des parties à l'unité du tout, la syn- 
thèse sociale des vivants et des morts, 
ne faudra-t-il pas conclure une fois 
de plus qu'il faut une autre vie pour 
ce grand résultat, après lequel crient 
sans cosse les exigences naturelles de 
cette humanité sans jamais l'obtenir? 

C'est l'harmonie finale qui seule 
peut résoudre l'énigme chaque jour 
grossissante ; et cette harmonie sera 
nécessaire, posé les conditions d'exis- 
tence que nous venons de mettre en 
hypothèse, quelle que soit l'idée qu'on 
se fera de Dieu. 

Le dieu du théiste ne peut fonder 
l'humanité solidaire que nous rêvons 
sans lui réserver l'avenir de la simul- 
tanéité synthétique, parce qu'il est 
sage, parce qu'il est juste, parce qu'il 
est bon; et le dieu du panthéiste, 
qui, réduit à sa plus simple expres- 
sion, n'est qu'une loi éternelle, ne 
peut, non plus, produire cette huma- 
nité sans lui réserver le même ave- 
nir, parce que cette loi, étant l'essence 
des choses, ne peut être elle-même 
une loi de malice, de folie, d'injustice, 
de contradiction ou de hasard, tous 
ces mots n'ayant aucun sens dans une 
réalité éternelle de quelque manière 
qu'on la conerctionne ou qu'on l'abs- 
tractionne par l'idée ; devant cette loi 
comme devant le Dieu substantiel et 
complet qui est puissance, intelli- 
gence, amour, l'humanité que nous 
venons de supposer exécute en ca 



!■ 



IMM I 

moment un drame dont tous les ac- 
teurs doivent se retrouver à un ren- 
dez-vous universel pour le dénoù- 
ment. 

V. Toute humanité dans laquelle 
se développeront le vice et la vertu 
par suite de la liberté morale dont 
ses membres seront pourvus et qu'on 
supposera, durant sa vie présente, 
organisée de manière que la loi du 
juste y soit violée sans réparation, 
qu'elle y manque de sanction suffi- 
sante, que le bonheur et la peine n'y 
soient pas en exacte proportion avec 
le mérite, et qu'il ne reste, pour le 
triomphe de cette harmonie, que la 
ressource d'une autre existence. 

Si l'on comprend Dieu comme le 
théiste, la raison perçoit aussitôt l'im- 
possibilitéabsolue d'unecréationdans 
laquelle tout est désordre par rapport 
à la loi de justice, où le vice est sou- 
vent heureux, la vertu souvent mal- 
heureuse, et qui doit se terminer sans 
compensation; car il y aurait, dans 
un tel produit, contradiction entre 
l'acte et l'agent, entre l'opération et 
l'opérateur ; l'opérateur est supposé 
justice absolue, sagesse absolue, sain- 
teté absolue ; et dans l'opération, l'in- 
justice est supposée régner jusqu'à 
la fin sans vengeance, le vice favo- 
risé, la vertu négligée, toute précau- 
tion omise comme encouragement 
des libertés individuelles à l'accom- 
plissement des lois morales. 

Et si l'on comprend Dieu comme le 
panthéiste, le même principe garde 
sa force, pour cette raison, déjà plu- 
sieurs fois émise, qu'il est absurde 
d'imaginer l'ordre absolu , éternel , 
immuable qui préside, dans ce sys- 
tème, au développement des mondes, 
autrement qu'en conformité parfaite 
avec le juste, le sage, le vrai, le beau 
perçu clairement par la droite raison. 
Quand il s'agit de nommer les pro- 
priétés de l'absolu, de l'éternel, de 
l'immuable, de ce qui est par soi, on 
est obligé, pour ne pas se contredire, 
de nommer la sainteté, la moralité, 
la justice, la sagesse, tous les attri- 
buts que le théiste donne à son dieu, 
lors même qu'on ne voit, dans ce que 
celui-ci appelle des créatures, que 
l'absolu variant et métamorphosant 
ses manières d'être; la seule diffé- 



I IMM 

rence qui puisse èlre conçue comme 
suite des deux explications, c'est que 
dans le théisme, celte justice, cette 
sagesse, cette sainteté, cette bonté 
se concrètent et s'exercent avec li- 
berté, intelligence, conscience d'elle- 
même dans un moi éternel, tandis 
que dans le panthéisme, ou, si l'on 
veut, dans l'athéisme qui ne va pas 
jusqu'à tout nier en niant tout absolu, 
ces propriétés sont des lois éternelles, 
abstraites, non libres, formant inva- 
riablement l'ordre selon lequel tout 
se développe et varie. Mais dans les 
deux cas il y a justice éternelle, et il 
faut de toute nécessité que les faits 
considérés dans leur totalité, leur ré- 
sultat, leur synthèse, soient des in- 
carnations de ces attributs. Pour ne 
pas aller à cette règle, même dans 
l'hypothèse pantbéistique, il faudrait 
dire que c'est le mal, l'injustice, la 
folie, la contradiction qui président, 
par suite de la nécessité éternelle, à 
tout ce qui se développe ; et comme 
le mal, la folie, la contradiction, con- 
sidérés dans leur entité absolue, ori- 
ginelle, supérieure aux formes et aux 
temps, deviennent le néant même, ce 
serait dire que le néant est la règle 
de l'être. Il est donc vrai que, dans 
toutes les manières, vraies ou fausses, 
de comprendre Dieu et les choses, 
imaginer une société morale où régne 
l'injustice sans réparation, etquin'an- 
ra pas devant elle un autre avenir 
devant faire équilibre, par des consé- 
quences exactement proportionnées à 
leurs causes, lesquelles pourront être 
qualifiées, par rapport aux person- 
nalités qui les encourront, de peines 
et de récompenses , c'est imaginer 
l'impossible. 

VI. Enfin, toute humanité dans la- 
quelle il arrive, par une nécessité d'é- 
volution inhérente à sa nature, que 
la dogmatique d'une autre vie entre, 
universellement quant aux temps et 
aux lieux, en solidarité avec tous les 
développements qui constituent sa 
grandeur : religion, politique, socia- 
lisme, philosophie, science, histoire, 
littérature et art. 

_ Il est encore impossible qu'une so- 
ciété de l'espèce de la nôtre soit ger- 
mée par l'éternité dans des conditions, 
telles que l'espérance de l'immortalité 






IMM 

doive la suivre partout et toujours, se 
mêler à tous ses travaux, inspirer 
toutes ses productions, éclairer ses 
vertus, servir de base à ses cultes, 
animer ses arts, vivre dans ses insti- 
tutions, être l'aiguillon de ses dévoue- 
ments, la consolationdeses malheurs, 
la fée de ses rêves, et le ressort pre- 
mier de toutes ses forces, non pas 
dans un lieu, non pas dans une épo- 
que, mais dans tous les peuples et 
dans tous les âges, sans que cette es- 
pérance ait une réalité pour terme. 
Cela est impossible aussi bien dans 
la philosophie panthéistique que dans 
celle du théiste pur; car une illusion 
indéfinie, universelle, complète, à qui 
rien n'échappe sur un point de cette 
nature auquel tout se relie, ne peut 
être un produit ni du Dieu véridique, 
sage, intelligent, aimant, juste et bon, 
ni de la loi éternelle et absolue des 
êtres. Le mensonge peut végéter en 
détail etisolémentd'unc individualité 
libre, plante capricieuse qui s'amuse 
à chercher la vie où est la mort, mais 
non des universalités, des natures, 
des périodes totales , des familles 
complètes, des espèces et des genres; 
parce que l'ordre supratemporel des 
essences en serait responsable, etque, 
la vérité, l'être et la vie étant une 
même chose avec cet ordre qui do- 
mine tout ce qui devient et passe, 
la fausseté, le néant et la mort ne 
peuvent lui être attribués sans con- 
tradiction. 

Ici se termine notre majeure: et 
nous la donnons comme certaine de- 
vant la droite raison, dans toutes ses 
parties. Il n'y aura à pouvoir la ré- 
voquer en doute que ceux qui n'ont 
jamais compris, soit par défaut d'é- 
tude, soit par suite d'études aveu- 
glantes , les grandes harmonies de 
l'univers. 

Mineure. 

Or, notre humanité existe, c'est ce 
que nous ne pouvons nier sans nous 
nier nous-mêmes, et elle existe avec 
les six conditions et caractères que 
nous venons d'exposer: 

I. Ses éléments, qui sont les moi 
personnels dont elle se compose, por- 
tent en eux-mêmes un germe vrai- 
ment naturel dî développementtrans- 



9 



IMM 



mondain impliquant une prophétie 
claire d'immortalité , dont la loi di- 
vine de la création ou de l'être est 
elle-même responsable. 

Ce germe se manifeste en chacun 
de nous par toutes nos manières d'être 
prises en particulier et par tout notre 
ensemble de phénomènes intimes. 

Par notre intelligence, il se traduit 
en une idée que nous trouvons en 
nous claire, nette , positive , in- 
destructible, toute-puissante et in- 
dépendante de notre volonté, d'une, 
vie future, et même d'une existence 
qui peut subir des métamorphoses, 
mais qui ne doit pas finir. Qui com- 
prendra cette idée, qui l'expliquera, 
qui la conciliera avec la rectitude éter- 
nelle, si elle n'a pas une réalité pour 
but, si elle est un mensonge, si elle 
ne correspond à aucune vérité? La 
loi des natures qui la fait surgir en 
moi peut-elle être une mère d'illu- 
sions? « Notre âme, » disait Athanase 
en reprenant la preuve du Phédon. 
« comprend, embrasse en elle les idées 
d'éternité, les idées d'infini, parce 
qu'elle est immortelle. De même que 
le corps qui est mortel, ne perçoit 
rien que de matériel et de périssa- 
ble, ainsi l'âme qui voit et médite 
les choses immortelles, est nécessai- 
rement immortelle elle même et vivra 
toujours : car les pensées et les ima- 
ges d'immortalité ne la quittent ja- 
mais, et sont en elle comme un foyer 
vivant qui nourrit et assure son im- 
mortalité » (Opéra, t. I, p. 32; cité 
par Villemain, Tableau de l'éloquence 
chrétienne, p. 93.) 

Par notre sentiment, ce germe se 
dilate en une aspiration violente, in- 
vincible, profonde et sans cesse re- 
naissante de la perpétuité de la vie; 
en une horreur toujours frémissante 
de l'anéantissement, en un recul ins- 
tinctif devant la mort de cette vie qui 
en a l'apparence ; on n'a pas horreur 
du sommeil qui lui ressemble aussi, 
parce qu'on a l'expérience du réveil 
on en aurait la même horreur s'il sa 
présentait pour la première fois ; en 
une espérance que le crime lui-même 
ne peut que changer en crainte ; en 
un désir de choses inconnues que 
nous savons ne devoirjamais être sa 
tisfait ici-bas ; en des besoins de bon 



IMM 



10 



ÏHlM 



heur qui ue sont pas de la (cire. 

Par notre faculté de l'amour, il de- 
vient cette attraction dans l'infini qui 
doit être satisfaite et qui ne peull'èlre 
■en ce monde ; il y a des multitudes 
d'âmes qui ont une faim de Dieu dé- 
vorante, insatiable, dont elles ne sont 
pas maîtresses et qui ne peut être 
frustrée, parce qu'elle vient de celui 
qui en est l'objet, et que de sa part, ne 
fùl-il que l'ordre abstrait qui régit tes 
êtres, ce serait une dérision, un 
crime, une fourberie aussi absurde 
qu'infâme, de la provoquer pour ne 
jamais l'assouvir; la production d'une 
humanité-Tantale est une contradic- 
tion dans l'histoire des inondes. 

Par notre esprit, ee germe devient 
un besoin indélini de creuser l'avenir, 
de sonder Dieu, de généraliser le 
temps, de se fixera l'éternel, de s'ac- 
crocher aux vérités immuables pour 
durer autant qu'elles en identifiant 
notre existence à la leur, de s'en 
nourrir enfin comme d'aliments aux- 
quels on assimile sa nature pour la 
garantir incessamment contre la 
mort. 

Par tout notre être, il devient cette 
marche aventureuse, mais fixe et en 
ligne droite, dans tous les progrès, 
cette ascension sans lin, cette course 
a tous les vents de l'avenir, cette vi- 
tesse lancée vers quelque chose qui 
est et qui sera, parce que ni Dieu ni 
la destinée ne peuvent lancer des 
âmes à ce qu'elles n'atteindront pas. 
Il devient ces penchants, ces efforts, 
ces voyages commencés, ces estais 
fanatiques de tout ce qui ressemble a 
un agrandissement. Il devient aussi 
cette impuissance de se figurer, de . e 
persuader, de croire et d'aimer à se 
dire , lors même qu'on dirigerait dans 
ce but tous ses efforts, que ce moi 
qui est aujourd'hui, qui dit je suis-', 
qui pense, ne sera plus dans quelques 
année;, ne dira plus je suis, ne pen- 
sera plus, et que cette force merveil- 
leuse de produire des idées, des vo- 
lontés, de l'amour, des désirs, de la 
foi, de l'espérance, de la joie, du bon- 
heur, du beau et du bien, laquelle 
constitue toute ma personne même, 
est destinée à devenir, après quelques 
instants d'une vie insuffisante pour 
elle, semblable à ce qui ne fut jamais. 



Oui, nous avons, en nous, un ger- 
me d'immortalité qui nous pénètre, 
nous inspire, nous éclaire, nous do- 
mine sans notre participation libre, 
nous fait ce que nous sommes, des 
coursiers lancés à toute bride vers 
une réalité entre laquelle notre vie 
présente et lamortne peutêtre qu'un 
relais ; qu'elle soit une fin de voyage, 
nous sommes un fil rompu dans la 
trame des êtres, une colonne brisée 
de l'édifice des choses, une tige coupée 
avant d'avoir fleuri ; et comme le 
premier développement se fait en 
nous au complet, nous prophétisant 
une continuation de la série, il faut 
dire que la prophétie est vraie , ou 
cette absurdité, que, dans l'espèce 
humaine, vient avorter, par une con- 
tradiction exceptionnelle, la loi uni- 
verselle des véracités et des harmo- 
nies. 

Je vois venir quelqu'un qui me ré- 
pond : Mais je n'ai pas cette idée claire 
d'une autre vie, ces désirs de Yim- 
mortalitè, cette horreur de l'anéan- 
tissement, cet amour de l'infini, ce 
besoin de sonder les mystères de l'im- 
muable, cet attrait vers les vérités 
qui ne meurent pas, cette faim des 
antidotes contre la mort, ce pen- 
chant à progresser plus que ne le 
comporte cette vie; je ne sens rien de 
tout cela ; que devient ta preuve? 

Ami, je ne t'accuse pas de men- 
songe ; et je t'avouerai même que 
puisqu'il s'agit d'une preuve de con- 
science et de sentiment, cette preuve 
n'a de force, en effet, que pour les 
personnalités qui éprouvent en elles 
tous les phénomènes sur lesquels on 
l'étaye. Mais tu ne m'accuseraspasnon 
plus d'avoir menti; or je t'aftirme 
que je suis de ce nombre; concède- 
moi donc mon immortalité; si tu me 
la concèdes, nieras-tu la tienne, en 
t'élevant contre la loi des similitudes 
qui régit les espèces ? 

Un autre me dira : Je sens bien 
toutes ces choses ; mais sont-elles vé 
ritablement innées? ne seraient-ce 
pas des idées, des sentiments, des be 
soins, des penchants, des tendances 
acquises et suscitées en moi par mon 
éducation au sein de mes semblables? 

Je répondrai que je les tiens poui 
innées, mais que cette qualité im 



IMM 



11 



porte peu à ladémonstration; qu'elles 
viennent du milieu moral où je me 
développe, elles n'en seront pas moins 
naturelles; et Dieu et la loi des 
natures n'en seront pas m oins respon- 
sables, vu leur force, leur universa- 
lité et l'impossibilité où chacun se 
trouve de ne pas les avoir ; le seul 
malheur qui pourrait en résulter 
pour cette preuve, serait qu'elle se 
confondrait avec celle que nous tirons 
plus loin de la liaison intime des 
dogmes de l'immortalité avec tous 
les développements sociaux de l'hu- 
manité considérée dans son en- 
semble ; or ce malheur n'en serait 
pas un pour le dogme lui-même, 
puisque la preuve garderait encore, 
après sa fusion, la même valeur pour 
l'établir. 

II. Il est également vrai que, par 
nécessité naturelle, chacune des per- 
sonnalités de notre humanité est 
plongée dans un entourage de liaisons 
morales que la mort brise avant leur 
résultante et qui ne peuvent se syn- 
thétiser, s'épanouir, se conclure que 
dans une autre vie. 

Ce germe d'immortalité que nous 
avons trouvé dans l'intimité la plus 
profondede notre nature individuelle, 
a son correspondant tout autour de 
nous dans des relations nécessaires 
d'intelligence, d'amour, de volonté, 
de sentiment, et même de consan- 
guinité matérielle, lesquelles sont au- 
tant d'engagements pris pas l'harmo- 
nie universelle de nous donner une 
survivance sous peine de n'être plus 
elle-même et de se détruire chez nous 
en n'achevant pas ce qu'elle y com- 
mence. Qui niera ces relations phy- 
siques et morales de la famille et de 
l'amitié, qui constestera leur impor- 
tance, qui ne reconnaîtra leur néces- 
sité naturelle, indépendante de notre 
liberté, leur formation en nous par 
la loi même des êtres, et qui osera 
soutenir qu'elles ne sont pas toutes 
brisées par la mort de cette vie sans 
avoir accompli leur synthèse har- 
monique? Les pères et les mères en- 
gendrent des êtres qui leur sont ravis 
soit immédiatement après l'acte gé- 
nérateur, et qu'en ce cas ils ne con- 
naîtront jamais s'il n'y a pas survie, 
soit aprèsavoir pu les admirer, les ai- 



IMM 

mer, les nourrir, les caresser quelques 
instants, soit après des années d'a- 
mour, de sacrifices mutuels, d'etfu- 
sions ; la famille est constituée parla 
nature, et la nature la dissout sans 
cesse à mesure qu'elle la fonde, tout 
en laissant subsister jusqu'au dernier 
souffle de ses membres, des liens in- 
tellectuels et des sentiments qui en 
appellent, avec violence, une réfor- 
mation au delà du tombeau. Il en est 
de même de l'amitié, des sympathies 
involontaires , des unions morales 
amenées, indépendamment des vo- 
lontés libres, par des rencontres et 
des circonstances dont la loi générale 
des choses porte à elle seule, ou 
presque seule, la responsabilité. Pro- 
messes inaccomplies, amours inter- 
rompus, liaisons brisées, espérances 
déçues, parties commencées etjamais 
finies, voilà l'humanité sur cette 
terre ! Quelle absurde chose l'Eter- 
nel a produite en la produisant, s'il 
ne lui a pas ménagé derrière la 
tombe une vie pour se conclure elle- 
même ! Discours inachevé , plan 
avorté, construction abandonnée par 
son architecte, drame noué pour ne 
se dénouer jamais, voilà tout indi- 
vidu, toute lamille, tout cercle d'amis, 
toute cité, toute république humaine 
sans la survivance ; et la sagesse de 
l'absolu nous donne à chacun la puis- 
sance de ces réflexions, nous donne 
le raisonnement qui déduit, de ces 
brisements des choses engagées, la 
nécessité d'une autre vie pour le 
rendez-vous des conclusions ; et elle 
le ferait pour se jouer, en pure ma- 
lice, de son œuvre la plus excellente 1 
cela ne se peut. 

On nous objectera l'animal, sans 
doute. Mais l'animal, à notre avis, ne 
suscite aucun embarras , par cela 
même que nous ignorons ce qui se 
passe en lui et ce qu'il devient après 
sa mort. Si on lui donne, à un degré 
quelconque, la personnalité à liaisons 
morales dont nous parlons, laquelle 
suppose qu'on se sait soi-même et 
qu'on espère quelque chose, la même 
preuve existera pour lui, car la règle 
d'harmonie n'admet point d'excep- 
tion, et si on lui refuse cette pro- 
priété, toute pari; é cessant, l'objection 
s'annule. Nous tirons l'argument de 



IMM 

la moralité de nos situations et non 
de leur matérialité supposée pure et 
dégagée de toute opération intellec- 
tuelle qui la moralise. 

III. Il n'est pas moins vrai que 
notre humanité est plongée dans un 
monde matériel qui n'esl qu'un océan 
d'immortalités élémentaires, et qui 
lui impose, par son spectacle, la dé- 
duction analogique à l'immortalité 
des unités personnelles qui lui ser- 
vent, à elle-même, d'éléments. 

La science a toujours professé la 
vérité observée par Platon, que rien 
ne meurt véritablement dans la na- 
ture qui nous entoure, qu'il ne s'y 
fait que des métamorphoses, que tout 
y renaît sans cesse, et qu'ainsi ce qui 
ressemble à la mort n'est qu'une ré- 
volution pour relancer l'être dansune 
nouvelle vie ; et plus la science pro- 
gresse, plus elle constate clairement 
et en détail celte grande vérité de 
notre univers Elle n'a pas encore 
saisi, sans doute, les unités élémen- 
taires véritablement unes et indivi- 
sibles, les monades ; elle n'y parvien- 
dra peut-être jamais, et il y aura 
même probablement toujours des 
philosophes qui les soutiendront in- 
trouvables pour ne pas renoncer à la 
théorie, selon nous contradictoire, de 
la divisibilité à l'infini : mais puis- 
qu'elle reconnaît l'indestructibilité 
des atomes qu'elle observe, lesquels 
ne sont pas encore les unités propre- 
ment dites, à plus forte raison ad- 
mettra-t-elle l'immortalité de ces 
unités, dans l'hypothèse de leur exis- 
tence à titre d'éléments radicaux de 
ces atomes. Voilà donc le fait scienti- 
fique : pas de mort réelle autour de 
nous, pas d'anéantissement des élé- 
ments et des forces, mais seulement 
phénomènes universels et constants 
de transformations dans Yimmorta- 
lité. 

Or, un fait de conscience encore 
moins contestable, c'est que cette per- 
sonnalité qui se sent elle-même et 
qui dit moi, est un centre unique, in- 
divisible, vraiment élémentaire par 
rapport à la totalité de la famille hu- 
maine, et ne se conçoit pas résoluble 
en principes plus radicaux qu'elle- 
même. C'est elle qui centralise et 
unifie les parties corporelles distiuc- 



12 



IMM 



tes dont elle paraît se vêtir; sans elle 
ce; parties ne formeraient pas un tout 
véritablement un; elle a môme la 
puissance d'unifier dans une identité 
individuelle le passé, le présent et 
l'avenir. Le moi ne se divise pas ; c'est 
une unité s'il en fut jamais ; et celle- 
là au moins est incontestable puisque 
chacun de nous la sent à tout instant 
dans son être. 

D'un autre côté, notre conscience 
nous dit avec la même force que ces 
moi individuels, unités élémentaires 
de l'humanité morale, ne revivent 
pa3 sur la terre à mesure qu'ils pa- 
raissent y mourir, comme revivent 
sans cesse les molécules composantes 
des corps ; notre conscience nous le 
dit, puisqu'il n'estaucun de nous qui 
ait Je sentiment de sa renaissance, 
et d'avoir été avant de naître ; puis- 
qu'au contraire nous avons tous le 
sentiment de n'avoir jamais été nous 
connaissant comme aujourd'hui, 
avant cette vie ; puisque, enfin, lors 
même qu'on admettrait notre pré- 
existence substantielle, on ne pour- 
rait pas admettre notre préexistence 
de personnalité identique centrali- 
sant, par le souvenir, le passé anté- 
rieur dans le présent d'aujourd'hui, 
ce qui serait pour nous la condition 
essentielle d'une vraie renaissance à 
titre d'éléments constitutifs, toujours 
les mêmes, de l'humanité morale. 

Donc nous sommes portés invinci- 
blement à conclure de la loi univer- 
selle des harmonies analogiques, que 
ces moi élémentaires de l'humanité 
revivent identiquement et avec sou- 
venir, sans quoi ce ne serait pas re- 
vivre, dans une existence future qui 
n'a pas son évolution sur celte terre, 
puisque cette revivance est le propre 
de tous les éléments, et que nous sa- 
vons, à n'en pouvoir douter, qu'elle 
n'a pas lieu ici-bas pour les nôtres. 
Cette loi des harmonies nous le crie par 
tous les phénomènes de l'ordre phy- 
sique dont nous sommes enveloppés ; 
par les miracles de la nutrition, de la 
génération, de la végétation, de la 
cristallisation, des compositions, dé- 
compositions et recompositions chi- 
miques; par ceux des résurrections 
indéfinies de l'électricité, de la cha- 
leur, de la lumière ; par toutes les 



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13 



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merveilles de notre corps et des corps 
qui l'enveloppent. 

Mais si l'ordre suprême des créa- 
tions et des développements nous 
plonge dans un tel milieu; s'il nous 
force de penser qu'il y aurait anoma- 
lie, exception insensée, brisement 
d'harmonie à ce que noire personna- 
lité si noble, si grande, si supérieure 
aux atomes corporels, et servant d'é- 
léments à cette humanité si supé- 
rieure elle-même aux autres régnes 
de la nature, fût destinée à s'anéan- 
tir dans cette révolution appelée 
mort, qui n'est pour tout le reste 
qu'une transformation, ne devons- 
nous pas affirmer, sans le moindre 
doute, que cet ordre absolu serait 
lui-même coupable à la fois de four- 
berie à notre égard, et d'oubli de ses 
propres exigences, si nous n'étions 
immortels en réalité dans notre unité 
personnelle? 

IV. Le quatrième fait que nous 
avons supposé dans la majeure trouve 
si clairement son application à notre 
société humaine, qu'il serait superflu 
de s'arrêter à en constater la mani- 
festation particulière. Il est bien clair 
pour chacun de nous qu'il y a solida- 
rité entre les individus, les familles, 
les nations, entre le passé, le pré- 
sent et l'avenir de notre humanité ; 
cette solidarité s'étend à tous les ob- 
jets ; nous pensons, travaillons, agis- 
sons, souffrons, produisons, jouissons 
les uns par les autres et les uns pour 
les autres; le passé a existé pour le 
présent, le présent se développe pour 
l'avenir ; rien d'isolé dans cette grande 
famille qu'on nomme le genre hu- 
main, rien, dans aucune partie, qui 
ne sorte du tout et qui n'y rentre 
sous quelque rapport, rien dans le 
tout qui ne provienne des parties et 
qui n'y retourne. 

Et cependant la synthèse ne se fait 
pas en ce monde; loin de là, notre 
évolution n'est qu'une dissolution in- 
cessante ; nul temps, nul lieu, nulle 
société particulière, nul individu qui 
ne se brise avant d'avoir recueilli ce 
que le tout doit lui rendre, vu l'abou- 
tissant des mille circuits ouverts, as- 
sisté à la liquidation totale, participé 
à la communion universelle. Nos 
morts sont partis sans avoir vu les 



gloires de l'avenir, et chaque jour 
nous nous en allons après avoir sué 
pour nos descendants, sans pouvoir 
même jouir un instant, par une es- 
pérance claire, des moissons qu'ils 
feront produire aux champs amendés 
par nos sueurs. 

Que serait donc notre humanité 
sans une vie future où se fera le ren- 
dez-vous, où chaque partie verra l'en- 
semble, où l'ensemble verra chaque 
partie, où tout s'expliquera, tout se 
clarifiera, tout s'épanouira, comme les 
esprits de la plante vont se ranger dans 
laileur et s'y reconnaître augrand jour, 
après avoir suivi les mille sentiers 
obscurs qu'a parcourus la sève? Elle 
ne serait, sans cette floraison de l'a- 
venir, où assisteront tous les morts, 
qu'une élaboration imparfaite, un 
effort manqué de la cause absolue. 
Mais cela est impossible dans les œu- 
vres de l'harmonie suprême ; cette 
harmonie n'est pas, ou elle ne man- 
que, dans l'éternité, aucun de ses 
plans; car si elle est, elle est absolue, 
et si elle est absolue, elle ne peut 
rien entreprendre qu'elle ne le com- 
plète. Elle est le grand poëte qui 
achève son épopée, le grand orateur 
qui résume son discours, le grand 
tragique qui dénoue son drame et 
ramène au dénoûment tous ses rôles, 
le grand architecte qui couronne son 
édifice, l'artiste pariait qui fait de sa 
symphonie ou de son tableau un tout 
harmonique ne laissant point à 
désirer l'unité centrale qui est la 
condition la plus essentielle de la 
beauté. 

On nous objectera la courte vue 
de notre raison humaine qui ne sau- 
rait dire où est, en réalité, dans les 
profondeurs du laboratoire éternel, le 
pivot qui centralise. Mais nous ré- 
pondons avec assurance, que ce point 
ne peut être qu'au delà du tombeau, 
parce qu'il n'est pas en cette vie de 
passage, et que notre raison, toute 
bornée qu'elle soit, en a compris 
assez, des lois de l'infini, pour devi- 
ner ses intentions sur les faits qu'il 
expose à sa méditation; elle est pe- 
tite, mais forte; elle est limitée, mais 
infaillible dans ses sentiments et ses 
raisonnements clairs, sans quoi la 
raison absolue ne le serait pas elle- 



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f 



même, puisqu'elle ne peut être con- 
çue que comme l'évidence de celle-ci 
étendue à ^universalité des choses. 

V. Le cinquième fait supposé dans 
la majeure est celui du désordre mo- 
ral et de l'injustice dans la répartition 
du bonheur et du malheur. Or, quoi 
de plus évident, que ce fait est le 
propre de notre humanité en cette 
vie? C'est la confusion la plus com- 
plète ; le vice est souvent heureux, 
la vertu souvent malheureuse, et 
même si l'on établissait une statisti- 
que exacte de ce qui se passe en ce 
inonde sous ce rapport, on trouve- 
rait que les avantages, lesencourage- 
ments, les réussites sont, en plus 
grand nombre, pour le vice que pour 
la vertu. 

Or, si l'on conçoit qu'une société 
de personnalités intelligentes et li- 
bres puisse être produite par la force 
éternelle avec cette destinée d'avoir 
à traverser ce chaos durant une pé- 
riode de sa durée, et d'entrer ensuite 
dans une autre période où tout sera 
compensé par un rétablissement com- 
plet d'équilibre exact, puisque, dans 
cette conception, la durée totale de 
la société et des individus qui la com- 
posent devient une harmonie aussi 
conforme à l'absolu de la justice, que 
si la pondération s'était faite simulta- 
nément durant la même vie, on ne 
conçoit pas qu'une telle sociétépuisse 
être produite par celle rectitude éter- 
nelle avec le destin de présenter le 
même désordre pendant sa durée en- 
tière. La première hypothèse est au 
nombre des possibles, la seconde de- 
i leure à jamais dans l'abîme téné- 
breux des iinpossibilitésetdes néants. 
C'est ce que la raison perçoit avec évi- 
dence, comme nous l'avons posé dans 
la majeure, aussi bien dans la doctrine 
théiste que dans toutes les théories 
panlhéislifjues. Nous devons donc 
conclure à la certitude d'une autre 
existence qui servira de contre-poids 
et de réparation à l'existence présen- 
te, ou nier que la justice, la sagesse, 
la bonté, tous les attributs du bien, 
du vrai et du beau, soient dans l'es- 
sence des choses; ce qui serait livrer 
l'être au mal absolu, souverain, éter- 
nel, le livrer au néant et par suite le 
nier en l'aflirmant. 



La seule objection qu'on ait pu 
faire à cet argument que nous évi- 
tons de développer parce qu'il l'a 
été, sous mille formes, par les phi- 
losophes, les orateurs et les poètes, 
serait celle-ci : que le remords atta- 
ché à la mauvaise conscience et le 
bonheur de l'âme inhérent à la vertu 
suffisent pour tout équilibrer, pour 
satisfaire la justice, la sagesse, la 
bonté absolues. Mais on a répondu 
par ces deux raisons qui sont déci- 
sives : 

1° La différence de bien-être entre 
la conscience sainte et la conscience 
coupable n'est pas suffisante pour la 
compensation exigée par l'éternelle 
rectitude, car cette rectitude, étant 
absolue, veut l'équilibre exact, com- 
plet sous tous les rapports; or le 
contentement qu'on a de soi-même 
et le remords qu'on éprouve, quel- 
que grands et intenses qu'on les sup- 
pose, ne régnent que dans une par- 
tie de l'être: ils n'empêchent pas les 
malheurs, les peines, les angoisses, 
les tourments physiques et moraux 
qui assiègent le juste malgré sa bonne 
conscience; ils ne détruisent pas les 
prospérités, les joies, les bonheurs 
de toute sorte qui surviennentau mé- 
chant malgré les reproches qu'il s'a- 
dresse à lui même; et tout cela est 
inexplicable, inexpliqué, impossible 
à comprendre sans une compensation 
qui y correspond dans une autre vie; 
le remords et la satisfaction de soi 
sont une partie de la compensation, 
mais ne sont pas, devant l'absolue 
justice, la compensation totale, et ce 
défaut de plénitude suffit pour dé- 
truire l'objection lorsqu'il s'agit de 
mesurer les choses sur le type ab- 
solu. 

2° Ce type absolu exige la propor- 
tion entre les effets et la cause, entre 
le remords et le crime, entre le bon- 
heur de l'a me et l'étendue de la vertu; 
or, cette proportion n'existe pas; 
car elle se produit souvent, et même 
le plus souvent, en raison inverse; 
plus l'on s'habitue à la perversité, 
plus le remords s'émousse, et plus on 
s'habitue à la vertu, moins l'âme est 
sensible à la joie qui suit la bonne 
action; dans un homme vicieux, un 
effort en direction dn bien, uneœuvre 



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15 



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louable produit plus de bonheur à sa 
suite que le môme effort, la même 
action dans l'homme vertueux; le 
premier se croit un dieu après sa 
victoire, le second n'ose s'applau- 
dir, il lui semble toujours qu'il n'a 
fait qu'une partie de ce qu'il au- 
rait du faire. D'ailleurs combien d'â- 
mes justes ont la conscience trop li- 
vrée aux aiguillons de l'imagination 
pour ne jamais profiter, durant cette 
vie, du bien-être intérieur que méri- 
tent leurs vertus, pour ne jamais le 
sentir, ou ne le sentirquedansuneme- 
sure insuffisante! et combien de mé- 
chants, parmi ceux-là surtout qui 
parviennent à la gloire, à la richesse 
à la domination, à l'empire, ont ac- 
quis, dès l'entrée dans leurs aventu- 
res, cette dureté d'âme, cette foi né- 
gative, cette systématique du succès, 
cet ensemble de propriétés infernales 
qui paralyse et tue, dans sa source 
inlime, la sensibilité du remords! 
telle est l'humanité pour le moraliste 
qui sait l'observer et la comprendre; 
que son) donc les remoi'ds du péché, 
les satisfactions de la vertu, si on les 
dégage de tout le reste, pour mettre 
en équilibre la balance éternelle? Le 
juste de Platon crucifié dit à ses bour- 
reaux : Je suis heureux, le malheur 
esl pour vous; et il a raison, carie 
vrai malheur estd'être coupable ; mais 
la justice du juste abreuvée de toutes 
les injustices de la terre, couronnée 
de plaies, insultée dans son angoisse, 
palpitant la douleur et suant l'ago- 
nie, n'en est pas moins un mélange 
monstrueux qui choque l'éternelle 
rectitude, et qui ne peut être compa- 
tible avec elle qu'à la condition d'un 
lendemain et d'une revanche. Que la 
grande âme immolée se contente du 
sentiment qu'elle a de son innocence, 
c'est une abnégation sublime ; mais 
que le vrai, le bien, le beau absolus 
se trouvent satisfaits du bizarre as- 
semblage de cette vertu abattue et 
torturée par le vice heureux, et se 
reposent là-dessus pour jamais, cela 
est impossible. 

Celui de nos contemporains (Jules 
Simon, La religion naturelle), qui a dit 
qu'une seule injustice terrestre sans 
réparation suffit pour démontrer 
l'immortalité de l'âme , n'a pas exa- 



géré ; et quand nous avons posé ls 
principe de la possibilité de la créa- 
tion directe d'un monde comme le 
nôtre où le mal et le bien, le mal- 
heur et le bonheur se partagent 
l'empire, (Dict. des Harmonies, art. 
Déchéance et ailleurs,) nous avons 
compris ce monde avoc une survi- 
vance pour tous les cas où l'on sup- 
pose le règne de l'injustice. 

Nous ne croyons pas, comme Pla- 
ton et Augustin, que, sous un Dieu 
juste, toute souffrance soit nécessai- 
rement méritée par quelque délit an- 
técédent, mais nous voyons claire- 
ment que la souffrance non méritée 
poursuivant la verlu à côté du bon- 
heur venant couronner le crime, est 
un fait inharmonique qui rend né- 
cessaire, devant la justice et la sa- 
gesse éternelles, une compensation 
subséquente. 

VI. Reste à constater la solidarité 
du dogme de l'immortalité de nos 
personnalités avec tous les dévelop- 
pements de l'humanité dans tous les 
temps et chez tous les peuples; et ce 
n'est pas difficile : il suffit de jeter 
un regard sur les religions, les poli- 
tiques, les philosophies, les littéra- 
tures et les esthétiques du passé et du 
présent dans tout l'univers. 

On a fait sur ce point des études 
approfondies, et il en est résulté qu'il 
aurait plutôt existé quelques peupla- 
des athées que des groupes d'hommes, 
grands ou petits, sans la foi à une 
vie future et sans le culte des âmes ; 
nous ne pouvons ici que rappeler en 
quelques mots les conclusions de ces 
éludes. 

Evolution égyptienne. — La croyance 
à l'iin mortalité de l'âme y est la 
base principale de la mythologie, du 
culte, de la politique, de la philoso- 
phie, de la poésie, du développe- 
ment artistique et même industriel ; 
c'est ce qu'attestent Hérodote (liv. h, 
chap. 123), Diodore de Sicile (Des 
fables ont., liv. n, ), tous les auteurs 
anciens : et c'est ce qui résulte, avec 
une évidence chaque jour croissante, 
de l'étude desantiquitéségyptiennes, 
C'est ainsi.par exemple, queM. Cham- 
pollion le jeune a pu décrire le bon- 
heur du paradis où se reposent les 
âmes de leurs transmigrations, selon, 



IMM 

la théologie des Egyptiens, sur des 
figures trouvées dans le temple de 
Ramsès àThèbes. 

Evolution chaldôenne. — Bien que 
la dogmatique de celte civilisation 
soit plus mystérieuse, il reste encore 
assez de témoignages historiques, 
d'indications épigraphiques et de 
monuments symboliques pour auto- 
riser la critique à tirer les mêmes con- 
clusions. On peut citer parmi les au- 
torités, Diodore de Sicile (lib. m, 
De Chahl.) et Tacite (lib. v Hist., 
c. 5 ). 

Evolution persane. —Le Zeud-Avesta 
ne tarit pas en tableaux, prières, dis- 
cours sur l'état des âmes après la 
mort. Il décrit le Behescht, où les 
justes sont accueillis par les trans- 
ports de joie des Amschaspands, où 
ils vont s'abreuver de la béatitude 
suprême, et où cette béatitude sera, 
en eux, perfectionnée, consolidée à 
jamais, lorsqu'à la tin des temps 
Ahrimane aura été définitivement 
vaincu et lui même converti. 

Evolution brahmanique. — Il suffit 
de rappeler les Védas, les lois de Ma- 
nou, les grands poèmes sanskrits et 
tous les commentateurs de cette lit- 
térature. Les Indous faisaient voyager 
les âmes des justes de paradis en pa- 
radis, de celui d'Indra dans celui de 
Siva, de celui de Siva dans celui de 
Vichnou, de celui de Vichnou dans 
celui de Brahma. 

Evolution bouddhiste. — Toutes les 
histoires, tous les poèmes, tous les 
rituels, tous les monuments de cette 
société immense attestent la con- 
viction d'une existence après la mort. 
La théologie bouddhiste professe 
vingt-huit deux plus heureux et plus 
beaux les uns que les autres, auxquels 
on arrive successivement après des 
périodes incommensurables ; elle en- 
seigne aussi trente-deux enfers pour 
les méchants de la vie précédente ; 
si l'on meurt juste, on va de paradis 
en paradis, et l'on s'élève toujours 
jusqu'à ce qu'on arrive au nirvana, 
état d'assomption dans la contem- 
plation parfaite, sorte d'annihilation 
en Dieu, qui est, selon les idées de 
cette théologie, un suprême bonheur 
panthéistique, mais non pas cepen- 
dant, comme quelques-uns l'ont pré- 



1G 



IMM 



tendu, l'anéantissement véritable. 
Quant aux méchants, ils passent, se- 
lon leur degré de culpabilité de la vie 
précédente, dans un plus ou moins 
grand nombre" d'enfers ; et le pire 
qui puisse leur arriver, c'est de pas- 
ser par ces trente séjoursdu malheur, 
après lesquels ils sont purifiés, rede- 
viennent bons et sont admis aux cé- 
lestes voyages. 

Evolution chamanéenne. — C'est 
une période d'altération et de mélan- 
ge du bouddhisme avec d'anciennes 
religions polythéistes et fétichistes 
de l'Asie ; elle se développe chez les 
Mongols, les Mantcboux.lesKalmouks, 
les Ostiaks, les Wogouls, etc. Or, 
il est reconnu par les ethnographes 
que tous les chamanéens n'ont cessé 
de croire à l'existence des âmes après 
la vie présente ; les livres et les pra- 
tiques religieuses ne laissent là-dessus 
aucun doute ; et l'on a même remar- 
qué que les hordes tartares ont tou- 
jours manifesté une grande peur des 
peines de l'autre vie, et sont très-oc- 
cupées de se rendre, dans le but de 
les éviter, le Tout-Puissant propice. 
| Evolution chinoise. Bien que les 
livres sacrés de cette antique civilisa- 
tion soientlesplus dépourvus de sur- 
naturalisme et qu'ils se bornent à des 
préceptes de morale humaine, ils 
professent cependant trois objets de 
culte : le souverain Seigneur, qui est 
adoré en plein air,parce que la nature 
entière est son temple ; les génies, 
dont les uns sont bons et les autres 
mauvais ; et les âmes des ancêtres ; 
il y a, parmi les rites sacrés, les sa- 
crifices à ces âmes, et quand on les 
leur offre, elles viennent assister, in- 
visibles, à la cérémonie. Telle fut 
toujours la croyance des Ju-Kiao. 
conformément aux enseignements de 
Confucius, leur maître, qui reconnaît 
avoir reçu cette doctrine des anciens. 
Les sectateurs de Lao-tseu ont déduit 
de sa philosophie, plus spiritualiste, 
une sorte de métempsycose qui finit, 
comme celle des Indiens, par le re- 
tour des personnalités dans l'Etre 
suprême; et la troisième secte chinoise 
n'est autre que le bouddhisme. 

Evolution grecque et romaine. — Il 
suffit de rappeler tous nos poètes 
classiques, et leur mythologie avec 






IMM 17 

son Tartare et son Elysée;et n'oublions 
pas les Pythagore, Socrate, Platon, 
Zenon, Cicéi - on, Sénèque, Plotin, re- 
présentant le développement ration- 
nel de cette brillante période. Aristote 
est moins clair que les autres, et ce- 
pendant Alexandre l'Aphrodisien et 
Avicenne, ses iidéles disciples, ont 
trouvé dans ses oeuvres la doctrine de 
V immortalité de nos personnalités rai- 
sonnables. Si on lit, d'une part, dans 
sou Ethique (lib. i, c. 11) « qu'il est 
absurde de qualifier d'heureux un 
bomme mort, » on y lit d'autre part 
imème passage), que « les morts sont 
sensibles aux succès et aux infortunes 
de leurs amis vivants, non pas ce- 
pendant à tel point que ces succès ou 
ces infortunes puissent rendre heu- 
reux ceux qui ne le sont pas, ou ren- 
dre malheureux ceux qui sont dans 
la béatitude. » Il parait qu 'Aristote 
croyait à deux âmes, l'une animale 
qui mourait avec le corps, l'autre 
raisonnable qui lui survivait, et que 
la première phrase que nous venons 
de citer, ainsi que plusieurs autres de 
même espèce, signifie que l'âme ani- 
male étant morte, il n'y a plus de ce 
bonheur des sens propre à cette vie. 
(On peut voir, sur la croyance 
des Grecs et des Romains, Gatiieh, 
apud Grxvium, t. XII, et Montfaucon, 
Atti., t. V.) 

Phocylide chantait dans la Grèce, 
540 ans avant Jésus-Christ : « Dans 
les corps pourrissant, les âmes res- 
tent incorruptibles ; car l'esprit est 
l'image de Dieu : Dieu le prête aux 
mortels ; de la terre nous tirons nos 
cadavres, et nos cadavres se résoud- 
ront en terre ; ils ne seront plus 
qu'une poussière vile, mais l'esprit 
volera dans l'air pur d'où il est des- 
cendu. » 

Evolution thracique. — Tous les an- 
ciens peuples de la Thrace, les Gètes, 
les Tausiens, etc., se réjouissaient, 
d'après Hérodote, en enterrant les 
morts, persuadés que leurs âmes 
allaient rejoindre celles de leurs an- 
cêtres et de leurs législateurs dans 
une félicité parfaite. (Heuod.. lib. iv, 
c. 94; et levi, c. 291.) 

Evolution germanique. — « Les Ger- 
mains, » dit Appien, « ont le mépris 
de la mort, par l'espérance qu'ils ont 
VII 



IMM 



d'une seconde vie. » (Appian., In 
Celti ) 

Evolution Scandinave. — Les Edda 
nous restent pour témoigner que, 
dans la société dont Odin fut le 
piètre, le chantre et le héros, on 
croyait à l'immortalité des âmes ; on 
y chante le jugement général, les 
peines des méchants et le Walhalla 
où vont jouir de la récompense due 
à leur courage les martyrs de leur 
dévouement à la patrie. On sait aussi 
par l'histoire qu'avant Odin, les Goths 
et les autres peuples de la Scandina- 
vie croyaient qu'après cette vie ils 
allaient dans un lieu de délices cù 
les âmes n'avaient que Dieu y^our 
maître. (Joa.n. .Mag.nus Gothus, lib. i 
Uist., c. 13.) 

Evolution gauloise ou druidique. — 
César raconte que les druides se ser- 
vaient du motif de l'immortalité pour 
encourager les peuples de la Gaule à 
braver les combats, les dangers et la 
mort. {De bello Gallico, lib. vi.) Leur 
théologie de l'immortalité consistait 
dans une espèce de métempsycose 
qui impliquait, du côté de l'origine, 
la théorie de la préexistence des âmes, 
et, du côlé de la fin, des transmigra- 
tions de monde en monde assez sem- 
blables à celles des bouddhistes. C'est 
de là que quelques esprits philoso- 
phiques de notre temps, dont Jean 
Reyuaud et Henri Martin sont les plus 
connus, ont pu renouveler cette sys- 
tématique qui ne diffère pas, au fond, 
de celle d'Origène et de plusieurs néo- 
platonicien* d'Alexandrie, en ladisant 
une restau rai ion de la religion de nos 
ancêtres les druides. 

Evolution musulmane. — Tout le 
monde sait que le dogme de l'im- 
mortalité avec des peines et des ré- 
compenses est, après celui de l'unité 
de Dieu, le plus imputant de la 
théologie du Coran. Quant aux ta- 
bleaux du paradis de Mahomet , 
ainsi que de son enfer, nous devons 
dire en passant que les commenta- 
teurs du prophète, et les théosophes 
de l'islamisme, ne voient dans ces 
tableaux que des métaphores tirées 
d'objets sensibles, dont se servit le 
législateur pour faire pénétrer les vé- 
rités qu'il annonçait dans les esprits 
flrossiers des anciens Arabes j que 
2 



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18 



IMM 



leurs explications dos récompenses 
et de - peine \ futures sont très- piri- 
tuaiistcs, et qne Mohammed lui -même 
dii au cbap. xxxix, 23,24, après avoir 
promis les jardins où coulent les 
fleuves et où se promènent le i humas 
pleines de grâces, que « le Seigneur 
ne rougil pa ï de déclarer ces choses 
m paraboles de proposer de sem- 
blables allégories. » (On peut lire, 
s mi- la m 03 ance des coahométans Ma- 
ri ci et Hottinger.) 

Ei olution mexicaine, — (tu i han- 
tait, au Mexique avant l'entrée des 
Européens, deux paradis, l'un appelé 
la maison du soU il, l'autre le tlaloam ; 
dans le premier, les âmes saluaient 
le lever «le l'astre du jour par îles 
il, uises et des chants d'allégresse ; 
dans le second, elles célébraient des 
festins sons les frais ombrages ; dans 
l'un et l'autre un menait une vie «le 
déliées, puis un rentrait dans des 
corps animés. On chantait aussi le 
miction, nu l'eiiler, d'où les âmes ne 
sortaient que pour animer des insectes 
et des reptiles. 

Peuplades prises çà ei là dan s tmiirs 
les parties du monde. — Les Lapons 
avaient leur ciel qu'ils nommaient le 
jabmé-aimo, où l'on reprenait des 
corps nouveaux, oùl'ori était heureux 
pour toujours, et où l'homme se re- 
trouvait en compagnie des animaux, 
immortels comme lui. — Les Groen- 
landais plaçaient Leur paradis, les 
uns au fond de l'Océan, les autres au- 
dessus des nuages ; les premiers met- 
taient les âmes des méchants dans le 
vide de l'aii', soutirant perpétuelle- 
ment la faim. — Les Mandons attri- 
buent a chaque individu quai re âmes 
dont la dernière retourneau Seigneur 
de la vie qui lui donne une existence 
en rapport avec sa conduite sur la 

terre, soit dans des villages seul dans 

le soleil, soit dans une étoile. •— Les 
habitants de Formose croient au pont 
des Parais et des musulmans que les 
bous traversent et d'où les méchants 
tombent dans la fosse du malheur. — 
D'après Kircher il n'y a au Japon 
qu'une secte de matérialistes peu en 
houneur, et tout le reste croit à l.i 
vie future ; les sintoïstes de ce pays 
placent le ta-kamano-ivara, ou para- 



dis, au-dessous du trente-troisième 
ciel. — Les habitants des Mariaues 
placent leurs Champs-Elysées sous la 
terre, et ils nomment leur enfer le 
zazarroguan. — Dans les Oarolines, 
ciel et enfer ; prêtresses que l'on 
croit en communication avec les Ames 
des morts ; celles de ces âmes qui 
Eontdédarées par ces prêtresses avoir 
été admises au paradis sont invoquées 
et prises pour tuhoutoup, c'est-à-dire 
patrons. — Tous les nègrej de l'A- 
frique croient à un paradis pour les 
âmes qui ont vécu; la plupart admet- 
tent un passage alternatif des esprits 
humains d'un monde à l'autre, et 
disent qu'ils sont successivement in- 
carnés dans le sein de plusieurs 
mères. — Les Péruviens distin- 
guaienttrois mondes, le Iwimn-panha, 
le hurin-pacha,etle ven-pacha, le pre- 
mier, pourlesgens debien, ou l'âme 
était tranquille dans un corps qui se 
reposait toujours, le (hunier pour les 
méchants, le moyen pour l'épreuve. 
— ■ Les Natchez croyaient que les 
âmes retournaient au soleil d'où elles 
étaient descendues. — Les Virginiens 
imaginaient des danses et des chants 
en compagnie des aneètrespourleurs 
prêtres morts ; en général, toutes les 
tribus sauvages de l'Amérique du 
Nord croyaient à la pal'mgéuésie ; ils 
pensaient rencontrer l'âme de leurs 
parents morts dans des Heurs, dans 
des étoiles, dans des étrangers visi- 
tant leur pays, etc. — Dans les îles 
de l'Océanic, mêmes idées avec des 
variantes à l'infini ; métempsycose à 
peu près partout. — Pour faire un 
résumé complet, il faudrait citer tous 
les groupes grands et petits, mon 
tionnés par l'histoire et par les voya- 
geurs. (On peut lire sur la croyance 
des Américains et autres peuples, 
Patczzi, lib. m, c. 18, Diss. de sed. 
inf.) 

Evolution abrahamique ou hébreue. 
— Ce serait ici le lieu de tenir la pro- 
messe, que nous avions faite dans 
nos Harmonies, d'une étude sur la 
croyance des anciens Juifs à la vie fu- 
ture, et sur nos Livres sacrés de l'An- 
cien Testament relativement à celte 
question; mais la place nous man- 
que, et nous renvoyons au traité spé- 



IMM 10 

cial de l'allemand Beecher (1), dont 
M. Isidore Calien, fils du dernier et 
du plus hébraïque des traducteurs de 
la Bible, vient de publier une édi- 
tion en français. L'auteur y répond à 
toutes les difficultés qu'on a élevées 
sur ce point d'histoire et démontre 
que les anciens Hébreux croyaient à 
l'immortalité de l'âme comme les 
autres peuples. Nous ajouterons seu- 
lement l'observation suivante, sur nos 
Livres sacrés. 

On ne peut contester que la survi- 
vance des âmes ne soit ou enseignée 
ou supposée dans plusieurs des livres 
de l.Ancien Testament, tels que les 
Machabées, la Sagesse, Tobie, quel- 
ques passages des prophètes, quel- 
ques psaumes, les Juges, le poème 
de Job (2). La grande difficulté porte 

(1) L'immortalité de l'âme chez les anciens Bé- 
brev.1. — Un pont aussi con-ulter les études moins 
modernes de Bartolocci. [Sibl. rabb., in Dis'!, de 
infer.) 

(î) Voici, d'après le garant P. Perrone, la tra- 
duction littérale sur l'hébreu, de la fameuse phrase 
de Job relative à la résurrection : 

Je connais mon vengeur vivant, et, dans la 
suite (on, à la fin), devant se tenir debout (ou, il 
te tiendra debout) sur la poussière; et, après 
qu'ils (les veis) amont mangé (on consomme) 
cette peau mienne, cependant je verrai Dieu de 
machair (e carne mea); lequel je verrai pour 
moi (mihi, à moi; le sens est : à moi propice)- et 
mes yeux ont ou (c'est, disent les ixaductouis.' Je 
passé pour le présent; viderunt pour videbvnt, ce 
guise conçoit quand on suit le sens), et non un autre 
(non alius). Mes reins ont défailli sous mon sein. 
On ne conçoit guère qu'on se soit acharné contre 
cette phrase pour n'y pas voir l'idée d'une résur- 
rection; car l'Idouiéen Job participait nécesaire- 
inontaux croyances de l'antique Orient; or, il ^st 
»»lr.teiwn t. établi que les anciens Egyptiens, Arabes, 
Lbaldeens, Perses. Mèdes et Indiens croyaient a 
trtie résurrection dos corps. Mosheim disait qu'ils 
u avaient que l'ombre de celte croyance ; c'en se- 
rait déjà assez pour rendre très-naturelle la pro- 
fession de Job ; mais aujourd'hui se révèlent sans 
cesse de nouveaux tocunients qui prouvent do plus 
eo plus qu'ils eti avaient mieux que l'ombre. (1857) 
Voici tamment Henan traduit le même passage 
de Job : ije sais que celui qui doit me [ttstllei- e°st 
vivant, et qu'il apparaîtra enfin sur la terre. Quand 
cette peau sera tombée en lambeaux, réduit a l'état 
de squelette, je verrai Dieu. Je le verrai par moi- 
même; mes yeux le contempleront, non ceux d'un 
autre: mes reins s'en consument d'attente au dedans 
de moi » 

Et M. Renan dit, entre antres choses, â propos 
de-ce passage, dont il ne peut contester l'authen- 
ticité a cause de sa liaison avec le reste du poëme 
et ,le son style : « jusques vers le temps de Job 
(/00 ans avant J. C. (i) l'esprit sémitique s'était tenu 

(t) M. Renan démontre que le li.re de Job ne peut pat 
remonter a moins de 700 ans avant J.-C. Mais il ne dé- 



IMM 



sur les cinq livres de Moïse, dans 
lesquels on s'étonne de ne trouver 
aucun enseignement formel à ce sujet. 
Or nous répondrions à cette difficulté 
par les raisons que voici: 1° L'esprit 
de ces livres nous paraît donner à 
conclure cette vérité, par l'attention 
même qui est prise de ne la nier ja- 
mais ; comment Moïse qui s'élève si 
fort contre toutes les superstitions 
des nations voisines ne se serait-il 
pas élevé contre toutes celles qui se 
rapportaient à cette vérité, — telle 
que la métempsycose, — s'il n'y avait 
pas cru lui-même avec son peuple ? 
Car il est prouvé par l'histoire que 
ces nations partageaient, à ce sujet, 
la croyance universelle. 2° Quelques 
passages sont favorables au dogme 
de l'immortalité ; tel est celui de la 

dans une théorie de la destinée humaine d'une prodi- 
gieuse simplicité. L'homme, uprè; sa mort, descendait 
an Schéolfihytm souterrain qu'il est souvent difficile 
de discerner du tombeau, et où les morts conser- 
vaient une vague existence analogue à celle des 
mânes de l'antiquité grecque et latine, et surtout à. 
celle des ombres de l'Odyssée. Le dogme de Vim- 
mortnlité de l'âme, qui eut offert une solution im- 
médiate et facile aux perplexités dont nous parlons, 
n'apparaît pas un instant, au moins dans le sens 
philosophique et moral que nous y donnons; la ré- 
surrection des corps n'est entrevue que de la façon 
la plus indécise. La mort ne réveillait aucune idée 
triste, quund l'homme allait rejoindre ses pères, et 
qu'il laissait après lui de nombreux enfants. A cet 
égard, nulle différent» n'existait entre les Hébreux 

et Us autres peuples de la haute antiquité 

Mais toutes les idées furent troublées, quand 'des 
catastrophes comme celle de Job se racontèrent 
sous la tente jusque-là pure de tels scandales. Touta 
lu vieille philosophie des pères fut en désarroi ; 
les sages de Théman, dont le premier principe était 
que I homme reçoit, ici-bas, sa récompense et son 
châtiment, se trouvèrent des esprits arriérés ; en 
présence de tels malheurs, ils ne surent que pleurer 
à teir» en silence, durant sept jours et sept nuits, » 
M. Renan dit encore en parlant de nos jours : 
« L'avenir de l'homme n'est pas devenu plus clair 
et. peul-étre est-il bon qu'un voile éternel couvre 
des vérités qui n'ont leur prix que quand elles sont 
le fruit d un cœur pur. Mais un mot. que ni Job ni 
se- amis ne prononcent, a acquis un sens et une va- 
leur sublime : le devoir (1), avec ses incalculables 
conséquences philosophiques, en s'imposant à tous, 
résout tous les doutes, concilie toutes les oppositions 

montre pas qu'il ne soit pal antérieur 4 cette date ; pour 
nom il porte un caractère d'antiquité sémitique plut profond 
que celui d'anUquité grecque que portent les poèmes d'Ho- 
mère, et nous le croyons beaucoup plu» ancien que ne le dit 
M. Rcnan- 

Ls Nom (1874.) 
(1) Proudhon, qui cite ce passage en y adhérant, ajoute 
ici entre parenthèses : c pourquoi ne pas dire la justice ' » 
nous Irouvons la note assez puérile ; le devoir et la justice, 
c'est la même chose, puisque ce qui est juste se trouve tou- 
jours placé entre un devoir st un droit. 

iE Nom (1874.) 



IMM 



Genèse qui représente Dieu disant a 
l'homme (Gen. h, 17) : Si tu manges 
ce fruit tu mourras, et la suite ; ce 
passage nous donne l'être humain 
comme étant immortel par sa nature 
première, explique sa mortalité pré- 
sente par une peine encourue après 
la création, et promet une neutrali- 
sation de ce résultat en annonçant 
que le mal, qui en est le principe, 
sera écrasé un jour par la femme ; or 
tout cela ne peut guère concorder 
qu'avec l'idée qui fait de la mortalité 
de cette vie une simple dissolution 

et sort de base pmir réédifier ce que la raison détruit 
ou laisse eronler. Grâce a cette révélation sens 
équivoque ni obscurité, nous affirmons que celui 
qui aura choisi lu bleu aura été le vraisage. Celui a 
sera immortel ; Car ses œuvres vivront dans le 
triomphe définitif de la Justice, le résumé de l'œuvre 
divine qui s'accomplit pour l'humanité. L'humanité 
fait du du in comme l'araignée file sa toile ; la 
marcho du m m le ul enveloppé»' à» ténèbres, mais 
q va vers Dieu. etc. . {Job, par E. Rhuh, 1860.) 

Nom BUriooa heauconp à di. e sur c tte manier» 
obscure d'infirmer les preuves, nou pas de Dieu — 
M. Renan est formellement théiste, — non pus de la 
mora l. — Jl. Renan alfiime le devoir comme l'évi- 
dence même, et il a raison — mais de l'immortalité 
des âmes, qui pourtant est aussi claire pour nous 
que Dieu et la morale, Bprés que l'un et l'antre 
ont été admis ; nous ne ferons que relever certains 
points do ces observations qui sont d'une faiblesse 
excessive: 

D'un côté, M. Renan nous dit que dans I anti- 
quité sémitique, grecque, etc. « la théorie de I. dos- 
tlnée humaine » était leune dans une prodigieuse 
simplic.té » sur laquelle 1» philosophie nnt pins 
tord ajouter son progrès, à partir ■ du lê»ai 
causé dans l'esprit humain par le» t catastrophée 
comme celle de Job » ; et de l'autre, il nous du 
qu'aujourd'hui encore, nous ne sommes pas plus 
avancés, en clarté, sur cette destinée, mais seule- 
ment sur l'idée du devoir. Comment concilier de pa- 
reilles contradictions ? et comment concevoir que 
M. Renan n'ait pas trouvé, dons le libre de Job, 
l'affirmation la plus claire, la plus énergique .lu 
devoir et de la justice, loisqueJob sur son fnnuer 
et dans tons les maux qui l'accablent, prétend, avec 
sa seule conscience contre la providence elle-même, 
qu'il n'a point failli au devoir du juste, et que D.eu 
lui donne raison tout en permettant è Salan de le 
mettre à la torture? Eo vérité, ce n'est pas la 
peine d'appioudre l'hébreu, de le professer et .lo 
tr'ViireJob, pour le si peu comprendre. Un rnys- 
tè reste sons doute dam ce poème prodigieux, 
le ,)!us be.m de tous les poèmes au dire de nos 
poètes romantiques, Lamartine et V. Hugo, un 
mystère qui sera toujours le mystère insoluble sans 
le fameuse inspiration du jusies : je sais que celui 
qui doit me justifier est vivant... et que je verrai 
Dieu I • Mais ce n'est pas le mystère de la justice 
et du devoir, qui ne fut jamais mystère, pas plus 
dans l'antiquité qu'aujourd'hui; c'est le mystère du 
mal et de la douleur soufferte en cette vie sans 
être méritée, avec nu Dieu juste et un Dieu bon. 

Quand M. Renan nous représente la catas- 
trophe de Job comme jetant, pour la première fois, 
le désarroi dans le cercle des sages, est-il moins pué- 
ril ? est-ce que des justes n'avaient pa« «oull»»* 



20 IMM 

de la forme corporelle tirée de la 
poussière et retournant en poussière, 
pendant que l'àme personnelle con- 
tinue de vivre selon les convenances 
de sa nature. Tel est encore le suivant: 
Dieu dit à Abraham {Gen. xv, 1) : Je 
suis ton protecteur et ta récompense 
excessivement grande, [magna nimis, 
grande au delà de toute proportion, 
infinie) ; peut-on avoir Dieu môme, 
l'infini, pour sa récompense intinie 
sans être immortel? Et si Abraham 
parait, ensuite, ne se préoccuper que 
de sa postérité, Moïse n'en a pas 

ivant Job? La souffrance du juste sur cette terre, 
c'est l'histoire même de l'humanité ; cette histoire 
commença avec l'homme, avec Abel injustement 
sacrifié par Cain, et le mystère du mal commença 
en mémo temps. Job n'est iii'iin ép sodo dans le 
martyrologe des justos malheureux, et les argu- 
ments dos sages de Théman ne sont qu'un dos ms 
du sang d'Ahel, un de* pleurs de Jeanne d'Arc 
brûlée, une des angoisses du peuple mourant da 
faim, durant tons les uges. 

Ls révélation de Dieu et de la ju-tice est sans 
équivoque, dit M. Renan ; et celle de iimmortnMé 
serait obscure comme si la déduction de deux prin- 
cipes pouvait être obscure quand les principes sont 
clairs I 

Que Proudhon vienne ou secours do Renan en 
nous disant : « Job se Datte d'être réhabilité après 
■a mort par Kieii même, reudaut son jugemont en 
présence du cadavre du juste calomnié. 11 ne s agit 
ici, comme on l'a cru, ni d'immortalité ni de ré- 
surrection; Job n'espère pas de revenir à la vie. 
Mais il jouit par avance du téinoignsgo de Dieu, 
qu'il avait vu déjà à travers Bel urhites sans 
pupilles. Ses paroles nous rappellent celles d'Ho- 

re , faisant consister l'être non dans l'aine, mais 

dans le corps ;cellos de Virgile, faisant dire à l'om- 
bre de Palmure : J\unc me fiuctut habet. Tel est 
le sens de ce passage qui a tant embarrassé les 
commentateurs. . (De la Justice dam la Reoolu- 
tion et dans l'Eglise. Notes et éclaircissements. 
t„m. V p. Î34.) 

Cette interprétation est aussi forcée que celle 
nu insinue M. Renan sur « les mœurs de l'antiquité 
erecque et latine » et suc . les ombres de 10- 
dvssée. > Ces mœurs et ces ombre» ne sont pas de» 
rien», j'imagine, puisqu'elles ont conscience de 1er» 
é:re et discourent entre elles et avec les vivant i 
la conscience n'est-elle pas tout l'homme? (V 
ne sont pas des corps puisque ce ne sont que É» 
ombres, des ombres de corps, et des mânes der 
prits; c'est ainsi que l'imagination poétique se TC 
présentait l'être n'ayant plus que sa consc:«nc&, 
mais ayant tout soo être en ayant estte conscience 
et n'avant qu'elle. C'est l'éme de Saûl qui s'évo- 
que dû S ben! chez les Sémites; e'e.t l'ombre de 
Palinure qui se voit aux enfers, chez les Romain» 
et chez les Grecs; c'est toujours la même chose, 
puisque c'ost la conscience. Or, la conscience c'est 
l'ame; et vous dites que c'est le corns, lorsque du 
corps il ne reste plus que l'ombre I Quand donc 
cesserez-vous de torturer de la sorte les langages? 
L'humanité a fait ses langues pour elle, nom savons 
ce qu'elle a toujours entendu par les mots qui le» 
composent; de quel droit venez-vons les refaire a 
l'image de vos rêveries? ,.._.. 

B L« Nota (1874). 



IMM 

moins laissé à son peuple cette pa- 
role, riche en déductions. 3° Moïse 
n'a que deux pensées sur l'esprit , 
fonder un peuple qui soit solidement 
monothéiste, et lui donner une or- 
ganisation sociale toute particulière; 
il n'est donc pas surprenant qu'il 
passe le reste sous silence, ne serait- 
ce que pour se conformer à cette 
\ règle de prudence, qu'il ne faut pas 
1rop embrasser pour réussir. 4° Enfin, 
éviter de parler de l'immortalité de 
î'âme nous parait, chez Moise, un de 
ses plus profonds traits de génie ; ce 
dogme était, dans toutes les nations, 
surchargé de superstitions idolàtri- 
ques, fétichistes, polythéistes, my- 
thologiques ; en l'enseignant comme 
point essentiel allant de pair avec son 
théisme, il eût exposé son peuple à 
se jeter dans ces superstitions, et eût 
compromis toute sa loi ; il ne le nie 
pas, il ne l'affirme pas, il le tait seu- 
lement, en sorte que, plus tard, les 
saducéens qui n'y croiront point ne 
seront pas exclus, pour cette raison, 
delagrande sacrilicature (1); et voilà 
certainement le parti le plus sage 
qu'il eût à prendre, pour réussir à 
fonder solidement son monothéisme 
et son socialisme, qui étaient les seuls 
points difficiles, celui de l'immortalité 
do l'âme ne pouvant manquer de ve- 
nir seul et ne devant même se déve- 
lopper que trop facilement eu égard 
aux dangers qu'il traînerait à sa suite. 
En ne le niant ni ne l'affirmant, Moïse 
évitait, à la fuis, le double péril d'en- 
trainer son peuple au mythologisme 
ries métempsycoses et à l'incrédulité 
matérialiste; et il remettait à l'ave- 
nir le soin de s'établir de lui-même 
entre ces deux excès dont l'un servi- 
rait à l'autre de contre-poids et 
de remède avec une autorité fondée 
sur le silence de sa loi. C'est ainsi 
que la secte saducéenne, qui n'était 
pas hors de cette loi, fut très-utile 
aux Juifs pour les empêcher d'aller à 
des superstitions auxquelles les au- 
tres sectes étaient naturellement 
portées (2). 



(1) 11 y eut des saducéens qui furent grands prêtres. 

{ï) M. Klein, grand rabbin d'Alsace, dans son 
livre le Judaïsme, ou la vérité sur le Talmud, 
Mulhouse, 1839, dit qu'il netrouve pas dans le Pau 



IMM 

Evolution chrétienne. — Chacun de 
nous la connaît assez, ainsi que l'E- 
vangile qui en est le point de départ, 
pour savoir que le dogme de l'immor- 
talité en est aussi inséparable que 
celui de l'existence de la Trinité di- 
vine, lui sert de pivot, se mêle à 
tous ses développements philosophi- 
ques, politiques, sociaux, artistiques, 
littéraires, et même scientitiques et in- 
dustriels; il domine tellement cette 
évolution que tout en elle est sté- 
rile, s'il n'est conservé comme prin- 
cipe de vie; c'est ce qui apparaît avec 
éclat dans les révolutions religieuees, 
philosophiques et sociales, ces gran- 
des crises qui sont tout à la fois des 
maladies et des guérisons, des accès 
de rage et des conversions sublimes 
de l'humanité ; celte vérité surnage 
à toutes les ruines, domine tous les 
progrès. Un des plus grands, des 
plus beaux, et des plus mémorables 
discours qui soient jamais tombés 
d'une tribune restera celui dans le- 
quel l'élève de Rousseau le spiritua- 
liste, Robespierre, cria à la Conven- 
tion, à la France, à l'Europe et au 
monde : 11 y a un Etre suprême, et 
nous sommes immortels (1). 

Nous avons passé en revue toutes 
les grandes évolutions de notre his- 
toire; or est-il possible qu'il sorte 
jamais de l'éternel atelier qui est 
le royaume originel et absolu du 
vrai, du bien et du beau, une société 
intelligente et morale imprégnée à 
ce point d'une telle croyance, sans 
que cette croyance ait pour objet des 
réalités? L'erreur se conçoit dans le 
particulier, elle ne se conçoit pas dans 



tatenque, Yimmortalilé ds l'ùrne, la vie future, la 
résurrection des morts enseignées formellement ni 
explicitement énoncées; mais il ajoute que ce fut 
toujours uno vérité reconnue dans le judaïsme, que 
la tradition transmettait des vérités avec un moyen 
de les trouver dans le texte, comme elle trans- 
mettait les sons-voyelles des mots sans qu'ils eussent 
de signes propres. 

On peut lire aussi sur ce sujet : Le dévelop- 
pement de l'idée religieuse dans le Judaïsme, le 
Christianisme et l'Islamisme, par M. Puilippson, 
trad. par Lovy-Bing, Paris, 1856. (1874). 

(1) 11 parait ressortir assez clairement dit dernier 
ouvrage de M. Proudhon {De la Justice dans la 
Révolution et dans l'Église), que la principale 
raison de la haine avec laquelle le spirituel et vi- 
goureux pamphlétaire de la foule matérialiste pour- 
suit Robespierre, est dans ce discours mémo, qu'il 
ne saurait lui pardouaer. 



IMM 



22 



IMM 



l'universel, elle ne se conçoit pas in- 
hérente à la nature même. 

CONCLUSION. 

La majeure a posé et démontré 
a priori l'impossibilité d'une huma- 
nité existant, dans les six conditions 
qu'elle a spécifiées, et dépourvue 
d'une vie future. 

La mineure a constaté la réalité 
de ces conditions dans cette huma- 
nité présente dont chacun de nous 
fait partie, et dont il nous est impos- 
sible de révoquer en doute l'exis- 
tence. 

Donc il est nécessaire de conclure, 
comme la mineure l'a déjà l'ait a l'oc- 
casion de chaque détail, que nos 
personnalités survivent a la mort 
dans une existence où se complètent, 
se synthétisent, se résolvent, s'expli- 
quent, et s'harmonisent toutes les 
mystérieuses et incompréhensibles 
données de cette vie terrestre. 

Nous avions ajouté dans la pre- 
mière proposition, que fêtai de f/ran- 
dmtr et de bien-être de cette oie future 
doit être proportionnel h l'état moral 
bon ou mauvais où ta personnalité hu- 
maine se sera constituée dans la vie 
présente. Or ceci est la conséquence 
inséparable delà preuve elle-même, 
puisque cette preuve repose sur cette 
considération que l'état de cette vie 
n'est ni terminé, ni ordonné de ma- 
nière à répondre aux nécessités éter- 
nelles de l'achèvement des choses, et 
de leur ordonnance selon la justice 
et la sagesse. 

Il nous reste à établir les deux 
autres propositions, sur l'immorta- 
lité proprement dite, et sur l'immor- 
telle distinction du vice et de la ver- 
tu ; or. quelques réflexions suffiront 
pour faire découler également ces 
deux vérités de la démonstration pré- 
cédente. 

Nous ne cherchons pas à prouver 
que la vie qui suivra immédiatement 
celle-ci soit, à elle seule, immortelle 
et ne doive pas être suivie elle-même 
de transformations ; ce point nous 
parait impossible à établir par la rai- 
son et peut-être même par la révéla- 
tion, comme nous le disons plus loin. 
Nous voulons seulement démontrer 
que notre moi personne!,notre ego,ne 



sera jamais anéanti, et nous croyons 
que la raison peut conduire jusqu'à 
cette certitude. 

I. Parmi les six considérations sur 
lesquelles nous avons fondé la preuve 
d'une survivance, il en est deux qui 
conduisent à la preuve de V immor- 
talité absolue ; ce sont la première et 
la dernière. 

Notre idée, notre sentiment, notre 
intuition, notre conviction naturelle 
ne se borne pas à nous révéler une 
vie future, elle nous prêche Vimmor- 
talité absolue, puisqu'elle est, en 
nous, une même chose avec l'horreur 
de l'anéantissement. Que m'importe- 
rait une seconde vie, ou une multi- 
tude de secondes vies, et que seraient 
pour moi ces existences, s'il m'était 
dil qu'au bout je trouverais le néant? 
Les myriades de siècles ne me satis_ 
feraient pas mieux que quelques 
heures; telle est ma nature, telle est 
ma soif de l'infini, telle est ma pré- 
tention invincible, tel est mon or- 
gueil, et je le tiens de ma cause, tant 
il entre intimement dans la constitu- 
tion même de mon individu. C'est 
l'au delà sans terme qu'il me faut, 
c'est l'amour éternel d'un bien éter- 
nel qui seul me contente; j'en ai 
l'idée, j'en ai l'espérance, et si ce ne 
sont là que des illusions, il n'existe 
pas de rectitude absolue dans la loi 
universelle, il n'y a plus d'harmonie» 
dans le développement des mondes. 
.Jamais n'est sortie ni ne sortira de 
l'éternité une conscience qui rêve 
comme moi son immortalité et qui 
l'espère de même, sans qu'elle soit 
immortelle, ou bien il faut dire que 
la contradiction et la folie sont les 
uniques et éternels dieux. 

Même raisonnement sur la preuve 
tirée de la solidarité du dogme de 
l'immortalité avec tous les développe- 
ments de l'humanité totale. Ce n'est 
pas seulement l'idée d'une survivance 
qui préside ainsi à l'évolution hu- 
maine, c'est encore l'idée d'une vé- 
ritable éternité future, celle de l'ab- 
sence d'anéantissement à jamais. 
Tous les échos des croyances humai- 
nes répètent, depuis le commence- 
ment du monde, ce que chantait, 
cinq cents ans avant le Christ, le 
poëte-philosophe Phocylide : « Mor- 



IMM 



23 



IMM 



tels, nous avons pou de temps à vi- 
vre ; quelques instants nous sont ac- 
cordés. Mais l'âme n'éprouvera pas 
la vieillesse; elle jouira d'une éter- 
nelle vie » ; et ce que mettait en vers 
pour ses disciples le père des sages 
de la Grèce : « Donne à la raison la 
première place ; content de te laisseï 
conduire, abandonne-lui les rênes ; 
t't quand tu auras quitté ta dépouille 
mortelle, tu monteras dans l'air li- 
bre, tu deviendras un dieu immortel, 
incorruptible, et la mort n'aura plus 
d'empire sur toi. » (Pythagore.) 

Le système bouddhiste est le seul 
qui ait donné lieu à quelques doutes 
sur cette question, malgré les non - 
bres incalculables de vies successives 
qu'il nous attribue ; mais nous avons 
dit que, s'il faut accorder à ce sys- 
tème, professé aujourd'hui encore 
par une moitié du genre humain, le 
sens de la non-éternité des peines, on 
doit reconnaître que son Jiin mm, ce 
ciel où planent les âmes, n'est point 
l'anéantissement, à proprement par- 
ler, mais an rendez-vous dernier de 
tous les êtres au sein du bonheur 
absolu delà contemplation quiétiste; 
les bouddhistes exagèrent cette con- 
templation, et ilsl'expriment par des 
métaphores qui paraissent ne laisser 
aucune place à la persistance de laper- 
sonnalité ; c'est un reproche que plu- 
sieurs de nos sectes chrétiennes, et 
même de nos théologiens contempla- 
tifs ont aussi mérité; mais il y a loin 
de ces exagérations à la théorie crue 
de l'anéantissement. 

Il suit de ces deux observations que 
notre première et notre sixième 
preuves vont à établir l'immortalité 
absolue en même temps que la 
simple survivance, et que pour leur 
contester la valeur dans un sens, 
il faudrait la leur contester dans l'au- 
tre ; d'où nous tirons la certitude 
réelle de notre éternité dans l'avenir, 
vuqu'à notre avis, et après méditation 
sérieuse, c'est vraiment sortir du 
cercle rationnel, que de traiter d'il- 
lusoires de pareils faits humains. 
Nous sommes loin de nier la possibi- 
lité et la réalité de grandes illusions 
dans notre humanité, mais nous dé- 
fions la critique d'en trouver un seul 



exemple qui put servir à expliquer 
celui-là. 

II. Nous ajoutons le dilemme vi- 
vant qui nous parait également dé- 
cisif. 

Ou nos personnalités auront dans 
la vie future, nu une des vies futures, 
la liberté du mal comme dans la vie 
I ii '-ente; ou elles n'auront pas cette 
liberté. 

Or, dans la première hypothèse, la 
vie future n'est qu'une prolongation 
de celle-ci; avec cette liberté du mal, 
on y ramène de nouveaux désordres, 
de nouvelles injustices, de nouvelles 
ruptures d'harmonie; et, par suite, 
on y fait renaître une même série 
d'arguments démonstratifs de la né- 
cessité d'une autre période qui fasse 
compensation ; et si l'on continue 
toujours la même hypothèse pour 
des périodes successives, on va né- 
cessairement à une espèce d'immor- 
talité qui est l'immortalité peu ra- 
tionnelle de l'épieuve elle-même. 

Dans la seconde hypothèse, ou nos 
personnalités, sans avoir la liberté 
du mal, auront la puissant e de s'éle- 
ver dans le bien; les coupables celle 
de redevenir bons, et de parvenir, 
après un temps, quelque long qu'on 
le suppose, à une réhabilitation qui 
les mettrait de pair avec les autres; 
les bons et les redevenus bons, celle 
de redevenir de plus eu [dus meil- 
leurs, et de grandir indéfiniment en 
bonheur et en gloire ; ou elles n'au- 
ront pas cette puissance. 

Or, dans la première supposition, 
il est contraire à la droite raison de 
supposer l'anéantissement des mé- 
chants et des bons ; celui des mé- 
chants, puisqu'ils sont supposés envoie 
de guérison, qu'on leur attribue par 
là même la continuation du délire de 
l'immortalité, avec intensité crois- 
sante, et que, dans une pareille sup- 
position, on ne peut concevoir que 
la bonté absolue détruise un être au 
moment où s'opère en lui la réédili- 
cation du bien ; celui des bons pour 
des raisons à peu près semblables : 
ils grandissent dans la vertu, le bien- 
être et la gloire ; donc, étant suppo- 
sés les mêmes qu'ils étaient dans 
celte vie, avec même nature, même 



IMM 



24 



conscience, même sentiment de leur 
identité, ils sont supposés désirer et 
espérer l'immortalité de plus en plus 
vivement, et par conséquent la loi de 
sagesse, de justice et de bonté leur 
doit sans cesse ce qu'elle leur donne 
des raisons de plus en plus fortes de 
désirer et d'attendre. N'agirait-elle 
pas, d'ailleurs, sans motifs, si elle les 
anéantissait dans de pareilles condi- 
tions, et la supposer ainsi capricieuse, 
n'est-ce pas la détruire ? 

Dans la seconde supposition, ou 
bien on ne fera qu'enlever à la caté- 
gorie des mauvais la possibilité de 
rejoindre jamais celle des bons, en 
laissant aux uns la perspective d'une 
mitigation indétinie de leur état, et 
aux autres celle d'une ascension indé- 
tinie vers de nouvelles grandeurs ; ou 
bien on fixera les uns et les autres 
dans un état permanent d'immo- 
bilité. 

Or, dans le premier cas, reviennent 
les raisons de la supposition précé- 
dente ; car l'amour de l'existence ne 
peut aller qu'en augmentant dans 
les deux catégories, quoiqu'elles ne 
doivent jamais se confondie, et l'ab- 
solu n'a aucun motif d'anéantir l'une 
ou l'autre durant sa progression. 

Et quant au second cas, soit qu'oa 
le fasse arriver immédiatement après 
la mort présente, soit qu'on ne le 
fasse arriver qu'après des multitudes 
de périodes à caractère quelconque, 
si la possibilité d'anéantissement des 
mauvais doit être avouée moins dé- 
raisonnable, celle des bons continue 
d'être incomprébensible ; mais, pour 
tout dire, cette supposition d'une 
complète immobilité des uns et des 
autres nous parait incompatible, de- 
vant la raison pure, avec les attributs 
de l'absolu et les caractères de ses 
productions, d'où il suit qu'étant rayée 
de la série des hypothèses ration- 
nelles, il n'en reste pas une seule dans 
laquelle l'anéantissement ne soit en 
incompatibilité avec l'universelle har- 
monie. 

Nous pouvons donc prédire, sur 
les données qui sont ouvertes à notre 
raison par la raison éternelle des 
choses et par les faits présents, que 
nous serons immortels ; nous pouvons 
le prédire avec moins de chance de 



IMM 

nous tromper que nous n'en avons 
lorsqu'en nous couchant le soir nous 
concluons, de l'harmonie permanente 
des mouvements célestes, que le so- 
leil se lèvera te lendemain. 

III. 11 s'agit enfin d'établir la né- 
cessité rationnelle d'une éternelle 
distinction entre la catégorie des 
bons et celle des méchants de cette 
vie, en sorte qu'elles ne se retrouvent 
jamais confondues. 

Déjà n'avons-nous pas fait voir, au 
mot Vie étemelle de nos Harmonies (1), 
que cette distinction, aussi longue 
que l'existence, par suite de l'état 
moral dans lequel on s'est fixé durant 
la vie présente, est une suite insépa- 
rable de l'ordre de justice, de sagesse 
et d'harmonie de toutes choses? Nous 
ajouterons ici le raisonnement sui- 
vant. 

De quelque façon qu'on imagine 
l'existence ou les existences futures, 
la raison dit qu'il est impossible que 
l'usage qu'on a fait de sa liberté, et 
le choix définitif pour lequel on s'est 
déterminé durant une vie d'épreuve, 
n'établisse pas une différence indélé- 
bile. Il est d'abord contraire à l'es- 
sence des choses que le passé s'efface 
de manière à devenir n'ayant pas été, 
et de cette impossibilité de rature du 
passé sur le livre des êtres résulte 
déjà une catégorisation persistante 
de ces êtres, laquelle devient plus 
formelle si l'être est une personna- 
lité ayant souvenir d'elle-même, puis- 
qu'ellecstdès lors constamment sentie 
et rélléehie dans sa pensée. Quand on 
supposerait des recommencements 
d'épreuve, des retours de liberté, des 
aventures à l'infini, on n'eifacerait 
jamais cette première cause, et il en 
résulterait une distinction qui ne fi- 
nirait pas au sens métaphysique dont 
nous parlons en ce moment. 

Cela posé, il y a quatre manières de 
quitter la vie présente : la quitter bon 
sans avoir jamais été mauvais, la quit- 
ter bon après été mauvais, la quitter 
mauvais sans avoir jamais été bon 
par liberté, et la quitter mauvais après 

(1) Ou peut voir cet article reproduit par partiel 
dans le présent dictionnaire aux mots suivants : 

UbMEUEES ÉTERNELLES; MlTlGATIOS DES PEINES! FlXITE 

des «mes; Vie tmxiLU (les états direr» de la), 
et Elus (nombre des.) 



IMM 



25 



avoir été bon non-seulement par inno- 
cence native, mais par discernement. 
Or il est déjà impossible que ces 
quatre manières de quitter la vie 
n'établissent pas quatre classes qm 
seront à jamais différentes par l'im- 
possibilité même d'effacement des 
causes qui les ont déterminées : la 
première est la classe des innocents 
au complet ; la seconde, celle des 
convertis ou pénitents ; la troisième, 
celle des mauvais au complet, en sup- 
posant qu'il en existe; etlaquatnème, 
celle Ides pervertis et des relaps. 
Comme il est impossible de faire que 
le passé n'ait pas été, il ne se peut 
que ces classes ne se distiuguent pas 
àjamais, et parleur passêmême.etpar 
les souvenirs différents qu'elles gar- 
deront de ce passé, et parla nécessité 
où est la rectitude absolue de ne pas 
les confondre, quelles que soient d'ail- 
leurs les aventures qu'on les suppose 
traverser de nouveau durant leur 
éternité future. 

Allons plus loin en partant de ce 
principe. Une vie complète comme 
la vie présente forme un tout, et la 
manière dont on se la fait, tout com- 
pensé, doit imprimer caractère bien 
autrement que chaque action spéciale 
qu'on y accomplit : la raison le sent 
avec force ; elle conçoit que, dans 
l'intérieur de cette vie, le repentir 
contrebalance les fautes, le bien le 
mal, et qu'il y ait ainsi une réhabi- 
litation telle que. sans détruire la dif- 
férence entre l'innocent et le converti, 
elle les rapproche assez pour les ré- 
tablir en société ; mais elle conçoit 
aussi que, s'il y a fixation dans le 
bien ou dans mal définitivement pour 
la vie entière, ce soit un tout autre 
coup porté sur l'être, une tout autre 
marque, et qu'il en résulte une cause 
radicale infiniment plus tranchée de 
distinction à jamais. La raison tire 
encore cette conviction du sentiment 
et de l'idée qu'elle a de l'harmonie 
universelle. 

On nous dira : Pourquoi d'autres 
vies subséquentes ne seraient-elles 
pas expiatoires, propitiatoires et ré- 
habilitantes de celle-ci, comme un 
jour en elle peut réhabitor un autre 
jour ? Nous répondons que la raison 
pure ne va pas sans doute jusqu'il 



IMM 

percevoir l'impossibilité de réhabili- 
tations relatives quelconques durant 
l'éternité ; qu'elle voit, au contraire, 
bien pluôt l'harmonie dans des modi- 
fications nouvelles vers le bien, que 
dans l'immobilité complète; mais 
qu'il n'en reste pas moins clair pour 
elle qu'il y a une énorme différence 
entre le caractère imprimé sur un 
être par le résultat total de toute une 
vie exactement appréciée, et l'effet, 
qu'on peut appeler indécis, d'une ac- 
tion, d'un jour, d'une année, dans le 
courant de cette vie. L'un est le sceau 
définitif de toute une période, c'est 
la signature ineffaçable d'une forme 
entière de l'être, c'est un règlement 
de compte, une liquidation ; l'autre 
n'est qu'un essai, une parole en l'air, 
un détail qui entre dans la masse, et 
qui se perdra, pour ainsi parler, dans 
la compensation totale. Nous con- 
cluons de là que, de quelque nature 
qu'on suppose la vie ou les vies sub- 
séquentes, il reste un sceau imprimé 
sur l'être par celle-ci, et que ce sceau 
donne lieu à des catégories qui ne 
pourront jamais être confondues. 

Si à celte conception qu'on peut 
qualifier d'à priori, on ajoute le sen- 
timent de répugnance dont ne peut se 
défendre une raison droite à ce que 
des contraires, comme ceux du vice 
et de la vertu définitivement établis 
par une volonté libre durant toute 
une vie, aient en perspective de se 
voir un jour réunis et unis de nou- 
veau, ainsi que cet autre sentiment 
non moins fort, par lequel il nous 
appert qu'il ne saurait y avoir sanc- 
tion complète contre le mal et motif 
tout -puissant de pratiquer la vertu 
dans une séparation purement tem- 
porelle des deux catégories devant 
aboutir un jour à leur refusion vén : 
table, on arrive à des convictions si 
profondes qu'à les juger froidement, 
elles sont déclarées par le bon sens ne 
pouvoir nous induire en erreur. 

Nous n'avons pas besoin de faire 
observer qu'il s'agit toujours dans 
notre antithèse du bien et du mal, 
des deux extrêmes positivement tran- 
chés et jugés tels par l'exacte justice ; 
car si l'on considère les degrés inter- 
médiaires où il y a mélange de vice 
et de vertu et où le mal n'a pas 



IMM 

triomphé d'une manière complète il 
n'est, rien que la raison conçoive 
mieux qu'une nouvelle existence de 
propifiation, d'expiation etdepurga- 
tion devant conduire à celle du bien 
définitivement vainqueur. 

Ici finissent les certitudes aux- 
goelles nous parait aller la raison 
seule ; elle démontre la réalité d'une 
survivance; elle nous prédit l'immor- 
talité cl elle voit dans cette immor- 
talité une distinction indélébile entre 
le vice et la vertu posée dés cette vie, 
tout en apercevant une conformité 
avec la loi d'harmonie à ce que, dans 
la catégorie du mal, se fessent encore 
de perpétuels changements", et dans 
celle du Lien de nouvelles ascensions. 
Le Nom. 

IMMORTALITÉ DES AMES (lati- 
tude laissée à l'opinion par la foi ca- 
tholique sur l'j. [Théol mut. et par. 
philos, psychoî. fin. Jvm.) — Nous 
ajouterons à l'article qui précède un 
autre morceau de nos Droits de la 
RAISON dans la FOI, que nous ne don- 
nerons ici que sous réserve vis-à-vis 
de l'autorité compétente, mais que 
nous croyons pourtant ne pas sortir 
de l'orthodoxie catholique, et qui pi- 
quera la curiosité de nos lecteurs 
d'autant plus vivement qu'il est dans 
la nature de ce chapitre, comme de 
tous ceux qui lui font pendant dans 
l'ouvrage, de ne hanter que le bord 
des précipices, 

I. Déjà nous avons montré par les 
notes du premier chapitre et les pro- 
positions catholiques qui y sont éta- 
blies jusqu'où la liberté d'opinion 
peut se donner carrière sans briser 
avec la foi rigoureuse. Nous ne de- 
vons ici que compléter ces indica- 
tions en prenante la t'ois pour niveau 
les propositions formellement décla- 
rées par l'Eglise et les certitudes que 
nous venons de tirer des inductions 
de la raison pure (1). 

(1) Le premier chapitre est intitulé : Foi catho- 
lique sur l'immortalité des âmes; il consiste ù 
citer, en traduction littérale, les documents ecclé- 
siastiques émanés des conciles et des papes parlant 
ex cathedra, puis à extraire de ces documents loi 
propositions catholiques de premier degré soin le 
titre : Propositions de foi, et les propositions ca- 
tholiques de second dogré sous le titre : Ca titudes 



26 



IMM 



IL Quand on a rejeté comme hélé 
rodoxes et antrratioimelles toutes les 
hypothèses gui supposeraient l'anéan- 
tissement proprement dit h une épo- 
que quelconque de l'existence, on se 
demande ce qu'il faut penser de ton- 
tes celles qui impliquent une réhabi- 
litation complète .le [a ligne du mal, 
en sorte que celte ligne Snisseparse 
fondre avec relie du bien. Ces théo- 
ries sont toutes négatives de l'éter- 
nité des conséquences cm vice; elles 
sont plus ou moins semblables à 
celle d'Origène et de ces Chrétiens 
des quatre premiers siècles qu'Augus- 
tin appelait les misêjieordieux ; elles 
ressemblent aussi par leur pensée 
fondamentale à celles de la société 
bouddhiste et de plusieurs autres reli- 
gions philosophiques; et elles revien- 
nent avec persistance, d'époque en 
époque, tourmenter les esprits parmi 
nous. Rousseau doutait de la distinc- 
tion éternelle des bons et des mé- 
chants ; beaucoup de moralistes de 
son espèce en ont douté durant l'évo- 
lution chrétienne ; et aujourd'hui c'est 
à ce point qu'on s'attaque le plus. 
Damiron le dit contraire à la philo- 
sophie avec toute l'école éclectique; 
Chateaubriand ne l'affirme pas; La- 
mennais le nie avec l'énergie qui le 
caractérise ; Lamartine n'y croitpomt, 
sans oser cependant, selon son habi- 
tude en tout, excepté quand il change 
de nature pour s'attaquer aux gloires 
fixées dans le temple des Muses, le 
rejeter brusquement; Jean Reynaud 
l'exclut de son rêve origénien ; 
Georges Sand se berce des mêmes 
espérances; Jules Simon ne peut se 
résoudre à l'accepter; Alexandre 
Soumet fait une épopée pour chanter 
la rédemption universelle; Victor 
Hugo jette ces vers àl'eufer de Platon: 

Espérez! Espérez! Espère/, misérables! 
Pas de demi inlini, pas île maux incurables, 
Pas d'enfer éiernel. 

(Contemplations.) 

et l'on peut dire que toute notre litté- 
rature contemporaine, si chrétienne 



catholiques. Le second chapitre est intitulé : Cer- 
titude rationnelle sur l'immortalité des âmes, et 
c'e^t ce cNapilre que nous venons de reproduire 
presque en totalité dans l'article préeédeot. (1874.) 



IMM 



27 



IMM 



à tant de points de vue (1), est dans la 
même tendance. 

Or, ce qu'il faut penser de celte 
manière de sentir et de juger l'im- 
mortalité des âmes , se :onclut des 
deux chapitres précédents ; ce n'est 
point une hérésie positivement, direc- 
tement et certainement condamnée 
par l'Eglise, s'exprimant en autorité 
déclarative de la loi, mais elle pourra 
le devenir ; car c'est une erreur cer- 
taine en théologie catholique, par 
suite de la croyance suffisamment 
claire de l'Eglise dispersée, et c'est 
de plus une erreur également cer- 
taine en philosophie. 

Nous ne disons rien des systèmes 
qui supposeraient que les bons pus- 
sent redevenir mauvais ainsi que 
ceux de la classe intermédiaire à qui 
il reste une purification à subir avant 
d'être élevés à la gloire. De tels 
systèmes seraient contraires à l'ensei- 
gnement chrétien dont le ciel et le 
purgatoire sont entendus de telle 
suite que ceux qui y sont ne puissent 
jamais retomber plus bas, mais seu- 
lement demeurer dans leur niveau 
ou s'élever encore. La répugnance de 
la raison pour ces suppositions est 
d'ailleurs tellement forte qu'elles ne 
sont point soutenues. Les théories de 
l'élévation indéfinie sont en abon- 
dance, mais celles de l'abaissement 
et de la course des êtres vers un 
horrible nivellement dauslemal n'ont 
point de partisans. 

III. Voici une nouvelle espèce de 
théorie qui n'est pas plus admissible 
que les précédentes, ni devant la foi, 
ni devant la raison, en tant qu'appli- 
quée à notre humanité ; ce sont les 
palingénésies dans lesquelles on sup- 
pose que la substance de nos person- 
nalités renaît indéfiniment dans des 
vitalités nouvelles, soit de même es- 
pèce, soit d'espèce différente, mais 
en perdant le souvenir de leur iden- 
tité et de leur vie passée. La plus 
moderne de ces palingénésies est celle 
de Pierre Leroux, ou de la renais- 
sance indéfinie dans l'humanité. 
Chaque personnalité morte revit dans 

(I) Not ; pouvions encore dire cela il y a vingt 
aDS, parce qu'il s'agissait de la littératuro de la pre- 
mière moitié du xixe siècle; noua ae le pourrious 
aujourd'hui. (1874.) 



un nouveau-né qui sera dans un état 
de bonheur ou de malheur propor- 
tionnel à l'usage qu'elle a fait de la. 
viedans son individualité précédente ; 
toutes les individualités vont en 
somme se perfectionnant; l'humanité 
totale se perfectionne par là même ; 
et si le souvenir de nos vies passées 
ne nous reste pas, il est remplacé 
par ïiunà'ti: des idées, des sentiments, 
des qualités natives que nous en con- 
servons. Tout le drame humain se 
passe de la sorte sur la terre qui est 
à la fois la carrière de nos épreuves 
et de nos combats, notre enfer, notre 
purgatoire et notre ciel. L'idée origi- 
nelle de ces systèmes consiste à ap- 
pliquer aux personnalités morales ce 
qui se passe ou parait se passer dans 
les éléments de la matière organique. 

Leur défaut capital consiste a nier 
équivalemment ['immortalité de l'âme 
en ne faisant revivre que le fonds 
substantiel sans conservation de la 
mémoire. « Perdre le souvenir de 
son identité, » dit .1. Simon avec jus- 
tesse, « sans perdre la substance, 
c'est vraiment mourir. » Quand nous 
avons établi l'immortalité de nos 
personnalités, nous avons réfuté di- 
rectement ces sortes de systèmes. On 
leur reproche encore de rendre Dieu 
injuste en punissant des créatures 
pour des fautes dont elles n'ont plus 
souvenance ; ce reproche n'est fondé 
qu'autant que l'on qualifie le nouvel 
état de punition proprement dite; si 
on n'y voyait qu'une création nou- 
velle, il serait détruit par la base ; 
mais comme ceux qui soutiennent 
ces palingénésies cherchent à expli- 
quer les états de malheur par la 
préexistence substantielle du sujet, 
ils encourent le reproche et font do 
Dieu un être cruel qui punit sans sa- 
gesse. On ne conçoit les vengeances 
de l'éternelle justice contre les per- 
sonnalités coupables qu'en les accom- 
pagnant ou plutôt en les faisant sortir 
du sentiment qu'elles ont de leur cul- 
pabilité. 

Il y aurait peut-être une manière 
de modifier ces palingénésies terres- 
tres qui les rendrait compatibles avec 
la vraie immortalité. Ce serait d'y 
ajouter qu'il y aura, après des siècles 
innombrables, une fin du monde pré- 



IMM 



MM 



sent, qu'alors les mémoires se réveil- 
leront, que chaque âme verra ce 
qu'elle a été dans toutes ses vies, 
que balancement sera fait par la rec- 
titude éternelle des mérites et des 
démérites, des malheurs et des pros- 
pérités et que se formeront de nou- 
veaux élats exactement dispensés 
d'après cette base. Ainsi modiliée, la 
renaissance dans l'humanité aurait 
pu s'accorder avec un vieux système 
de Chrétiens arabes qui laissa plus 
tard des traces chez les Grecs ; ces 
Arabes voulaient qu'il y eût mort to- 
tale de l'individu, aussi bien de son 
ame quedeson corps, en ce sens que 
l'âme se corrompît, se dispersât et 
s'endormit quant à sa réalité for- 
melle, ainsi que le corps, et que le 
tout ressuscitât à la lin de l'évolution 
présente pour la punition ou la ré- 
compense. Eusèbe raconte que celle 
théorie fut exposée dans un vieux 
concile où Origène la combattit avec 
tant d'éloquence qu'il y lit renoncer 
pu! il iquement ceux qui la soutenaient. 
{Hi$t. eccles., lib. VI, c. 37.) 

Or, un tel système, sans être con- 
forme â la théologie catholique, n'au- 
rait poin' été, ce nous semble, une 
hérésie formelle jusqu'aux conciles 
de Lyon et de Florence où il fut déli- 
ni que les âmes, dés après la mort, 
vont ou au ciel jouir de la vision béa- 
tilique, ou au purgatoire ou en en- 
fer ; mais il serait positivement hété- 
rodoxe dans l'Eglise depuis ces défi- 
nitions. 

IV. Vient à juger la théorie d'Ori- 
gône sur le retour des âmes dans l'u- 
nité originelle, après toutes sortes 
d'évolutions et d'aventures, par suite 
des rappels incessants de celle qui 
est toujours demeurée pure, qui esten 
union hvpostatique avec Dieu, et qui 
est le Christ. 

En tant que cette théorie implique 
la négation de la distinction éternelle 
des catégories, elle est déjà jugée, si- 
non comme une hérésie formelle et 
incontestable, au moins comme une 
erreur contraire à la théologie et à la 
raison . 

En tant qu'elle attaque ou parait 
attaquer ['immortalité véritable des 
personnalités, voici ce que nous de- 
vons en dire : 



:! 



Elle est à peu près identique avec 
celles des Indiens et surtout des 
bouddhistes, ainsi qu'avec celles de 
plusieurs mystiques exagérés qui 
pressent tellement l'union avec Dieu 
impliquée dans la vision des élus 
qu'ils en font une sorte de refusion 
dans une unité panthéique, oubliant, 
en cela, les expressions de saint Paul 
ui a soin de garder la personnalité 
e la créature jusque dans ses images 
les plus hyperboliques, puisqu'il 
appelle cette vision une vision face à 
face, facie ad faciem, ce qui suppose 
la dualité de face, c'est-à-dire de moi, 
entre Dieu et chaque élu. 

Or de deux choses l'une: ou toutes 
ces conceptions des contemplatifs 
chrétiens vont à détruire réellement 
la personnalité passive aussi bien 
qu'active, de manière qu'il ne reste, 
et comme sentiment et comme sub- 
stance, que l'unité panthéislique ; ou 
elles conservent cette personnalité 
foncière au moins passive, tout en 
exagérant l'union par laquelle elle 
«'absorbe dans les splendeurs de 
l'objet qu'elle embrasse, ou plutôt 
qui l'embrasse. Dans le premier cas, 
il y a mort véritable du moi, et, par 
suite, erreur contraire à la certitude 
catholique et philosophique établie 
sur l'immortalité de nos personnali- 
tés. Dans le second, cette erreur 
n'existe pas ; on conserve la véritable 
immortalité, et l'on ne fait qu'aller à 
des opinions qui ne sont pas sans se 
rencontrer dans les théologiens ca- 
tholiques, mais que nous croyons er- 
ronées, ainsi que nous le dirons un 
peu plus loin en parlant de l'état des 
élus. 

V. Que penser de l'hypothèse sui- 
vante : toutes les personnalités vrai- 
ment immortelles ; distinction éter- 
nelle des catégories résultant des 
conditions poséessurla terre : trans 
migration et renaissance des âmes de 
mondes en mondes, de globes englo- 
bes, de formes en formes; ascensions 
relatives de toutes les classes sam 
jamais se confondre ; résurrection 
générale des formes primitives, e' 
rendez-vous universel en un poin 1 
quelconque des périodes ; enfin con 
servation plus ou moins claire et dé 
taillée du sentiment de l'identité du 



IMM 



29 



IMM 



rant les voyages d'un astre dans un 
autre, et réveil synthétique de tous 
les souvenirs au moment de la grande 
résurrection, du grand jugement et 
du grand rendez-vous, qui se ferait 
wprès que la terre aurait accompli 
■toute son évolution humaine ? — 
Dans cette conception platonique et 
origénienne, le théâtre de nos aven- 
tures n'est plus cette planète perdue 
dans l'immensité des mondes, comme 
dans les palingénésies terrestres, 
mais cette immensité elle-même de 
l'univers avec ses étoiles, ses espaces, 
ses contrées aussi riches qu'étendues 
et infinies. C'est le rêve et l'espé- 
rance de plusieurs de nos contempo- 
rains, enfants de Lamennais, dont 
Jean Reynaud est le chef, avec Henri 
Martin, Georges Sand, Pelletan et 
quelques autres pour escorte bien- 
veillante : mais ce rêve modifié par le 
rejet d'une préexistence à la vie pré- 
sente, et par l'addition de plusieurs 
affirmations positives qui leur man- 
quent et qui le rapprochent de l'or- 
thodoxie. Citons Jean Reynaud qui le 
résume comme il suit dans la plus 
belle page de tout son livre : 

« Nous ne voyons pas d'où nous 
sommes partis, de même que nous 
ne voyons pas où nous sommes con- 
duits ; mais nous savons que nous 
venons d'en bas et que nous allons en 
haut, et il n'en faut pas davantage 
pour nous intéresser à nous-mêmes, 
et nous apprendre quelle substance 
nous sommes. 

« D'ailleurs, qui oserait assurer 
que notre amené renferme pas, dans 
ses profondeurs, de quoi illuminer un 
jour tous les espaces successivement 
traversés par nous depuis notre pre- 
mière heure, comme il arrive à ces 
jimboyants mobiles auxquels je viens 
p nous comparer, et qui, une fois 
/arvenus dans les sommités de leur 
trajectoire, déployant soudain des 
feux inattendus, reprennent magni- 
fiquement possession, par de longues 
cascades de lumière, de la ligne sil- 
lonnée par eux depuis l'humble ni- 
veau où ils ont commencé leuressor, 
jusqu'aux zones sublimes du haut 
desquelles ils dominent actuellement 
la terre ? Le principe de la mémoire 
n'est-il pas absolument garanti par 



son immatérialité contre les atteintes 
de la mort ? Pourquoi sa puissance 
ne serait-elle pas destinée à se déve- 
lopper ultérieurement avec toutes lus 
autres puissances de notre âme, et 
quelle impossibilité y a-t-il, si cette 
puissance se développe, à ce qu'elle 
devienne capable de ressaisir plus 
tard des impressions trop fines pour 
ne pas lui échapper aujourd'hui? Je 
me confirme même dans cette espé- 
rance en pensant que, si la vie par- 
faite nous est jamais donnée, il faut 
que la mémoire parfaite nous soit 
donnée en même temps, car la resti- 
tution intégrale de nos souvenirs est 
une condition essentielle de notre 
excellence et de notrebéatitude. Ainsi 
pour former le couronnement de 
toutes les sublimités que nous pou- 
vons assigner à la nature du ciel, 
figurons-nous les trésors infinis d'une 
mémoire enrichie par les souvenirs 
d'une longue série d'existences, toutes 
différentes l'une de l'autre, et toutes 
enchaînées l'une à l'autre ; à cette 
merveilleuse guirlande, ajoutons la 
contemplation des conséquences pro- 
duites par nos actions dans chacun 
des mondes que nous aurons succes- 
sivement traversés; entourons-nous 
d'amis et reconnaissons en eux les 
compagnons éprouvés de tant de vi- 
cissitudes antérieures; fortifions, en 
un mot, dans tous les sens, les élans 
de notre vie, et, à travers l'immensité 
de l'espace et de la durée, marions 
dignement son histoire à l'histoire 
générale des mondes. En nous appli- 
quant à réunir en imagination tous, 
ce qui se présente à nous sous lei 
traits du bonheur, loin d'être en dan- 
ger de dépasser la mesure, ne 
sommes-nous pas certains, au con- 
traire, de demeurer au-dessous de ce 
que réserve l'avenir aux âmes bien- 
heureuses?.. » (Terre et ciel, p. 306 
et 307.) 

Que penser de ce rêve modifie et 
fixé comme nous l'indiquons, c'est-à- 
dire affirmant, d'une part, les deux 
principes essentiels du souvenir de 
l'identité et du sceau indélébile du 
bien ou du mal imprimé par cette vie, 
avec celui de la régénération chré- 
tienne ou de la déchéance, lesquels 
t»mnt de base à des distinctions per- 



IMM 

sistantes de catégories, et prophéti- 
sant, d'autre part, de nouveaux chan- 
tients i n mieux ou en moins mal, 
comme devan! survenir encore dans 
les catégories relatives, soit par des 
sortes de morts nouvelles arrivant 
dans le ciel et dans l'i iit'er, suit par 
des élévations sans mort ni renais- 
sance, de séjours en séjours, soit par 
d'autres moyens inimaginables? 

Nous croyons pouvoir répondre 
qu'il n'y a rien, dans cette fantaisie 
ainsi comprise, de vraimeni contraire 
à la toi. Les principes essentiels y 
sont sauvegardés, et ce qu'elle 
ajiuite n'a jamais été condamné 
comme hérétique; car tout se réduit 
à imaginer l'absence d'immobilité 
dan- l'autre vie par rapport a toutes 

i lasses; et des i lifications de 

leurs états respectifs par suite d'un 
développement en ('Iles de la bonté 
intinie dont l'influence est inséparable 
de toute création. Or, la foi catholi- 
que n'oblige pas de croire à l'immo- 
bilité; elle la rejette pour toute la 
catégorie qui forme le purgatoire; 
elle est plus favorable à l'idée des 
ascensions et d'une variété indéfinie 
d'illuminations et de splendeurs pour 
la classe des élus ; et pour celles qui 
constituent les ditférents enfers, elle 
laisse aux opinions une grande lati- 
tude en se gardant de rejeter le prin- 
cipe de la mitigation et des dons 
gratuits à effusion toujours libre de 
la part de Dieu. Quant aux modes 
qu'on pourra imaginer pour toutes 
ces modifications, la question en est 
peu importante après l'admission du 
principe, et la détermination n'en 
saurait être qu'une énigme que Dieu 
s'est réservée. Il y a même, il ne faut 
pas l'oublier, une transformation 
aussi radicale que possible, durant la 
vie future, qui est un point de foi 
catholique, celle de la résurrection 
de la chair. L'Eglise n'a jamais dé- 
claré qu'il n'y en aura pas d'autre. 

VI. Notre article Vie éternelle du 
Dictionnaire des Harmonies (I) nous 
dispense de nous étendre davantage 
sur les hypothèses qu'on peut se per- 

I Nous avons indiqué, dans une note de l'article 
précédent, les mots auxquels cet article se trouve 
re f luil par parties dons le présent Dictionnaire. 



30 



IMM 



mettre, et d'indiquer celles qui nou3 
sembleraient les mieux combinées 
pour satisfaire à la fois la justice de 
Dieu, sa bonté, sa sagesse, et les né- 
cessités introduites dans notre cvolu- 
tion par les grands faits de la dé- 
chéance et de l'incarnation du Verbe. 
On peut lire, dans cet article, notre 
rêve à nous-mêmes sur l'avenir de 
notre humanité dans les éternités, et 
l'on jugera, par cette lecture, des 
précautions à prendre pour ne pas 
sortir du cercle de l'orthodoxie, tout 
en donnant libre carrière à sa pensée. 

VII. C'est avant tout la poésie qui 
aime à multiplier les tableaux de la 
vie des Ames, et à rêver hypothèses 
pour réduire en images sensibles les 
peines et les récompenses de l'avenir. 
Nous citerons encore une fantaisie de 
ce genre, dernièrement conçue et 
chantée par V. Hugo, qui, s'il n'est 
pas toujours aussi harmonieux et 
aussi pur que son heureux rival, est, 
de tous nos lyriques, le plus nerveux, 
le plus riche, le plus fort, le plus 
grand. 

Le poète commence : 

... Dieu n'. m '■,. ; .10 l'être impondérable : 
i: fl fit tadiecl l"'.u, -audide, adorable, 
Mi.is imparfait «ans oaoi, sur lu nièuie hauteur, 
Le créature etoj r égaie au Créateur, 
Cette perfection, dans l'infini pet.lne, 
Se serait avec Dieu nu'- .'• • • nnfondne, 
Et la création, à fur* a !c 
En lui serait reulré... l n aurai: pas été. 
La création sainte, ou hève 1.:- prophète, 
Pour être, i profondrin ! devait être imparfaite. 
Donc, Dieu fit l'univers, l'univers fît te mal.... 

Le poète continue en montrant 
l'homme d'abord pur esprit, abusant 
de sa liberté e( se chargeant ainsi 
d'un premier poids qui l'appesantit et 
qui l'enserre dans un cercle de ma- 
tière, tandis que les anges 

... Faita de rayons .Mimne l'homme d'instincts 

se maintiennent à de plus grandes 
hauteurs. Le crime devient son geô- 
lier, et les vertus l'en délivrent; en 
sorte qu'il monte dans la vie infinie 
ou tombe dans la mort 

... Tout être est sa propre balance. 

Puis, lorsque le crime est poussé à 
son comble et que la mort vient le 
saisir voici ce qui se passe : 



IMM 31 

Tout bandit, quand la mort vient lui toucher l'épaule, 
Et l'éveillo, hasard, se retrouve en la geôle 
<Joe lui fit son forfait derrière lui rampant, 
Tibère en un rocher, Séjau eu un serpent. 

C'est la métempsycose qui fournit 
les images, si tant est que ce soient 
des images ; les âmes sont emprison- 
nées dans des matières encore plus 
inertes et plus viles que les corps hu- 
mains : l'une dans un pavé, l'autre 
dans un chardon, l'autre dans un cra- 
paud, etc., etc. Les tyrans sont ainsi 
dépeints sous d'horribles couleurs, 
qui nous rappellent Platon. Tout se 
résume dans ce vers : 

La matière leur met la chemise de force. 

Mais, ce qui fait le tourment et la pu- 
nition, c'est que la personnalité est 
conservée avec le souvenir clair des 
crimes qu'on a commis : 

L'Ame assiste à sa chute; et, d i caillou qui roule, 
Pense : Je suis Octave ; et, vil chardon qu on foule, 
Crie au talou : Je suis Attila le géant...... 

Arbre, bote, pavé, poids que ri^n ne soulève, 
Dans cette prol'ondenr terrible une âme rêve! 



IMM 



L'âme doive oublier sa vie antérieure, 
mystère 1 an seuil de tout, l'esprit rêve ébloui : 
L'homme ne voit pas Dieu, mais peut aller à lui, 
En suivant la clarté du bien, toujours piésen'e; 
Le monstre, arbre, rocher, ou bête rugissante, 
Voit Dieu, c'est là sa peine, et reste enchain • loin. 

On serait le mérite à rotronver sa route, 
Si l'homme, voyant clair, roi de sa volonté, 
Avait la certitude, ayant la liberté ? 
Non. Il faut qu'il hésite en la vaste natnre. 

C'est ainsi que du ciel l'ànie à pas lents s'empare. 
Dans le monstre elle expie, en l'homme elle répare. 

La mémoire est la peine, étant la récompense. . 

Les hideux châtiments, l'un sur l'autre broyés, 
Roulent subuiergeaut tout, excepté la mémoire. 



Et enfin, le poëte fait revenir ces 
âmes, ainsi damnées d'une manière 
plus horrible et plus frappante peut- 
être qu'on ne l'a jamais imaginé, 
dans des corps humains où elles ont 
de nouveau la liberté pour remonter, 
si elles le veulent, aux états supé- 
rieurs, ce qui le fait crier aux mons- 
tres eux-mêmes ces vers déjà cités : 

Espérez ! Espérez 1 Espérez, misérables 1 



Oui, elle rêve en effet un horrible 
cauchemar ! 

L'Inde a presque entrevu cette métempsycose. 

Les esprits supérieurs peuvent 
tomber à l'état d'homme : c'est une 
première chute ; mais il y a un point 
essentiel qui distingue l'homme du 
monstre, — le poète qualifie ainsi 
l'homme damné et enfermé dans son 
enfer, — c'est que l'homme a la li- 
berté, la puissance du mérite, et que 
le monstre, ne l'ayant pas, n'a que 
le seutiment clair de sa souffrance et 
de son immobilité devant Dieu, qu'il 
voit comme un intini dont il a peur. 

ftftr un côté pourtant, l'homme est illimité. 
Le monstre a le carcan, Th-mme la liberté, 
Soudeur, retiens ceci : l'homme est un équdibre. 
L lignine est uns prison où l'àme reste libre*. 
L'âme, dans l'homme, agit, fait le bien, fait le mal, 
Remonte vers l'esprit, retomba à l'animal; 
"Et, pour que, dans sou vol vers les cieux, rien, elie 
Sa conscience ailée, et de Dieu seul remplie, 
Dieu, quand une àme éclôt dans l'hommo an bien 

[poussé. 
Casse, en son souvenir, le fil de son passé ; 
De là vient que la nuit en sait plus que l'aurore; 
Le monstre se connaît lorsque l'homme s'ignore. 
Le monstre-est la souffrance et l'b imitie est l'action. 
L'homme est l'unique point de la création 
Où, pour demeurer libre en se faisant mflUieupo, 



Il est certain que s'il fixait pour l'é- 
ternité toutes ces âmes damnées dans 
leurs prisons, vraiment infernales, 
puisqu'elles consistent dans la terre 
elle-même plus ou moins brute et 
inerte, avec cette clarté de sentiment, 
de souvenir et de vision immobile du 
Dieu avec lequel elles se sont consti- 
tuées en aversion, et sans liberté ni 
puissance de se repentir, il porterait 
l'horreur jusqu'à sa dernière limite, 
et même jusqu'à une limite telle 
qu'elle cesserait de paraître compa- 
tible avec la bonté de l'Eternel, beau- 
coup plus que les sociétés infernales 
qu'on s'est représentées dans le chris- 
tianisme. 

Mais, si nous voulons prendre à la 
lettre cette fiction poétique, et que nous 
en retirions, d'une part, la préexis- 
tence à la vie présente, aussi bien 
que cette possibilité de réascension 
des mauvais jusqu'au niveau des bons, 
qui n'est pas compatible avec les prin- 
cipes posés dans les premiers chapi- 
tres, et que nous y ajoutions, d'autre 
part, la non -éternité du cauchemar 
de ces âmes dans leurs chemises de 
force, par l'introduction d'une résur- 



MM 



32 



IMM 



rcction, après un temps quelconque, 
de ces mêmes âmes dans leurs corps 
naturels, nous arriverons à une ex- 
plication de l'enfer, pour au moins 
jusqu'à la lin du monde, qui n'ex- 
clura aucun des grands principes de la 
foi, tels que celui de la conservation 
du souvenir, laquelle est, à la vérité, 
trop matérielle, et nous dirions même 
trop cruelle, pour être la notre, mais 
qui ser.iit la plus ingénieuse et la plus 
rationnelle pour expliquer l'enfer 
comme étant réellement situé dans 
la terre, ainsi que parait le croire 
assez sérieusement, contrairement à 
nos idées sur ce point et à celles de 
la plupart des Chrétiens lettrés, l'o- 
pinion la plus répandue. 11 suivrait 
de cette explication que les divers 
corps qui composent notre globe, de 
son centre à sa circonférence, pour- 
raient être habités par des esprits, 
soit faisant leur purgatoire, soit réel- 
lement damnés, ce qui favoriserait 
grandement certaines superstitions 
américaines qui font aujourd'hui, sous 
sous nos yeux, le tour du monde, par 
missionnaires de la secte des esprits, 
tels que ce M. Home, qui vient peut- 
être rire chez nous de ceux qui croient 
à ses mystères, dont ne manquent 
pas au moins de rire aussi tous les 
hommes sensés. 

VIII. Le moment de l'entrée dans 
la carrière de la récompense ou dans 
celle de la peine, l'ut autrefois l'objet 
de diverses opinions parmi les Catho- 
liques. 

Nous avons rappelé celle des Ara- 
bes, qui faisaient mourir l'âme avec 
le corps, et qui la faisaient ressusci- 
ter avec lui pour entrer dans les des- 
tinées que lui doit la justice. Le mi- 
nistre protestant et fameux physicien 
Priestley a renouvelé ce système. 

D'autres soutinrent que les âmes 
des bons attendent dans un heureux 
repos la résurrection, pour être ad- 
mises à la vision béatifique ; ce furent 
la plupart des Grecs ; et il est difti- 
cile d'expliquer dans un autre sens 
beaucoup d'expressions des anciens 
Pères, comme celles de ciel, de sein 
d'Abraham, de lieu de repos, de para- 
dis, etc., qu'ils ne paraissent pas 
employer comme synonymes, mais 
comme exprimant des états divers. 



il y en a même qui font résider les 
âmes des justes dans les enfers, mais 
sans punition, etavec béatitude com- 
mencée, jusqu'au jugement dernier, 
comme celles des patriarches ont été 
représentées attendant la compagnie 
du Christ jusqu'à l'ascension. Cette 
théorie do l'attente fut reprise par 
Luther et Calvin, et renouvelée plus 
tard par Burnct. 

Elle s'était précisée, dans le moyen 
âge, avec une variante sur laquelle 
s'étaient formés deux partis qui tirent 
grand bruit au temps de Jean XXII. 
Cette variante consistait à dire que 
toutes les âmes justes, soit au sortir 
du purgatoire, sont reçues dans le 
ciel, mais pour y jouir seulement de 
l'humanité du Christ, et n'être ad- 
mises à le voir dans sa forme de Dieu 
in forma Dei, ainsi que Dieu lui-même 
dans son essence, qu'après la résurec- 
tion générale. Cette opinion était fa- 
vorisée par plusieurs passages assez 
positifs de saint Augustin, où il dis- 
tingue trois étals des âmes saintes : 
le premier, dans le corps corruptible, 
le second, dans le repos avec l'huma- 
nité du Christ ; le troisième, dans le 
corps glorieux et la contemplation de 
Dieu même. Il faut ajouter que le 
même Père paraît se contredire ail- 
leurs, et que ses ouvrages, comme 
ceux de plusieurs autres, indiquent 
de l'hésitation et un enseignement 
indécis dans l'Eglise sur cette ques- 
tion, durant les premiers siècles, bien 
que l'avantage, quand on compare 
les textes, demeure plutôt à l'opinion 
favorisée par ceux d'Augustin dont 
nous venons de parler. 

Or, sous le pontificat de Jean XXII, 
les Frères mineurs, avec l'Eglise 
grecque, soutenaient cette opinion, 
pendant que les Dominicains préten- 
daient que toutes les âmes, aussi bien 
celles des bons que celles des méchants, 
excepté celles du purgatoire, entraient, 
aussitôt après la mort, dans un état 
de même espèce que celui qui les at- 
tend après la résurrection, sauf la 
différence purement corporelle. Jean 
XXII se déclara lui-même pour l'opi- 
nion des Franciscains, et prêcha cette 
opinion de son mieux, espérant la 
faire triompher ; cependant, il avait 
ordonné des études théologiques sur 



IMM 



33 



le point débattu, et il parait que, 
quand ces études lui arrivèrent, il se 
lit uu tel revirement dans sa pensée, 
qu'il conçut la résolution de se pro- 
noncer dans un sens contraire à ses 
prédications antécédentes, ce que la 
mort ne lui laissa pas le temps d'exé- 
cuter. Bossuet soutient, dans sa dé- 
fense de la déclaration gallicane, 
qu'il s'était prononcé suflisamment 
pour que sa déclaration fût qualiliée 
dVa; cathedra ; les ultramontains n'ac- 
cordent pas cela;ce qu'il y a de certain, 
c'est qu'il enseigna très-publique- 
ment et avec persistance le retard de 
la vision béatitique jusqu'à ce revire- 
ment dont nous venons de parler, et 
nous ne voyons pas pourquoi les ul- 
tramontainset les gallicans ne feraient 
pas la pais sur ce fait historique, en 
disant tous que Jean XXII fut dans son 
droit en soutenant une opinion qui 
n'était pas encore condamnée, et que 
ce fait, tonton établissant que le Pape 
n'est pas infaillible sur les questions 
non encore décidées et à décider, 
n'établit nullement qu'il ne le soit 
pas sur celles qui sont déjà élevées à 
la qualité d'articles de foi. (1). 

Revenant à notre matière, nous 
n'avons qu'une chose à ajouter : que, 
les conciles de Lyon et de Florence 
s'étant prononcés depuis ces discus- 
sions, ainsi qu'on l'a vu dans le pre- 
mier chapitre, toutes les opinions 
que nous venons de rappeler sont 
maintenant des hérésies. Nous ne 
croyons pas, en effet, que le terme 
mox dont ils se sont servis, lequel n'est 
pas, en soi, aussi fort que le seraient 
ceux de continue*, statimou leurs tour- 
nures équivalentes, puisque Suétone 
et Pline l'emploient pour signitier 
■plus tard et dans la suite, puisse don- 

Jner lieu à des embarras nouveaux, 
et ouvrir la porte à d'autres nuances 
d'opinion, à cause des systèmes con- 

1(1) Quand nous écrivions cette phrase, le concile 
du Vatican n'avait pas en lien, et n'était pas même 
prévu. Il résulte de sa définition qu'elle n'est plus 
conforme à l'orthodoxie calbolique, et qu'il faut la 
modifier en ce sens que Jean XXII n'enseigna pas, 
comme le soutient Bossuet, sa proposition ex Ca- 
thedra, mais seulement comme docteur particulier, 
et qu'en conséquence il ne s'ensuit rien contre 
l'infaillibilité du pape aussi bien sur les questions 
à décider, defimendis, que sur celles qui sont déjà 
de foi définie. (1874.) 

VII 



IMM 

tre lesquels on sait que s'élevaient 
ces conciles, et de toute la rédaction 
de leurs décrets dont le sens ne parait 
pas douteux. 

IX. Le millénarisme ne se lie pas 
essentiellement à la question précé- 
dente, et cependant il y a quelque 
rapport ; pour le comprendre, il faut 
distinguer les divers sens du millé- 
narisme. 

Il y a d'abord celui de quelques an- 
ciens gnostiques qui se promettaient 
un règne terrestre de mille ans avec 
le Christ, pour s'abandonner, pendant 
ce temps, à toutes les turpitudes sen- 
suelles ; ce millénarisme est à la fois 
une hérésie évidente de la religion et 
du bon sens. 

Il y eu a un autre qui consiste à 
promettre à l'humanité un progrès 
terrestre devant la conduire à un 
bien-être universel avec liberté, éga- 
lité, fraternité rigoureusement pra- 
tiquées, et avec communauté des 
biens, dans un règne social complet 
de l'Evangile et du christianisme ; 
parmices millénaires, les uns veulent 
que le Christ revienne lui-même 
sous une nouvelle manifestation visi- 
ble et individuelle; d'autres al tendent 
seulement une nouvelle etl'usion sur- 
naturelle du Paraclet ; et d'autres ne 
rêvent qu'un règne du véritable 
esprit évangélique venant par simple 
développement progressif. Comme 
ce millénarisme ne concerne que les 
vivants de l'avenir, et ne prétend pas 
ramener les morts sur la terre pour 
y partager les joies de leurs descen- 
dants, il n'a aucun rapport aux ques- 
tions présentes, mais seulement à 
celles de l'avenir du monde terrestre. 
{Voy. Prophétie.) 

Enfin, un troisième s'est bercé de 
l'espérance d'une période terrestre 
qui suivrait la résurrection générale, 
qui serait exprimée par les mille ans 
de l'Apocalypse , qui pourrait être 
très-longue puisque quelques-uns ont 
supputé ces mille ans en attribuant 
à chacun des jours qui les compose- 
raient la valeur d'une année, et du- 
rant laquelle le Christ régnerait, sur 
notre planète, avec tous les justes res- 
suscites, avant de les emmener vers 
les cieux jouir de la vision béatitique 
dans d'autres séjours. 



IMM 



34 



IMM 



Or,parmi ceux qui ont cru à cet ave- 
nir, et ce furcntpresquetouslcsl'éres 
des trois premiers siècles, quelques- 
uns ont pensé que la vision béatifi- 
que n'aurai! pas lieu avant l'évolution 
de cette période future ; d'autres ont 
paru croire qu'elle aurait lieu pour 
les morts, auparavant, en sorte que 
le millenium de bonheur terrestre 
serait une sorte de variante dans le 
cours de cette vision; et entin la plu- 
part n'ont point rapproché les deux 
choses et ne se sont pas expliqués. 

Quant aux premiers, leur millé- 
narisme, en tant qu'il contient la 
croyance au délai de la gloire céleste 
jusqu'après la résurrection des corps 
e1 !" règne de m il le ans, est maintenant 
rejeté parla foi. Mais celui des autres 
n'a jamais été expressément ni œcu- 
méniquement condamné, d'où il suit 
qu'on pourrait encore y croire sans 
être hérétique bien qu'il soit exclu 
de l'enseignement catholique et qu'on 
l'y considéré môme généralement 
comme une erreur. 

Cette retenue de l'Eglise à l'égard 
d'une aussi singulière idée, est une 
preuve, de plus, de la liberté laissée 
à l'opinion d'imaginer des change- 
ments de séjour et des variétés 
dans l'éternité , jusqu'à un certain 
point qui se trouve déterminé pâl- 
ies principes posés dans nos deux 
premier.-, chapitres. 

X. On a beaucoup discuté sur ce 
qu'il fallait entendre par la vision in- 
tuitive, lace à face, béatilique, et 
l'on s'est jeté, par l'analyse, dans des 
abstractions métaphysiques, qui ont 
donné lieu à des opinions diverses 
que nous trouvons inutile d'exposer, 
principalement sur la conciliation de 
cette vision avec l'impossibilité de 
compréhension do Dieu par toute 
créature, laquelle est également un 
article de foi. Nous rappellerons seu- 
lement les distinctions suivantes pour 
ne point passer sur cet article sans 
en donner quelque idée. 

On distingue d'abord, en théolo- 
gie, dans la gloire céleste, la vision 
de Dieu, l'amour de Dieu, et l'état 
de joie qui résulte de l'une et de 
Vautre. Et comme l'amour et la joie 
sont les conséquences de la vision s 



lui sont proportionnels, c'est plutôt 
sur cette vision qu'on s'appesantit. 

On distingue ensuite la vision na- 
turelle, que nous avons de Dieu en 
cette vie, de la vision surnaturelle 
qu'en ont les élus, en qualifiant celle 
de cette vie d'abstractive ou de dé- 
duclive, c'est-à-dire formée par dé- 
duction à l'occasion de la considéra- 
tion des créatures, et en appelant 
l'autre intuitive, c'est-à-dire allant di- 
rectement à son objet sans inter- 
médiaire et, par conséquent, sans 
voile. 

Mais ici vient se mettre en travers 
la théorie de Malebranche consistant 
à sontenir que, déjà sur la terre, nous 
voyons Dieu intuitivement et immé- 
diatement en voyant la vérité, et que 
même nous ne voyons les créatures 
qu'en Dieu et par Dieu, d'où il suit 
qu'au lieu que celles-ci soient le milieu 
par lequel nous arrivons à voir Dieu, 
c'est Dieu qui est le milieu par lequel 
nous arrivons à les voir elles-mêmes. 
Nous sommes pleinement de l'avis de 
Malebranche. Mais par où, alors, fera- 
t-on différer la vision des élus de la 
vision prophétique ? Par beaucoup de 
moyens dont nous connaissons les uns 
et ignorons les autres. D'abord par 
l'addition de l'auréole surnaturelle 
du Christ qui se mêle, dans les cieux, 
à la vue de Dieu, pendant qu'elle se 
cache à nous sur la terre. Ensuite 
par l'étendue et le nombre des véri- 
tés perçues dans l'essence infinie. Puis 
par la clarté et la pureté de la per- 
ception. Enfin par tout ce que nous ne 
pouvons pas imaginer, puisque nous 
concevons que Dieu se manifeste en 
mille et mille manièros, à mille et 
mille degrés, et en nous béatifiant 
de mille et mille espèces de béatU 
tudes. 

Les anciens théologiens appelaient 
compréhension, une connaissance avec 
égalité objective et intentionnelle entre 
le connaissant et l'objet connu, d'où 
leur compréhension était plutôt re- 
présentative qu'essentielle, et se rédui- 
sait à une idée complète de la chose. 
Les modernes, dont Vasquez etPétau 
font partie, exigent, pour la compré- 
hension, une perfection de connais- 
sance aussi grande qu'il y a, dans 



IMM 

l'objet, de perfection de cognoscibi- 
lité; d'où L'égalité qu'ils exigent est 
pins essentielle et entitive que celle 
qui était exigée par les anciens. 

Or comme la vision des élus n'est 
et ne peut être une compréhension, 
les premiers, dont saint Thomas nous 
parait être le chef, quoique les parti- 
sans de la seconde définition le ré- 
clament comme un des leurs, alin de 
distinguer cette vision de la compré- 
hension telle qu'ils l'avaient déiinie, 
ajoutaientqueDieu n'estnivuniconnu 
des élus selon toute la mesure dans 
laquelle il est absolument visible et 
cognoscible, parce que ce serait la 
compréhension et une compréhension 
infinie dont la créature n'est pas sus- 
ceptible, mais qu'il est vu et connu 
d'eux intuitivement, dans sa généra- 
lité totale, qu'il est vu infini, mais 
en manière finie, qu'il est vu dans 
sa formalité relativement visible selon 
le degré de gloire, et non dans sa 
virtualité d'être absolu. C'est ce que 
saint Thomas exprimait en disant que 
Dieu est vu total, non totalement, in- 
fini, non infiniment, mais en manière 
finie ; toius, non totafiter, infinitns , 
non infinité, sed modo finito. 

Quant aux seconds, ils se tirent 
plus facilement d'embarras, grâce à 
ce qu'ils exigent davantage pour la 
compréhension ; mais, s'il faut dire 
notre avis, nous trouvons l'explica- 
tion des anciens beaucoup moins sub- 
tile et plus rationnelle. 

Elle explique aussi beaucoup mieux, 
selon nous, cet autre principe de foi, 
qu'il y a des degrés très-variés de vi- 
sion intuitive et béatifique selon les 
individus, vu qu'elle laisse la facilité 
de diminuer ou d'agrandir à volonté 
ce que Dieu montre de lui-même, 
aussi bien que la perfection du mode 
par lequel on le voit. On ajoute tou- 
jours, quelle que soit l'explication , 
que chaque élu est pleinement satis- 
fait; vu qu'il perçoit, avec la même 
évidence intuitive, la justice exacte 
de sa rétribution et la mesure de sa 
gloire en tant que parfaitement con- 
forme à son aptitude de tout instant. 
Enfin, un point, à notre avis plus 
important que ces dissertations dans 
lesquelles l'esprit humain a montré 
son savoir faire en dialectique et en 



33 



IMM 



subtilité, est celui-ci : la personna- 
lité humaine, avec toutes ses éner- 
gies, celle de voir intellectuellement, 
celle de juger, celle de produire des 
idées, celle de les imnger, celle de 
sentir, celle d'aimer, celle de vouloir, 
celle, de raisonner ses souvenirs, etc., 
continuera-t-elle d'être à la fois, 
passive et active dans la vision de 
l'infini, ou ne sera-t-elle que passive 
au sein d'une éternelle extase? 

Nous n'avons pas trouvé de défi- 
nitions positives de l'Eglise sur cette 
question ;mais elle n'en intéresse pas 
moinslareligionaussi bien que laphi- 
losophie, car, si l'on n'admet que la 
passivité, on s'approche de près du 
panthéisme céleste de nos quiétistes 
et des mystiques indiens, qui, sans 
faire rentrer complètement, comme 
nous le croyons, la personnalité dans 
le moi divin, et, partant, détruire 
équivalemmentnmmorfa/îïede l'âme, 
compromet néanmoins gravement ca 
principe essentiel. Nouspensonsdonc, 
sans oser taxer d'hérétique l'opinion 
qui nous réduirait à l'état de passi- 
vité pure dans la vie glorieuse, qu'il 
importe de nous y conserver l'acti- 
vité, et même une activité d'autant 
plus intense et étendue que cette 
gloire sera plus grande. 

Il est d'ailleurs une qualité, parmi 
celles que la tradition chrétienne at- 
tribue aux corps glorieux après la 
résurrection, qui la suppose; c'est 
l'agilité; le corps ne peut être dit 
agile si son agilité n'est réduite à 
l'acte, s'il ne se remue librement 
dans l'espace assigné à sa puissance; 
or le mobile du corps étant l'âme, 
ou la personnalité de l'individu, 
celle-ci doit être active pour commu- 
niquer, de la sorte, à son corps la 
mobilité, l'activité, et lui mériter 
l'attribut d'agile. 

C'est par cette activité de l'âme et 
par cette agilité du corps, que se ma- 
nifestera et s'exercera la liberté des 
élus, que s'exprimeront et se chante- 
ront les joies de la fraternité dans 
l'amour du père, que se joueront les 
luttes brillantes de l'égalité dans 
l'harmonie des différences, et crue se 
satisferont les curiosités scientifiques 
dans les océans infinis des grandes 
et des petites créations. 



IMM 



36 



XT. Puisqu'il n'y a de foi sur le 
purgatoire que son existence et la 
continuation d'une communion entre 
nous et nos frères qui l'habitent par 
l'intei médiaire de suffrages utiles, on 
peut imaginer ce qu'on voudra sur 
tout le reste. — Le purgatoire fonne- 
t-il un lieu particulier, ou Lien fait- 
il partie de l'enfer, ou encore les 
âmes de celle catégorie seraient-elles 
avec toutes les autres âmes, sans de- 
meure locale, et portant seulement 
en elles-même l'état que leur fait la 
justice? Le temps des purifications 
cst-il long ou est-il court, ou est-il 
très-court pour les uns, très-long 
pour les autres? De quelle nature 
sonl le. peines du purgatoire? sont- 
elles sensibles et matérielles, comme 
on a l'air de le croire communément, 
ou ne sont-elles, comme le pen-ent 
les Grecs, el, -ans doute, parmi les 
Latins, la plupart des lettrés, qu'une 
tristesse d'âme, leur venant de l'hor- 
reur même du mal dont elles voient 
mieux que nous les antinomies avec 
l'ordre éternel, et de laquelle ces 
âmes se trouveraient, selon Leibnitz, 
si justement affectées, qu'elles ne 
voudraient même pas d'une béati- 
tude qu'elles ne méritent pas encore. 
Quelle est l'étendue et l'intensité deces 
peines?Sont-elles toulesplus grandes 
que celles de cette vie, comme le dit 
saint Thomas? Sont-elles p lus grandes 
seulement en ce sens, qui est celui 
de saint Bonaventure, que la plus 
grande soit plus grande que la plus 
grande de cette vie ? Sont-elles , 
comme semble le dire la raison, de 
tous les degrés, infiniment petits et in- 
finiment grands selon les états si variés 
des cœurs et des esprits qu'apprécie la 
justice? Le purgatoire se prolonge- 
ra-t-il au delà de l'évolution terres- 
tre, ou linira-t-il lors de la résurrec- 
tion et du jugement universel, ainsi 
que parait' le penser la tradition 
chrétienne la plus répandue?... 
Toutes ces questions et mille autres 
ne touchent pas la foi catholique et 
peuvent être diversement résolues. 

Il en est de même de celles qu'on 
peut se faire sur les modes par les- 
quels nos prières pour les trépassés 
leur sont utiles. — Cajetan disait que 
toutes ces âmes sont aidées par les 



IMM 

suffrages communs, mais que par 
les suffrages particuliers pour telle 
ou telle ne sont aidées que celles qui, 
sur terre, ont été elles-mêmes soi- 
gneuses des âmes des antres. Des 
théologiens ont soutenu qua des 
prières faites pour quelqu'un en par- 
ticulier ne profitent pas seulunentà. 
lui, mais aussi à tous les autres, et 
à ces autres autant qu'à lui. L'opi- 
nion la plus commune est qu'une 
prière faite pour une âme profile 
toujours àcelle-làen particulier et ne 
profite qu'à elle ; Bellarmin fait une 
thèsepourle démontrer. — Des théolo- 
giens soutiennent que, dans les re- 
mises de peines par la justice et 1 1 
bonté, de Dieu, rien ne se fait par 
mode d'échange, de satisfaction, de 
payement pour un autre, en sorte 
que l'offrande de ce qu'on subit soi- 
même faite pour d'autres, vivants ou 
morts, ne vaut qu'à titre de prières 
que Dieu exauce comme il le veut 
par bouté gratuite. D'autres admet- 
tent la posssibilitédu payementé ;ui- 
valent, aussi bien que celle du suf- 
frage par simple impétration; et 
d'autres encore font des raisonne- 
ments pour établir qu'aucune peine 
n'est jamais remise sans satisfariion 
condigne accomplie pour soi ou offerte 
pour un autre. Enfin, si l'on ail. fil jus- 
qu'à dire que nos prières et offrandes 
pour les âmes du purgatoire leur 
sont utiles en ce sens seulement 
qu'étant connues d'elles, elles leur 
font plaisir, que cette connaissance 
du soin qu'on prend d'elles sur la 
terre distrait et adoucit leur tristesse, 
nous ne voyons pas que ce fût con- 
traire à la foi, puisqu'elle dit seule- 
ment que ces aines sont aidées par les 
su/frayes des fidèles. — Soto, Cano 
et Corduba disent qu'il n'y a pas 
d'ordre fixe établi de Dieu par suite 
duquel les suffrages pour les trépassés, 
ni même le sacrifice de la messe, se- 
raient toujours utiles pour diminuer 
leur peine, tandis que les suffrages 
pour les vivants opèrent toujours.' 
L'opinion commune est qu'il existe 
une loi fixe en vertu de laquelle au- 
cune prière, satisfaction et offrande 
du sacrilice de la Messe ne soit sans 
effet sur ceux qui en sont l'objet, vi- 
vants ou morts. — Bellarmin (De 






1MM 



37 



IMM 



pwgatorio), Suarez (part, m, t. IV); 
Vasqucz (part, m.), et les frères Pierre 
et Adrien de Valemburg (Traiti des 
controverses de la foi), exposent ces 
diverses opinions et d'autres encore. 

XII. Sur l'enfer, nous avons dit ce 
qu'il faut penser du point capital, 
celui de la distinction éternelle de 
cette catégorie d'avec celle du ciel ; 
et il s'ensuit qu'on doit rejeter, non 
comme une hérésie absolument dé- 
clarée, mais comme une erreur cer- 
taine, l'opinion des origénistes, des 
anabaptistes, de quelques sectes pro- 
testantes, des philosophes naturalis- 
tes, et de toute la société bouddhiste 
sur une réfusiôn future de tous dans 
le bien et la même vision béatifique. 
En vain Jeun licynaud imagine-t-il 
un enfer éternel, qui n'est jamais 
sans habitants, mais d'où aucun ha- 
bitant n'est sans sortir un jour ; la 
manière dont nous avons posé la ques- 
tion exclut ces sortes de subtilités. 
Quant à l'idée des sociniens qui pro- 
fessent l'annihilation des méchants 
dès que leur expiation est accomplie, 
elle est négative de Y immortalité de 
l'âme, au moins en partie, et jure 
encore davantage avec l'enseigne- 
ment catholique. 

Quant aux autres points, tels que 
celui du lieu, et celui de la nature des 
peines, il n'y a rien de délini. L'opi- 
nion commune a mis, jusqu'à pré- 
sent, l'enfer sous la terre, et chacun 
a, de plus, présenté sa supposition ; 
les uns l'ont enfermé dans la lune, 
d'autres dans le soleil ; tout cela est 
sans valeur au point de vue de la foi ; 
et il en est de même de la question 
du feu corporel. Vasquez, Pétau, 
Calmet, etc., exposent les opinions 
sur tous ces points. (Vasq., part. i. 
S. th., disp. 243. — Petau, lib. m. De 
Aug., c. 7, n. 7. — Calm., Corn, sur 
le chap. ix de saint Marc., et sur le 
chap. vu, 19 de ÏEcclésiast. : où il 
parait se contredire), et les deux pre- 
miers ajoutent que ces questions ne 
sont résolues par aucun décret de VE- 
glise, ni dans aucun synode ; ce qui est 
vrai en ce sens que les mots ignis et 
infernus qui sont partout employés 
n'ont pas été eux-mêmes définis, et 
ce qui corrobore la manière dont 
nous avons résolu la question de l'é- 



ternité des peines devant la foi rigou- 
reuse, puisqu'il n'existe pas, non plus, 
de décret de l'Eglise qui ait eu pour 
but direct de définir le mot seternus 
également employé. 

Sur l'intensité du malheur sensible 
résultant, pour les damnés, du dam 
où ils se trouvent par suite de. leur 
culpabilité, et sur la proportionnalité 
de l'état total de chacun avec sou de- 
gré de malice et de coulpe, c'est 
encore au bon sens qu'en est laissée 
l'appréciation générale, et EEqlise 
n'a pas été plus loin que ce simple 
bon sens, puisqu'elle n'a fait q'ie 
poser, comme lui, le grand principe 
de la justice exacte. 

Le système de la miligation est 
encore autorisé suffisamment pour 
être soutenu sans danger d'hérésie, 
et même d'erreur, ni certaine, ni pro- 
bable, comme nous l'avons déjà dit, 
et comme on peut le voir dans notre 
Dictionnaire des Harmonies, art. Vie 
éternelle (1). 

Enlin, la question du nombre des 
damnés par rapport à celui des élus, 
est laissée également sans réponse 
par l'Eglise, ainsi que le démontre 
Bergier (Traité de la vraie religion, 
et Dut. théol., art. Elus), ainsi que le 
fait observer le P. Perrone (De futur, 
hom. vit., art. 3, diflic. , Not. sur Matth. 
vu, 21), et ainsi qu'on peut le déduire 
de l'ouvrage de Pinerole, édité en 
1841 sous ce litre: Tcsori di conp- 
denza in Dio, où l'auteur examine les 
textes qu'on a coutume d'apporter, 
sans raison et sans logique, à l'appui 
du petit nombre des élus. Nous avons 
aussi traité cette question dans le Dic- 
tionnaire cité plus haut, même arti- 
ticle (2). 

XIII. Sur l'état futur des morts 
sans régénération en cette vie et sans 
culpabilité personnelle, tels que les 
enfants non baptisés, nous en avons 
assez dit dans le même ouvrage (art. 
Déchéance et Vie éternelle) pour être 
dispensé d'en parler de nouveau. Nous 
ajouterons seulement le résumé sui- 
vant : 

1° Non-seulement il n'est pas de 



(1) Voyzj , dao» celui-ci: Mitigâtioh du mi* 
kbs, etc. 

(2) V .yez, dans celui-ci: Élus. (Nombre dei) 



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foi, mais il est contraire à l'opinion 
commune qu'il existe pour ces êtres, 
et avant et après la. résurrection, 
aucune peine sensible. En général, 
les Pères grecs sont pour eux plus 
indulgents, et, selon nous, plus justes, 
que les Pères latins, en ne leur attri- 
buant que le dam pur et simple ; et 
-saint Augustin lui-même, écrivant à 
iaint Jérôme (epist. 131) dit qu'on ne 
peut savoir sur leur peine, c'fst-à-dire 
sur l'état résultant de leur situation 
devant la rédemption, quse, qualis 
et quanta mit hxc pœna, quelle sera 
cette peine, quelle en sera l'espèce, et 
quelle en sera l'étendue. 

2° Non-seulement il n'est pas con- 
traire à la foi, mais il est même con- 
forme à l'opinion commune de penser 
qu'ils ne ressentiront aucune tristesse 
de leur dam ou privation de la gloire 
céleste. 

3° On pourrait encore supposer, 
sans aller contre la foi, qu'ils n'ont 
aucune idée d'un état supérieur au- 
quel ils seraient parvenus sans la 
déchéance, mais cette supposition ne 
serait plus aussi conforme à l'opinion 
commune. 

4° Rien, non plus, n'empêche de 
penser qu'il y aura variété et modi- 
fications en mieux dans leur état, 
durant la suite des siècles. 

5° Beaucoup de théologiens ont 
imaginé pour ces âmes, sans être ja- 
mais blâmés par l'Eglise, un bonheur 
naturel plus ou moins grand, en 
sorte qu'il y aurait pour elles un ciel 
mitoyen, situé entre les demeures 
infernales et les demeures des élus. 
Cette supposition n'a aucun rapport 
avec celle des pélagiens qui disaient 
que, sans régénération, on arrive au 
ciel ou à un ciel inférieur où n'existe 
aucune coulpe ni aucune conséquence 
de coulpe. L'opinion devenue la plus 
commune parait même autoriser cette 
croyance en donnant à ce ciel naturel 
compris dans le dam, un nom parti- 
lier, celui de limbes. 

6° Quant à certaines expressions 
dures employées dans la tradition à 
3'êgard de ces êtres, telles que celles- 
ci : supplice, tourment, géhenne, tor- 
ture éternelle, saint Thomas dit que 
•ces mots, « doivent être pris large- 
ment, dans le sens général de peine, 



en sorte que l'espèce soit dite pour 
le genre, comme cela arrive dans les 
Ecritures, » (De rnalo. art. 2, ad 1.) 
On sait que, dans 1 esprit de saint 
Thomas, le mot peine signifie ici la 
conséquence de la coulpe, que cette 
conséquence soit sentie ou ne le soit 
pas, qu'elle donne de la tristesse ou 
n'en donne pas du tout. 

7° Est-il vraiment de foi, comme le 
dit le P. Perron* après la plupart des 
théologiens, que ces morts non régé- 
nérés, exempts de faute personnelle, 
soient exclus à jamais de la béatitude 
céleste, leur état étant, d'ailleurs, 
diffèrent de celui des autres? 

Bien que nous regardions cotte ex- 
clusion comme une certitude, ainsi 
que nous l'avons suffisamment mani- 
festé dans nos Harmonies, nous ne 
croyons pas qu'elle soit un article de 
foi, et voici nos raisons. 

Il est bien de foi, par suite de la 
condamnation du pélagianisme et par 
suite de toute l'économie de la théo- 
logie catholique, qu'aucun de ceux 
qui n'auront pas été régénérés no 
parviendra jamais à la gloire surna- 
turelli- du (.hrist. C'est ce qui rend 
un baptême de régénération quelcon- 
que nécessaire de nécessité absolue. 
Mais nous n'avons trouvé aucune dé- 
finition œcuménique, ou même d'au- 
torité approchant de l'autorité œcu- 
ménique, qui déclare impossible tonte 
régénération après la mort, Dans 
cette hypothèse, la déchéance de- 
meure avec sa conséquence, tant <;:te 
la surnaturalisation n'a pas eu lieu, 
ce qui exclut tout le pélagianisme ; 
et, d'un autre côté, la possibilité de- 
meurant d'une application des mé- 
rites du Christ au delà du tombeau â 
ceux qui, sans leur faute, ne l'ont 
pas reçue en cette vie, il reste, en 
même temps, la possibilité qu'ils ar- 
rivent, en un moment quelconque, à 
la gloire chrétienne. Ne faudrait-il 
pas une définition formelle pour ex- 
clure cette hypothèse? Or c'est en 
vain que nous l'avons cherchée. 

Cela posé, il y aurait trois manières 
d'entendre cette possibilité. Ou bien 
l'on dirait que tous les enfants morts 
sans baptême Uniraient par être ré- 
générés en vertu de lois générales du 
la rédemption à nous inconnues; oa 



1MM 



39 



IMM 



bien l'on dirait que quelques-uns seu- 
lement seraient régénérés, par exem- 
ple les enfants des Chrétiens, moyen- 
nant certaines conditions, telles 
que les prières des parents, mais en- 
core en vertu des lois communes de 
la rédemption ; ou, enlin, on dirait 
que cette possibilité n'aurait lieu que 
par pure exception de la part de Dieu, 
sans loi établie dans ce but, et même 
contrairement aux lois générales. 

Or, le premier sens nous a paru 
assez opposé à l'esprit du christia- 
nisme, et assez difficile à concilier 
avec ce qu'on y enseigne de la né- 
cessité du baptême d'eau, pour éta- 
blir une proposition certaine qui l'ex- 
clut. (Cert., prop. l(i.) 

Le second sens est encore à peu 
près exclu parcette proposition, quoi- 
qu'il ait été formellement soutenu 
par Cajétan et quelques autres. 

Et le troisième n'est point contraire 
à cette proposition, puisqu'elle ré- 
serve les voies extraordinaires de la 
Providence. Ce dernier sens a pour 
lui de graves autorités, par exemple 
celles de Gerson, de Durand et de 
saint Bonavcnture, et cependant il 
n'est pas conforme à l'opinion com- 
mune. 

8° Sur tous les autres points relatifs 
à l'état des êtres dont nous parlons, 
tels que le lieu de leur séjour, leur 
genre d'existence, leur manière d'être 
avant le jugement, leur fixité de si- 
tuation, ou leur susceptibilité de 
progrès en amélioration quelconque, 
et le reste, on peut faire et on a fait 
mille suppositions sans danger pour 
:s foi. 

XIV. La résurrection des hommes 
sous leur forme présente est un dogme 
propre à tous les peuples. « Sera-t-il 
permis à l'homme, » chantait Pho- 
cylide aux temps pythagoriques, 
« de dissoudre ce qui fut lié par le 
Créateur? Nous croyons qu'un jour 
les reliques des morts sortiront de la 
tombe, reparaîtront à la lumière et 
seront mises au rang des dieux. » 
On trouve à peu près partoutla même 
espérance . 

Or beaucoup d'anciens théologiens 
ont pensé que tous absolument ne 
mourront pas avant de ressusciter, 
mais que la population contempo- 



raine de la fin du monde sera seule- 
ment soumise à une transformation 
sans mourir véritablement, d'où le 
mot du Symbole que le Christ jugera 
vivants et morts serait expliqué de la 
manière la plus littérale. Estius dit 
encore, de cette question, qu'elle est 
très-difficile à résoudre. (4 dist. 43, 
§ 7.) Les modernes croient plutôt que 
tous mourront. 

Si donc il est de foi que la résur- 
rection sera universelle, en ce sens 
que les mauvais ressusciteront aussi 
bien que les bons et qu'aucune caté- 
gorie n'en sera exceptée ; il n'est pas 
de foi que tous les individus absolu- 
ment doivent; ressusciter au propre 
sens du mot puisqu'il n'est pas de 
foi que tous doivent mourir. 

L'identité du corps ressuscité avec 
celui de la vie mortelle est encore de 
foi, mais seulement l'identité spéci- 
fique et personnelle des éléments, 
non leur identité numérique. (Voy. 
sur les opinions que peuvent faire 
naître, ,'i ce sujet, tes systèmes phi- 
toaopliiquea sur les corps, ei les di£M- 
cnltés, les deux articles Insurrection 
et Harmonies.) 

11 parait qu'Origène et des Armé- 
niens crurent qu'il n'y aurait plus de 
sexes après la résurrection. On peut 
déduire des paroles de la. foi sur la 
similitude des corps ressuscites» ceux 
d'aujourd'hui, que les sexes resteront, 
mais il n'existe pas de définition di- 
recte sur ce point, bien que les Pères 
de l'Eglise l'aient beaucoup appuyé. 
Le bon sens indiquerait assez que la 
société humaine ne p<'iit rester hu- 
maine avec ses relations de paterni- 
té, de maternité, de fraternité, etc., 
et avec ses identités d'individus, si 
les différences ne sont conservées 
entre l'homme et la femme. J. Rey- 
naud va plus loin, il conserve le 
mariage: « Fermez le ciel, » dit-il, 
aussi strictement que vous le vou- 
drez, moralistes sévères, à la Vé- 
nus impudique ; ce n'est pas moi qui 
réclamerai pour elle; mais laissez-y, 
de grâce, la Vénus Uranie. » C'est ce 
qui va presque nécessairement avec 
son système de renaissance des âmes 
dans de nouveaux pennes Imunius 
selon le mode de celle vie ; mais du 
moment où l'on admet, cuuiuie le 



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IMM 






veut la théologie catholique, qu'après 
l'évolution présente, le nombre des 
hou: mes est au complet, et que ce 
qui (luit suivre est une société simul- 
tanée des pères et des fils qui ont 
vécu sur la terre, on ne peut plus y 
introduire le mariage; on sait ce 
qu'en a dit Jésus-Christ, et cela pa- 
rait embarrasser notre philosophe. 

Quant aux diversités de conditions 
entre les corps ressuscites des bons 
et ceux des mauvais, la tradition ca- 
tholique, se fondant sur des paroles 
de l'Apôtre, s'est représenté ces der- 
niers sous des formes hideuses ; mais 
l'Eglise n'en a rien dil positivement. 
Ce que nous savons, e'esl qu'en vertu 
de la constitution humaine, l'état mo- 
ral inllue naturellement sur la phy- 
sionomie corporelle. 

Les qualités que cette tradition at- 
tribue aux corps glorieux, l'impassi- 
bilité, la clarté, l'agilité, la subtilité, 
ne sont pas non plus des articles de 
foi ; mais elles sont enseignées par- 
tout sans être omises dans les caté- 
chismes. Quelques anciens y ajoutè- 
rent l'impalpabilité et l'invisibilité ; 
on cite un Euthychùs, êvêque de 
Constantinopleen582,mais qui aban- 
donna son opinion après une dis- 
cussion avec saint Grégoire ; ces 
deux propriétés détruiraient le corps 
en lui étant ses qualités sensibles et 
ne doivent pas être admises ; mais il 
n'y a pas de délinition pour les re- 
jeter. 

On a discuté sur l'âge auquel on 
ressuscitera, sur les formes, les statu- 
res, les parties intégrantes, et tout ce 
qui pourrait convenir aux corps res- 
suscites. Ces discussions portent sur 
des questions à la fois permises à la 
curiosité, indifférentes à la foi, oi- 
seuses et insolubles. 

Il en est de même du moment de 
la résuriHCtion. Elle doit précéder, 
d'après la croyance chrétienne, le ju- 
jement général, et l'on paraît croire 
qu'elle aura lieu immédiatement après 
la un du monde et avantee jugement, 
mais comme rien n'est déciaré ex- 
pressément à cet égard, on pourrait 
imaginer des périodes entre la lin de 
l'ordre présent et la résurrection, en- 
tre la résurrection et le jugement gé- 



néral, sans être hérétique, au moins 
que nous sachions. 

XV. Reste à dire quelques mots de 
ce jugement général. 

Le temps et le lieu en sont incer- 
tains, comme le remarque Estius (iv 
Sent., dist. 'i8, S 4), et comme tous 
les théologiens le reconnaissent; la 
tradition relative à la vallée de Josa- 
phat n'est qu'une opinion rabbinique 
devenue populaire ; et tous les mo- 
des sous lesquels l'imagination du 
commun des esprits se représente le 
jugement dernier, n'ont rien d'inhé- 
rent à la foi. « La vérité, » dit Per- 
rone, « est indépendante des formes 
par lesquelles elle est énoncée. » Or, 
le mot du Symbole, que le Christ ren- 
dra à chacun selon ses œuvres, voilà 
la vérité, et tout le reste peut être 
considéré comme figures d'expression; 
ce grand cortège du Christ venant 
dans 1rs nuées, ces anges avec leurs 
trompettes, re tribunal OÙ seraient 
jugés les œuvres de chacun sont des 
images qu'on ne prend pas à la lettre 
quand onse met aupointde vued'un 
christianisme rationnel. « Le Christ 
juge, » dit saint Ambroise, « par la 
connaissance des cœurs, non par in- 
terrogation des faits, »(lib.x in Luc, 
c. xxn, n. 4M) ; Augustin parle de 
même avec tous les grands hommes 
du christianisme, bien qu'ils aient 
recours comme orateurs et comme 
poètes, à ces sortes d'images, quand 
l'occasion le demande pour frapper 
l'esprit ; Platon avait donné l'exem- 
ple de la prédication aux hommes 
tantôt par l'énoncé direct des vérités 
qu'il connaissait, tantôt par le déploie- 
ment des allégories, des mythes, des 
tableaux. Saint Paul avait fait de mê- 
me, quoique très-rarement en ce qui 
concerne ce dernier genre, et si, dan» 
un passage, il parle de la trompette 
de l'ange ; voici ce qu'il dit dans un 
autre : Quiconque a péché sans la loi 
périra sans la loi, et quiconque a pé- 
ché sous la loi, sera jugé par la loi 

la conscience rendant témoignage et 
les jtensées s'accusant et se défendant 
l'une l'autre, au jour où Dieu, par Jé- 
sus-Christ, jugera selon mon Evangile, 
ce qu'il y a de caché dans les hom- 
mes [Rom. ii, 12-16 ) C'est aussi d'un 



IMM 



mot de saint Paul {II Cor. v. 10) que 
l'on a conclu que la conscience de cha- 
cun serait manifestée à tous; ce point, 
non plus, n'est pas de foi ; mais il 
est entré dans l'opinion commune. 
Enfin disons qu'il n'est pas déliai que 
le Christ doive y parler corporelle- 
ment, ni qu'il y soit visible pour les 
yeux du corps; les théologiens ne 
qualifient que de probable l'opinion 
qui l'affirme. 

Nous n'avons pas trouve, de défini- 
tion spéciale sur le jugement parti- 
culier que Calvin ne voulait pas ad- 
mettre, tandis que, par contre, beau- 
coup de philosophes n'admettent que 
celui-là et rejettent le jugement gé- 
néral ; mais il suit, à la fois, et de la 
manière dont nous avons établi ra- 
tionnellement l'immortalité des cimes, 
et de tout l'esprit de la doctrine catho- 
lique, que ces deux jugements sont 
également certains et nécessaires, le 
premier par une nécessité de justice 
relative à chaque individu, l'autre par 
une nécessité de justice synthétique 
relative à la société totale quand elle 
aura accompli son évolution mortelle. 
Nous terminons là cette étude de 
nos destinées transmondaines sous le 
triple rapport des certitudes de la 
foi, de celle d<^ la raison , et des opi- 
nions théologiques. Les uns, sans 
doute, nous accuseront d'avoir eu 
trop de hardiesse, les autres d'en 
avoir eu trop peu. Nous disons à 
tous, que nous avons écrit après mé- 
ditations profondes, recherches sé- 
rieuses, hésitations prolongées sur 
plusieurs questions, que devine faci- 
ment celui qui nous a lu ; qu^aucun 
système préconçu n'a présidé à nos 
appréciations ; que la bonne foi, la 
sincérité, le désir de plaire à Dieu et 
d'être utile aux hommes, ont été nos 
seuls guides, avec les litres mêmes 
qui nous sont présentés par notre 
Eglise, devant laquelle nous dépo- 
sons à l'avance tout orgueil philoso- 
phique, si jamais sa grande voix (1) 
venait à s'expliquer plus formellement 
sur ces sortes de questions, ou si l'on 
nous prouvaitqu'ellel'a déjà fait dans 

(1) Depuis la concile <!n Vatican, la voix de A 
papauté parlant ex cathedra est celle grande 
voix. (1871.) 



Ai IMM 

son passé. Toute notre âme s'exprime 
par deux sentiments ; celui d'une pro- 
fonde impuissance pour soulever l'é- 
norme poids de mystères dont le Ciel 
nous surcharge, et celui d'une grande 
lumière devant un petit nombre de 
vérités que Dieu met à la portée de 
notre esprit. Sous l'influence du pre- 
mier sentiment nous nousjetonssans 
réserve dans les bras de la révélation 
et de l'Eglise. Sous l'influence du se- 
cond, notre conscience est tellement 
fixée sur quelques principes qu'il lui 
serait à jamais impossible de les re- 
nier sans faire un crime. Mais nous 
avons la foi ; et cette foi consiste à 
croire que ces deux forces qui nous 
entraînent avec une égale irrésisti- 
bilité se trouveront toujours en har- 
monie. , 

Pourrions-nous mieux finir qu en 
donnant au lecteur pour exemple de 
ces principes dont nous venons de 
parler celui qui ne cessera jamais de 
nous servir de règle sur le jugement 
des âmes dans l'éternité? Nous l'em- 
pruntons à M. de Frayssinous, et le 
voici, tel qu'il le criait dans les chai- 
res catholiques : 

« Il faut le dire, il faut le procla- 
mer hautement; l'homme, au tribu- 
nal de Dieu, ne sera responsable que 
de la mauvaise foi dans sa conduite.» 
Le Nom. 

IMMORTELLES (Throl. mixt. scien. 
bot.) — Ces fleurs dont on couronne 
les tombes en signe de foi à 
l'immortalité desâmes, appartiennent 
toutes à la famille des composées, tribu 
des senecionidées, sous-tribu des gna- 
phaliées. Leurs fleurs, de consistance 
sèche, se conservent très-longtemps 
avec leur coloration. Le Nom. 

IMMUNITÉ, exemption des charges 
personnelles et réelles auxquelles le 
commun des sujets est assujetti en- 
vers le souverain. Les immunités ac- 
cordées aux ecclésiastiques par les 
princes chrétiens, sont un point de 
discipline qui regarde de. plus près 
les jurisconsultes que les theolo-- 
giens (1) ; matsl'onaécritde nos jours 

M) Les |irivili'"-'OS dont jouissait nntreloials clergé 
de l-i auto tout abolis. ' Gousskt. 




IMM 



42 



IMM 



contre on privilège avec tant, de pré- 
vention et tanl, d'indécence, on l'a 
présenté sous tua jour si Odieux, que 
nous do pouvons n.'ius dispenser de 
! ire ù te sujet quelques réflexions. 

,'é n-.-tiiirist, dans l'Evangile, a dé- 
cidé en général, en parlant des tri- 
buis, qu'il tant rendre à César ce qui 
est à César, et. ,i Dieu ce qui appar- 
: à Dieu. Mattk., c. '22, f. 21. 11 
en î»i ai! donné lui-même l'exemple, 
on faisant pa\ et le cens pour lui et 
pour saint Pierre, c 17, y 20. Saint 
Paul dii a liais les fidèles en général 
et san- exception : « ftendea a chacun 
« te qui lui est ou, ie tribut ou Lim- 
ai po4 a celui qui a druit de l'exi.. I . 
» etc. » Hum., e. 13, ^.7. 

Ou conçoit que, SOUS les empereurs 

païens, les ministre - île la religion 
chrétienne ne jouirent d'aucun privi- 
lège ni d'aucune exemption; ils étaient 
même intéressés a ne pas faire con- 
naître leur caractère. Tertullien, dans 
son Apologétique, chap. i 2, représente 
aux magistrats que personne ne paie 
les h liait-, et oe satisfait aux charges 

publiques avec plus de fidélité que 

les chrétiens; qu'ils se font un poinJ 
de conscience de ni; commettre en ce 
genre aucune fraude. 

Lorsque Constantin, devenu seul 
]ei ■•- ■■■ eur de l'empire, eut embrs 
la religion chrétienne, il jugea con- 
\ enable de concilier beaucoup de res- 
pect a ss ministres, surtout aux êvè- 
ques et de leur accorder des privilè- 
ges. Il exempta les clercs de toutes 
l«S i ! ,ire.e- |e Isonnelles, ,!,. |i,us les 

t oiplois publics onéreux, dont le, de- 
*oirs les auraient détournés de leurs 

tuncl ions. Non-seulement il accorda 
-aux évèques la juridiction sur le- mi- 
nistres inférieurs, le pouvoir de tus 

jugi r el de les punir selon le- N i 
de l'Eglise, mais il trouva bon que 
les fidèles les prissent pour arbitres 
dans leurs contestations, et il leur 
confia l'inspection sur plusieurs objets 
d'utilité publique, bis que le soin 
des prisonniers, la protection dis es- 
claves, la charité envers les enfants 
i rposés et autres personnes miséra- 
bles, le droit de réprimer plusieurs 
abus contraires à la police, parce que 
•ces divers objets étaient trop négligés 
par les magistrats civils. 



Riais on ne voit pas que ce prince 
ni s" S successeurs aient exempté du 
tributs ou d'impôts les biens possédés 
par les clercs. Sur la lin du quatrième 
siècle, saint Auibrm-e disait : « Si 
» l'empereur demande tetribut, nous 
» ne le refusons point; les terres de 
» l'Eglise le paient, nous rendons à 
» Dieu et à César ce qui lui appar- 
» tient. » Epist. 32. 11 y avait cepen- 
dant plusieurs charges réelles dont 
les clercs étaient exempts. lîingham, 
Or/ : /. rrr.b'S., 1. a, C 3, S 4 et Slliv. 

Après la conquête des Gaules pâl- 
ies Francs, Clovis, devenu chrétien, 
dota plusieurs églises, accorda aux 
clercs Vimmwiité réelle < i, / , , sonnette ; 
on le voit par le premier concile 
d'Orléans, teuu l'an ;j()7, eau. S. Dans 
les révolutions qui arrivèrent sous 
ses successeurs, l'état du clergé n'eut 
rien de lixe, il l'ut tantôt dépouillé et 
taniôi rétabli dans ses droits. Insen- 
siblemenl nos rois, tourbe- des mar- 
que- de fidélité que |e clergé leur a 

donnée- d ,n ■ tous les temps, ont mis 
tes eh,, -es sur le pied OU elles sont 
aujourd'hui. La seule question que 
l'on puisse élever, e-l de savoir si les 
s du cl '"e son! contraires 
à lu juslh e distribu tive el au bien de 
l'Etat: no;!- soutenons qu'elles ne le 
sont point. 

I u Le elergé n'est pas le seul corps 
qui en jouisse, la noblesse et les ma- 
gistrats oui ! - leur-. Cette distraction 
a lieu non- seulement en France, mais 
cbez toutes les nations policées; on 
l'asue dan- tous les temps comme 
aujourd'hui, dans tes fan h»m 

comme dan- la vraie. Les Bu mains 
les Egyptiens, les Indiens, les ChïrwL. 

ont e: •'■ que le- a,:;,; :i e ,..■ ; Li re.. 

rfovaiunl en e di Irn ira de It 
classe commune des citoyens, ne de- 
vaient point être détournés de leurs 
devoirs par d, ! emplies civils, mais 
tenir un rai g el pour d'un : considé- 
ration qui les rendit respectables. 

Il est jn^tc, sans doute, que des 
hommes i onsacres par êiat au service 
de leurs semblables, n'aient point 
d'autre charge .. supporter , qu'ils 
aieni une subsistance honnête et as- 
surée; il n'y a pas plus de raison de 
prendre sur ce l'on is de quoi subve- 
nir à une ,r:..e i l;,ir e, ,:,;e de re- 



IMM 

trancher une partie de la solde des 
militaires, ou des honoraires des ma- 
gistrats. 

2» Les ennemis du clergé affectent 
de supposer que ce corps, dont ils 
exagèrent les richesses, ne contribue 
en rien aux charges communes, ou 
n'en supporte qu'une très-légère par- 
lie. C'est une double erreur, réfutée 
par la notoriété publique. L'auteur 
du Droit piihlic de France observe 
« qu'il n'est point de corps de l'État 
» dans lequel le prince trouve plus 
» de ressources que dans le clergé 
» de France. Outre les charges com- 
» muncs à tous les sujets du roi, il 
» est facile au clergé do justilier que 
» depuis 1690 jusqu'en 1760, il a payé 
» plus de 379 millions ; que par con- 
» sôquent dans l'espace de soixante 
» et dix ans, il a épuisé cinq fois ses 
;> revenus, qui, sans en déduire les 
» charges , objet considérable , ne 
» montent qu'à 00 millions ou envi- 
» ron. » Droit public de France, t. 2, 
pag. 272. 

Depuis ce temps-là, les contribu- 
tions du clergé, loin de diminuer, ont 
augmenté. Par [es déelarationa-da roi, 
données à ce sujet en différents temps, 
l'on peut voir à quoi se monte la dette 
que le clergé a contractée pour four- 
nir aux besoins de l'État. Il est prouvé 
que ses contributions annuelles sont 
à peu près le tiers de son revenu, 
puisque c'est à cette proportion que 
l'on taxe les pensions sur les bénéfices. 

Indépendamment de celte charge 
ordinaire, on vient de voir en 1782 
avec quelle générosité le clergé, sans 
v être contraint, sait se prêter et 
faire des elforts pour subvenir aux 
besoins extraordinaires de l'Etat. 

Cet exemple, qui n'est pas le seul, 
démontre qu'il est d'une saine politi- 
que de ne pas charger indistinctement 
et en même proportion toutes les clas- 
ses de citoyens, afin d'avoir une res- 
source assurée dans les cas pressants 
et extraordinaires. Peut-on citer une 
seule calamité publique, soit générale, 
soit particulière, dans laquelle les mi- 
nistres de l'Eglise n'aient pas donné 
l'exemple d'une charité courageuse 
et attentive, et ne se soient dépouil- 
lés pour assister les malheureux ? Que 



IMM 

les contributions du clergé se fassent 
sous le nom de dêcimespàe don gra- 
tuit, ou sous un autre, qu'importe, 
dès qu'elles ne tournent pas moins à 
la décharge des autres citoyens. 

Nous pourrions démontrer encore 
l'absurdité des plaintes de nos décla- 
mateurs modernes, par les différentes 
révolutions qui sont arrivées, .soit en 
France, soit dans les autres États de 
l'Europe. Quelle utilité le peuple a-t-il 
retirée des vexations et du brigan- 
dage exercés en différents temps en- 
vers le clergé ? On se souviendra 
longtemps du mot de Charles-Quint, 
qui dit que Henri VIII, en dépouillant 
le clergé de son royaume, avait tué 
l'oie qui lui pondait tous les jours 
un œuf d'or. 

Behgier. 

IMMUTABILITÉ, attribut en vertu 
duquel Dieu n'éprouve aucun chan- 
gement. Dieu est immuable quant à 
sa substance, puisqu'il est l'être né- 
cessaire. Il l'est quant à ses idées ou 
à ses connaissances, puisqu'elles sont 
éternelles; il l'est quant S se„ volon- 
tés ou à ses île: soins, puisqu'il a voulu 
de toute éternité ce qu'il fait dans le 
temps et tout ce qu'il fora jusqu'à la 
lin des siècles. L'Etre infini est, 
a -Hé et sera toujours parfaiiement 
simple et de l'unité la plus rigou- 
reuse; il ne peut rieu perdre ni rien 
acquérir. 

11 dit lui-même : » Je suis celui qui 
» est, je ne change point. Mnluck., 
» c. 3, jr 6. Dieu ne ressembla point 
» à un homme pour nous tromper, 
» ni à un martel ponr changer ; peut- 

• il no pu • . mu' ci' qu'il a dit, ou ne 
» pas accomplir ce qu'il a promis? 

• Num., o. 23, * 19. Vous avez créé, 
» Seigneur, le ciel et la terre ; ils 
» passeront, mais vous demeurerez; 
» vous les changerez comme on re- 
» tourne un habit, mais vous êtes 
» toujours le morne, votre durée ne 
» finira jamais. » ts. 101, f 20 

L'éternité proprement dite emporte 
essentiellement l'immutabilité.^ Dicn a 
voulu de toute éternité ce qu'il a fait 
dans le temps et tout ce qui sera jus- 
qu'à la fin des siècles. Cette volonté 
éternelle s'exécute sans que Dieu 



IMM 

fisse rie nouveaux décrets ou forme 
do nouveaux desseins. De toute éterni- 
té il a prévu ave:.: une certitude entière 
tout ce qui a été, tout ce qui est, tout 
ce qui sera : cette éternité correspond 
à tousles instantsde la durée des êtres 
A l'égard de Dieu, il n'y a ni passé 
ni futur ; tout est présent à son en- 
tendement divin; il ne peut pas lui 
survenir un nouveau motif de 
vouloir. 

A la vérité, notre esprit borné ne 
conçoit point comment Dieupeut être 
tout à la fois libre de faire ce qu'il 
veut, et cependant immuable ; nous 
ne pouvons avoirde la liberté de Dieu 
qu'une idée analogue à notre propre 
liberté, et celle-ci ne peut s'exercer 
sans qu'il nous survienne un chan- 
gement. C'est pour cela même que 
l'Ecriture sainte nous parlé des ac- 
tions de Dieu comme de celles de 
l'homme, semble lui attribuer des 
affections humaines, de nouvel les con- 
naissances, de nouvelles volontés, du 
repentir, etc. Dieu dit à Abraham : 
« A présent je connais que tu me 
« crains, puisque pour m'obéir tu 
« n'as pas épargné ton fils unique. » 
Gui., e. 22, y. 12. Dieu, sans doute, 
savait d'avance ce que ferait Abra- 
ham. Jérémie dit aux Juifs : « Corri- 
« gez-vous, écoutez la voix du Sei- 
« gneur votre Dieu, etil se repentira 
« du mal dont il vous a menacés. » 
Jerem., c. 26, y. 13 et 19. Dieu épar- 
gne les Ninivites, après avoir déclaré 
qu'il allait les détruire, etc. Mais, de 
toute éternité, Dieu savait ce qui ar- 
riverait et ce qu'il ferait. 

Ainsi, lorsque nous prions Dieu de 
nous pardonner, d'accordertelle grâ- 
ce, de ne pas punir un pécheur vivant 
ou mort, etc., nous ne supposons 
point que Dieu changera de volonté 
ou de résolution; mais nous suppo- 
sons que Dieu, de tout éternité, a 
prévu la prière que nous faisons, et 
veut y avoir égard. De Y immutabilité 
de Dieu il s'ensuit qu'il accomplit 
toutes ses promesses : mais il ne s'en- 
suit point qu'il exécute toutes ses me- 
naces, parce qu'il peut pardonner 
sans déroger à sa justice. • Les me- 
» naces de Dieu, dit saint Jérôme, 
» sont souvent un effet de sa clémen- 
» ce.» Dialog. 1 contra Pektg., c. 9. » 



4 1 IMM 

» Si Dieu voulait damner, dit saint 
» Augustin, il ne menacerait pas, il 
se tairait. » Serm. 22, n. 3. (1) 

ueugier 

(1) Les incrédules prétondent que l'immutabilité 
do Dieu détruit la liberté. Dion, disent-ils, est im- 
muable ; ses propriétés le sont comme lui; sa volonté 
l'est aussi ; il ne peut vouloir une chose et une 
autre : il n'est donc pas libre. 

D'abord, quand nous serions dans l'impuissance 
de concilier la liberté et l'immutabilité do Dion, ce 
ne serait pas une ra son pour contester l'un on 
l'autre de ces deux attributs. Dès que doux vérités 
sont reconnues comme certuines, on ne peut être 
admis à prouver qu'elles sont contradic:oires. Il y 
a dans le monde mémo physique une multitude de 
choses qne nous ne comprenons point, qui nous 
offrent des difficultés insolubles, et qu'on est cepen- 
dant forcé de croire d'après le sens rommun. Serait- 
il étonnant qu'ils s'en trouvât dans l'Etre infini et 
nécessairement incompréhensible ? 

Mais est-il bien vrai que nous n'ayons aucun 
moyen de concilier la liberté do Dieu avec son im- 
mutabilité? Non, certainement : car, premièrement, 
dans l'opinion très-probable de l'éternité non suc- 
cessive, on ne voit aucune contradiction entre ces 
doux attributs. Voyrz l'article Etkiinité. Dons cet 
instant qui compose toute son éternité, Dieu veut 
librement tout en qui existe ; et il no peut plus 
changer, puisqu'il n'y a pas d'autre instant où le 
changement puisse s'opérer. L'acte desa volonté est 
toujours le mémo; car, dans le mè/iie moment, il 
ne peut pas avoir deux volitions opposées. Tout 
changement ex ge une succession ; et un vouloir, 
comme tout autre cho*o, ne peut pas être en même 
temps le même et différent. Cite réponse suf- 
firait encore ponr résoudre l'objection proposée. On 
n'est pas fondé a nous opposer une incompatibilité 
d'attributs, s'il y a un système raisonnable dans le- 
quel ils soient compatibles. 

Secondement, en supposant même I éiernité suc- 
cessive, je dis que même dans ce système, on ne 
peut démontrer qu'il y ait opposition entre la liberté 
et l'immutabilité. En effet, l'objection est fondée 
sur une fausse idée de la liberté divine. La question 
n'est pas de savoir si Dieu, ayant formé de toute 
éternité la détermination de créer le monde tel 
qu'il est, a pu former une détermination différente. 
II s'agit de savoir si cette résolution prise par lui 
de toute éternité, l'a été librement, nu s'il y a été 
alors nécessité par sa nature. La liberté de Dieu ne 
pouvant pas, comme nous l'avons observé, contrarier 
ses antres attributs, est et doit Sir- dilf 'rente de 
celle de l'homme. L'hotnino qui a formé une réso- 
lution, peut eo changer, parce qu'il peut lui snr- 
venir de nouveaux motifs, de nouvelles connais- 
sances, de nouveaux intérêts, de nouvelles passions. 
Mais rien de tout cela ne pont atteindre D eu. 11 ne 
peut donc pas avoir do raison pour eh i gor. Primi- 
tivement, éternellement, Dieu a voulu par un seul 
acte de sa volonté tout ce qui est et toutee qui sera 
à jamais. Cet acte originaire a-t-il été libre? voli 
ce dont il s'agit. Les iocré Iules ne prouvent cer- 
tainement pas que Dieu a été nécessité à ce décret 
éternel, en disant que Dieu, après l'avoir rendu, 
n'a pas pu le changer. Ils dénaturent l'état de la 
question, et ne prouvent que ce qui ne leur est pas 
contesté. Ainsi, même dans le système de l'éternité 
successive, se cooe lient pieineraen: les deux dog- 
mes de la liberté et do l'immutabilité divines. Dieu 
a exercé sa liberté en formant le décret universel 
de la création de tous les êtres ; il manifeste son 
immutabilité par i'iuvariuble permanence de cédé- 



IMP 



45 



IMPANATEURS, IMPANÀTION. Ou 
a nommé importateurs les luthériens, 
qui soutiennent qu'après la consécra- 
tion le corps de Jésus-Christ se trouve 
dans l'eucharistie avec la substance 
du pain, que celle-ci n'est point dé- 
truite, et qui rejettent ainsi le dogme 
de la transsubstantiation ; et l'on ap- 
pelle impanation la manière donUls 
expliquent cette présence, lorsqu'ils 
disent que le corps de Jésus-Christ est 
avec le pain, dans le pain ou sous le 
pain, in, sub, cum : c'est ainsi qu'ils 
s'expriment. 

On pourrait aussi appeler impana- 
tion le sentiment de quelques auteurs 
jacobites, qui, en admettant la pré- 
sence réelle de Jésus-Christ dans l'eu- 
charistie, supposent une union hypos- 
tatique entre le Verbe divin et le 
pain et le vin. Assémani, Bibl. orient., 
t. 2. 2. 32. 

' Celle opinion, qui avait déjà paru 
du temps de Bérenger, futrenouvelée 
par Osiander, l'un des principaux 
luthériens ; en parlant de l'eucharis- 
tie, il s'avança jusqu'à dire : Ce pain 
est Dieu. Une si étrange opinion, dit 
M. Bossuet, n'eut pas besoin d'être 
réfutée; elle tomba d'elle-même par 
sa propre absurdité, et Luther ne l'ap- 
prouva point. D'autres prétendent 
que la nature humaine de Jésus- 
Christ, en vertu de son union subs- 
tantielle à la Divinité, participe à 
l'immensité divine, est présente par- 
tout, conséquemment se trouve dans 

cret. 11 a voulu librement que le monde fût tel qu'il 
est; il le veut immuablement. 

i Hais, dira-t-on, Dieu, dans cette explication, 
» n'a ité libre qu'an moment où il a formé la réso- 
a lotion de créer. Il ne l'est plus maintenant, et 
» toutes ses volitions sont nécessaires. ■ 

Dieu, ayant ordonné librement dans son éternité 
tous les êtres, lous les événements qui devaient à 
jamais avoir lieu, n'a plus eu d'emploi 4 faire de 
sa liberté. Il n'a pu rien ajouter à son décret, puis- 
qu'il avait tout décrété. Il n'a eu rien à y changer, 
puisqu'il avait tout réglé avec sagesse, et qu'il Va 
pu lui survenir de motifs de changement. Il n'est 
pluB libre, c'est-à-dire sa liberté n'a phis d'objet. 
Il en a fait tout l'usage qu'il voulait à jamais en 
faire. Ses volitions actuelles sont nécessaires : elles 
le sont d'une nécessité non absolue, mais hypothé- 
tique ; elles sont les conséquences nécessaires de 
sa première volition librement formée. Elles sont, 
à proprement parler, non pas nécessaires, mais né- 
cessitées par sa propre volonté. Cette nécessité ne 
détruit donc pas la liberté de Dieu, puisqu'elle est 
l'effet de l'usage que Dieu a fait do sa libeité. — 
Dissertation sur t existence de Dieu, par le car- 
dinal de la Luzerne. Cousset. 



IMP 

le pain consacré ; et ils Dominent 
ubiquité cette immensité du corps de 
Jésus-Christ. Voy. Ubiquité. 

Mais de quelque manière que les 
luthériens expliquent leur opinion, 
elle est évidemment contraire, au sens 
littéral et naturel desparoles de Jésus- 
Christ. Lorsqu'il a donné son corps à 
ses disciples, il ne leur a pas dit : Ici 
est mon corps, ni Ce pain est mon corps, 
mais Ceci est mon corps : donc ce 
qu'il présentait à ses disciples était 
son corps, et non du pain. 

Aussi les calvinistes, qui n'admet- 
tent point la présence réelle, ontbeau- 
cuup écrit contre le sentiment des 
luthériens ; ils leur ont prouvé que 
si Jésus-Christ est réellement, corpo- 
rellement et substantiellemt ni pré- 
sent dans l'eucharistie, il faut néces- 
sairement avouer qu'il y est présent 
par transubstantiation ; que deux 
substances ne peuvent être ensemble 
sous les mêmes accidents ; que s'il 
faut absolument admettre un mira- 
cle, il est plus naturel de s'en tenir à 
celui que soutiennent les catholiqu , 
qu'à celui que supposent les lutin' 1 riens. 
Or, Lutin. 1 !-, de son côté, n'a ce se de 
soutenir que les paroles de Jésus- 
Christ emportent dans leur sens litté- 
ral une présence réelle, corporelle et 
substantielle. Ainsi le dogmecath cli- 
que se trouve établi par ceux même 
qui font profession de le rejeter. 

L'iropanafion desluthériens se nom- 
me aussi constibstantiation.Vo] ez Uist, 
des Variât., 1. 2. n. 3, p. 31 et suiv. 
Bergier. 

IMPARFAIT, IMPERFECTION. 
Lorsque les manichéens soutenaient 
que des créatures aussi imparfaites que 

nous sommes ne peuvent être l'ouvra- 
ge d'un Dieu tout-puissant et bon, 
saint Augustin leur répondait qu'il 
n'y a rien dans la nature d'absolument 
imparfait, de même qu'il n'y arien non 
plus d'absolument parfait, parce que 
toute créature estnécessairementbor- 
née. La perfection et l'imperfection 
sont des notions purement relatives. 
Ainsi l'homme estun être imparfait en 
comparaison des anges; mais il est 
plus parfait qu'un animal ou qu'une 
plante. Il en est de même des indi- 
vidus comparés les uns aux: autres ; 



IMP 



46 



BIP 



sol ument parfait 



I 



rien n'est donc al 
que l'Etre infini. 

C'est précisément parce que Dieu 
est tout-puissant, qu'il a pu faire des 
créatures plus ou moins parfaites les 
unes que lcsautresà l'infini. Quelque 
degré de perfection que l'on suppose 
à unecréature, il faut nécessairement 
convenir que Dieu pouvait lui en don- 
mu- davantage, puisque sa puissance 
n'a point de bornes. Toute créature 
est donc toujours imparfaiteea com- 
paraison de ce qu'elle pourrait être. Si 
Dieu n'en pouvait point créer de tel- 
les, il ne pourrait rien faire du tout. 
• Iliaque degré de perfection que 
telle créature a reçu de Dieu est un 
bienfait purement gratuit: Dieu ne 
lui devaitrien, pas même l'existence; 
ce qu'elle a reçu est donc un effet, de 
la bonté de Dieu. Ainsi les divers de- 
grés de perfection on ^imperfection 
des créatures ne prouvent pas plus 
contre la bonté divine que contre la 
puissance infinie. 

Les apologistes des manichéens et 
les athées ne s'entendent pas eux- 
mêmes, lorsqu'il prétendent qu'un 
Dieu tout-puissant et bon n'a pas pu 
faire des créatures aussi imparfaites 
qu'elles le sont. Quand elles le se- 
raient encore davantage, ilne s'ensui- 
vrait rien; et quand elles seraient 
plus parfaites, la même objection re- 
viendrait toujours. Voyez saint Aug., 
L. contraepist. fmdam.,csp. 30. n. 33; 
c 37,n.43;L. t. contra amers. Legis 
et l'r. pftef.,cap.5 n. 7; e. 6, n.8. /•'■ 
186 ad Paulin., c. 7, n. 22. etc. Voy. 
Bien et Mal, Bonhedb et. Malheur. 

Beugieb 

IMPASSIBLE. Voy. Passible. 

IMl>i:i:r..vr;iLITÉ,étatdeceluiquine 
peut pécher. C'est aussi la grâce qui 
nous met hors d'état de pécher. La 
félicité des bienheureux dans le ciel 
leur donne ce privilège. Les théolo- 
giens distinguent différentes espèces 
ou divers degrés A'impeemtoQM. Celle 
de Dieu lui appartient par nature 
et en vertude ses perfections infinies; 
celle de Jésus-Christ, en tant qu'hom- 
me, lui convient à cause de l'union 
hypostatique ; celle des bienheureux 
est une conséquence de leur état ; 



celle des hommes vivants est reflet 
d'une grâce qui les confirme dans le 
bien. Ainsi la croyance de l'Eglise est 
que la sainte Vierge a été exempte de 
tout péché par une grâce particulière- 
mais ce privilège s'appelle plutôt 
impeccanxx qn'impeccaiilUS. 

Il a nécessairementfallu distinguer 
ces deux choses dans les disputes ex- 
citées par les pélagiens, qui préten- 
daient que l'homme, par les seules 
forces de sa nature, peut s'élever à 
un tel degré de perfection, qu'il n'ait 
plus besoin de dire : Seigneur, par- 
donnez-nous nos offenses. Saint Augus- 
tin a soutenu contre eux, avec raison, 
que l'homme par sa nature n'est ja- 
mais impeccable, et que s'il est assez 
heureux pourne jamais pécher, c'est 
1 effet d'une grâce surnaturelle et par- 
ticulière. 

A la vérité, avec le secours des 
grâces ordinaires, il n'est aucun pé- 
ché en particulier que l'homme ne 
puisse é\ iter; mais il ne s'ensuit pas 
qu'il puisse les éviterions en général, 
et passer le cours de sa vie sans eu 
commi Itre un seul. Cette perfection 
n'est point compatible avec lafaiblesse 
de l'humanité ; elle ne peut venir que 
d'une suitede grâces extraordinaires. 
On conçoit cependant que cette né- 
cessité vague et indéterminée de pé- 
cher quelquefois, ne nuit à la liberté 
d'aucune action, prise en particulier. 
Bergier. 

IMPÉMTENCE, endurcissement de 
cœur, oui retient un pécheur dans le 
vice et l'empêche de se repentir. Les 
Pères allescommentateurs entendent 
assez communément de Yimpénitfnœ 
finale ce qui est dit dans l'Evangile 
du péché contre le Saint-Esprit, qui 
ne se pardonne ni en ce moude ni en 
l'autre. 

M. lis en quel sens cette application 
serait-elle jnste, si le pécheur impé- 
nitent à la mort n'était assisté par 
aucune grâce, par aucun mouvement 
du Saint-Esprit, s'il était absolument 
et entièrement abandonné de Dieu? 
Lût que saint Etienne disait aux Juifs: 
■> Vwts ié-istez toujours au Saint- 
»> Esprit, comme vos pères, » Act., 
c 7, jK.'il, il entendait, sans douto : 
Vous résistezà la grâce qui vous excite 



IMP 47 

à vous convertir. Si donc le pécheur 
qui meurt dans Vimpénitcncc pèche 
contre la Saint-Esprit, il résiste aussi 
à la grâce qui le presse de se repen- 
tir. Ainsi, eii tcaiîant de l'impémiteaoe 
iinale, il faut éviter défaire entendre 
ou de supposer que c'est un effet de 
l'abandon de Dieu, et du refus qu'il 
fuit alors de la grâce. 

Dieu, sans doute, par un trait de 
sa justice, refuse alors quelquefois au 
pécheur ces grâces fortes sans les- 
quelles il ne vaincra pas son obstina- 
tion ; mais l'excès de la malice du 
pécheur n'est pas un titre pour 
exiger ou pour attendre de Dieu une 
plus grande mesure de grâces : il est 
évident que, dans ce cas, la faute est 
tout entière de la part du pécheur, 
et qu'on ne peut pas l'attribuer au 
défaut de la grâce. Les passages de 
l'Ecriture, par lesquels on a quelque- 
fois voulu prouver le contraire, ne 
signifient rien de plus que ce que 
nous disons. Yoy. Endurcissement. 
Beugier 

IMPIE, IMPIÉTÉ. L'usage ordinaire 
est de nommer impiété le mépris for- 
mel et affecté de la religion. Dans 
plusieurs livres modernes, on a dit 
qu'un impie est celui qui blasphème 
contre un Dieu qu'il croit et qu'il 
adore dans le fond de son cœur ; que 
c'est un auteur inconséquent et héré- 
tique qui écrit contre une religion 
qu'il avoue. L'on ajoute qu'il ne faut 
pus confondre un impie avec un in- 
crédule; que celui-ci est un homme 
qui a des doutes et qui les propose 
au public ; qu'il esta plaindre, et non 
à détester ou à punir. 

Mais si un homme est très-coupable 
lorsqu'il blasphème contre une re- 
ligion, de la vérité de laquelle il est 
intérieurement convaincu, peut-il 
être innocent, lorsque, dans le doute, 
il en parle avec autant de mépris 
que s'il était invinciblement persuadé 
de sa fausseté? Il sera, si on le veut, 
moins impie que dans le premier cas, 
mais il ne sera pas absolument 
exempt d'impiété. Le simple doute ne 
donne pas droit de parler sur le ton 
de la conviction, sur un sujet qui in- 
téresse tous les hommes: c'est cepen- 
dant ce que font tous les incrédules. 



IMP 

Les plus célèbres d'entre eux ont 
avoué que la plupart de leurs dis- 
ciples sont des liî>ertkis dissipés et 
sans mœurs, qui sont ennemis île la 
religion par un fond de perversité na- 
turelle; qu'ilsla méprisent sur parole,. 
sans en avoir examiné les preuves ; 
qu'ils la foulent aux pieds en trem- 
blant et avre remords. Ce fait est con- 
firmé par l'aven et par la couduile 
de tous ceux qui se convertissent ; 
ils cessent d'être incrédules dès qu'ils 
ont renoncé au libertinage ; ils con- 
viennent que dans les plus violents 
accès de leur frénésie, ils n'étaient 
exempts ni de crainte ni de remords. 
Ainsi tous se reconnaissent coupables 
d'impiété. 

Qu'un homme qui a des doutes sur 
la religion consulte on particulier et 
de bonne foi ceux qu'il croit capables 
de l'instruire; rien de mieux : mais 
quand il aura publié ses doutes et 
qu'il les aura communiqués à d'autres, 
quel avantage en reviendra-t-il, ou à, 
lui, ouaupublic'?Sisos doutes le tour- 
mentent, c'est une cruauté de vouloir 
en infecter les autres ; s'il se félicite 
de les avoir, il ment lorsqu'il fait sem- 
blant de chercher à les dissiper. 

Lorsqu'un homme a des doutes 
sur la justice d'une loi qui le gène 
ou qui le condamne, et qu'il les com- 
munique à un jurisconsulte ou à un 
magistrat, il fait bien ; s'il écrit pour 
prouver l'injustice de la loi, pour 
rendre odieux le gouvernement qui la 
protège et les juges qui la suivent, 
c'est un séditieux, il travaille à son- 
lever la société contre les lois. On ne 
blâme point un malade qui consulte 
les médecins pour se guérir'; mais 
s'il communiquait aux autres sa ma- 
ladie, afin de voir s'ils y trouveront 
un remède, ce serait un forcené. 

Que devons-nous donc penser d'un 
écrivain qui, sous prétexte de propo- 
ser ses doutes, déclame avec fureur 
contre la religion, se permet les im- 
postures, la calomnie, les insultes 
contre ceux qui l'enseiguent ou qui 
la croient, témoigne non-seulement 
qu'il n'a aucune envie d'être dé- 
trompé, mais qu'il serait bien fâché 
de l'être ? Avons-nous tort de le re- 
garder comme un impie ? 
On nous représente qu'il faut être 



IMP 



48 



IMP 



circonspect dans ['accusation d'im- 
piété : nous en convenons ; niais il 
faudrait aussi que les incrédules 
fussent plus réservés à taxer d'hypo- 
crisie, de fourberie, d'imposture ou 
de fanatisme, ceux qui ne pensent 
pas comme eux. 

Epicure disait que. les vrais impies 
sont ceux qui attribuent aux dieux 
des faiblesses, des passions, des vices 
ou des actions criminelles, comme 
faisaient les païens; il n'avait pas 
tort. Mais lorsqu'il refusait à la Divi- 
nité tiiule espèce de providence et 
d'inspection sur les actions des 
hommes, qu'il ôtait à ceux-ci toute 
crainte de châtiment pour le crimi , 
était-il lui-même exempt d'impiété? 
Il sapait par le fondement la religion 
et la vertu; le culte qu'il affectait de 
rendre aux Dieux ne pouvait pa 
être fort sincère. L'usage a toujours 
été de nommer pïi ux un homme qui 
aime la religion et qui la pratique 
par affection; donc tout homme qui 
la déleste et voudrait la détruire, est 
impie dans toute la rigueur du terme. 
Voyez Incrédule. Bergier. 

IMPLICITE, enveloppé. Une vérité 
est implicitement renfermée dans une 
autre, lorsqu'elle en découle par voie 
de conséquence. Qu'il y ait , par 
exemple, deux volontés en Jésus- 
Christ, la volonté divine et la volonté 
humaine, c'est un dogme implicite- 
ment renfermé dans cet autre dogme, 
qu'il y a en lui deux natures com- 
plètes et douées de toutesles facultés 
qui leur sont propres; et il est prouvé 
qu'il y a en Jésus-Christ deux natures, 
pai'ce qu'il est Dieu et homme. Dieu 
veut cjue tous les hommes soient sauvés. 
I. Tim., c. 2. f. 4. Cette proposition 
révélée en renferme implicitement 
une autre, savoir, que Dieu veut don- 
ner et donne en effet à tous les 
hommes des moyens de salut. Ainsi 
toute conclusion théologique doit être 
implicitement renfermée dans une 
proposition révélée. 

Quiconque croit à l'infaillibilité de 
l'Eglise et se soumet à son enseigne- 
ment, a une foi implicite à toutes les 
vérités qu'elle enseigne, puisqu'il est 
disposé à les croire formellement dès 
qu'elles lui seront proposées. Mais 



cette foi implicite et générale ne suffit 
pas à un chrétien ; il y a des vérités 
qu'il est obligé de connaître en par- 
ticulier et de croire d'une foi expli- 
cite. Voyez Fondamentaux. 

■ Les articles de foi, dit saint Tho- 
» mas, se sont multipliés par la suc- 
» cession des temps, non pas quant à 
» la substance, mais quant à Icurex- 
» plication et à la profession plus 
»expresse que l'on en a faite ; car 
» tout ce que nous croyons aujour- 
» d'hui a été cru de même par nos 
» pères implicitement, et sous un 
» moindre nombre d'articles. » 2,2, 
g. art. 7. Quelques incrédules ont 
conclu de là que, selon saint Thomas, 
nous croyons aujourd'hui comme ar- 
ticles de foi des dogmes que les pre- 
miers chrétiens ne croyaient pas et 
dont ils n'avaient aucune connais- 
sance. Le passage du saint docteur 
prouve précisément le contraire (1). 
Bergier. 



(I) Les paroles citées de saint Thomas sont de la 
[lus rigoureuse exa* tttude ; il ne craint pas de dire 
que « les articles de foi se sont multipliés » et que 
pour plusieurs, » ce que nous croyons était cru par 
nos pères, ii mais a implicitement et sous mi moins 
grand nombre d'articles, u II dirait I» même chose 
encore bien mieux aujourd'hui. Mais Bergier. dans 
sa t épouse à la déduction de « quelques incrédules! 
va trop loin ; il altère saint Thomas en disant que ses 
paroles prouvent le contraire de leur assertion en 
tant qu'elle avance s que nous croyons aujourd'hui 
des articles de foi... dont les premiers chrétiens 
n'avaient pas connaissance. » Cette assertion ré- 
duite à ces termes est vi oie ; les premiers chrétieDi 
e'en eraient point une connaissance explicite ; ils 
n'y avaient qu'une croyance implicite, en croyant 
généralement tonte la doctrine île ['église définie et 
a définir. Mais quel inconvénient y a-t-il à accorder 
cela ? C'est précisément le progrès dans l'église 
dont Pie IX a donné ta mesure et qu'expii ne a» 
lueii saint Thomas api es saint Vincent de Lérios, 
dans la phruso citée par Bergier. 

En ce qui est des dogmes implicites renfermés, 
par conséqnence logique, dans les articles de foi 
déclaiés, ils constituent, avant qu'ils ne soient élevés 
à cette dignité, des certitudes catholiques seule- 
ment, dont la négation n'est point une hérésie for- 
melle ; et ils ne constituent ces certitudes que quand 
les théologiens ont pensé à les déduire; autrement 
ils ne sont que des choses ignorées qui pourront 
être connues un jour. Pourquoi, en effet, la théologie 
ne pourrait-elle pas faire des inventions dans 
l'ordre de la foi commela philosophie en peut faire 
dans son ordre et la science dans le sien ? tonte 
invention n'est qu'une déduction tirée d'idées an- 
ciennes à des idées implicitement renfermées dans 
les anciennes; et le concile du Vatican a implicite- 
ment consacré ce principe, dans l'ordre de la foi, 
en disant dans sa constitution Dei filins, que « la 
droite raison non-seulement démontre les fonde- 
ments delà foi, mais encore, éclairée par la lumière 
de celle-ci, la développe. « 






IMP 

IMPLUVrUM. (T/iéol.hist.fêt. etc.) — 
On appelle impluvium une cour envi- 
ronnée de murailles, qui entoure quel- 
quefois les églises. Ce nom vient proba- 
blement de ce que cette cour, qui n'est 
pas couverte, est exposée à la pluie, 
Ml plueia, sous la pluie. 

Le Noir. 

IMPOSITION DES MAINS, cérémo- 
nie ecclésiastique usitée dans plusieurs 
de nos sacrements, et dans quelques 
autres circonstances; elle consiste à 
étendre la main ou les mains sur la 
tète de celui qui est l'objet de la 
cérémonie. Les Grecs la nomment 
^eipoxovia, de ^eîp, la main, et isivu, j'é- 
tends ; il en est parlé dans plusieurs 
endroitsde l'Ecriture, surtout du nou- 
veau Testament : c'est un signe d'af- 
fection, d'adoption et de confiance. 

Lorsqu'un vieillard met la main 
sur la tète d'un enfant, c'est comme 
s'il disait : Voilà un enfant qui m'est 
cher; je souhaite qu'il prospère. On 
amenait à Jésus-Christ des enfants, 
pour qu'il leur imposât ses mains di- 
vines, en signe d'alfeetion et de pro- 
tection, Matth., c. 19, y 13, etc. Un 
citoyen qui conduisait un enfant de- 
vant les magistrats, et lui mettait la 
main sur la tète, signifiait par là qu'il 
l'adoptait pour son fils : ainsi Jacob 
adopta les deux fils de Joseph, en 
mettant ses mains sur leur tête. Gen., 
c. 48, f 14. Un maître qui, en don- 
nant une commission à son esclave, 
lui mettait la main sur la tète, lui 
disait par là : Je compte sur ta fidé- 
lité. Dans les assemblées du peuple, 
les chefs mettaient la main sur la 
tète de ceux qu'ils désignaient pour 
élever à la magistrature. 

NonseulementJésus-Christ touchait 
de sa main les malades qu'il voulait 
guérir, mais il dit que ceux qui croi- 
ront en lui guériront de même les 
malades en leur imposant les mains. 
Mure, c. 16, f 18. 

Nous voyons que les apôtres se ser- 
vaient de l'imposition des mains pour 
donner le Saint-Esprit ou pour ad- 

Bergier et les gallicans n'allaient pas jusques-là, 
et la secte présente des vieux catholiques s'a- 
charne à n'y point aller non plus. Erreur. V. Pao- 

GftBS DANS t'tOLISB. 

b> Nui». 

Vil 



IMP 

ministrer aux fidèles le sacrement de 
confirmation. Act., c. 6, f 6, etc. 
Ils employaient la même cérémonie 
pour ordonner les ministres de l'E- 
glise, et les associer à leurs fonctions. 
Act. , c. 13, t 3; I. Tim., c. 4, 
M4, etc. 

Dans la suite l'usage s'établit d'im- 
poser les mains à ceux que l'on mettait 
au nombre des catéchumènes, poui 
témoigner que l'Eglise les regardai! 
dès ce moment comme ses enfants ; 
à ceux qui se présentaient pour subir 
la pénitence publique, ensuite pour 
leur donner l'absolution ; aux héréti- 
ques pour les réconcilier à l'Eglise; 
aux énergumènes pour les exorciser; 
enfin les évêques employaientce geste 
pour donner labénédiction au peuple. 
Voyez ilingham, Orig. ecclês., 1. 10, 
c. 1,§2;1. 18, c. 2, § 1;1. 19, c. 2, 
§ 4, etc. 

L'on a donc nommé imposition des 
mains non-seulement la confirmation 
et l'ordination, mais encore la péni- 
tence et le baptême. Quelques auteurs 
ecclésiastiques ont désigné par ce 
terme même les paroles sacramentel- 
les ; ils ont dit : Manus impositiones 
sunt verba mystica. La loi de réconci- 
lier les hérétiques par Vimposition des 
mains signifie quelquefois la confir- 
mation, et d'autres fois la pénitence; 
il est dit indifféremment : Manus eis 
imponantur in pœnitentiam et in Spi- 
ritum sanetum. 

Le sacrement de pénitence est ainsi 
appelé, parce qu'il produit sur les 
âmes le même effet que l'imposition 
des mains de Jésus-Christ ou des apô- 
tres produisait sur les malades. Enfin 
le baptême est nommé imposition des 
mains par le concile d'Elvire, can. 39, 
et par le premier concile d'Arles, 
can. 6. On s'exprimait ainsi, soit afin 
de garder le secret des mystères, soit 
parce que la même cérémonie a lieu 
dans ces divers sacrements. Traité sur 
les formes des sept Sacrements, par le 
Père Merlin, c. 18 et 23. 

Tout le monde convient que dans 
plusieurs cas l'imposition des mains 
était une simple cérémonie et non 
un sacrement; mais la question entre 
les protestants et les théologiens ca- 
tholiques est de savoir si l'on doit 
penser de même de celle par laquelle 



IMP 



50 



les apôtres donnaient le Saint-Esprit 
et confirmaient les fidèles dans la foi, 
et de celle par laquelle ils ordonnaient 
les ministres de l'Eglise Les derniers 
soutiennent, que l'une et l'autre sont 
des sacrements qui donnent la grâce 
à celui qui leg reçoit, lui impriment 
un caractère, et que la secondi Jaune 
des pouvoirs surnaturels que n'ont 
point Us simple q fcdèles. 

Rn effet, que nuinque-t-il à une cé- 
rémonie qui donne le Sainl-E-prit, 
pour qu'elle soit un sacrement? Elle 
a été instituée par Jésus-Christ, puis- 
que les apôtres s'en sont servis; elle 
-exprime la grâce qu'elle opère, par 
les paroles dont elle est accompaguée; 
elle est nécessaire, puisque la foi des 
fidèles est toujours exposée a des ten- 
tations. Les impositions des mains, 
qui étaient de simples cérémonies, 
ont cessé àaas l'Eglise ; mais lu con- 
firmation a toujours été pratiquée, 
elle y subsiste encore. Y. Coseibha- 

TION. 

,De même saint Paul dit àlimothée : 
« Se négligez point la grâce qui esten 
» vous, qui vous a été donnée par la 
» la prière avec ['imposition des mains 
» des prêtres. Je vous avertis de rcs- 
» .susciter la grâce de Dieu qui est 
» en vous par l'imposition de mes 
m roaiM. » I. Tan., c.4, f li;II. Tim., 

c i, i f»- , , * 

Voilà donc nne grâce particulière 
donné.' à TimuUièe par TimjKisitioii 
â-cs marna, pour lui faire remplir lain- 
tement les dix erses fonctions du mi- 
nistère eeclé-iaslique dont l'apôtre le 
charge, et qu'il lui expose en détail. 
Depuis ce monient.l'Eglisechrélienne 
n'a jamais cessé d'ordonner et de 
consacrer ses ministres par la même 
(Cérémonie; elle l'a toujours regardée 
.comme un sacrement. Voyez Ordre, 
Orjjination. 

Dans l'un ni dans l'autre de ces 
deux cas Vincpotition des mains n'a 
jamais été faite par le peuple, mais 
parles évèques et par les prêtres : 
preuve évidente que les ministres de 
l'Eglise ne tiennent point du peuple 
leur mission ni leur pouvoir, mais 
de Jésus- Christ, qui la leur donne par 
l'ordination. Jamais les simples fidè- 
les ne se sont persuadés quepar l'im- 
position de leur* mains ils pouvaient 



IMP 

donner la grâce, le Saint-Esprit et fies 
pouvoirs surnaturels. Ce rit, au -i 
ancien que l'Eglise, et toujours pra- 
tiqué dans les mêmes circonstanc: s, 
démontre l'erreur des hétérodoxe, 
qui ne veulent reconnaître dans les 
prêtres ni mission divine, ni carac- 
tère, ni pouvoirs sr.rualurels, mais 
une simple commission ou députation 
du peuple. 

Nous convenons que , dans la 
deuxième Ifyttre aux Corinthiens, c. 8, 
^ 10, le mot oriliii'itiis, 7ecpoTovTj0èîî, ne. 
signifie qu'une simple députation des. 
Eglises, donnée à un des disciples 
pour accompagner saint Paul; mais 
aussi l'apôtre ne parle point là d'une 
grâce accordée à ce disciple, comme 
il fait à l'égard de Timothée. Parce 
que l'imposition des mains n'était pas 
toujours un sacrement, il ne s'ensuit 
pas qu'elle ne l'ait jamais été. 

Les interprètes ne sont pas d'accord 
sur l'bapâtitim Set mains dont parle 
saint Paul, ïlebr., c. 6, f 2. Les uns 
pensent que c'est celle qui précédait 
ou accompagnait le baptême, d'autres 
l'entendent de la coulirmation, d'au- 
tres de la pénitence ou de l'ordina- 
tion. 

Quelques théologiens ont soutenu 
que l'imposition des mains était un rit 
essentiel à l'absolution, et que c'était 
la matière du sacrement de pénitence; 
mais ce sentiment n'est pas le plus 
suivi. Le plus grand nombre pensant 
que cette cérémonie, usitée dan- l'E- 
glise primitive pour réconcilier les 
pénitente , n'a jamais été regardée 
comme faisant partie du sacrement. 
Spanheim, Tribbecliovius et Bran- 
nius ont fait des traités de l'imposi- 
tion des mains. 

Beroier. 

IMPOSTEUR. En fait de religion, 
nn imposteur est un homme qui en- 
seigne aux autres une doctrine à la- 
quelle il ne croit pas lui-même; qui 
se donne pour envoyé de Dieu, sans 
pouvoir en fournir aucune preuve; 
qui emploie le mensonge pour trom- 
per les ignorants. On ne peut pas 
donner ce nom à celui qui se trompe 
lui-même de bonne foi, et qui induit 
les autres en erreur. Lorsque les in- 
crédules taxent d'imposture tous ceux 



LMP 51 

■qui enseignent la religion on qui la 
défendent, ils se rendent eux-mêmes 
coupables de ce crime; ils savent par 
expérience que l'on peut croire sin- 
cèrement à la religion, puisqu'ils ont 
•été croyants avant d'être incrédules. 
Plusieurs déistes ont soutenu d'un 
ton très-afflrmatif que toutes les 
erreurs religieuses, toutes les supers- 
titions et les abus dont le genre hu- 
main a été infecté, sont l'ouvrage de 
la fourberie des imposteurs ou des 
faux inspirés. Ils se trompent; s'ils y 
avaient réfléchi, ils auraient vu que 
le très- grand nombre des erreurs 
sont venues de faux raisonnements, 
et qu'il n'a pas été nécessaire d'em- 

E loyer le mensonge pour égarer les 
oinmes. C'est un point de fait qu'il 
est important d'établir. 

i° Il est est clair que la plupart 
des erreurs et des superstitions sont 
des conséquences du polythéisme et 
de l'idolâtrie : or, le polythéisme a 
élé fondé sur de faux raisonnements, 
et non sur de fausses Bévôatioos. 
En effet, un instinct piturel a per- 
suade à tous les hommes que la ma- 
tière est par elle-même inerte et 
passsible, incapable de se mouvoir; 
que tout corps qui a du mouvement 
est mù par un esprit. De ce principe 
incontestable Platon conclut que le 
mouvement régulier de l'univers 
suppose, ou qu'il y a dans le tout une 
seule âme qui le conduit, ou une 
âme particulière dans chacun des 
corps. InEpiiwm., pag. 982. Le stoï- 
cien Balbus soutient la même chose 
dans le second livre de Cicéron, sur 
la nature des dieux ; il dit qu'il y a 
de la raison et du sentiment d'ans 
toutes les parties de la nature ; d'où 
il conclut que les astres, les éléments 
et tous les corps qui paraissent ani- 
més, «ont des dieux ou des parties 
de la Divinité. Mais le peuple, les 
ignorants, ont imaginé plus aisément 
que chaque partie qui se meut est 
un Dieu particulier, qu'ils n'ont con- 
çu la grande âme du monde sup- 
posée par les stoïciens. Gelse, dans 
Ongène, 1. 4, n. 84 et suivants, sou- 
tient très-sérieusement que les bêtes 
sont douées d'une intelligence supé- 
rieure à celle de l'homme. Ainsi le 
monde entier s'est trouvé peuplé de 



IMP 



divinités innombrables; le culte des 
animaux, la plus grossière de toutes 
les erreurs, a élé fondé sur un rai- 
sonnement philosophique; on a sup- 
posé dans les brutes un esprit supé- 
rieur à celui qui anime le corps de 
l'homme. 

Un autre préjugé populaire a été 
de supposer tous ces dieux sembla- 
bles à l'homme, de leur attribuer les 
inclinations, les affections, les pas- 
sions, les actions naturelles à l'hu- 
manité; de là les mariages, les gé- 
néalogies, les aventures, les crimes 
des dieux, les rêveries des poètes et 
Imites les absurditésdelamylhologie. 
Dès qu'une fois l'erreur fondamentale 
a été universellement établie, il n'a 
pas été nécessaire que des imposteurs 
prissent la peine de la propager; 
elle a passé des pères aux enfants, 
et a fait chaque jour de nouveaux 
progrès. 

2° L'idolâtrie a dû s'ensuivre. Il 
est naturel à l'homme de vouloir 
avoir sous ses yeux les objets de son 
culte; dès qu'il a cru que les dieux 
s'intéres-aientàlui, étaieul sensibles 
à ses hommages, il s'est persuadé que 
ces dieux assisteraient aux pratiques 
de religion qu'il faisait pour eux; 
habiteraient dans les statues par les- 
quelles il les représentait, viendraient 
se repaitre de la fumée des sacrifices. 
De là tout le cérémonial du paga- 
nisme copié sur le culte rendu 
au vrai Dieu par les premiers ha- 
bitants du monde. U n'a donc pas 
élé nécessaire que les prêtres en 
fussent les premiers auteurs; dans 
l'origine, chaque particulier était lo 
prêtre et le pontife de sa famille. 

Comment honorer les dieux, sinon 
par les mêmes signes qui servent à 
honorer les hommes? Les présents 
ou les offrandes, les prières, les pos- 
tures respectueuses, les parfums, les 
libations, les attentions de propre- 
té, etc., sont devenus des ar.es de 
xeligdon. Quand même Dieu ne les 
aurait pas prescrits à nos premiers, 
pères, les nommes n'auraient pas eu 
hesoin du ministère des inspirés pour 
composer le rituel religieux. L'of- 
frande la plus naturelle que l'on 
puisse faire à la divinité est celle de 
U nourriture qu'elle nous accorde ; 



IMP 



52 



les peuples agriculteurs lui ont pré- 
senté les fruits de la terre; les peuples 
chasseurs, pécheurs ou pasteurs, ont 
sacrifié les animaux dont ils se nour- 
rissaient. Vainement Porphyre et 
d'autres ont imaginé que les sscri- 
fices sanglants n'étaient offerts qu aux 
Bénies que l'on supposait malfaisants 
et amis de la destruction; dès que 
l'odeur de ces sacrifices excitait 1 ap- 
pétit des hommes, il a été naturel 
de supposer qu'elle plaisait aux 

dieux (1). , , 

Mais les sacrifices de sang humain, 
quel est ['imposteur ou plutôt le dé- 
mon infernal qui les a suggères aux 
idolâtres? le démon de la vengeance. 
Sans supposer qu'ils ont pu venir OC 
la cruauté des peuples anthropo- 
phages, on sent qu'une famille ou 
une' horde d'hommes féroces a re- 
gardé les ennemis de ses dieux, a 
prétendu plaire à ceux-ci en leur 
immolant ceux que le sort de la 
guerre avait remis entre ses mains. 
On sait qu'encore aujourd'hui, chez 
la plupart des nations sauvages, tout 
étranger est regardé d'abord comme 

un ennemi. 

3. L'homme, persuadé que ses 
dieux lui savaient gré de son culte 
et s'intéressaient à son bonheur, 
s'est imaginé qu'ils lui révéleraient ce 
qu'il avait envie de savoir. Laiureur 
de connaître l'avenir lui a fait espé- 
rer qu'il en viendrait à bout par 
leur secours. 11 a regardé la [dupait 
des phénomènes naturels comme des 
pronostics; pouvait-il manquer de 
regarder les rêves comme une ins- 
piration des dieux? Les divers as- 
pects des astres annoncent souvent 
d'avance les changements de tem- 
pérature de l'air, le beau temps ou 
la pluie ; il a conclu : donc ce sont 
Les dieux qui nous parlent; de la les 
illusions de l'astrologie judiciaire. Le 
vol les cris, les différentes attitudes 
des oiseaux, présagent le vent, les 
orages ou le calme: donc ils peuvent 
prédire les événements futurs; voila 
les auspices établis. On voit par 1 ins- 
pection des entrailles des animaux, 
si les eaux, l'air, les pâturages, le 

(I) Vovei es articlei Die», rM "',£^™"' 



IMP 

sol surlequel ils vivent, sont favorables 
à l'établissement d'une colonie: donc 
l'on peut y lire aussi le succès bon 
ou mauvais de toute autre entreprise. 
Tel a été le raisonnement des arus- 
•pices Nous pourrions découvrir, par 
la même analogie, le fondement de 
toutes les autres espèces de divination. 
Lesstoïciensy donnaient leur suffrage; 
Cicéron s'en plaint amèrement dans 
le livre qu'il a fait sur ce sujet : croi- 
rons-nous que les stoïciens étaient 
tous des imposteurs ? ils raisonnaient 
d'après lesprincipes du polythéisme. 

L • i__ *l..,„l ^.rv-irvTi te 



La magie, les enchantements, 
la conhance aux paroles eflicaces, 
les sortilèges, etc., sont nés des pre- 
mières tentatives de la médecine et 
des fausses observations des phéno- 
mènes de la nature. Tel événement 
est venu à la suite de tel autre; donc 
le premier est la cause de ce qui s'est 
ensuivi : c'est le raisonnement que 
font les ignorants sur les rencontres 
fortuites. Un écrivain moderne très- 
instruit observe que, dans l'origine, 
la superstition eut pour principe 
l'impatience de se délivrer d'un mal 
présent, qu'elle fut entée sur la mé- 
decine et non sur la religion. Histoire 
de l' Amérique, parHobertson, tom.2. 
p. 451. Le premier qui a été trompe, 
par une observation fausse, en a sé- 
duit vingt autres, sans avoir l'inten- 
tion de leur en imposer. Rendons 
assez de justice aux hommes, pour 
croire que le nombre des ignorants 
crédules est beaucoup plus grand 
que celui des imposteurs malicieux. 
5° Nous ne voyons de même aucun 
vestige de la fourberie des impos- 
teurs dans la pratique des austérités 
excessives, des mutilations, des pé- 
nitences destructives, des abstinences 
forcées, etc. Non-seulement les py- 
thagoriciens, les orphiques, les stoï- 
ciens, les nouveaux platoniciens, 
prêchaient l'abstinence, mais plu- 
sieurs épicuriens la pratiquaient, 
sans avoir été trompés par aucune 
révélation. Les Orientaux poussent 
le jeune à une austérité qui nous 
étonne ; les peuples errants et sau- 
vages font souvent de même par né- 
cessité Si l'on veut se donner la 
peine de consulter l'Esprit des usages 
et des coutumes des différents peuples, 



IMP 

t. 2;, p. 213 et suiv., l'on verra que 
plusieurs nations se tourmentent, se 
mutilent, se rendent difformes, sans 
aucun motif de religion. L'ignorance, 
la paresse, l'intérêt sordide, une 
fausse politique, la crainte de maux 
imaginaires, et d'autres passionsplus 
honteuses, suffisent, dans le minis- 
tère des imposteurs, pour suggérer 
aux hommes tous les travers et toutes 
les absurdités possibles. 

Rien n'est donc plus mal fondé que 
la prévention des déistes, qui attri- 
buent aux fausses révélations, aux 
prétendus inspirés, aux prêtres inté- 
ressés et fourbes, toutes les erreurs 
religieuses et tous les crimes de l'hu- 
manité. S'ils étaient meilleurs philo- 
sophes, ils verraient mieux les vraies 
causes du mal, et loin de s'en pren- 
dre à la révélation, ils n'en accuse- 
raient que la faiblesse et les vuesétroi- 
tes de la raison subjuguée parles pas- 
sions. La révélation primitive avait 
suffisamment prévenu toutes les er- 
reurs; si les hommes avaient été fi- 
dèles à en suivre les leçons, ils ne 
se seraient jamais égarés. 

Nous ne prétendons pas nier qu'il 
y ait eu des imposteurs au monde : la 
vanité, l'intérêt, l'ambition de gagner 
la confiance, ont suffi, sans doute, 
pour en susciter. Ils ont pu accréditer 
et confirmer les erreurs, mais ils n'en 
sont pas les premiers auteurs ; ils ont 
profité des préjugés déjà établis, mais 
ils ne les ont pas fait naître. La plu- 
part ont été des législateurs qui vou- 
laient fonder une police plutôt qu'é- 
tablir une religion nouvelle. Les phi- 
losophes mêmes ont été plus coupa- 
bles sur ce point que les autres hom- 
mes ; ce sont eux qui ont égaré les 
Indiens, ou du moins qui les onteon- 
firmés dans l'erreur : nulle part ils 
n'ont eu lecouragede l'attaquer et de 
la dissiper. 

Nous n'ignorons pas non plus que 
les auteurs sacrés, les Pères de l'E- 
glise et de grands théologiens ont re- 
gardé l'idolâtrie et ses suites comme 
un effet de la malice du démon, et 
nous n'avons aucun dessein de com- 
battre cette vérité ; mais nos adver- 
saires ne croient point aux opérations 
du démon, ils n'accusent que les hom- 
mes, et c'est à nous de démontrer 



IMP 



leur injustice. Pourcausertout le mal, 
le démon n'a pas eu besoin d'inspi- 
rer des imposteurs; il lui a suffi de 
mettre en jeu les passions des parti- 
culiers les plus ignorants. 

Un paradoxe des déistes, encore 
plus insoutenable, est de supposer 
qu'un imposteur peut être dupe de 
ses propres fictions ; qu'après avoir 
commencé par la fourberie, il peut 
se persuader enfin qu'il est inspiré 
de Dieu et que ses desseins sont fa- 
vorisés du ciel. A moins qu'un hom- 
me n'ait l'esprit entièrement aliéné, 
il n'imaginera jamais que Dieu ap- 
prouve la fourberie et la fait réussir 
par des moyens surnaturels : un in- 
sensé, parvenu à ce degrôde démence, 
ne pourrait séduire personne. 

Lorsqu'un homme qui se donne 
pour envoyé de Dieu ne montre dans 
toute sa conduite aucun signe d'or- 
gueil, d'ambition, d'intérêt, de du- 
reté envers ses semblables ; lorsqu'il 
condamne et défend sans restriction 
toute espèce de mensonge et toute 
mauvaise action, même faite à bonne 
intention, qu'il pratique lui-même 
tout ce qu'il enseigne aux autres, 
qu'il se livre sans résistance à la mort 
pour confirmer la vérité de sa mission, 
l'accuser d'imposture est un blasphè- 
me absurde. Lorsque la religion qu'il 
établit porte d'ailleurs tous les carac- 
tères de la divinité, c'est un autre 
blasphème de supposer que Dieu 
s'est servi d'un imposteur pour l'éta- 
blir. Un athée seul peut calomnier 
l'auteur de cette religion. 

Cependant de nos jours on a trouvé 
bon de publier un Traité des trois Im- 
posteurs, et l'on a voulu désigner par 
là Moïse, Jésus- Christ et Mahomet. 
Nous ignorons pourquoi l'auteur a 
oublié Zoroastre : il mérite autant, 
pour le moins, d'être taxé d'impos- 
ture que le législateur des Arabes ; il 
pouvait même y joindre les philoso- 
phes indiens, auteurs ou protecteurs 
de l'idolâtrie de leurs compatriotes ; 
mais il avait sans doute ses raisons 
pour n'en pas parler. Il commence 
par nier la Providence, et soutient 
qu'il n'y a point d'autre Dieu que l'u- 
nivers : on ne doit pas être étonné 
qu'en parlant ainsi de l'athéisme, il 
juge que toute religion est absurde, 



IMP 



54 



IMP 



et que tout fondateur de religion est 
un imposteter. Haés s'il fallait comp- 
ter les imposteurs (ju'il affirme lui- 
même à ses lecteurs, on ferait un vo- 
lume entier. 

Aux articles Jksiîs-Ciirist et Moïse, 
nous faisons voir que ces deux en- 
voyés de Dieu ont porté un caractère 
tout différent de celui des imposteurs. 
Aux mots Mahométisme, Pausis, Zo- 
boastre, nous prouvons que le légis- 
lateur des Perses et celui des Arabes 
ont montré en eux des signes d'im- 
posture qu'il est impossible de mécon- 
naître. Bergier. 

IMPOSTEURS (le livre des trois) 
[Thévl. hist. bi.bliog.) — Ce livre dont 
on a tant parlé, sur lequel on a l'ait 
courir tant de fables et dont Bergier 
vient de dire un mot, est sans nom 
d'auteur ; c'est un ouvrage athée qui 
a été imprimé avec le millésime de 
1508, mais qui, d'après M. J. G. 
Millier est du milieu du xvi e siècle. 
Il en existe deux manuscrits, l'un 
plus court sous le titre : De im- 
posturis relitjiorvum brève compendium, 
l'autre plus long sous le titre : De 
tribus impostoribus. Voici le résumé 
qu'en donne M. Millier dans le Dto- 
tionnaire encycl. de le théol. cathol. 

« D'abord il établit que les motifs 
allégués contre l'athéisme ne peuvent 
être maintenus ; que les preuves de 
l'existence de Dieu sont insuffisan- 
tes ; il critique notamment la preuve 
ex eonsciisu yentium, à peu près dans 
le ton des Fragments de Wolfenbùt- 
tel (1), et démontre, dans l'esprit des 
matérialistes, l'inutilité du culte. 
Mais, en supposant l'existence de 
Dieu, comment pouvons-nous en ac- 
quérir la certitude? demande le livre. 
Si c'est par le témoignage de notre 
cœur et de notre intelligence, nous 
sommes et devons être déistes ; si 
c'est par la Révélation, nous avons 
le choix entre beaucoup de préten- 
dues révélations, mais surtout entre 
le mosaïsme, le Christianisme et l'is- 
lamisme, qui tous trois s'accusent 
réciproquement de fraude et afli- 
chent chacun la prétention d'être 
seul vrai. Il faudrait donc avant tout 

(1) \01/ WOLFE^BUTTEL. 



examiner ces prétendues religions et 
ces soi-disant révélations, qui toutes 
portent de nombreuses traces de 
fraude. Or, d'une part, cet examen 
est impossible, à cause des o-bscuri- 
tés qui enveloppent l'hi-toire de leur 
origine; d'autra part, dans les cir- 
constances les plus favorables, cet 
examen suppose un jugement et des 
connaissances que personne ne pos- 
sède au degré requis, et qui sont ab- 
solument insuffisants parmi l'im- 
mense majorité des hommes. 

» La traduction française des Trois 
Imposteur», la seule connue, la seule 
qui, sauf le texte latin, porte le fa- 
meux titre, traite en six chapitres les 
sujets suivants : 

« 1. Des fausses notions de Dieu. 
Au lieu d'interroger sa raison, on 
ajoute foi aux opinions, aux imagi- 
nai ions, auxpréjugés, aux impostures 
d'autour. 

« 2. Des motifs pour lesquels les 
boulines se représentent un être in- 
visible ou un IJieu. On compte parmi 
ces motifs l'ignorance des causes 
physiques, la crainte des accidents 
naturels, dont la politique et la 
fraude ont tiré parti. La doctrine des 
causes finales est absurde. 

« 3. On expose le sens du mot re- 
ligion, et on répond à la question de 
savoir pourquoi il y a tant de reli- 
gions dans le monde. Toutes ces re- 
ligions sont l'œuvre de la politique, 
et les trois principaux fondateurs de 
religions n'ont agi que dans un but 
politique. 

« i. Les attributs de Dieu sont in- 
conciliables entre eux et avec la na- 
ture de Dieu même, et ne sont que le 
reflet des facultés humaines trans- 
portées en Dieu. Le dogme d'une vie 
future et de l'existence des esprits est 
insoutenable. 

« 'A. On parcourt les diverses opi- 
nions de la philosophie sur l'âme hu- 
maine ; la doctrine de Descartes est 
réfutée, taudis que l'auteur se pro- 
nonce en faveur de l'identité de Yànf- 
avec un .'-tlicr lumineux. 

« 6. Enlin le sixième chapitre traifi 
de l'origine et de la fausseté de U 
croyance aux esprits et aux démons. «. 
Lb Nom.. 



BIP 



I3ÎP 



IMPOTS CHEZ LES ANCIENS HÉ- 
BKEUX. (Théol. hist. ginûr.) — Les 
Hébreux n'eurent d'abord à payer 
q'.r'nne espèce d'impôts, l'impôt ec- 
ci ''Mastique; mais, quand ils s'ét'ahii- 
retit en monarchie, vinrent aussitôt, 
ainsi que. le leur avait prédit Samuel 
d'uue manière saisissante, les im; OU 
civils qui n'empêchaient pas l'impôt 
ecclésiastique de subsister toujours ; 
mais cet impôt n'en était pas un à pro- 
prementparler,dumoinsdanssapartie 
principale qui étaitla dîme, puisque 
cette part des récoltes allait à nourrir 
à peu près un dixième de la nation, 
toute la tribu de Lévi. 

Voici le sommaire que donne M. 
Buss des deux catégories ^impôts 
chez les Juifs : 

« 1. Les impôts ecclésiastiques con- 
sistaient soit dans le payement de la 
dime, des prémices des récoltes et 
des premiers-nés, fait aux prêtres et 
aux lévites, soit dans lepayement an- 
nuel d'un demi sicle pour l'entre- 
tien du sanctuaire, par chaque Israé- 
lite âgé de plus de vingt ans (1). 

« Le Pentateuque, il est vrai, ne 
dit pas expressément que cette con- 
tribution était annuelle, et il nepar- 
le de l'acquittement de cet impôt 
qu'une fois pendant le pèlerinage à 
travers le désert (2); mais le texte du 
livre deuxième des Paralip., 2i-, 6, 
où le roi Joas réclame le payement de 
l'impôt du temple, en rappelant sim- 

Î dément la loi mosaïque, prouve que 
a p"escription entendait bien parler 
d'une contribution annuelle. 

« IL Les impôts civils ne paraissent 
pas chez les Hébreux avant l'intro- 
duction de la royauté. Les rois se firent 
payer des impôts en nature- (3), de- 
mandèrent des dons volontaires (4), 
exigèrent, dans des* cas extraordi- 
naires, des capitations (5), ou impôts' 
personnels, des octrois (6), des réga- 

(1) Exode, 30, 12, 13. lie sicle = 4 drachme», 
la drachme :rr 91 centimes; donc 1/2 sicle — 
1 fr. 8S c . Bècherelle, art. Sicle. D'antres préten- 
deot que le sicle, valant toujours 4 drachmes, . De 
faisait que 2 fr. 6 c. ou même que 1 fr. 26 o. Voir 
Bonillet, Dict. des Sciences, an.. Sicle. 

i2j Exode, 38, 25. 

(3) 1 Bois, 8. 15; 17, 25. l\ Rois, 3, t. 

(4) 1 Rois, 10, 27; 16, 20. 111 Rois, 10, 25. II 
Parmi , 17. 5. 

(5) IV Rois, 15, 20, 23,35. 

(6) lillois, 10, 15. 



lcs(l)ctrlciroi'véf-s{2). toutenlaissant 
naturellement subsister les impôts 
ecclésiastiques. 

« Pendant l'exil, ceux qui étaient 
restés dans le pays eurent à payer au 
roi' de Babylone un tribut, qui n'est 
d'ailleurs pas. plus nettement déter- 
miné, tprfpov (iptrjjiivov, dit Juseplie (3k. 
Après l'exil, ceux qui revinrent fu- 
rent obligés de payer à la cour de 
Perse divers impôts dont les noms ne 
sont pas intelligibles pour nous, que 
la Vulgatc traduit simplement par veo- 
ti'jal tributum et reditus (4), et dont 
les fonctionnaires ne firent pas tou- 
jours la rentrée sans les alourdir par 
de coupables, exactions (5)'. 

«Plus tard, lorsque la Palestine fut 
soumiseaux rois d'Egypte et de Syrie, 
ceux-ci exigèrent aussi desimpôts con- 
sidérables des Juifs. Lo tribut annuel 
du traité fait, par exemple, sous 
PtoléméeÉvergète, s'élevait à seize ta- 
lents d'argent, somme que le mode do 
perception devait considérablement 
augmenter, puisque les traitants et 
sous-traitants devaient encore avoir 
leurprofit dans la perception (G). Les 
Juifs payaient aux rois de Syrie des 
octrois, des capitations, l'impôt du. 
sel, de la couronne, le tiers delà mois- 
son, la moitié des récoltes de fruit(7), 
et ces contributions étaient fré- 
quemment affermées (8). Lorsqu'ils 
eurent secoué le joug syrien, les im- 
pôts qu'ils payèrent aux princes in- 
digènes consistèrent surtout en im- 
pôts fonciers et industriels (9), en 
octrois(lO), accises (1 1), et souvent en 
contributions de guerr«()2). Ces à*- 
pàts subsistèrent la plupart lorsque 
la Judên passa sous la domination' 
des Romain». (13).» 



(1)1 Amas, 7, 1. 

(2) I Rois, 8, 12, 10. 

(3) Antiç , X, 9, I. 

(4; Brdrot, 4, 13, 20 ; 7;. 24. 
(5) Nëhém., 5,, 15. 
(0) Jus., Anli,/.„XU, 4, 5. 
(7) I Mach., 10, 23; 11, 35; 3", 39. Jbs-., 4h« 
tiq., XII, 3, 3; XUI, 8; 3, 
13) 1 Alac/t.,. 1 1 , 28^ 13, 1& 

(9) Jos.MMfiV-, XV,9, 1 ■ 10, 4 -XV 11, 2.1:8,4. 

(10) Ibilï., XIV, 1U, 6, 22. 

(11) /6irf.,X'VH, 8, 4. 

(12) IbiJ., XIV, 11, 12. 

(13) MattL, 22, 17, Jos., Antiq.,ÏVl,lll, I; 




IMP 56 

IMPOTS MODERNES. {Théol. mixt. 
écon. sociale.) — V. Budget. 

IMPOTS ROMAINS, DENIER DE 
SAINT-PIERRE, etc. (Thcol. hist. 
Eglts. et Etat.) — Durant le moyen- 
âge, le Saint-Siège recevait des re- 
venus soit de contrées, soit de villes, 
soit de couvents, soit de chapitres, 
etc. Ceux qu'il recevait d'états entiers 
provenaient d'offrandes volontaires 
et formaient ce qu'on appelait le 
denier de saint Pierre. Ces impôts 
avaient des origines diverses parmi 
lesquelles figurait assez souvent la 
simple reconnaissance envers la pa- 
pauté de ce qu'elle avait favorisé 
avec succès chez le peuple qui payait 
ces redevances, l'introduction du 
Christianisme. 

« Le montant de ces impôts, dit 
M. Éberl, était, dans beaucoup de 
cas, très-insignifiant, et n'était qu'un 
signe de reconnaissance pour un ser- 
vice autrefois rendu ou un simple té- 
moignage de fidélité. Ainsi il y avait 
dans le diocèse de Munich- Freysing 
un couvent qui donnait tous les trois 
ans un amict et une aube à l'église 
de Saint-Jean de Latran; chaque abbé 
de Reichenau, lors de sa cousécra- 
tion, offrait deux chevaux blancs, un 
livre des Évangiles et un livre des 
Epitres pour la messe ; l'évèque de 
Bamberg envoyait annuellement un 
mulet caparaçonné. Les villes d'Italie 
tenues à des contributions les remet- 
taient souvent en nature ; celles d'au 
delà des monts expédiaient un tribut 
annuel en argent. Le premier tribut 
de ce genre qui fut payé par tout un 
pays est le fameux denier de saint 
Pierre d'Angleterre. Plusieurs États 
d'Europe payaient un tribut en 

argent, comme l'Angleterre 

« Malgré ces revenus, nombreux 
en apparence, les énormes dépenses 
dans lesquelles sa position politique 
l'entraînait alorsmirent souvent Rome 
dans l'embarras. Ainsi le pape Pas- 
cal II écrit à Anselme de Cantorbéry, 
par rapport à l'envoi du denier de 
saint Pierre : Scis enim quantis ino- 
pise circumvallemur angustiis. 

« Les fréquentes révoltes des Ro- 
mains, les difficultés que créaient les 
Hohenstaufen au Saint-Siège, et la 



IMP 

retenue de Yimpôt habituel, furent au- 
tant de causes de ces tristes embar- 
ras. Guillaume d'Angleterre avoua à 
Grégoire VII que, durant son séjour 
de trois années en France, le denier 
de saint Pierre avait été levé très-né- 
gligemment . Pascal se plaint à 
Henri I er en ces termes : Eleemosyna 
S. Pétri ita perperam doloseque col- 
lecta est ut neque mediam ejus partent 
hactenus Ecclesia Ilomana suscepe- 
rit . La Suède , au temps d'Hono- 
rius, était en retard de cinq ans pour 
le denier de saint Pierre. Innocent 
se plaignit de ee que la Pologne lui 
envoyait son tribut en mauvaises 
monnaies. Ces circonstances expli- 
quent pourquoi les Papes envoyèrent 
des questeurs dans les pays soumis 
au tribut. » 

Le Noir. 

IMPRÉCATION, discours par le- 
quel or souhaite du mal à quel- 
qu'un. 

Certains critiques, plus appliqués à 
blâmer les livres saints qu'à en ac- 
quérir l'intelligence, se sont récriés 
sur les imprécations qu'ils ont cru voir 
dans les psaumes et dans les prophè- 
tes; ils n'ontpas compris que ce sont 
des prédictions, et rien de plus. 

Le psaume 108 parait être unet'm- 
precation continuelle que David fait 
contre ses ennemis ; mais on voit, 
par le $ 18 et les suivants, que c'est 
une prédiction des châtiments que 
Dieu fera tomber sur eux, et non une 
prière que David fait à Dieu de les 
punir. Si on prenait ses paroles dans 
ce dernier sens, la plupart des sou 
haits qu'il forme seraient non-seu- 
lement impies, mais absurdes. Un 
homme de bon sens peut-il deman- 
der à Dieu que la prière de ses enne- 
mis soit un péché, que leurs fautes en 
soient jamais oubliées, etc., pendant 
qu'il implore pour lui-même la miséri- 
corde de Dieu? Quand on veut faire 
paraître coupables les auteurs sacrés, 
il faut du moins ne pas supposer qu'ils 
ont eu l'esprit aliéné. 

Psaume 136, f 9, il est dit, en 
parlant de Babyloue : « Heureux ce- 
» lui qui prendra tes enfants et les 
» brisera contre les pierres ! » C'est 
une prophétie répétée mol pour mot 



IMP 



57 



dans Isaïe, c. 13, $ 16 ; c. 14, f 21, 
lorsqu'il prédit la ruine de cette ville 
célèbre. Ainsi, ces paroles signifient 
seulement : Celui qui massacrera tes 
enfants se croira heureux de pouvoir 
assouvir sa vengeance. 

Dans le prophète Osée, c. 14, } 1, 
nous lisons : « Périsse Samarie, parce 
» qu'elle a excité la colère du Sei- 
» gneur; que ses habitants périssent 
» par l'épée, que ses petits enfants 
» soient écrasés, etc. » Mais le pro- 
phète ajoute : « Convertissez-vous, 
» Israël, au Seigneur votre Dieu. » 
Or, Samarie était la capitale du 
royaume d'Israël. 11 serait absurde de 
prétendre qu'Osée fait des impréca- 
tions contre un peuple qu'il exhorte 
à se convertir, et auquel il promet 
les miséricordes de Dieu. 

On prend aisémentle vrai sens de ces 
passages, quand on sait qu'en hébreu 
les temps des verbes ne sont pas dis- 
tingués par des signes aussi marqués 
que dans les autres langues, que l'im- 
pératif ou l'optatit ne désignent sou- 
vent que le futur. Dansnotre langue, 
au contraire, le futur tient sou- 
vent lieu de l'impératif, parce que 
nous n'avons pas, comme les Latins, 
un futur de ce mode ; au lieu de ri- 
tus patrios colunto, nous disons, les 
rites nationaux seront observés. 

Lorsque l'Eglise chrétienne répète 
dans ses prières les expressions des 
psaumes et des prophètes, elle appli- 
que à ses ennemis ce que les auteurs 
sacrés disaient des ennemisdupeuple 
de Dieu ; mais son intention n'est ja- 
mais de faire des imprécations contre 
eux : en prédisant leur châtiment, 
elle prie Dieu de les éclairer et de 
les convertir, afin qu'ils puissent évi- 
ter les maux dont ils sont menacés. 
Voyez Malédiction. 

Il y a dans l'Histoire de l'Acad. des 
Jnscript., t. 3. m-12, pag. 31, ettom. 
8, pag. 64, les extraits de deux dis- 
sertations, l'une sur les imprécations 
des pères contre leurs enfants, l'autre 
sur celles que l'on prononçait en pu- 
blic contre un citoyen coupable, où 
l'on voit l'origine de cet usage, et 
l'idée qu'en avaient les anciens. Il est 
prouvé que c'est une conséquence 
des notions que tous les peuples ont 
eues de la Justine divine. Bebgieb. 



IMP 

IMPRIMERIE (!'). (Théol. hist gê- 
ner.) — V. COSTER et GUTTENBERG 

pour l'histoire de l'invention de l'im- 
primerie. Nous ajouterons seulement 
ici, d'après M. Brunner, la liste des 
premières éditions de la Bible en im- 
pression. 

« La première Bible latine (la cé- 
lèbre Bible à quarante-deux lignes 
tantôt en deux, tantôt en trois volu- 
mes, sans division marquée) fut im- 
primée à Mayence par Guttenberg, 
qui fit les types et les presses, et par 
Fust, qui fournit l'argent, dans les an- 
nées 145 1-1455. 

« 2. La seconde fut celle, plus rare 
encore, à trente-six lignes, d'Albert 
Plister, élève de Guttenberg, en 1458, 
à peu près à la même époque que le 
magnilique Psautier Psalterium, qui 
sortit des presses de Fust et de 
Schôlïer (lequel se servit pour la pre- 
mière fois de matrices pour cet ou- 
vrage), en 1457, une seconde fois, 
en 1459, avec l'indication de l'année, 
du lieu d'impression et de l'impri- 
meur. 

« 3. En 1442 parut, en deux volu- 
mes, la Bible latine à quarante-huit 
lignes, de Fust et Schoffer, réimpri- 
mée en 1472, puis plus souvent. 

« 4. La Bible latine de Mentel et 
d'Eggestein, trois éditions successi- 
ves, à Strasbourg, entre 1466 et 1469. 

« 5. Puis furent imprimées de 
nombreuses éditions latines de la 
Bible, par exemple à Augsbourg, 
1469, Bàle, 1470, Rome, 1471, Nu- 
renberg, 1475, Paris, 1476, Venise, 
1475, Naples, 1476, etc. 

« Dès 1466 des Bibles allemandes 
furent imprimées à Strasbourg par 
Eggestein et par Mentel, depuis 1469 
à Augsbourg (Pllanzmann), 1471 à 
Nurenberg (Prisener et Sensens- 
chmidf), puis ailleurs, généralement 
ornées de gravures sur bois, et elles 
eurent un tel débit que, dès 1499, on 
fut obligé d'imprimer la douzième 
édition de cette dernière. 

« Alors Fister y ajouta, à Ramberg, 
une Bible des pauvres, latine et alle- 
mande. Elle n'est, comme la Bible des 
pauvres xylographique, qu'un extrait 
de la sainte Ecriture. 

« Il parut des Bibles en plat aile- 



ITJP 

manda Cologne, en 1183, et, en 1404, 
chez Etienne Arnds, à l.ubcek. 

« En 1473 on imprima des Bibles 
françaises, b Parie et Lyon; depuis 
K73 des Bibles italiennes, à Venise, 
riiez Vendelin de Spira (iWenc&Iin lie 
Spire), 1471, un grand nombre d'édi- 
tions : espagnole», à Valence, 1 577 et 
117S; holimdaims, à Deli't, 1 477 ; 6a- 
hnitu iini-s, 1481 et 1489, à Prague 1 ai 
à Kultenberg; anglaùeet, douai 
suédoises el ptilvnuùws, depuis le com- 
meneement du seizième siècle. 

« Ainsi la lectam des saintes Ecri- 
tures avait pris un essor immense 
bien avant la traduction de la Bible 
de Lutber. » Le Nom. 

IMPIXJICITÉ. C'est l'amour des vo- 
luptés sensuelles contraires à la pu- 
deur et à la chasteté. Il n'est point 
de religion qui condamne cotte pas- 
sion mer plus île sévérité que le Chris- 
liani.-me, et l'on sent la nèoesailé le 
Cftttfl rigueur, lorsqu'on se rappelle à 
quels excès ïiiiijiuitidté était portée 
(liez les nations païennes. On avait 
poussé l'aveuglement jusqu'à la di- 
viniser sous le nom de Vénus, et à s'y 
livrer, dans certaines occasions, par 
motif de religion. Le tableau que 
saint Paul a tracé dos dérèglements 
auxquels se sont abandonnés même 
les philosopbes, fait frémir. Rom., e. 
1, > 16. 11 n'est que trop confirmé 
par le témoignage des auteurs pro- 
fanes. 

Quelques incrédules de nos jours, 
appliqués à contredire les auteurs 
sacrés, ont osé nier qu'aucun peuple 
se soit jamais livré à rim]}ud1citÊ par 
motif de religion ; mais on leur a op- 
posé tant de témoignages des écri- 
vains profanes, qu'ils n'ont eu rien à 
répliquer. 

Jésus -Christ, en condamnant, non- 
seulement les actions, mais les désirs 
et les pensées contraires à la pudeur, 
a porte le remède à la racine du mal. 
Un homme ne se livre à ces sortes 
de pensées que parce qu'il y cherche 
une partie du plaisir qu'il goûterait 
dans la consommation du crime, il 
ne lui manque que l'occasion pour 
s'en rendre coupable. C'est avec rai- 
son que ce divin maître a dit : « Celui 
« qui regarde une femme dans le 



38 



rap 



» dessein d'exciter en lui de mauvais 
» dé.-irs, à déjà commis L'adultère 
» dans son cœur. Mal lit., m S, f 28. m 

Mais il est étonnant, qu'une morale 
aussi sainJe et aussi austère ait ms 
B'élablir chez despeuplus et dans des 
climats où axaient régné les plus af- 
freus dérèglements, que l'on Allé! ï 
des Sanctuaires h In vùjyiijiiâ dans 
de: lieu» aé Vimpudtoké avait eu des- 
autels, QmuBJ on suppose que cette 
l'-Miluliuu a pu se faire sans miracle, 
on commit bien peu l'humanité. 

Lorsque nos philosophes modernes 
ont osé l'aire l'apologie de cette même 
passion, enseigner dans leurs livres 
une morale aussi scandaleuse que 
celle des païens, ils ont achevé de 
démontrer la pouvoir surnaturel du 
Christianisme. Ils ont fait voir dequoi 
la raison et la philosophie sont capa- 
bles, lorsqu'elles ne sont plus éclai- 
rées et retenues par une religion des- 
cendue du ciel, et combien là sainteté 
deemeaimes del'Evangile était néces- 
saire pour réformer tous les hommes. 

C'est par la même raison que les 
Pères de FEgUse des quatre premiers 
siècles ont tant relevé le mérite de 
la virginité, et ont posé des maximes 
»i austères sur la chasteté du mariage. 
Les critiques modernes qui se sont 
éleyés contre cette morale, ont man- 
qué de discernement et d'équilé. 
Voyez Chasteté, Continence, Viugi- 
nw*) etc. Bergier. 

IMPURETÉ, action contraire à la 
chasteté. Toute espèce d'ànnurcW est 
défendue par le sixième et par le 
neuvième commandement du Déca- 
logue. Il est certain d'ailleurs que 
l'habitude de Vimpureté est très-nui- 
sible à la santé, énerve le corps et 
abrutit l'àme. Bergier. 

IMPURETÉ LÉGALE, souillure cor- 
porelle, pour laquelle il était défendu 
à un Juif de remplir les devoirs pu- 
blics de religion, et de se tenir avec 
les autres hommes. En lisant les lois 
de Moïse, on est étonné de ce qu'il a 
déclaré impures tant de choses qui 
nous paraissent nidifier entes;; qu'il 
ait regardé comme souillé celui qui 
aurait touché le cadavre d'un homme 
ou d'uu animal, un reptile, un lé- 



IMP 

preux; une femme 'attaquée de ses 
maladies, etc. Il lui interdit l'entrée 
du tabernacle, et tout exercice public 
du culte divin ; il lui ordonne de 
laver son corps et ses babits, de se 
lenir à l'écart le reste de la jour- 
i '■•■■, etc. 

Ces règlements étaient sages, soit 
ct'mme religieux, soit comme poli- 
tiques. 

1° Les purifications religieuses ont 
(-■'■'• on u=ngc chez tous les peuples du 
monde, et nous en voyons des exem- 
ples chez les patriarches. Gen.,c. 33, 
J •-'. C'est un symbole de la pureté de 
Time, et un témoignage du désir 
que nous avons de nous la procurer. 
Il est fondé sur la persuasion dans 
laquelle ont été tous les hommes, 
que, quand nous avons perdu la grâce 
de Dieu par le péché, nous ponvon» 
la récupérer par la pénitence, et que 
Dieu pardonne au repentir. Sans 
cette croyance juste et vraie, l'homme, 
une fois coupable, persévérerait dans 
le crime par désespoir. 

2" Dans les climats plus chauds 
qnele nôtre, la propreté est beaucoup 
plus nécessaire, parce que la fermen- 
tation des humeurs et de tous les 
corps infects est plus à craindre. C'est 
sur cette expérience qu'était fondée 
la sévérité du régime diététique des 
Egyptiens, dont une partie est encore 
observée dans les Indes. Depuis que 
ces précautions ont été négligées par 
les mahométans, l'Egypte et l'Asie 
sont devenues le foyer de la peste. Le 
danger était le même, non-seulement 
dans le désert où étaient les Israélites, 
mais encore dans la Palestine : la 
lèpre, qui en fut rapportée paj lea 
croisés, ne le prouve que trop; Moïse 
n'avait donc pas tort d'y veiller de 
très-près. 

Il fallait faire de la propreté un 
point de religion, parce qu'un peuple 
qui n'est pas encore policé n'est pas 
capable d'agir par un autre motif. La 
conduite de Moïse est justifiée par le. 
succès, puisque, selon l'aveu des au- 
teurs profanes, les Juifs en général 
étaient sains, robustes, capables de 
sni>|)(irter le travail : Curpora homi- 
' <tm satubria et ferentia laborum. T\- 

Nous convenons que, dans la suite, 



fr3 



IMP 



les Juifs pervertis par la fréquenta- 
tion de leurs voisins, attachèrent trop 
d'importance aux pratiques extérieu- 
res de leur loi, et en lirent plus de 
cas que des vertus intérieures : les 
prophètes le leur ont souvent repro- 
ché ; mais il ne s'ensuit rien contre 
la sagesse dulégislateur. Nousavouons 
encore que les Grecs et les Romains, 
qui n'avaient pas besoin des mômes 
précautions dans leur pays, jugèrent 
que tous les usages des Juifs étaient 
superstitieux et absurdes; mais leur 
ignorance forme-t-elle un préjugé 
contre l'expérience de Moïse? Nous 
ne sommes pas encore parfaitement 
guéris de cette prévention : souvent 
l'on a blâmé des coutumes desnations 
étrangères, parce que l'on n'en con- 
naissait ni les motifs ni l'utilité. Voyez 

LelS CiRÉHONIELLES , PURIFICATION, 

Sainteté. Bergier. 

IMPUTATION, terme dogmatique,, 
dont l'usage est fréquent chez les 
théologiens; il se dit du péché et de 
la justice. 

L'imputation du péché d'Adam est 
faite à sa postérité, puisque, par sa 
chute, tous ses descendants sont de- 
venus criminels (1) devant Dieu, et 
qu'ils portent tous la peine de ce pre- 
mier crime. Ce n'est pas ici le lieu de 
prouver qu'il n'y a rien d'injuste dans 
cette conduite de Dieu à l'égard du 
genre humain. Voyez Péché ori- 
ginel. 

Selon la doctrine des protestants, 
le pécheur est justifié par Vimputation 
qui lui est faite de la justice de Jésus- 



|I)S» mot- triminel, ne s'appliqnant,daoa le lan- 
gage ordinaire, qu'à celui qui s'est reudu coupable 
d'an péché actuel, ne doit point être employé ici 
par nn théologien qui cherche à se faire comprendre, 
et à faire comprendre comme n'étant point injuste 
01 déraisonnable l'effet dont il s'agit. Pour expli- 
quer les résulta* du péché originel, le m liuisme 
est plus rationnel et plus à la portée de tout le 
monde que le thomisme; et Bergier dans ces sortes 
d'articles est même plus que thomiste, il flaire le 
jansénisme. Loi conlpa ou tache originelle avec se* 
conséquences n'est point une imputation comme le 
veulent les protestants ; une telle imputation serait, 
entachée d'injustice, et ce n'est point, non plus, 
une criminalité; c'est un état constitutionnel moral 
et physique, tréi-réel en soi, qui établit l'individu 
dans une infériorité sons tout rapport entre ce qu'il 
est et ce qu'il aurait été si la déchéance n'avait pa» 
eu lieu. 

Le Noir. 



IMP 



GO 



IMP 



Christ, et cette imputation se fait par 
la foi par laquelle il croit fermement 
que les mérites de Jésus-Christ lui 
deviennent propres et personnels ; 
conséquemment les protestants n'ad- 
mettent, dans le pécheur réconcilié 
avec Dieu, qu'une justice extrinsèque, 
qui ne le rend pas formellement et 
intérieurement juste, mais qui le fait 
réputer tel; qui cache ses péchés, 
mais qui ne les efface pas. 

Ce qui nous justifie, disait Luther, 
ce qui nous rend agréables à Dieu, 
n'est rien en nous, n'opère aucun 
changement dans notre âme ; mais 
Dieu nous tient pour justes, lorsque 
par la foi nous nous approprions la 
justice et la sainteté de Jésus-Christ. Il 
ajoutait conséquemment, que l'hom- 
me est juste dès qu'il croit l'être avec 
une certitude entière. Il abusait des 
passages dans lesquels saint Paul dit 
que la foi d'Abraham lui fut réputée 
àjustice, et qu'il en est de même de 
la foi de ceux qui croient en Jésus- 
Christ. Rom., c. 4, } 3, 24, etc. De 
cette doctrine de Luther il s'ensuivait 
que le repentir de nos péchés, l'aveu 
que nous en faisons, la résolution de 
nous corriger et de satisfaire à la jus- 
tice divine par de bonnes œuvres, ne 
sont pas nécessaires à la juslilication, 
n'y entrent pour rien, et que les sa- 
crements n'y contribuent en rien. 

Les catholiques soutiennent, au 
contraire, que la grâce justiliante, 
qui est l'application des mérites de 
Jésus-Christ, est intrinsèque et inhé- 
rente à notre âme ; que non-seule- 
ment elle couvre nos péchés, mais les 
efface; qu'elle renouvelle et change 
véritablement l'intérieur de l'homme; 
qu'alors il est non-seulement réputé 
juste, saint, innocent et sans Uiehe 
devant Dieu, mais qu'il l'est en effet. 
Cette justice, sans doute, nous est 
donnée par les mérites de Jésus- 
Christ, en vertu de sa mort et de sa 
passion; ainsi la justice de ce divin 
Sauveur est la cause méritoire de 
notre justification, mais elle n'en est 
pas la cause formelle. 

Lorsque saint Paul parle de la foi 
d'Abraham, entend-il une foi par la- 
quelle Abraham se persuadait que la 
justice de Dieu lui était imputée? 
Rien moins. 11 entend la confiance 



qu'Abraham eut aux promesses de 
Dieu, à sa bonté, à sa puissance : 
promesses qui ne pouvaient être ac- 
complies que par des miracles, et 
auxquelles Dieu semblait déroger, en 
lui ordonnant d'immoler son iils uni- 
que. C'est ainsi que l'apôtre lui-même 
explique la foi d'Abraham, Hebr. } 
cil. Donc, lorsqu'il parle de la foi 
de Jésus-Christ, il entend la confiance 
aux mérites, à la bonté, à la miséri- 
corde de ce divin Sauveur; conliance 
qui serait vaine, si elle n'était pas 
accompagnée du regret d'avoir offensé 
Dieu, de l'humble aveu de nos fautes, 
de la volonté de nous corriger et de 
satisfaire à la justice divine, puisque 
Dieu commande au pécheur toutes 
ces dispositions et les exige de lui. 

De même, ce n'est pas la désobéis- 
sance d'Adam qui nous rend formel- 
lement pécheurs, quoique ce soit elle 
qui est la cause première du péché 
et de la punition ; mais nous nais- 
sons pécheurs ou souillés du péché, 
parce que nous naissons privés de la 
grâce sanctifiante qui devrait être en 
nous, dépouillés du droit au bonheur 
éternel que nous devrions avoir, in- 
fectés par la concupiscence, qui ne 
serait pas dans l'homme innocent. 
Ainsi le péché est aussi réellement 
en nous qu'il était dans Adam après 
sa chute (I). Donc il en est de même 
de la justice, lorsque nous l'avons ré- 
cupérée. 

Les protestants disent que le pé- 
ché du premier homme nous est im- 
puté, puisque nous sommes regardés 
comme coupables et punis à cause 
du péché d'Adam. Les catholiques 

(1) Cela est fanx selon le langage ordinaire, 
puisque, selon ee langage, on entend par péché 
l'acte coupable avec ses conséquences. Il y aToit 
dans Adam, lors de sa chute, cet acte coupable, et 
dans Adam, après sa chute, les conséquences de cet 
acte qui Matent, avant tout, une véritable crimi- 
nalité morale; mais il n'y a rien de tout cela danf 
ses descendants ; il y a seulement, dans ces derniers, 
l'état moral et physique, qui résulte, dans un sujet 
qui n'a commis aucun acte mauvais, de sa généra- 
tion par un père déchu; or cet état ne prend la 
nom de péché originel que par sa re'ation & l'act« 
primitif du père qui est sa première cause, et il 
s'appelle plus proprement tnche originelle, paree- 
que ce dernier mot indique une privation de la cou- 
leur ou de la beauté primordiale. Il se cache sont 
l'insistance de Bergier à s'abstenir d'explication» 
claires comme les nôtres, un gallicanisme janiê» 






BIP 

prétendent que ce n'est pas assez 
dire ; que non-seulement nous som- 
mesréputés coupables, mais que nous 
sommes coupables en effet par le pé- 
ché originel, et justement punis par 
cette raison (i). Conséquemment ils 
soutiennent que la justice de Jésus- 
Christ nous est non-seulement impu- 
tée, mais réellement communiquée 
par l'opération du Saint-Esprit, en 
sorte que, par sa justification, nous 
ne sommes pas seulement réputés 
justes, mais rendus tels en effet par 
la grâce. C'est la doctrine du concile 
de Trente, sess. 6, de justif., can. 10 
et suiv. 

Il ne faut pas se persuader que 
celte dispute entre les catholiques et 
les protestants ne soit qu'une subti- 
lité scolastique, ou une pure distinc- 
tion métaphysique, entre la cause 
efficiente et la cause formelle de la 
justification ; outre qu'il est absurde 
de dire : Je suis justifié et mes pé- 
chés me sont pardonnes, puisque je 
le crois fermement, il s'agit principa- 
lement des conséquences. De la doc- 
trine des protestants il s'ensuit que 
la contrition, la confession, la satisfac- 
tion et les bonnes œuvres n'entrent 
pour rien dans la pénitence et dans la 
conversion ; que les sacrements n'o- 
pèrent aucun effet réel dans notre 
âme, que toute leur efficacité consiste 
à exciter la foi ; qu'ainsi le baptême 
ne produit rien à l'égard d'un enfant 
qui est incapable d'avoir la foi. Il 
s'ensuit que, malgré tous les crimes 
possibles, un pécheur ne cesse pas 
d'être réputé juste aux yeux de Dieu, 



(i) Nous ne sommes, d'après le catholicisme, ni 
réputés coupables, ni coupables en effet ; le pre- 
mier mot, qni est celui de Luther, exprimerait une 
injustice évidente contraire aux attributs du créa- 
teur ; le second, qui est propre aux Baîus et aux 
Jansénius, exprimerait, selon le langage ordinaire, 
une contradiction, attendu que, selon ce langage il 
n'y a culpabilité que par suite d'un acte coupable du 
sujet coupable, et qu'ici l'acte manque dans ce su- 
jet lui-même. Pourquoi aussi, ce mot punis? Il 
n'jr a puuitiou proprement dite que dans le père; 
dans la postérité ce n'est qu'une conséquence. Re- 
nonçons à ces mots coupables et punis, et à leur 
place mettons déchus et privés de la gloire origi- 
nelle. Alors tout s'explique. Je sais bien que je suis 
moliniste en parlant de la sorte; mais plus de la 
moitié des thédogiens le sodî aussi sur cette ques- 
tion, et par conséquent j'ai droit de l'être en théo- 
logie ; en philosophie je suis obligé de l'être par 
la raison, seule, I*i N,oip,, 



INA 

dès qu'il se persuade que la justice 
de Jésus-Christ lui est imputée ; de là 
est né le dogme absurde et perni- 
cieux de l'inamissibilité de la justice. 
Voyez Inamissible. Les protestants 
sont forcés d'admettre toutes ces er- 
reurs, s'ils veulent raisonner consé- 
quemment. Voyez l'Rist. des Variât., 
tom. 1,1. 1, c. 10 et suivants. Gro- 
tius même leur a reproché que leur 
doctrine sur l'imputation delà justice 
a refroidi parmi eux le zèle des bon- 
nes œuvres. In Riveti Apol. Discuss, 
Et le docteur Arnaud leur a prouvé, 
par l'aveu des réformateurs mêmes, 
qu'elle a corrompu les mœurs parmi 
eux. Voy. Renversement de la Morale, 
etc., p. 43 et suiv., et l'article Justi- 
fication. Bergier. 

INACTION, cessation d'agir. Les 
mystiques entendent par là une priva- 
tion de mouvement, une espèce d'a- 
néantissement de toutes les facultés 
de l'âme, par lequel on ferme la porte 
à tous les objets extérieurs, une 
extase danslaquelle Dieu parle immé- 
diatement au cœur de ses serviteurs. 
Cet état ^inaction est, selon leurs 
idées, le plus propre à recevoir les 
lumières du Saint-Esprit. Dans ce 
repos et cet assoupisssment de l'âme, 
Dieu, disent-ils, lui communique des 
grâces sublimes et mettables. 

Quelques-uns cependant ne fontpas 
consister l'inactondansune indolence 
stupide ou dans une suspension géné- 
rale de tout sentiment ; ils entendent 
seulement que l'âme ne se livre point 
à des méditations stériles ni aux vai- 
nes spéculations de la raison, mais 
qu'elle demande en général ce qui 
peut plaire à Dieu sans lui rien pres- 
crire et sans former aucun désir par- 
ticulier. 

Cette dernière doctrine est celle des 
anciens mystiques ; la première est 
celle des quiétisles. 

En général, Vinaclionne paraît pas 
un fort bon moyen de plaire à Dieu 
et d'avancer dans la perfection ; ce 
sont les actes de vertus, les bonnes 
œuvres, la fidélité à remplir tous nos 
devoirs, qui nous attirent les faveurs 
divines : le plus grand dans le royau- 
me des cieux est celui qui prati- 
quera et enseignera les commande- 



I 



INA 



83 



INA 



incnts de Jésus- Christ. Malt., c. S, 
y. 19. H veut qu'avec sa g\ ico n»us 
désirions et nous fassions le Lien ; la 
prière qu'il nous a enseignée a'rt 
jus une oraison do quiétude, mais 
uue suite de demandes qui tendent à 
nous faire agir. 

Dieu, sans doute, peut inspirer à 
une Ame un attrait particulier pour 
la méditation ; elle peut acquérir, 
par l'habitude, uue grande farililê, 
de suspendre tonte sensation, et eet 
état de repos peut parai Ire fort doux. 
Mais puisque les extases peuvent ve- 
nir du tempérament et d<* la chaleur 
de l'imagination, il faut y regarder 
de près avant de décider que c'wrt un 
don surnaturel ; et l'on doit, toujours 
se défier de ce que l'on appelle vai£% 
extraordinaires. Voy. Extase. 

Beugie». 

INAMISSIBLE, ce qu'on ne peut pus 
perdre. Un point capital de la dsc- 
trine des calvinistes», estque la jcrslioe 
ou la sainteté du vrai chrétien est 
iuamissible ; qu'un fidèle, nne fo» 
justifié parla foi en Jésus-Christ, c'est 
à-dire qui croit fermemenlque la jus- 
tice de Jésus-Christ lui est imputée, 
ne peut plus déchoir de cet état, lors 
même qu'il tombe dans des crimes 
griefs, tels que l'adultère, te vol, le 
meurtre, etc. Cela est ainsi décida 
dans le synode de Dordrer.ht, auquel 
tous lus ministres sontohligés de sous- 
crire. 

Il n'a pas été difficile aux tkèolo- 
: giens catholiques de démontrer la 
fausseté, l'impiété, les pernicieuses 
-conséquences de cette doctrine. Ils 
ont prouvé qu'elle est formellement 
contraire à plusieurs passages de l'E- 
criture sainte, par lesquels il est dé- 
cidé qu'un juste peut pécher griève- 
ment, perdre la grâce et être damné, 
•que .les plus justes doivent craindre 
ce malheur ; que nous sommes obli- 
,gés de conserver etd'atfermir ennous 
la grâce par de bonnes œuvres, etc. 
Par là même ils ont fuit voir que la 
prétendue foijustihante des calvinis- 
tes n'est qu'un enthousiasme et une 
illusion, qui anéantit dans Je chrétien 
la crainte d'offenser Dieu, lui inspire 
la présomption et la témérité, le dé- 
tourne des bonnes .oeuvr.es. Voyez. 



Histoire des Variât., 1. 14. n. 71. et 
4uiv. 

Le docteur Arnaud a fait sur ce 
sujet un ouvrage très-solide, intitulé : 
Le renversement de la morale de Jé- 
sus-Christ par les erreurs des calvinis- 
tes touchant la justification. 1 . 11 prouve 
non-seulement par les passages for- 
mels de Calvin et des principaux mi- 
nistres, mais parla discussion desdé- 
crets du synode de Dordrecht, et par 
l'état delà dispute entre les arminiens 
et les gom iristes, que la doctrine des 
calvinistes est vérilablrmenttelle que 
l'on rient.de l'exposer ; qu'inutilement 
ils ont eu recours à divers palliatifs, 
pour la déguiser et la faire paraître 
moins odieuse. 

2. Il montre l'opposition de cette 
doctrîneavee celle de l'Ecriture sainte, 
s«it de Tandon, soit du nouveau Tes- 
tHment. Il est dit formellement dans 
E/échii'l, que si le juste se détourne 
de sa justice, il mourra dans son pé- 
ché, et que Dieu ne se souviendra 
plus de ses bonnes œuvres; celte sen- 
tence est répétée trois fois, ch. 3 f 
20; c. 18, y 24; c. 33, y 12. Saint 
Paul déclare aux fidèles qu'ils sont 
le temple de Dieu ; mais que si quel- 
qu'un profane ce temple, Dieule per- 
dra. L Cor., cap. 3, y 17.Enles aver- 
tissant qu'ils ont été purifiés de leurs 



erfmes, il ajoute 



inacateurs, 



les idolâtres, les adultères, les voleurs, 
ne seront point héritiers du royaume 
de Dieu. 1. Cor., c. 6, y 9 ; Gala!., 
e. y 21 ; Ephc::., c. 6, y 'S. Il dit 
que, par la foruicalion, l'on fait des 
membres de Jésus-Christ ceux d'une 
prostituée. I. Cor., cap. 6, y. 17. Il 
assure qu'il n'y a plus rien de dam- 
nable dans ceux qui sont en Jésus- 
Christ, et qui ne vivent point selon 
la chair ; mais il ajoute : Si vous vi- 
vez selon la chair, vous mourrez, 
Rom., cap. 8, ? 1 et 13. etc. Il est 
absurde de supposer que dans tous 
ces passages, saint Paul parle d'un 
cas impossible. La manière dont les 
calvinistes en abusent et en tordent 
le sens, démontre le ridicule de leur 
méthode, et l'illusion de la protesta- 
tion qu'ils font de fonder unique- 
ment leur doctrine sur l'Ecriture. 

3* Ils n'abusent pas moins de ceux 
qu'ils allèguent eu preuve. Celui sur 



INA 



63 



INC 



lequel ils insistent le plus est tiré déjà 
pmni re Epitre de saint Jean, chap. t. 
y 17 et 18. « Toute iniquité, dit l'a- 
i pôtre, est un péché, et c'est un 
» péché à mort; nous savons que 
» quiconque est né de Dieu ne pèche 
» point, mais la naissance qu'il d re- 
» çiic de Dieu le conserve, et l'esprit 
» muliii ne le touche point. » Peut-on 
supposer sans absurdité qu'un fidèle 
régénéré, qui commet un adultère ou 
un meurtre, ne pèche point mortelle- 
ment, et que tel est le sens de l'apô- 
tre ? Quand on dit : Un homme sage 
ne commet point telle action, cela 
ne signilie point qu'il ne peut pas 
absolument la commettre, et cesser 
ainsi d'être sage. Le fidèle qui pèche, 
cesse dès lors d'être né de Dieu ou eri- 
fnut de Dieu, puisqu'il renonce à la 
priée sanctifiante qu'il a reçue de 
Dieu. 

4° Ce théologien développe la chaîne 
des erreurs qui se trouvent liées au 
dogme de ['ànatmmikiHtè de lajustice. 
Pour le souAeuir, les calvinistes sont 
faffcés d'enseigner que leur préten- 
foi justifiante est inséparable de 
I : chanté et de l'habitude de toutes 
les vertus; qu'ainsi la charité et l'ha- 
i ..tude des vertus demeurent dans 
c us mêmes qui commettent les plus 
grands crimes; que Dieu n'impute 
point ces crimes au vrai fidèle, quand 
même il ne s'en repentirait pas ; 
qu'il n'y a point de péché mortel que 
le péché contre le Saint-Esprit, ou 
l'impéuitence finale. Ils sont forcés 
d'enseigner qu'il n'y a point de vrais 
justes que les prédestinés ; que si un 
enfant qui vient d'être baptisé n'est 
pasprédestiné, il n'est pas véritable- 
ment justifié ; qu'ainsi le baptême n'a 
produit en lui aucun etfet. 

îi° L'on voit, au premier coup à' œil, 
les pemici»ses conséquences qui, 
dans la pratique, doivent s'ensuivre 
du dogme des .calvinistes. Lorsque 
l'Evangile nous dit que celui qui per- 
séiérera jusqu'à la fin sera sauvé, 
îlatth., c. 10, y 22, il nous fait assez 
tulendr.e qu'il n'en aéra pas demènie 
de celui qui .ne persévérera point; 
qu'ainsi nous devons nous abstenir 
•du péché, si nous voulons être sauvés. 
Quel sens peut avoir cette doctrine 
dans fa croyance des ^calvinistes? Vai- 



nement saint Paul dit aux fidèles : 
a Ne vous enorgueillissez pas, mais 
» craignez; si Dieu n'a pas épargné 
» son' ancien peuple, il peut bien 
» aussi ne pas vous épargner... ; per- 
n sévérez dans la sainteté, autrement 
» vous serez retranché. » Rum., c. 18, 
f 20. Un calviniste constant dans ses 
principes doit regarder toute crainte 
comme un poché contre la foi. Vai- 
nement saint Pierre nous avertit de 
rendre certaine, par de bonnes œu- 
vres, notre vocation et le choix que 
Dieu a fait de nous, IL Pétri, c. 1, 
^ 10 : la vocation d'un calviniste est 
si certaine pour lui, qu'il ne peut en 
déchoir, même par des crimes. Qu'a- 
t-il besoin de bonnes œuvres ? 

6° Arnaud ne réfute pas avec moins 
de force les subtilités, les sophismes, 
les contradictions par lesquels les 
théologiens réformés ont tâché d'es- 
quiver les conséquences de leurs prin- 
cipes, les passages de saint Augustin 
qu'ils ont voulu tirer à eux. Il fait 
voir que le saint docteur, en soute- 
nant la certitude et l'infaillibilité de 
la prédestination, a constamment en- 
seigné qu'aucun fidèle n'est assuré 
d'être prédestiné; que, selon lui, la 
persévérance finale est un den de 
Dieu purement umIu'u, qu'aucun juste 
ne peut le mériter ou ligueur, à plus 
forte raison ne peut se promettre cer- 
tainement de l'obtenir. 

Les calvinistes ont beau dire que 
le dogme de Y inamissibilité de lajus- 
tice ne produit point chez eux les per- 
nicieux effets que nous lui attribuons, 
qu'à tout prendre il y a autant de 
gens de bien parmi eux que parmi 
nous. Sans convenir du fait, nous ré- 
poudons qu'il ne faut jamais établir 
une doctrine que l'on est forcé de 
contredire dans la pratique, surtout 
lorsqu'elle est évidemment contraire 
à l'Ucnturc sainte et à la croyance 
de l'Eglise de tous les siècles. 

Bergier. 

INCARNATION , union du Verbe 
divin a*vec la nature humaine, ou ac- 
tion divine par laquelle le Verbe éter- 
nel s'est fait 'homme, afin d'opérer 
notre rédemption. Saint Jean l'Evan- 
géliste a exprimé ce mystère par deux 
aots, en disant : Le Verbe s'est fait 



INC 



64 



chair; parla il n'a pas entendu que 
le Verbe divin s'est changé en chair, 
mais qu'il s'est uni à l'humanité. En 
vertu de cette union, Jésus-Christ est 
vrai Dieu et vrai homme, réunit dans 
sa personne toutes les propriétés de 
la nature divine et de la nature hu- 
maine. 

Il serait à souhaiter, sans doute, 
que l'on n'eût jamais entrepris d'ex- 
pliquer un mystère qui est essentiel- 
lement inexplicable, puisqu'il est in- 
compréhensible ; mais l'opiniâtreté 
avec laquelle les hérétiques l'ont at- 
taqué, a forcé l'Eglise de proscrire et 
de réfuter leurs fausses explications 
et le sens erroné qu'ils donnaient aux 
paroles de l'Ecriture, et de fixer le 
langage dont les théologiens doivent 
se servir eu parlant de l'incarnation. 

Dès l'origine du christianisme quel- 
ques juifs mal convertis se persuadè- 
rent que Jésus-Christ était un pur 
homme, né, comme les autres, du 
commerce conjugal de Joseph et de 
Marie : ils ne reconnaissaient point 
sa divinité. Quelques philosophes qui 
se firent chrétiens, comme Cérinthe 
et ses disciples, en eurent la même 
idée. Mais cette hérésie fut renouve- 
lée avec beaucoup plus d'éclat par 
Arius, au commencement du qua- 
trième siècle ; il soutint que le Verbe 
divin était une créature ; il forma 
une secte nombreuse etdivisal'Eglise. 
Sa condamnation au concile général 
de Nicée n'arrêta point le cours de 
l'erreur; il eut pour sectateurs un 
grand nombre d'évèques savants et 
respectables d'ailleurs; plusieurs em- 
pereurs protégèrent cette doctrine , 
et firent les plus grands eiforts pour 
anéantir la foi de la divinité de Jé- 
sus-Christ: jamais l'Eglise n'a couru 
un plus grand danger. Heureusement 
la division qui se mit parmi les ariens 
les rendit moins puissants ; insensi- 
blement leur fureur se ralentit ; l'on 
en revint à la doctrine du concile de 
Nicée, qui a décidé que le Fils uni- 
que de Dieu né du Père avant tous 
les siècles, consubstantiel au Père, et 
vrai Dieu comme lui, est descendu 
du ciel, s'est incarné dans le sein de 
la vierge Marie, par l'opération du 
Saint-Esprit , et s'est fait homme. 
Dans ces derniers siècles, les soci- 



1NC 

niens ont ressuscité l'arianisme; ils 
font profession de croire que Jésus- 
Christ n'est appelé Dieu que dans un 
sens abusif et métaphorique. 

D'autres hérétiques aussi anciens 
que les précédents, sans attaquer la 
divinité du Verbe, prétendirent qu'il 
ne s'était uni à l'humanité qu'en ap- 
parence ; que Jésus-Christ n'avait 
qu'une chair fantastique , par con- 
séquent n'était pas véritablement 
homme; qu'il n'était né, mortctres- 
fuscitè qu'en apparence. Ces sectai- 
res furent désignés sous le nom gé- 
néral de gnostiques et de docètes, et 
se divisèrent en plusieurs branches. 
Le concile de Nicée a proscrit leur 
erreur aussi bien que celle des ariens , 
en décidant que le Fils de Dieu s'est 
fait homme, est né de la vierge Marie, 
a été crucifié, est ressuscité et monté 
au ciel. 

En général, tous ceux qui ne pro- 
fessaientpas distinctement le mystère 
de la sainte Trinité, ne pouvaient ad- 
mettre celui de l'incarnation dans un 
sens orthodoxe. Ainsi les sabelliens, 
qui réduisaient les trois personnes 
divines à une seule, furent obligés 
de soutenir que Dieu le Père s'était 
incarné, avait souffert, était mort, et 
de lui attribuer tout ce qui est dit de 
Jésus-Christ. 

Au cinquième siècle, Nestorius, 
patriarche de Constantinople, enne- 
mi déclaré des ariens, et défenseur 
zélé de la divinité du Verbe, crut 
qu'en le supposant uni personnelle- 
ment et substantiellement à l'huma- 
nité, on dégradait la Divinité; qu'il 
y avait de l'indécence à dire qu'un 
Dieu est né, a souffert, est mort, 
qu'une vierge est Mère de Dieu. Il ne 
voyait pas que c'était la doctrine for- 
melle du concile de Nicée. Consé- 
quemment, entre la divinité et l'hu- 
manité il ne voulut admettre qu'une 
union morale, un concert de volontés 
et d'opérations; d'où il résultait qu'il 
y avait en Jésus-Christ deux per- 
sonnes, et que Jésus-Christ n'était 
pas personnellement Dieu. Il fut con- 
damné au concile général d'Ephèse, 
tenu l'an 431. 

Peu d'années après, Eutychès, abbé 
d'un monastère près de Constanti- 
nople, pour éviter le nestorianisme, 



INC 

donna dans l'excès opposé. Il préten- 
dit qu'en vertu de ['incarnation la 
nature divine et la nature humaine 
étaient confondues en Jésus-Christ; 
et réduites à une seule ; que l'huma- 
nité, en lui, était entièrement absor- 
bée par la divinité. Cette erreur fut 
proscrite au concile général de Chal- 
cédoine, en 451. Quelques-uns de 
ceux qui l'abjurèrent en retinrent 
cependant une conséquence ; ils sou- 
tinrent que si les deux natures sub- 
sistaient distinctement et sans confu- 
sion en Jésus- Christ, du moins elles 
n'avaient qu'une seule volonté, une 
seule opération. Ils furent nommés 
monothélites et furent condamnés 
dans un concile général de Constan- 
tinople l'an 680. La secte des nesto- 
riens et celle des eutychiens subsis- 
tent encore dans l'Orient. Voyez EU- 
TYCHIENS, NESTOR1ENS, etc. 

Il est clair que toutes ces erreurs 
sont proscrites d'avance par les pa- 
roles de saint Jean, qui dit qu'ait 
commencement le Verbe était Dieu, et 
qu'i/ s'est fait chair; le concile de 
Nicée n'a fait que les rendre à la 
lettre, lorsqu'il a décidé que le Fils 
de Dieu, consubstanticl au Père, s'est 
fait homme. Jésus-Christ lui-même 
s'est nommé Fils de Dieu et Fils de 
l'homme : il est donc véritablement et 
rigoureusement l'un et l'autre. 

De là il resuite que ce n'est point 
l'homme qui s'est uni à Dieu, mais 
Dieu qui s'est uni à l'homme : c'est 
donc la personne divine qui subsiste 
en Jésus-Christ, et non la personne 
humaine ; il n'y a pas en lui deux 
personnes, mais une seule. Ce n'est 
point Dieu le Père qui s'est incarné, 
mais Dieu le Fils, ou le Verbe ; l'union 
des deux natures enJésus-Christ n'est 
pas seulement morale, mais hypos- 
tatique, c'est-à-dire substantielle et 
personnelle : puisqu'il est Dieu et 
homme, ces deux natures subsistent 
en lui dans leur entier, avec toutes 
leurs propriétés et leurs opérations, 
sans séparation et sans confusion. 
Puisque la nature humaine n'est pas 
seulement un corps, mais une âme 
unie à un corps, il y a certainement 
en Jésus-Christ un corps et une âme 
distingués de la divinité; ce n'est 
point le Verbe qui tient lieu d'âme 
VII 



65 INC 

en Jésus-Christ, comme l'avaient rêvé 
quelques hérétiques; il y a en lui 
deux entendements, deux volontés, 
deux opérations, et toutes ses actions 
sont théandriques, oudei-viriles, c'est- 
à-dire divines et humaines. 

Mais comme toutes les opérations 
d'un être intelligent et libre doivent 
être attribuées à la personne, on doit 
adapter à la personne de Jésus-Christ 
tout ce que l'on peut dire de l'huma- 
nité aussi bien que de la divinité, 
tous les attributs et les propriétés 
qui appartiennent à l'une et à l'autre, 
ce que les théologiens appellent com- 
munication des idiomes ou des pro- 
priétés. Ainsi, en Jésus-Christ, Dieu 
est homme, et l'homme est Dieu; Jésus- 
Christ, en tant que Dieu, est éternel, 
tout-puissant, doué d'une connais- 
sance infinie, souverainement par- 
fait : en tant qu'homme, il est faible, 
passible, mortel, sujet aux besoins de 
l'humanité, On ne doit lui refuser 
que les défauts de la nature humaine, 
qui renfermeraient une indécence et 
une espèce d'injure faite à la divinité, 
parce que le Fils de Dieu a daigné 
s'en revêtir par le motif d'une bonté 
infinie, pour opérer par ce moyen la 
rédemption et le salut de l'homme. 
Cette humiliation, que saint Paul 
n'hésite point de nommer anéantis- 
sement, loin de diminuer notre res- 
pect, l'augmente, nous inspire la 
reconnaissance et l'amour. C'est ce 
qu'auraient dû voir les hérétiques, qui 
craignaient d'avilir la divinité, en 
attribuant au Fils de Dieu fait 
homme les misères de l'humanité ; 
et c'est ce qu'ont soutenu les Pères 
de l'Eglise qui les ont réfutés, saint 
Irénée et Tertullien contre les gnos- 
tiques; saint Athanase, saint Basile, 
saint Grégoire de Nazianze, saint Hi- 
laire, contre les ariens; saint Cyrille 
d'Alexandrie contre les nestoriens; 
saint Léon contre les eutychiens, etc. 

Comme Jésus-Christ Dieu est es- 
sentiellement inpeccable, on demande 
en quoi consistait sa liberté, et com- 
ment il pouvait mériter? Les théolo- 
giens répondent que cette liberté 
consistait à pouvoir choisir entre plu- 
sieurs bonnes actions différentes, et 
entre différents motifs tous agréables 
à Dieu. 

5 



INC 



66 



INC 



Nous ne pouvons savoir de quelle 
manière ['incarnation a été opérée, 
qu'aiilaut qu'il a plu à Dieu de le 
Éévéler. L'ange dit à Marie : « Le 
» Saint-Esprit surviendra an vous, 
» et ta puissance du Très-Haut vous 
» couvrira de son ombre ; c'est 
» pourquoi le Saint qui naîtra de 
» vous sera appelé (ou plutôt sera 
» Le Fils de Dieu. » Luc., c. 1, y 35. 
Et il iiil a Joseph : a f.e qui est né 
i en elle esl du Saint-Esprit. » Matth. 
c. I, j> 2.0. C'est donc la puissam e 
divinr qui a formé dans le sein de 
Marie le corps et L'âme de Jomis- 
Clu'i^t, auxquels le Verbe divin s'est 
uni personnellement; nous n'avons 
pas besoin d'en savoir davantage. 

\ ainement les sociniens concluent 
de ci -, paroles que Jésus-Christ e I 
appelé Fils de Dieu, seulement parce 
que Dieu, sans Le concours d'aucun 
nomme, l'a fermé dans Le sein de la 
sainte Vierge; cela ne suffirait pas 

pour que l'on put dire que /<■ Vi rbe 
g' est fait chair, et pour que les écri- 
vains sacré-, tient pu lenommer Dieu. 
Sur un objet aussi essentiel, nous 
ne devons pas supposer que ces au- 
teurs inspirés ont abusé des termes 
■d'une manière aussi grossière. 

En effet, le mystère de l'iaeama- 
tiou esl la base du christianisme : il 
tient à tous Les autres mystères. Il 
suppose celui de la sainte Trinité, 
■comme nous l'avons déjà remarqué; 
il suppose la nécessitéû'une rédemp- 
tion, par conséquent la chute et la 
dégradation de la nature humaine 
Bar le péché d'Adam. Les Pères de 
l'Eglise ont constamment souteuu 
contre les hérétiques, que pour ra- 
cheter et sauver les hommes il fal- 
lait un Dieu, et les sociniens, qui 
nn-nt la divinité de Jésus-Christ, ont 
■ été forcés de nier aussi la rédemption 
prise en rigueur, et la propagation 
du péché originel. Ajoutons que la 
foi de l'incarnation nous dispose à 
croire de même lamnâsence réelle de 
Jésus-Christ dans l'eucharistie, qui 
est une espèce d'incarnation : aussi 
■ceux qui ont nié l'une n'ont pas per- 
sisté longtemps dans la croyance de 
l'autre. Pour être chrétien, ce n'est 
pas assez de croire en Jésus-Christ 
comme envoyé de Dieu, mais il 



faut craire en Jésus-Christ Dieu, Sau- 
veur et Rédempteur du monde. Nous 
ne devons donc pas être surpris si, 
dès l'origine du christianisme, ce 
mystère a été professé clairement 
dans le symbole des apôtres, et si 
cette croyance a toujours été regar- 
dée comme un prélminairc indis- 
pensable à la réception du baptême. 
Il ne sert a rien d'objecter que ce 
mystère est inconcevable, la seule 
que lion est de savoir si Dieu a véri- 
tablement opéré ce prodige et s'il 
l'a révélé. Or, nous prouvons ce fait 
1° par les prophéties qui depuis le 
commencement du monde , ont 
annoncé aux hommes un Itédempleur, 
un Sauveur, un Messie qui serait 
Dieu, qui aurait néanmoins les fai- 
blesses et supporterait les souffrances 
de l'humanité; 2° par tous les pas- 
sages de L'Evangile dans lesquels 
Jésus-Christ s'est appliqué ces pro- 
phéties, : e ! nommé tout à la lois 
Fils 'lr bit h et Fils de V homme ; si le 
pn niier de ces titres ne devait pas 
être pris dans un sens aussi propre 
et au^i littéral que le second, Jésus- 
Christ sérail coupable d'imposture, 
il aurait usurpé les honneurs de la 
divinité, d aurait jeté son Eglise 
dans une erreur inévitable; 3" par 
les leçons des apôtres, qui ont cons- 
tamment attribué à Jésus-Christ la 
divinité, les honneurs et les titres 
qui ne conviennent qu'à Dieu, en 
avouant néanmoins qu'il a éprouvé 
et souii'ert tout ce que la nature hu- 
maine peut supporter, qui l'ont 
appelé Dieu manifesté en chair, re- 
vêtu de notre chair, vrai Dieu et 
vrai homme; 1° par la croyance 
constante de l'Eglise chrétienne, de- 
puis sa naissance jusqu'à nous, et 
par la rigueur avec laquelle elle a 
condamné tous les hérétiques qui 
out attaqué directement ou indirec- 
tement le mystère de Yincarnatiun : 
si ce mystère n'était pas réel, te 
christianisme , qui parait la plus 
sainte de toutes les religions, serait 
la plus fausse et la plus absurde ; 
5°par l'excèsdes erreurs, des impiétés 
et des blasphèmes dans lesquels sont 
tombés les sociniens et les autres 
hérétiques qui se sont obstinés à 
nier l'incarnation. Nous indiquons 



INC 

«es preuves dans les articles Ariens, 
Fils de Dieu, Jésus-Christ, etc. 

Nous nous abstenons d'examiner si 
Dieu avait révélé ce mystère aux pa- 
triarches, aux Juifs, ou du moins aux 
justes de l'ancienne loi, et jusqu'à 
quel point ils ont pu en avoir la con- 
naissance. « Il vaut mieux, dit saint 
» Augustin, douter de ce qui est in- 
» connu, que disputer sur des choses 
» incertaines. » De Genesi ad litter., 
lib. 8, c. S. « Lorsqu'on dispute sur 
» une question très-obscure, sans 
» être guidé par des passages clairs 
» et formels de l'Ecriture sainte, la 
» présomptionhumaine doit s'arrêter, 
» et ne pencher ni d'un côté ni d'un 
» autre. » De peccatis, meritis et re- 
miss., 1. 2, à latin. Tertullien avait 
déjà dit que l'ignorance qui vient de 
Dieu et du défaut de révélation, est 
préférable à la science qui vient de 
l'homme et de sa présomption. Saint 
Paul, parlant de l'incarnation, dit que 
ce mystère a été caché en Dieu, in- 
connu aux siècles et aux générations 
précédentes. Ephes., c. 3, f 9 ; Coloss., 
c. ), ? 2fi. Jusqu'à quel point a-t-il 
été caché ? On ne peut pas le définir. 
Il vaut donc mieux réfléchir sur la 
grandeur du bienfait de l'incarnation, 
et sur les conséquences morales que 
les Pères de l'Egiise ont su en tirer ; 
aucun n'en a parlé avec plus d'éner- 
gie que saint Léon. L'on nous per- 
mettra d'en copier quelques endroits, 
quoique un peu longs. 

« Dieu, qui a eu pitié de nous, lors- 
« que nous étions morts par le pé- 
» ché, nous a rendu la vie par Jé- 
» sus-Christ, afin que nous fussions 
» en lui de nouvelles créatures et 
» un nouvel ouvrage de ses mains. 
» Dépouillons-nous donc du vieii 
» homme et de ses actions, et, asso- 
• ciés à la naissance de Jésus-Christ, 
» renonçons aux œuvres de la chair. 
» Reconnaissez, ô chrétien, votre di- 
» gnité, et devenu participant de la 
» nature divine, ne retombez plus 
» dans votre ancienne bassesse par 
» une conduite indigne de votre ca- 
» ractère. Souvenez-vous de quel chef 
» et de quel corps vous êtes membre- 
» pensez toujours que, tiré de là 
» puissance des ténèbres, vous êtes 



67 



INC 



» placé dans la région de la lumière 
» divine. Par le baptême, vous êtes 
» devenu le temple du Saint-Esprit ; 
» gardez-vous de bannir de votre 
» cœur, par des affections criminelles, 
» un hôte aussi auguste, et de vous 
» remettre sous l'esclavage du dé- 
» mon ; le prix de votre rédemption 
» est le sang de Jésus-Christ, qui 
» doit vous juger dans sa justice, 
» après vous avoir racheté par sa 
» miséricorde. » Serm. 1, de Nat. 
Domini, c. 2. 

« Dieu infiniment puissant et bon, 
» dont la nature est de faire du bien, 
» dont la volonté peut tout, dont 
» toutes les œuvres viennent de sa 
» miséricorde, a, dès le commence- 
» ment du monde, et au moment 
» même que le démon nous a infec- 
» tés du venin de sa jalousie, pré- 
» paré et indiqué le remède qu'il 
» destinait à réparer la nature hu- 
» marne, en prédisant au serpent que 
» le fils de la femme lui écraserait 
» la tète Par là il désignait Jésus- 
» Christ, qui revêtu de notre chair, 
» homme comme nous, et né d'une 
» Vierge, devait, par cette naissance 
» pure et sans tache, confondre l'en- 
» nemi du genre humain... Par Jé- 
» sus-Christ est anéantie l'espèce de 
» contrat que l'homme trompé avait 
» fait avec le tentateur ; toute la dette 
» est acquittée par un Rédempteur 
» qui a droit d'exiger davantage. Le 
» fort armé est garrottéparsespropres 
» liens, et les artifices de sa mali- 
» gnité retombent sur sa tète ; tout 
» ce qu'il nous avait ravi nous est 
» rendu ; la nature humaine, puri- 
» fiée de ses taches, récupère son 
» ancienne dignité; la mort est dé- 
» truite par la mort, la naissance est 
» réparée par une naissance nouvelle. 
» Puisque la rédemption nous tire de 
« l'esclavage, la régénération change 
» notre origine, et la foi justifie les 
» pécheurs. » Serm. 2, c. 4. 

Mais, disent les incrédules, si l'in- 
carnation était si nécessaire et devait 
être si utile au monde, pourquoi Dieu 
en a-t-il retardé l'exécution pendant 
quatre mille ans? Saint Léon leur 
répond avec la même éloquence : 
« Il fallait, pour nous réconcilier avec 



INC 



» Dieu, une victime qui eût notre 
» nature sans avoir nos taches, atin 
» que le dessein que Dieu avait formé 
» d'effacer le péché du monde par 
» la naissance et par la passion de 
» Jésus-Christ, s'étendit à toutes 'es 
» générations et ù tous les siècles, 
» que nous fussions rassurés et non 
» troublés par des mystères dont l'as- 
» pect a varié suivant les temps, mais 
» dont la foi a toujours été la même. 
» Imposons donc silence aux impies 
» qui osent murmurer contre la Pro- 
» vidence divine, et se plaindre du 
i retard de la naissance du Sauveur, 
» comme si les siècles passés n'a- 
» vaient eu aucune part au mystère 
» accompli dans les derniers jours. 
» L'incarnation du Verbe a produit 
» les mêmes effets avant son accom- 
» plissement qu'après, et le plan du 
» salut des hommes n'a été inter- 
» rompu dans aucun temps. Les pro- 
» phèles ont annoncé ce que les apô- 
» très ont prêché, et ce qui a toujours 
» été cru ne peut pas avoir été ac- 
ï compli trop tard. La sagesse et la 
» bonté de Dieu, en retardant ainsi 
\> la perfection de son ouvrage, nous 
» a rendus plus capables d'être ap- 
v pelés à le croire : ce qui avait été 
j> annoncé pondant tant de siècles, 
» par tant de signes, de prophéties, 
■» de figures, ne pouvait plus paraître 
» équivoque ou incertain, lorsque 
» l'Evangile a été prêché. Une nais- 
» sance qui devait être au-dessus de 
» tous les miracles et de toute intel- 
» ligence humaine, devait aussi trou- 
» ver en nous une bonne foi d'autant 
» plus ferme, qu'elle avait été plus 
» longtemps et plus souvent annon- 
» cée. Ce n'est donc ni par un nou- 
» veau dessein, ni par une miséri- 
•a corde tardive, que Dieu a pourvu 
» auxintérètsdu genre humain ; de- 
» puis la création, il a établi la même 
sourcede salut pour tous les hommes. 
La grâce de Dieu, par laquelle les 
y, saints de tous les siècles ont été 
j> justifiés, a augmenté et non com- 
» mencé à la naissance du Sauveur. 
» Ce grand mystère de la bonté di- 
!» vine, dont le monde est actuelle- 
>» ment rempli, a été tellement puis- 
» sant, même dans les figures qui le 
» désignaient.queceuxquiontcruaux 



68 ING 

» promesses n'en ont pas moins res- 
» senti de fruit que ceux qui l'ont vu 
» accompli. » Serm. 3, c. 3. 

Il était bien juste qu'un événe- 
ment aussi intéressantpour ,1e monde 
entier, et duquel toutes les nations ont 
pu avoir quelque connaissance, servît 
d'époque pour compter les années. 
Depuis plusieurs siècles, les chrétiens 
ont introduit l'usage de supputer les 
temps et de les dater de l'incarnation 
ou plutôt de la naissance de Jésus» 
Christ : c'est ce que l'on nomme l'en» 
chrétienne. 

Denis le Petit, abbé d'un monas- 
tère de Rome, personnage recomman- 
dablepar son savoir et sa piété, com- 
mença le premier à dater les années 
de la naissance de Jésus-Christ, dans 
son cycle pascal, vers l'an 541, et 
cette manière fut bientôt adoptée 
partout. Jusqu'alors on avait compté 
les années, ou, par l'ère de Dic- 
clétien ou, comme les Romains, 
par les fastes consulaires. Lorsque 
l'on date de l'incarnation, l'on n'en- 
tend pas le moment auquel Jésus- 
Christ a été conçu dans le sein de sa 
mère, mais le jour auquel il est né, 
qui est le 25 de décembre. 

Cependant plusieurs chronologis- 
tes pensent, que Denis le Petit s'est 
trompé, quand il a placé la naissance 
de Jésus-Christ plus tard qu'il n'au- 
rait dû le faire, savoir, à l'année 
753 depuis la fondation de Rome, au 
lieu de mettre à l'année 749 : consé- 
quemmentils disentque le Sauveur, 
lorsqu'il mourut, était âgé de trente- 
six ans et trois mois. Ce n'est point 
ici le lieu de détailler les raisons sur 
lesquelles ils se fondent. Il noussuflit 
d'observer que l'ère chrétienne est 
très-commode à tous égards, qu'il 
est aussi aisé de fixer la date d'un évé- 
nement de l'histoire ancienne à tant 
d'années avant la naissance de Jésus- 
Christ , que de rapporter un fait de 
l'histoire moderne à telle année de- 
puis cette même naissance. 

Bebgier. 

INCESTE, mariage, ou commerce 
illicite entre des personnes qui sont 
parentes ou alliées dans les degrés 
prohibés par les lois de Dieu ou àa 
l'Eglise. 



INC 



69 



INC 



Cette union n'a pas toujours été 
incestueuse ni criminelle. Au com- 
mencement du monda, les fils d'A- 
dam et d'Eve n'ont pu épouser que 
leurs sœurs. Après le déluge, les pe- 
tits-fils de Noé ne pouvaient prendre 
pour femmes que leurs cousines ger- 
maines. Au siècle d'Abraham, les ma- 
riages entre cousins germains, entre 
un oncle et une nièce, étaient encore 
permis. Il paraît que Sara, qui est 
nommée sœur d'Abraham, n'était 
que sa nièce. Jacob épousa les deux 
sœurs qui étaient ses cousines germai- 
nes, et nous ne savons pas si elles 
étaient nées de la même mère. Ou 
était encore alors dans les termes de 
la société purement domestique. 

Lorsque la société civile a été éta- 
blie, la décence et le bien commun 
exigeaient que les mariages entre 
prochesparents fussent défendus, non- 
seulement afin de procurer des al- 
liances entre les différentes familles, 
et de multiplier ainsi les liens de so- 
ciété, mais parce que la familiarité 
qui règne entre proches parents de- 
viendrait dangereuse, s'ils pouvaient 
espérer de contracter mariage en- 
semble. Cette défense est donc fondée 
sur la loi naturelle, puisqu'elle est 
conforme à l'intérêt général. 

Les historiens nous apprennent que 
chez les anciens Perses un frère pou- 
vait épouser sa sœur, et il paraît que 
cet usage abusif y a duré longtemps ; 
mais les écrivains qui ont cru qu'il ré- 
gnait encore chez les Guèbres, qui 
sont un reste des anciens Perses, pa- 
raissent s'être trompés. M. Anquetil, 
qui a fait le détail de leurs mœurs et 
de leurs coutumes, ne parle que du 
mariage entre cousins germains. 
Zend-Avesta, t. 2, pag. 556 et 612. 

Nous ne sommes pas non plus de 
l'avis de quelques auteurs, qui ont 
écrit que les mariages entre frères et 
sœurs et autres proches parents ont 
été permis ou du moins tolérés jus- 
qu'au temps de la loi de Moïse ; que 
ce législateur est le premier qui les 
ait défendus aux Hébreux. Depuis 
Adam l'Ecriture sainte ne nous 
montre point d'exemple de mariage 
entre frère et sœur. A mesure que les 
familles se sont multipliées et que les 
nations sont devenues plus nom- 



breuses, il a été de la sagesse d'un 
législateur d'empêcher les mariages 
entre proches parents. Ce qui pou- 
vait être permis dans l'état de société 
purement domestique, ne convenait 
plus dans l'état de société civile. C'est 
ce qui prouve contre les philosophes 
que le droit naturel n'est pas absolu- 
ment le même dans les divers états 
de la société, parce que l'intérêt et la 
liberté des particuliers doivent tou- 
jours être subordonnés à l'intérêt gé- 
néral. 

Les mariages défendus par la loi 
de Moïse, sont : 1° entre le fils et sa 
mère, entre le père et sa fille, entre 
le fils et la belle-mère ; 2° entre les 
frères et sœurs, soit qu'ils soient frères 
de père et de mère, ou seulement de 
l'un des deux; 3° entre l'aïeul ou 
l'aïeule, et leur petit-fils ou petite- 
fille ; 4° entre la fille de la femme du 
père etlefils du mêmepère ; 5° entre 
la tante etle neveu : mais les rabbins 
prétendent qu'il était permis à l'oncle 
d'épouser sa nièce; 6° entre le beau- 
père et la belle-mère ; 7° entre le 
beau-frère et la belle-sœur. Il y avait 
cependant une exception à cette loi, 
savoir, lorsqu'un homme était mort 
sans enfants, son frère encore non 
marié était obligé d'épouserla veuve, 
afin de susciter des héritiers au mari 
défunt. Cet usage était plus ancien 
que la loi de Moïse, puisqu'il y en a 
un exemple dans la famille de Jacob, 
Gen., c. 38, f 11. 8° Il était défendu 
au même homme d'épouser la mère 
et la fille, ni la fille du fils de sa 
propre femme, ni la fille de sa fille, 
ni la sœur de sa femme ; au lieu que 
chez les patriarches, Jacob n'estpoint 
blâmé dans l'Ecriture sainte d'avoir 
épousé les deux sœurs. Voy. Jacob. 

Tous ces degrés de parenté dans 
lesquels il n'était pas permis de con- 
tracter mariage, sont exprimés dans 
ces quatre vers : 

Nata, soror, noptis, matertera, fratris et «xor, 
Et patrui conjux, mater, privigoû, ooverca, 
Uinrisque sofûr, privigni nata, mirusque, 
Atque soror patria, eonjiiDgi lege vetantitr. 

Moïse défend tous ces mariagesin- 
cestueux, sous peine de mort : « Qui- 
» conque, dit-il, aura commis quel- 
» gu'une de ces abominations, périra 




INC 

» au milieu de son peuple. ■» La plu- 
part des nations policées ont regardé 
les incestes comme des crimes détes- 
tables ; plusieurs les ont punis de 
mort ; il n'y a que des Barbares qui 
les aient permis. Les auteurs même 
païens ont parlé avec horreur des 
mœurs des Perses, chez lesquels on 
tolérait ces sortes de mariages. 

On appelle inceste spirituelle crime 
que commet un homme avec une re- 
ligieuse, ou un confesseur avec sa pé- 
nitente. On donne encore le même 
nom au commerce impur entre les 
personnes qui ont contracté ensemble 
une affinité spirituelle. Cette affinité 
se contracte entre la personne bap- 
tisée et le parrain et la marraine qui 
l'ont tenue sur les fonts, de même 
qu'entre le parrain et la mère, la 
marraine et le père de l'enfant bap- 
tisé, entre celui qui baptise et le bap- 
ti.-é, de même qu'avec son père et sa 
mère. Cette alliance spirituelle rend 
nul le mariage célébré sans dispense, 
et donne lieu à une espèce d'inceste 
spirituel, mais qui n'est ni prohibé 
ni puni par les lois civiles. Bergier. 

INCESTUEUX, nom donné à quel- 
ques écrivains qui tirent du bruit en 
Italie, vers l'an 10(33. Les juriscon- 
sultes de la ville de Ravenne, con- 
sultés par les Florentins sur les de- 
grés de consanguinité qui empêchent 
le mariage, répondirent que la sep- 
tième génération marquée par les 
canons devait se prendre des deux 
côtés joints ensemble, en sorte que 
l'on comptât quatre générations d'un 
côté seulement,, et trois de l'autre. 

Us prétendaient prouver cette opi- 
nion par un endroit du Code Justinien, 
où il est dit que l'on peut épouser la 
petite-fille de son frère ou de sa 
sœur, quoiqu'elle soit au quatrième 
degré. De là ils concluaient : Si la 
petite-tille de mon frère est à mon 
égard au quatrième degré, elle est 
au cinquième pour mon fils, au 
sixième pour mon petit-fils, et au 
septième pour mon arrière-pe- 
tit-tils. Mais c'était une erreur. Il est 
évident que la petite-fille de mon 
frère n'est à mon égard qu'au troi- 
sième degré. Le B. Pierre Damien 
écrivit contre l'erreur de ces juriscuu- 



70 INC 

suites. Alexandre II la condamna dans 
un concile tenu à Rome l'an 1065, et 
lança l'excommunication contre ceux 
qui oseraient contracter mariage 
dans les degrés prohibés par les ca- 
nons. Dictionn. des Conciles. 

Beugier. 

UNCHOFER (Melchior). (Théol. hist. 
biog. et bibliog.) — Ce Jésuite, long- 
temps professeur de philosophie, de 
théologie et de mathématiques , à 
Messine, naquit en Hongrie en 1384, 
et mourut à Milan en 1648. « 11 pu- 
blia, dit M. Schrôdl, en 1030, à Mes- 
sine son écrit : Epistolx B. Mariée V. 
ad Messinenscs veritas vindicta, qui 
lui attira des désagréments à Rome... 
Outre cet opuscule, il composa plu- 
sieurs ouvrages, dont le pins impor- 
tant est celui des Annales île l'Eglise 
de Hongrie; malheureusement il n'en 
parut qu'un volume, Rome, 1044. On 
doit encore citer son écrit contre la 
coutume de faire des castrats des 
chantres, et son Historia sacrée Lati- 
nitatis. Mais ce qui a surtout fait con- 
naître le nom A'Inchofer, c'est le livre 
qu'on lui a attribué, intitulé Monar- 
chia solipsorum, qui parut d'abord à 
Venise (1645) et qui fut ensuite tra- 
duit en allemand et en français. Ce 
livre contient, sur la politique des Jé- 
suites, les fables que leurs adversai- 
res ont inventées et débitées, et il ob- 
tint d'autant plus de succès que, dès 
son apparition, le bruit se répandit 
que c'était le P. Inchofer, Jésuite, qui 
en était l'auteur. Au commencement 
n n avait cru que le véritable auteur 
était Gaspard Scioppius, ennemi dé- 
claré des Jésuites ; mais les soupçons 
se concentrèrent bientôt tous sur In- 
chofer. Le fameux Antoine Arnaud ne 
doutait pas que ce religieux ne fût 
l'auteur anonyme, et Bayle suivit 
aveuglément et sans autres recher- 
ches les données d'Arnaud ; mais les 
sentiments connus et la vie A'Inchofer 
ne permettent pas de le croire l'au- 
teur de ce pamphlet, et un bruit sans 
fondement, répandu par les adversai- 
res des Jésuites, n'est pas une preuve. 
Aussi, remarque Schroekh (1), a-t-on, 

(Il Ri<l. de l'Erjlise drpuis la réforme, p. III, 
p. G.U- 



INC 



71 



INC 



dans les temps plus modernes, adopté 
l'opinion de Nicéron, qui a étal il i, 
avec assez de vraisemblance (1), que 
c'est Jules-Clément Scotli, né à Plai- 
sance, sorti de l'ordre des Jésuites, 
qui est l'auteur du livre en question. » 
Lk Nom. 

INCINÉRATION DES MORTS. 
(Théol. mixt. scien. hygi. cuit, lois 
vu il.) — De tout temps, les religions 
ont vu du même œil les divers modes 
employés par les vivants pour ren- 
dre à la terre les dépouilles mortelles 
de leurs frères dont l'âme est allée 
aux régions transmondaines. L'em- 
baumement fut souvent en usage et 
est pratiqué encore ; mais ce ne sont 
que les riches qui peuvent en user. 
L'inhumation est le moyen le plus 
populaire, parce qu'il a été jusqu'à 
présent le plus facile. La crémation 
ou incinération, avec conservation des 
cendres dans des urnes funéraires 
quand ou tient à ces sortes de reli- 
ques (2), fut aussi chez presque tous 
les peuples et dans presque tous les 
cultes, plus ou moins employée; les 
Hébreux, les Grecs, les Romains s'en 
servirent; mais ce ne furent encore 
que les riches qui purent la pratiquer. 

Il est incontestable que, l'embau- 
mement étant mis de coté, c'est l'inci- 
nération qui est le moyen le plus hy- 
giénique ; les cadavres, quels qu'ils 
soient, que l'on laisse pourrir dans 
la couche d'humus ne peuvent qu'exer- 
cer une action délétère sur l'air et 
sur les eaux ; et ce serait, à notre 
avis, cette considération qui devrait 
présider seule aux règlements civils 
et même religieux sur le point qui 
nous occupe. 

La question est remise aujourd'hui, 
de temps en temps, sur le tapis par 
les conseils de salubrité et par tous 
ceux qui s'occupent d'hygiène; en ce 
moment, elle est à l'ordre du jour en 
Italie; elle y a même été portée jus- 
qu'au sénat ; et un prix a été proposé 

(1) Rmsvign&rmUs sur des faits et des écrits 
des Savants célèbres, p. XXII, p. 211. 

(2) Ces reliques, on ce qui nous concerne en par- 
ticulier, nous touchent assez peu le cœur et l'esprit. Ce 
que nous aimons dans ootre père et dans notre mèr», 
qui ne sont plus en ce monde, c'est leur Ame, non 
leur corps ; c'est leur réalité, non leur ombre. 

Lb Nom, 



par l'institut lombard pour celui qui 
présenterait en 1877 le meilleur mé- 
moire sur la crémation. Le pro- 
gramme est ainsi conçu : 

« Trouver une méthode de créma- 
tion pouvant être substituée à l'inhu- 
mation et qui ouvrira la voie à cette 
réforme hygiénique. On devra dé- 
montrer par des expériences sur des 
animaux que cette méthode est 
exempte d'inconvénients, oxpéditive 
et économique. Elle devra, en outre, 
être de nature à s'harmoniser avec 
les us et coutumes civils et avec les 
convenances sociales. » 

Déjà, d'un autre côté, les congrès 
médicaux de Florence et de Rome se 
sont prononcés pour ce système, et 
plusieurs docteurs, tels que Polli et 
Gorini de Milan, et Brunetti de Pa- 
doue, ont fait assez d'expériences 
pour pouvoir proposer des moyens 
praticables à toutes les classes de la 
société. Voici ces moyens : 

Un ingénieur nommé M. Rudler.. 
avait proposé de brûler les corps 
dans des cornues et d'utiliser pour 
l'éclairage les gaz qui résulteraient 
de la distillation; moyen, disent les 
plaisants, de forcer à produire de 1» 
lumière après leur mort, ceux qui 
n'ont fait que de l'ombre pendant 
leur vie. C'est au fond de cette idée 
que se rattachent les moyens imagi- 
nés par nos trois docteurs italiens. 
M. Victor Meunier les expose de la 
manière suivante. 

« Les expériences du premier ont 
été faites sur des animaux conformé- 
ment au programme ci-dessus, et 
elles ont eu lieu au gazomètre de 
Milan. Un cadavre pesant 19 kilos fut. 
placé d.ms une des cornues en terre 
rôfractaire et de forme cylindrique 
qui servent à la distillation du char- 
bon de terre. L'appareil était chauffé 
au gaz. Une couronne de flamme, 
disposée autour de son orifice supé- 
rieur, brûlait la fumée qui s'en échap- 
pait. Consumé en deux heures, te 
corps laissa pour résidu 973 gram- 
mes de cendres. 

« M. Gorini emploie une matière 
dont la composition est secrète. Les 
spectateurs de ses expériences faites 
dans son laboratoire à Lodi ont va 
ceci : jetée dans un creuset en argile 



INC 



72 



qu'on expose à un feu de coke, cette 
matière qui est solide entre en fusion, 
pas>e à l'état incandescent. C'est alors 
qu'on lui livre une partie quelconque, 
ducorpsbumain, une tête, un membre 
qui, a ce contact, s'enveloppent d'une 
lumière des plus vives. En vingt mi- 
nutes, tout est consumé sans aucun 
bruit, sans odeur incommode, et l'on 
retrouve au fond du creuset, sur une 
toile métallique très-serrée tout ce qui 
étant lixe n'a pu se dissiper par l'air. 
« Plus avancé que ses concurrents, 
le professeur Brunetti, de Padoue, 
avait exposé à Vienne un appareil 
qui, selon lui, résout pratiquement 
le problème de la crémation. C'est 
un vaste fourneau en briques réfrac- 
taires, percé d'ouvertures nombreuses 
qui permettent d'en activer le tirage. 
Sa partie supérieure, qui est concave, 
reçoit sur une mince plaque métal- 
lique le cadavre sur lequel se ferment 
des volets faisant dôme. Le four est 
chauffé au bois. Au bout d'une demi- 
heure le cadavre s'enflamme. Sa 
combustion, « spectacle qui impres- 
sionne toujours, dit l'auteur, et rend 
pensif» , se continue jusqu'à carbo- 
nisation complète. Après quoi les 
cendres et les os sont recueillis sur 
la plaque métallique. Ce résida s'est 
élevé à 2k il. 512 gr. pour une femme 
de 35 ans et du poids de 52 l<il. 5:50 
gr. ; à 1 kil. 204 gr. pour un homme. 
de 45 ans et du poids de 43 kil. 100 
gr.; à 1 kil. 770.gr. pourun homme 
de 50 ans et du poids de 51 kil.; dans 
ce dernier cas, les os et les cendres 
formèrent un cube de 17 centimètres. 
L'incinération complète n'exige pas 
plus de deux heures. La dépense est 
de 70 à 80 kilogrammes de bois. » 
Le Noir. 

INCISION ANNULAIRE (!'). {Théol. 
mixt. scien. et indust. arboric. ) — 
L'ingéniosité de l'homme est grande 
pour attirer à son profit, le travail 
des forces de la nature dont Dieu l'a 
constitué l'usufruitier. Voici un arti- 
fice dont il a eu l'idée pour forcer 
les arbres fruitiers à se mettre à fruit 
quand leur sève, trop riche, se perd 
à produire des feuilles et des ra- 
meaux, pour faire aflluer aussi, dans 
les fruits existants, la sève qui se dis 



INC 

sémine dans les bourgeons, et enfin, 
en ce qui est de la vigne, pour remé- 
dier à la coulure. 

Pour forcer un arbre vigoureux, 
qui ne pousse que des branches à 
se mettre à fruit, • on pratique, en 
février, dit M. Dubreuil, sur la base 
de la tige de l'arbre, avec la scie à 
main, une incision annulaire assez 
profonde, pour entamer la couche de 
bois la plus extérieure. » Cette incision 
forme arrêt à l'ascension de la sève 
qui s'élève des racines aux branches 
par les vaisseaux du bois qui se trou- 
vent immédiatement sous la peau; 
les bourgeons en acquièrent moins 
de vigueur et se mettent à fruit. 

Pour forcer les fruits à grossir da- 
vantage, il faut « pratiquer, dit M. 
Dubreuil, une incision annulaire sur 
le rameau fructifère, au-dessous du 
point d'attache des fleurs, au mo- 
ment de leur épanouissement, et de 
façon que cette incision n'offre pas 
plus de cinq millimètres de largeur. » 
C'est un fait prouvé par une expé- 
rience constante que le fruit devient 
plus gros et mûrit plus vite. Il sem- 
ble que cet effet ne peut guère s'ex- 
pliquer autrement qu'en disant que 
la sôve qui nourrit le fruit est une 
sève descendante, laquelle est arrêtée 
par l'espèce de digue que lui oppose 
l'incision annulaire, et forcée , par 
conséquent, de s'accumuler dans la 
région qu'occupe le fruit et de le 
nourrir avec plus d'abondance. Ce- 
pendant M. Dubreuil ne trouve pas 
l'explication très-satisfaisante. Ce 
sont les fruits à noyau et la vigne qui 
se prêtent le mieux à cette pratique. 
Enfin , l'incision annulaire ayant 
pour but d'empêcher la coulure du 
raisin se « pratique, dit encore M. Du- 
breuil, en enlevant un anneau d'é- 
corce au moment de la floraison, im- 
médiatement au-dessous du nœud 
qui porte la grappe. » L'incision ne 
doit pas avoir plus de cinq millimè- 
tres de largeur ; on l'exécute très-fa- 
cilement avec la lame d'un greffoir. 
M. Dubreuil ajoute que cette incision 
annulaire influe défavorablement sur 
la qualité du vin, et ne peut, mal- 
heureusement, être pratiquée avec 
économie sur une grande échelle. 
Les curés qui nous liront peuvent 



INC 73 

essayer dans leurs jardins, pendant 
leur; récréations, de ce moyeu sur 
leurs arbres fruitiers et sur leurs vi- 
gnes ; ils eu verront les résultats. 
6 Le Nom. 

INCLINAISON DE L'AIGUILLE AI- 
MANTÉE. [Théol. mixt. scien. physiq.) 
— Nous avons donné, au mot Bous- 
sole, une idée de l'inclinaison et de la 
déclinaison de l'aiguille aimantée ; 
nous compléterons ce que nous en 
avons dit, par quelques observations. 

Ce fut Robert Norman qui observa 
le premier ce phénomène. Il consiste 
en ce que la position de la boussole 
dans le sens horizontal varie selon 
les lieux de la terre où elle se trouve 
portée. Il y a une ligne que l'on ap- 
pelle l'équateur magnétique, qui fait 
tout le tour du globe comme l' Equa- 
teur solaire et qui biaise avec lui, le 
long de laquelle l'inclinaison de la 
boussole est nulle, ce qui signifie que 
l'aiguille se tient horizontalement. 
Il y a des points aux environs des 
pôles terrestres sur lesquels l'aiguille 
se place debout. Ce point au pôle 
nord, est à environ 13 degrés de ce 
pôle sur le 130 e méridien à partir du 
méridien de Paris; sur ce point du 
pôle nord la boussole présente à la 
terre son pôle sud; et c'est l'inverse 
au point correspondant du pôle aus- 
tral ; on nomme ces points polaires 
où la boussole se lient debout, pôles 
magnétiques. Dans les intervalles des 
pôles magnétiques à l'équateur ma- 
gnétique, la boussole a une inclinai- 
son plus ou moins grande, et on 
nomme lignes d'égale inclinaison, ou 
isocliniques, celles le long desquelles 
la boussole transportée garderait tout 
autourde la terre la même inclinaison. 

L'inclinaison varie, comme la décli- 
naison (V. Boussole) dans le même 
lieu selon l'heure du jour, selon la 
saison de l'année, selon les époques 
du siècle et sous l'influence de cau- 
ses accidentelles. 

En variations diurnes, il y a de 
huit à neuf heures du matin un maxi- 
mum, de deux à trois heures du soir, 
un minimum; de huit à neuf heures 
du soir, un second maximum, et de 
onze heures du soir à minuit, un se- 



INC 

cond minimum ; les différences entre 
les maxima et les minima ne dépas- 
sent pas trois à quatre minutes. 

En variations annuelles, il y a un 
maximum au solstice d'été et un mi- 
nimum à l'équinoxe du printemps. 

Eu variations séculaires, on a cons- 
taté qu'en 1671 l'inclinaison était 
de 75 degrés ; et depuis cette époque 
elle n'a cessé de diminuer, c'est-à- 
dire que la pointe sud de l'aiguille 
n'a cessé de se relever vers l'horizon- 
tale ; elle n'est plus que de 06 degrés 
2 minutes environ. 

Enfin les causes qui paraissent le 
plus influencer l'inclinaison de l'ai- 
guille aimantée, sont les aurores bo- 
réales ; la pointe nord de l'aiguille 
parait attirée par l'aurore boréale 
quand celle-ci commence ; elle se re- 
lève quelque peu ; et elle parait re- 
poussée par le phénomène quand il 
est en son milieu et à sa fin. 

Tous ces effets sont pour nous d'au- 
tant plus étranges que nous en igno- 
rons davantage les causes. Il y a sous 
cet ordre de phénomènes tout un 
monde à découvrir, que nous décou- 
vrirons sans dri.te un jour, à force 
d'en suivre les manifestations. 

Le Nom. 

INCOMBUSTIBLES. {Théol. mixt. 
scien. chim. et industr.)— Un desdeside- 
rata de l'industrie humaine, est celui 
dont l'obtention consisterait à préser- 
ver les produits accu mules des ravages 
dugrandagentdestructeur, le feu, qui, 
par ses incendies réduit en cendres, 
en quelques heures, ce que l'indus- 
trie a mis souvent de longues années 
à réaliser et qui pourrait servir soit 
au logement, soit au vêtement, soit 
à la nourriture, soit à l'art de longues 
années encore. Plus l'humanité pro- 
duit, plus elle a le bien-être de cette 
vie, et moins elle perd de ce qui a 
été produit, plus elle jouit de cebien- 
être. Il serait donc bien important, 
au point de vue de la terre, point de 
vue que les autres, quoique plus im- 
portants, n'effacent point, de trouver 
quelque moyen chimique ou autre, 
de rendre incombustibles les produits, 
ou de les mettre par des enveloppes 
incombustibles à couvert des atteintes 






INC 



du feu. C'est ce qu'on cherche depuis 
longtemps et ce qu'on cherchera jus- 
qu'à ce qu'on le trouve. 

Il existe une substance minérale 
soyeuse^iomiuéel'AMiANTEOul'asôesie, 
susceptible de former des tissus ; les 
Grecs et les Romains entouraient quel- 
quefois les corps de leurs morts, qu'ils 
livraient à la crémation, de ces sortes 
de tissus, pour en recueillir les cen- 
dres; mais jusqu'à présent, l'applica- 
tion n'en a pu être faite à la pré- 
servation de l'incendie. 

Aulu-Gelle raconte que Sylla , 
lorsqu'il assiégea le Pirée, ne put 
mettre le feu à une tour de bois 
qu'a<ait fait, construire Arehélaus, 
parce qu'elle était enduite d'alun; 
le fait est fondé en chimie; l'alun 
n'est pas sans rendre très-difficiles 
à enflammer les corps qui en sont 
recouverts ; car, en 1740, M. J. Faygot 
présentait à l'Académie de Stockholm 
un moyen de mettre le bois à l'abri 
de la pourriture et de l'action du feu, 
lequel consistait à l'empreindre d'une 
dissolution d'alun et de sulfate de 
fer; mais il se révéla sans doute 
quelques inconvénients, car l'indus- 
trie ne mit point le procédé à profit. 

En 1788, Arlird indiquait au duc 
F. de Brunswick un autre procédé, 
qui consistait à immerger les bois 
et les tissus dans une dissolution de 
phosphate d'ammoniaque, pour les 
rendre incombustibles ; mais il a été 
reconnu que cette substance altère 
les couleurs, et que, lorsqu'elle est 
soumise i la chaleur rouge, elledonne 
du phosphore qui ne fait alors qu'ac- 
tiver l'incendie. 

En 1820, Fuchs préconisa le sili- 
cate de potasse; le bois, les étolfes 
et même le papier, lorsqu'ils sont 
enduits de ce silicate, ne s'enilamment 
point, parce que cet enduit, en se 
vitrifiant sous l'action du feu, les 
habille d'une légère couche de verre 
qui empêche le contact de l'air né- 
cessaire à l'alimentation de l'incen- 
die. On a employé ce moyen pour 
rendre incombustible le théâtre de 
Munich. Mais il reste encore deux 
inconvénients : la dépense est assez 
considérable et les tissus sont rendus 
secs et cassants par le verre fusible 
dont ils sont imprégnés. 



74 INC 

En 1821, Gay-Lussac proposa la 
dissolution de borax mélangé de sels 
ammoniacaux; mais le borax se bour- 
soufle pendant le repassage des 
étoiles, les rend dures ensuite, et s'en 
va en poussière par eftlorescence. 

En 1841, M. Breza retourna à 
l'alun mélangé d'ammoniaque et 
d'acide borique : (iO grammes d'alun, 
f>0 grammes de sulfate d'ammo- 
niaque, et 30 grammes d'acide bo- 
rique, dans un litre d'eau, avec 
addition de 19 grammes de gélatine 
et de 6 grammes d'empois. Mais 
toujours menu: inconvénient, les 
tissus finis sont altérés et rendus 
trop faciles à déchirer. 

En 1 856, M. 11. Masson proposa le 
chlorure de calcium; mais ce sel est 
déliquescent; il faudrait quelque 
chose de plus pour faire disparaître 
l'inconvénient. 

En 18o0, MM. Versmann et Oppen 
présentent le sulfate d'ammoniaque 
et le tungstate de soude ; mais le 
sulfate d'ammoniaque produit des 
taches brunes, et le tungstate de 
soude est trop cher. 

On cherche toujours. 

Le Nom. 



INCOMPRÉHENSIBLE, chose que 
l'on ne peut pas concevoir, et de la- 
quelle on ne peut pas avoir une idée 
claire. Tout ce qui est incomparable, 
dit très-bien un philosophe de nos 
jours, eslinconipréliensibU ■: Dieu l'est, 
parce qu'il ne peut être comparé à 
rien; les opérations de noire àme le 
sont, parce qu'elles ne ressemblent 
point à ce qui se passe dans les corps; 
plusieurs phénomènes de la matière 
sont aussi inconcevables, lorsque nous 
n'en connaissons point d'autres avec 
lesquels nous puissions les comparer. 
Si donc l'on ne devait croire que ce 
que l'on peut comprendre, plus un 
homme est ignorant et borné, plus il 
aurait droit d'être incrédule. 

Les déistes, qui s'inscrivent en faux 
contre la révélation des mystères, se 
fondent par conséquent sur un prin- 
cipe évidemment faux. Les phéno- 
mènes de la vision, l'effet des cou- 
leurs, un tableau, une perspective, 
un miroir, sont autant de mystères 
incompréhensibles à un aveugle-né ; 



INC 

soutiendra-t-on qu'il lui est impos- 
sible de les croire ; que, s'il y ajoute 
foi, il renonce aux lumières de sa 
raison ; que ce qu'on lui en dit ne 
signifie rien ; que c'est un jargon de 
mots sans idées ; que c'est comme si 
an lui parlait hébreu ou chinois, etc. ? 
Toutes ces maximes que les incré- 
dules nous répètent sans cesse, parce 
que nous croyons des mystères ou des 
choses incompréhensibles, sont évi- 
demment contraires aux plus pures 
lumières du bon sens. 

Aussi les athées et les matérialistes 
ont reproché aux déistes qu'après 
avoir établi le principe que nous ré- 
futons, ils se contredisent en admet- 
tant un Dieu dont tous les attributs 
sont incompréhensibles . Mais eux-mê- 
mes se contredisent àleurtour, puis- 
qu'en rejetant l'idée de Dieu, ils lui 
substituent une nature aveugle dont 
les opérations et les phénomènes sont 
aussi inconcevables que les attributs 
de Dieu. Après avoir fait tous leurs 
efforts pour expliquer, par un méca- 
nisme, les opérations de notre âme, 
ils se trouvent réduits à confesser que 
tout cela est incompréhensible . 

D'où il est évident que le principe 
tant répété par les incrédules moder- 
nes, et qui est celui des anciens aca- 
taleptiques, conduit nécessairement 
an pyrrhonisme universel ; et comme 
ce parti extrême est indigne d'un 
homme sage, il faut poser la ma- 
xime contraire, savoir, qu'il faut croire 
tout ce qui est suffisamment prouvé. 
Bergier 

INCORPOREL. On nomme ainsi 
les purs esprits qui subsistent sans 
être revêtus d'un corps. Dieu, les an- 
ges, les âmes humaines, sont des subs- 
tances incorporelles. 

Plusieurs critiques protestants ont 
affecté de remarquer que chez les an- 
ciens, les mots spirituel, immatériel, 
incorporel, ne signifiaient point, com- 
me chez nous, un être absolument 
privé de corps, mais seulement une 
substance non revêtue d'un corps gros- 
sier et dont les parties fussent sépa- 
rables. Presque tous, disent-ils, ont 
conçu les substances actives comme 
des êtres formés d'une matière très- 
subtile, dont les parties étaient insé- 



75 



INC 



parables, qui par conséquent étaient 
impérissables. Quand cela serait vrai 
à l'égard des philosophes, nous n'au- 
rions aucun intérêt à le contester ; 
leur langage a été si variable, ils sont 
si sujets à se contredire, que l'on ne 
sait jamais avec une pleine certitude 
ce qu'ils ont pensé. Notes deMosheim 
sur Cudworth, c. 1, § 26. 

Mais comme ces mêmes critiques 
ont accusé les Pères de l'Église de n'a- 
voir pas eu des idées plus justes de 
la parfaite spiritualité que les philo- 
sophes, un théologien doit savoir à 
quoi s'en tenir. Est-il vrai que les Pè- 
res ont conçu Dieu, les anges, les 
âmes humaines, comme des corps très- 
subtils, et non comme de purs es- 
prits? Nods avons déjà fait voir ail- 
leurs que cela n'est pas prouvé. 
1° Dès que les Pères ont distingué deux 
espèces de corps ou de matière, l'une 
subtile, vivante, agissante, dont les 
parties sont inséparables, ou plutôt 
qui n'a point de parties ; l'autre gros- 
sière, morte, passive, dont les parties 
sont distinguées et séparables,et qui 
peut périr par la dissolution, il s'en- 
suit que la première espèce n'est plus 
matière, mais pur esprit, puisque 
c'est un être simple, et que les Pères 
ont nommé corps ou matière ce que 
nous appelons substance. 2° Les Pères 
ont admis la création, et les philoso- 
phes ne l'ont pas admise ; différence 
essentielle. Il est impossible de sup- 
poser Dieu créateur, sans le supposer 
pur esprit, puisqu'alorson ne peutpas 
admettre une matière éternelle et in- 
créée, comme faisaient les philoso- 
phes. 3° Quoi qu'en disent nos criti- 
ques, les Pères de l'Eglise ont cru 
l'immensité de Dieu ; donc ils ne l'ont 
pas cru corporel. Voyez Immensité. 
Un pur esprit, doué du pouvoir créa- 
teur, n'a-t-il pas été assez puissant 
pour produire d'autres purs esprits? 
Voyez Esprit. Bergier. 

INCORRUPTIBLES, INCORRUP- 
TICOLES, nom de secte : c'était un 
rejeton des eutychiens, qui soutenaient 
que dans l'incarnation la nature hu- 
maine de Jésus-Christ avait été ab- 
sorbée par la nature divine, consé- 
quemment que ces deux natures 
étaient confondues en une seule 



INC 



76 



INC 



Voyez Eutïchiens. Ceux dont nous 
parlons étaient nommés par les Grecs 
aphthartodocétes, du motàaBap-ïoî, in- 
corruptible,et5oxsu, je crois, j'imagine; 
ils parurent en 53a . 

En disant que le corps de Jésus- 
Christ était incorruptible, ils enten- 
daient que, dès qu'il fut formé dans 
le sein de sa mère, il ne fut suscep- 
tible d'aucunchangement nid'aucune 
altération, pas même des passions 
naturelles et innocentes, comme la 
faim et la soif ; de sorte qu'avant sa 
mort il mangeait sans aucun besoin, 
comme après sa résurrection. Il s'en- 
suivrait de leur erreur, que le corps 
de Jésus-Christ était impassible ou 
incapable de douleur, et que ce divin 
Sauveur n'avait pas réellement souf- 
fert pour nous. Comme celle même 
conséquence s'ensuivait assez natu- 
rellement de l'opinion des eutychiens, 
ce n'est pas sans raison que le concile 
général de Chalcédoine l'a condamnée 
en 451. Bergier. 

INCRÉDULES, prétendus philoso- 
phes ou littérateurs, qui font profes- 
sion de ne pas croire à la religion, 
qui l'attaquent par leurs discours et 
parleurs écrits, qui s'efforcent de 
communiquer à tout le monde les er- 
reurs dont ils sont prévenus. Ils sont 
en grand nombre parmi nous, et ils 
se sont flattés d'abord de former un 
parti redoutable ; mais il suffit de les 
connaître pour cesser de les craindre 
et de les estimer. Le portrait que 
nous en allons faire paraîtra peut- 
être trop chargé ; mais tous les traits 
seront empruntés de leurs propres 
ouvrages, et la plupart seront copiés 
d'api'ès eux-mêmes. Nous citerons 
iidèlement, afin de ne donner lieu a 
aucun reproche. 

« Si nous remontons, dit l'un d'en- 
» tre eux, à la source de la prétendue 
» philosophie de ces mauvais raison- 
» neurs, nous ne les trouverons point 
» animés d'un amour sincère pour la 
» vérité ; ce n'est point des maux sans 
» nombre que la superstition a faits 
» à l'espèce humaine dont nous les 
» verrons touchés, mais ils se trou- 
» vaient gênés par les entraves que 
» la religion mettait à leurs dérégle- 
» ments. Ainsi c'est leur perversité 



» naturelle qui les rend ennemis de 
» la religion ; ils n'y renoncent que 
» lorsqu'elle est raisonnable; c'est la 
» vertu qu'ils haïssent encore plus 
» que l'erreur et l'absurdité. La su- 
it perstition leur déplaît, non par sa 
» fausseté, non par ses conséquences 
» fâcheuses, mais par les obstacles 
» qu'elleoppose à leurs passions, par 
» les menaces dont elle se sert pour 
» les effrayer, parles fantômes qu'elle 
» emploie pour les forcer d'être ver- 
» tueux... Des mortels emportés par 
» le torrent de leurs passions, de 
» leurs habitudes criminelles, de la 
» dissipation, des plaisirs, sont-ils 
» bien en état de chercher la vérité, 
» de méditer la nature humaine, de 
» découvrir le système des mœurs, 
» de creuser les fondements de la 
» vie sociale ? La philosophie pour- 
» rait-elle se glorifier d'avoir pour 
» adhérents, dans une nation disso- 
» lue, une foule de libertins dissipés 
» et sans mœurs, qui méprisent sur 
» parole une religion lugubre et faua- 
» se, sans connaître lesdevoirs qu'on 
» doit lui substituer? Sera-t-elle 
» donc bien flattée des hommages in- 
» téressés ou des applaudissements 
» stupidesd'unetroupede débauchés, 
» de voleurs publics, d'intempérants, 
» de voluptueux, qui de l'oubli de 
» leur Dieu et du mépris qu'ils ont 
» pour son culte, concluent qu'ils ne 
» se doivent rien à eux-mêmes ni à 
» la société, et se croient des sages, 
» parce que souvent en tremblant et 
» avec remords ils foulent aux pieds 
» des chimères qui les forçaient à 
» respecterla décence et les mœurs. » 
Essai sur les Préjuges, chap. 8, p. 181 
et suiv. 

« Nousconviendrons, dit un autre, 
» que souvent la corruption des 
» mœurs, la débauche, la licence, et 
» même la légèreté d'esprit, peuvent 
» conduire à l'irréligion ou à l'incrê- 

» dulité Bien des gens renoncent 

» aux préjugés reçus, par vanité et 
» sur parole ; ces prétendus esprits 
» forts n'ont rien examiné par eux- 
» mêmes ; ils s'en rapportent à d'au- 
» très qu'ils supposent avoir pesé les 
» choses plus mûrement... Un vo- 
» luptueux, un débauché enseveli 
» dans la crapule, un ambitieux, un 



INC 



77 



» intrigant, un homme frivole et dis- 
» sipé, une femme déréglée, un bel 
» esprit à la mode, sont-ils donc des 
» personnages bien capables de juger 
» d'une religion qu'ils n'ont point 
» approfondie, de sentir la force d'un 
» argument, de saisir l'ensemble d'un 
» système?.... Les hommes corrom- 
» pus n'attaquent les dieux quelors- 
» qu'ils les croient ennemis de leurs 

» passions Il faut être désinté- 

» ressé pour juger sainement des 
choses, il faut des lumières et de 
la suite dans l'esprit pour saisir un 
grand système. Il n'appartient qu'à 
l'homme de bien d'examiner les 
. preuves de l'existence de Dieu et 
» les principes de toute religion... 
» L'homme honnête et vertueux est 
» seul juge compétent dans une si 
» grande affaire. » Syst. de la Nat., 
t. 2, c. 13, p. 360 etsuiv. 

Un troisième convient naïvement 
des motifs de son incrédulité. « J'aime 
» mieux , dit-il , être anéanti une 
» bonne fois, que de brûler toujours ; 
» le sort des bêles me parait plus 
» désirable que le sort des damnés. 
» L'opinion qui me débarrasse de 
s craintes accablantes dans ce monde 
» me parait plus riante que l'incerti- 
i tude où me laisse l'opinion d'un 

» Dieu sur mon sort éternel On 

» ne vit point heureux quand on trem- 
» ble toujours. » Le bon Sens, § 108, 
182, 188. 

L'un des derniers qui aient écrit, 
convient de même qu'entre la reli- 
gion et l'athéisme, c'est le cœur, le 
tempérament, et non la raison, qui 
décide du choix. Aux mânes de 
Louis XV, p. 191. 

De ces divers aveux il s'ensuit déjà 
que les incrédules ne sont ni instruits, 
ni de bonne foi, ni fermes dans leurs 
opinions , ni heureux, ni bons ci- 
toyens, ni excusables; mais il esta 
propos de le montrer plus en détail 
par des preuves positives. 

On imagine sans doute que les in- 
crédules ont fouillé dans tous les mo- 
numents de l'antiquité, ont fait de 
nouvelles découvertes, ont trouvé des 
objections et des systèmes dont on 
n'avait jamais entendu parler: il n'en 
est rien. Ce sont de vils plagiaires, 
qui ne cessent de se copier les -mi 



INC 

les autres, et de répéter la même 
chose. Les premiers de ce siècle 
n'ont été que les échos de Bayle et 
des Anglais ; ceux-ci ont mis à con- 
tribution les mécréants de tous les 
siècles. 

Pour attaquer la religion en géné- 
ral et les premières vérités, ils ont 
ramené sur la scène les principes et 
les objections des épicuriens, des pyr- 
rhoniens, des cyniques, des académi- 
ciens rigides et des cyrénaïques : c'est 
une doctrine renouvelée des Grecs; 
mais ils n'ont pas daigné examiner 
les raisons par lesquelles Platon, So- 
crate, Cicéron, Plutarque et d'autres 
anciens ont réfuté toutes ces visions. 
Contre l'ancien Testament et la reli- 
gion juive, ils ont rajeuni les diffi- 
cultés des marcionites , des mani- 
chéens, de Celse, de Julien, de Por- 
phyre, des philosophes du troisième 
et du quatrième siècle. On les re- 
trouve dans Origène, dans Tertul- 
lien, dans saint Cyrille, dans saint 
Augustin et dans les autres Pères de 
l'Eglise ; mais les incrédules ont laissé 
de côté les réponses de ces Pères, 
ils n'ont copié que les objections. 

Lorsqu'ils ont voulu combattre le 
christianisme, ils ont puisé dans les 
livres des Juifs et dans ceux des ma- 
hométans. Les écrits d'Isaac Orobio, 
le Munimen fidei d'un autre rabbin 
Isaac, les ouvrages compilés par ïïa- 
genseil, sous le titre de Tala ignea 
Satanse, sont hachés et cousus par 
lambeaux dans les livres des déistes 
modernes. Contre le catholicisme, ils 
ont extrait les reproches de tous les 
hérétiques , surtout des controver- 
sistes protestants et sociniens ; mais 
ils n'ont pas dit un mot des raisons 
et des preuves que leur ont opposées 
les théologiens catholiques. Non-seu- 
lement ils ont emprunté les armes 
de toutes les sectes, mais ils en ont 
imité le ton et la manière; ils ont 
fait couler de leur plume tout le fiel 
que les rabbins ont vomi contre Jé- 
sus-Christ et contre l'Evangile, sans 
en adoucir l'amertume, et toute la 
bile des protestants contre l'Eglise 
romaine ; ils ont même affecté de 
rendre leurs invectives, leurs sarcas- 
mes, leurs blasphèmes plus grossiers. 
Nous ne faisons ce reproche qu'après 




INC 

avoir exactement comparé les uns 
aux autres, et après avoir vérifié 
leurs plagiats. 

S'ils avaient été d'aussi bonne foi 
que nous, ils n'auraient rien dissi- 
mulé; après avoir compilé les an- 
ciennes objections, ils auraient fidè- 
lement extrait les réponses, ils se 
seraient attachés à montrer que cel- 
les-ci ne sont pas solides ou ne suffi- 
sent pas, qu'elles laissent les diffi- 
cultés dans leur entier ; c'est ce qu'ils 
n'ont jamais fait. 

Ils nous accusent d'être crédules, 
dominés par le préjugé, asservis à 
l'autorité de nos maîtres et de nos 
aïeux; nous leur répondons et nous 
prouvons qu'ils sont plus crédules que 
nous. Déjà ils conviennent que la 
plupart i entre eux renoncent à la 
religion par libertinage, par vanité 
et sur parole, sont très-peu en état 
d'approfondir une question, de sentir 
la force ou la faiblesse d'un argu- 
ment. Ce n'est donc pas la raison, 
mais l'autorité qui les détermine. 

Qu'un incrédule quelconque ait 
avancé, il y a cinquante ans, un fait 
bien faux, une anecdote bien ab- 
surde, un passage tronqué, falsifié 
ou mal traduit, une calomnie cent 
fois réfutée, il n'en est pas moins co- 
pié par vingt auteurs qui se suivent 
à la file, sans qu'un seul ait daigné 
vérifier la chose ni remonter à la 
source. Le lecteur peu instruit , qui 
voit un essaim de philosophes affir- 
mer le même fait, ne peut se persua- 
der que c'est une fausseté ; il croit, 
et contribue à son tour à en tromper 
d'autres. Ainsi se forme leur tradi- 
tion. Copier aveuglément Celse, Ju- 
lien, les juifs, les sociniens, les déis- 
tes anglais , les controversistes de 
toutes les sectes, sans choix, sans 
critique, sans précaution ; compiler, 
répéter, extraire, affirmer ou nier 
au hasard, parce que d'autres ont 
fait de même, n'est-ce pas être cré- 
dule ? Lorsque le déisme était à la 
mode, tout philosophe était déiste 
sans savoir pourquoi; le plus hardi a 
osé dire : Il n'y a point de Dieu, tout 
est rnaliére, et a fait semblant de le 
prouver; à l'instant la troupe docile 
a répété en grand chœur : Tout est 
matière, il n'y a puint de Dieu, et a 



78 



INC 



fait un acte de foi sur la parole de 
l'oracle. Dès ce moment, il a été dé- 
cidé que le déisme est une absur- 
dité. Les plus incrédules en fait de 
preuves sont toujours les plus cré- 
dules en fait d'objections. 

S'ils étaient tous réunis dans le 
même système, ce concert serait ca- 
pable de faire impression; mais il 
n'y en a pas deux qui pensent de 
môme, pas un seul n'a été constant 
dans l'opinion qu'il avait embrassée 
d'abord ; ils ne se réunissent que dans 
un seul point, dans une haine aveu- 
gle contre le christianisme. L'un tâ- 
che de soutenir tes débris chance- 
lants du déisme, l'autre professe le 
matérialisme sans détour; quelques- 
uns biaisent entre ces deux hypo- 
thèses, soutiennent tantôt l'une et 
tantôt l'autre, ne savent de quel prin- 
cipe partir, ni où ils doivent s'arrê- 
ter. Ce que l'un établit, l'autre le dé- 
truit; ordinairement tous se bornent 
à détruire sans rien établir. Si les 
déistes se joignent à nous pour com- 
battre les athées, ceux-ci prennent 
nos armes pour attaquer les déistes; 
nous pourrions nous borner à être 
spectateurs du combat. Que l'on soit 
sociuien ou déiste, juif ou musul- 
man, guèbre ou païen, peu leur im- 
porte, pourvu que personne ne soit 
chrétien. 

Ils accusent les prêtres de ne croire 
à la religion et de ne la défendre que 
par intérêt; mais eux-mêmes sont- 
ils fort désintéressés? Jamais les prê- 
tres n'ont poussé aussi loin qu'eux 
les prétentions. Selon leur avis, tout 
écrivain de génie est magistrat-né 
de sa patrie ; il doit l'éclairer, s'il le 
peut ; son droit, c'est son talent. 
Histoire des itabliss. des Europ., t. 7, 
c. 2, p. 59. Les gens de lettres sont 
les arbitres et les distributeurs de la 
gloire; il est donc juste qu'ils s'en 
réservent la meilleure part. L'un 
nous fait observer qu'à la Chine le 
mérite littéraire élève aux premières 
places ; et, à son grand regret, il n'en 
est pas de même en France. 3 e Liai, 
sur l'àme, p. C6. L'autre dit que les 
philosophes voudraient approcher des 
souverains, mais que par les intri- 
gues et l'ambition des prêtres ils 
sont bannis des cours. Essai sur les 






INC 



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79 



INC 



préjugés, c. 14, p. 378. Celui-ci sou- 
haite que les savants trouvent, dans 
les cours d'honorables asiles, qu'ils y 
obtiennent la seule récompense di- 
gne d'eux, celle de contribuer p;;r 
leur crédit au bonheur des peuples 
auxquels ils auront enseigné la sa- 
gesse. Mais si l'on veut, dit-il, que 
rien ne soit au-dessus de leur génie, 
il faut que rien ne soit au-dessus de 
leurs espérances. OEuvr. dej. J. Rous- 
seau, t. i, p. 4î>. Celui-là vante les 
progz'ès qu'auraient fait les sciences, 
si on avait accordé au génie les ré- 
compenses prodiguées aux prêtres. Il 
se plaint de ce que ceux-ci sont de- 
venus les maîtres de l'éducation et 
des richesses, pendant que les tra- 
vaux et les leçons des philosophes 
ne servent qu'à leur attirer l'indi- 
gnation publique. Syst. de la nat., 
f. 2, c. 8 et 1 1 . D'autres opinent qu'il 
faut dépouiller les prêtres pour en- 
richir les philosophes. Christ, dévoilé, 
préf. pag. 25. Si cette réforme se 
fait, peut-être que les philosophes 
croiront en Dieu. 

Ils nomment fanatiques tous ceux 
qui aiment la religion; mais y eut-il 
jamais un fanatisme mieux caracté- 
risé que la haine aveugle et furieuse 
qu'ils ont conçue contre elle ? L'un 
d'entre eux a poussé la démence jus- 
qu'à écrire que celui qui parviendrait 
à détruire la notion fatale d'un Dieu 
ou du moins à diminuer ses terribles 
influences, serait à coup sûr l'ami du 
genre humain. Syst. de la nat., tome 
2, c. 3, p. 88; c. 10, p. 317. Il pré- 
tend que Dieu, s'il existe, doit lui 
tenir compte des invectives qu'il a vo- 
mies contre les souverains et contre 
les prêtres; que si un athée est cou- 
pable, c'est Dieu qui en est la cause. 
Ihid., t. 2, c. 10, p. 303. On croit en- 
tendre un énergumène ou un damné 
qui blasphème contre Dieu. Tous sou- 
tiennent que plus l'homme est insen- 
sé, opiniâtre, impie, révolté contre 
Dieu, plus Dieu est obligé de lui pro- 
diguer les grâces et les bienfaits pour 
le rendre sage. 

Ils demandent la tolérance : sont- 
ils eux-mêmes tolérants? Lorsqu'ils 
étaient déistes, ils jugeaient l'athéis- 
me intolérable, ils décidaient qu'on 
doit le hannir de la société-, depuis 



qu'ils sont devenus athées, ils disent 
qu'on ne doit pas souffrir le déisme, 
parce qu'il n'est pas moins intolérant 
que les religions révélées. Leur tolé- 
rance consiste à déclarer la guerre à 
toutes les opinions contraires à la 
leur. « Il est peu d'hommes, s'ils en 
» avaient le pouvoir, qui n'employas- 
» sent les tourments pour faire gé~ 
» néral^ment adopter leurs opi- 
» nions — Si Tonne se porte ordinai- 
» rernent à certains excès quedansles 
» disputes de religion, c'est que les 
» autres disputes ne fournissent pas 
» les mêmes prétextes ni les mêmes 
» moyens d'être cruel. Ce n'est qu'à 
» l'impuissance qu'on est en général 
» redevable de sa modération. » De 
l'Esprit, 2 e dise, c. 3, note, p. 103. 
Après cette déclaration de leur part, 
jugeons de ce qu'ils feraient s'ils 
étaient les maîtres. 

Ils vantent le bonheur de ceux qui 
sont parvenus à se débarrasser de tous 
les préjugés de religion; mais leur 
exemple n'est pas propre à nous don- 
ner une haute idée de ce prétendu 
bonheur ; tous leurs effort* n'abou- 
tissent qu'à douter: Ravie lui-même 
et plusieurs autres en sont convenus. 
Dict. Crit., Bion. E. Aux mdues de 
Louis XV, tom. I, p. 291, etc. Mais 
l'un d'eux avoue que le doute en fait 
de religion est un état plus cruel que 
d'expirer sur la roue. Dial. sur l'âme 
p. 139. Un autre juge que les athées 
décidés sont à plaindre, que toute 
consolation est morte pour eux. Pen- 
sées philos., n. 22. 

Dans leurs ouvrages, ils affectent de 
dégrader l'homme et de le réduire au 
niveau des brutes ; ils prétendent 
qu'un animal aussi malheureux et 
aussi méchant ne peut être l'ouvrage 
d'un Dieu sage et bon ; ils peignent 
la société comme une troupe de mal- 
faiteurs condamnés àla chaîne; est-ce 
en pareille compagnie que se trouve 
le bonheur? Ils déclament contre la 
justice d'un Dieu vengeur, contre les 
maux que la religion produit dans le 
monde, contre les suites funestes de 
toutes les institutions sociales ; ils ne 
sont contents de rien. Pour nous faire 
mieux comprendre combien leur vie 
est heureuse ence monde, ils décident 
qu'il n'y a rien de si beau que de s'en 



INC 



80 



INC 



délivrer promplcment par le suicide. 

Enfin, sont-ce de bons citoyen?, des 
hommes utiles, aux travaux desquels 
on doive applaudir? Déjà leur con- 
damnation est prononcée par eux- 
mèines. « Ceux, dit I). Hume, qui 
» s'efforcent du désabuser le genre 
» humain des préjugés de religion, 
» sont peut-être de bons raison- 
» neurs ; mais je ne saurais les re- 
» connaître pour bons citoyens ni 
» pour bons politiques, puisqu'il; af- 
» franchissent les hommes d'un des 
» freins de leurs passions, et qu'ils 
» rendent l'infraction des lois de l'é- 
» quité et de la société plus aisée et 
» plus sûre à cet égard. » Onz> 
Essai, tom. 3, p. 301. Bolingbroke 
pense que l'utilité de maintenir la re- 
ligion, et le danger de la négliger, 
ont été visibles dans toute la durée de 
l'empire romain ; que l'oubli et le 
mépris de la religion furent la princi- 
pale cause des maux que Ilomeéprnu- 
va : il s'appuie du témoignage de Po- 
Ulie, de Cicéron, de l'lutarque et de 
Tite-Live. Œuvres, tome 4, p 428. 
Schaftesbury convient que l'athéisme 
tend à retrancher toute affection so- 
ciale. Recherches sur le mérite et la 
vertu, 1. 1,3° part., S 3. Dans les 
Lettres philosophiques de Toland, 2 e 
lettre, § 13, p. 80; dans celle de 
Trasybulcà Leucippe, pag. 169. et 282, 
nous lisons que l'opinion des récom- 
penses et des peines futures est le 
plus ferme appui des sociétés, que 
c'est elle qui porte les hommes à la 
vertu et les détourne du crime, ttayle 
s'est exprimé à peu près de même. 
Pensées sur la Comète, § 108. et 131. 
Dict. crit. Epicure, R. Brutus (Marcus 
Junius), C. D. C'est donc un attentat 
de la part des incrédules d'oser atta- 
quer les principes de religion. 

Cependant ils déclament contre les 
théologiens qui réfutent leur doc- 
trine, contre les magistrats qui la 
proscrivent, contre les souverains qui 
protègent la religion ; selon leur avis, 
la liberté de penser est de droit natu- 
rel ; les punir, c'est violer les lois les 
plus sacrées de l'humanité : y a-t-il 
»Qe ombre de sens commun dans 
leurs prétentions? 

1° C'est un sophisme grossier de 
confondre la liberté de penser avec 



la liberté de parler, d'écrire, de pro- 
fesser l'incrédulité. Les pensées d'un 
homme, tant qu'il les tient secrètes, 
ne peuvent nuire à personne; ses 
écrits'et ses discours sont capables d'al- 
lumer le feu du fanatisme et de la 
sédition. Lorsque des théologiens se 
sont écartés de leur devoir, ont en- 
seigné une doctrine qui a paru per- 
nicieuse, on les a punis, et les incré- 
dules jugent que l'on a bien fait. De 
quel droil prétendent-ils seuls au pri- 
vilége de l'impunité? Lorsqu'ils 
étaient déistes, ils ont prononcé eux- 
mêmes la sentence de proscription 
contre l'athéisme ; et aujourd'hui 
qu'ils le professent, on n'exécutera 
pas contre eux leur propre arrêt! S'ils 
croient véritablement un Di^u, pour- 
quoi aucun d'eux n'a-t-il entrepris de 
réfuter les livres des athée-,? 

2° Tous les peuples civilisés ont 
porté des lois contre les ennemis de 
la religion publique et ont puni ceux 
qui l'attaquaient ; les philosophes an- 
ciens ont applaudi à cette conduite. 
Jusqu'à présent les modernes n'ont pas 
démontré que tous se sont trompés, 
qu'eux-mêmes ont plus de bon sens 
et de sagesse que tous les législateurs 
et les politiques de l'univers. Ils ché- 
rissent l'incrédulité, ils la regardent 
comme une propriété et une liberté 
naturelle : nous, qui croyons à la re- 
ligion, qui l'envisageons comme notre 
bien le plus précieux, avons-nous 
moins de droit de la maintenir, qu'ils 
n'en ont de l'attaquer? 

3° Les plus modérés d'entre eux 
sont convenus que l'incrédulité était 
un état fâcheux ; ils disent que ceux 
qui y sont tombés sont plus à plaindre 
qu'à blâmer ; ils avouent que la reli- 
gion fournit une consolation aux mal- 
heureux. C'est donc un trait de mé- 
chanceté que de travailler à la leur 
ôter, à leur inspirer des doutes et une 
inquiétude qui ne peuvent aboutir 
qu'à les tourmenter. C'est imiter le 
crime d'un homme qui a ruiné sa 
santé en prenant imprudemment du 
poison, et qui veut en donner aux 
autres pour voir s'ils s'en trouveront 
mieux que lui, ou si quelqu'un décou- 
vrira le secret d'en guérir. 

4° Quand 'il serait permis de com- 
battre les dogmes, il ne l'est jamais 



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81 



INC 



de détruire la morale, d'enseigner des 
maximes scandaleuses, d'établir des 
principes séditieux ; les écarts en ce 
genre ne peuvent servir qu'à enhardir 
les malfaiteurs et à troubler la so- 
iété. Les incrédules de nos jours ose- 
ont-ils soutenir qu'ils n'ont rien à se 
eprocher sur ce point? La morale 
pie plusieurs ont enseignée est plus 
licencieuse que celle des païens ; nous 
rougirions de rapporter les infamies 
par lesquelles ils ont souillé leur 
plume, et les invectives qu'ils out 
lancées contre tous les gouverne- 
ments. 

5" Chez aucune nation policée il n'a 
jamais été permis aux écrivains d'ac- 
cuser, de calomnier, d'insulter aucun 
ordre de citoyens ; cependant la plu- 
part des livres de nos incrédules ne 
sont que des libelles diffamatoires. 
Ils ont également noirci les prêtres 
qui enseignent la religion, les ma- 
gistrats qui la vengent, les souverains 
qui la protègent ; ils n'ont respecté 
ni les vivants ni les morts. S'ils avaient 
envie d'être instruits, ils ne commen- 
ceraient pas par déprimer ceux qui 
sont chargés de leur donner des leçons. 
6° Depuis plus de soixante ans 
qu'ils n'ont cessé d'écrire, qu'a pro- 
duit leur déchaînement contre la re- 
ligion? Ils ont rendu commun parmi 
nous le suicide que l'on ne connais- 
sait pas autrefois ; ils ont appris aux 
enfants à se révolter contre leurs 
pères, aux domestiques à trahir et à 
voler leurs maîtres, aux femmes dé- 
bauchées à ne plus rougir, aux liber- 
tins à mourir impénitents. Grâces à 
leurs leçons, l'on n'a jamais vu plus 
d'infidélités dans les mariages, plus 
de banqueroutes frauduleuses, plus de 
fortunes renversées par un luxe ef- 
fréné, plus de licence à déchirer la 
réputation de ceux auxquels on veut 
nuire. Qu'ils citent un seul désordre 
dont ils aient corrigé notre siècle. 

Les anciens épicuriens furent ban- 
nis des républiques de la Grèce, les 
acataleptiques chassés de Rome, les 
cyniques détestés dans toutes les 
villes, les cyrénaïques envoyés au 
gibet. Si, après avoir lassé la patience 
du gouvernement et des magistrats, 
nos prédicants incrédules étaient trai- 

VII 



tés de même, auraient -ils sujet de se 
plaindre? Mais nous ne pensons pas 
qu'il soit nécessaire d'en venir à des 
peines afflictives : le mépris est sans 
doute le châtiment le plus convenable 
pour punir les plus orgueilleux de 
tous les hommes. Encore une fois, 
c'est assez de connaître leur caractère, 
leur conduite, leurs ouvrages, pour 
les mépriser et les détester. Voyez 

I.NTOLÉRANrE, PHILOSOPHES, § 4, etc. 

Bergier. 

INCRÉDULITÉ, profession de ne 
pas croire à la religion. Dans l'article 
précédent nous avons assez fait voir 
que ce travers d'esprit vient d'une 
ignorance orgueilleuse, des passions 
et du libertinage ; mais il nous reste 
encore plusieurs réflexions à faire : 
ce triste sujet peut en fournir à l'in- 
fini. 

1° Pourquoi l'incrédulité ne man- 
que-t-elle jamais d'éclore chez les 
nations perverties par le luxe et par 
l'amour effréné du plaisir? Les sectes 
irréligieuses parurent dans la Crèce 
après les victoires d'Alexandre, et à 
mesure que les mœurs se dégra- 
dèrent; l'athéisme infecta les Romains 
lorsqu'ils furent enrichis des dé- 
pouilles de l'Asie; les Anglais ont vu 
naître chez eux le déisme au moment 
qu'ils touchaient au plus haut degré 
de prospérité. Nos philosophes poli- 
tiques ont remarqué que les mêmes 
vaisseaux qui ont voiture dans nos 
ports les trésors du Nouveau-Monde, 
ont dû nous apporter le germe de 
l'irréligion avec la maladie honteuse 
qui empoisonne les sources de la vie. 
Est-il étonnant qu'un peuple devenu 
commerçant, calculateur , avide et 
ambitieux, ne veuille plus avoir 
d'autre dieu que l'argent? 

Mais, selon leurs propres réflexions, 
l'âge de la philosophie annonce la 
vieillesse des empires, et s'efforce en 
vain de les soutenir. C'est elle qui 
forma le dernier siècle des républi- 
ques delà Grèce et de Rome ; Athènes 
n'eut des philosophes qu'à la veille 
de sa ruine ; Cicéron et Lucrèce n'é- 
crivirent sur la nature des dieux et 
du monde qu'au bruit des guerres 
civiles qui creusèrent le tombeau de 

6 



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82 



INC 



la liberté. Mst. des Etnbliss. europ. 
dans les Indes, tome 7, c. 12(1). Que 
veut-on nous prédire, lorsqu'on nous 
fait remarqucrquenotre siècle est par 
excellence le siècle de la philosophie ? 
2° Pour acquérir une parfaite con- 
naissance de la religion et des preuves 
qui ont été opposées dans tous les 
temps aux sophismes de ses ennemis, 
ce n'est pas trop de quarante ans 
d'une étude assidue : il ne se trouve 
pas un grand nombre d'hommes dans 
chaque siècle qui aient le courage de 
s'y livrer. Pour être philosophe incré- 
dule, il n'est besoin ni d'éludés, ni 
de travail ; quelques brochures suili- 
sent pour endoctriner un jeune in- 
sensé, très-ignorant d'ailleurs; plus 
ses connaissances sont bornées, plus 
il est hardi à dogmatiser et à décider 
toutes les questions. Pour croire 
quelque chose, il faut avoir des | neu- 
ves, pour ne rien croire du tout, il 
suflit d'être ignorant et opiniâtre. Si 
nos écrivains modernes étaient plus 
laborieux, plus féconds en recherches 
savantes que ceux du siècle passé, 
nous pourrions croire que la religion 
est aussi plus étudiée et mieux con- 
nue; mais dans dix ans à peine 
voyons-nous éclore un ouvrage solide 
sur quelque science que ce soit, pen- 
dant que nous sommes inondés de 
brochures frivoles. Ce sont des litté- 
rateurs, des poètes, des physiciens, 
des naturalistes, qui traitent de la 
théologie ; c'est par des conjectures, 
par des sacrasmes, par des invec- 
tives, qu'ils attaquent la religion; 
souvent nous avons ouï vanter les 



(!) A qui donc ressemble ici notro tln'-ologien, 
en paraissant s'approprier de pareilles r.airxioos ftt 
de tels paradoxes qui s'appliquent plutôt à la bonne 
philosophie qu'à la mauvaise? Il perd son calme et 
court à la folie des énergnmènes dont il "ne les 
réflexions dôseepèiafttee, Quoi! ce seraient les 

Socrate et les F'Ihioo, les Cioéron et les Virgile qui 
auraient éroqué !;i décadence sur Athènes et sur 
Rome! et qui donc soutiendra la morale et fora la 
grandeur des Dations si ce ne sont la philosophie et 
la théologie se donnant la main? les Homère, les 
Eschyle les Soerate, les Platon, les Anstote, les 
Cicéron, les Virgile ne fuient-ils pas, dans les té- 
nèbres du Paganisme, ce qu'ont été, dans la lumière 
chrétienne, les Augustin, les saint Thomas, les 
Dante, les Suarez,les Descai-tes, ies Leibnitz, les Ma- 
lebrani-he, les FénéloD, les Bossuet, tes Raeaio et les 
Corn-'illo ? et ne sont-ee pas touhurs les génie* de 
la philosophie, do la poésie et de la religion qui t'ont 
la rentable gloire des nations? 

Le Nota. 



ouvrages les plus vides de bon sens, 
parce qu'ils renfermaient quelques 
phrases irréligieuses. 

3°- Vincréiulité gagne les grands 
plus aisément que le peuple, les villes 
avant les campagnes, les conditions 
opulentes plutôt que les états mé- 
diocres , et les vices se propagent 
avec la même proportion. Concluons 
hardiment que c'est toujours le cœur 
qui pervertit l'esprit ; que s'il n'y 
avait point d'hommes vicieux qui 
eussent besoin de s'étourdir, il n'y 
aurait jamais d'incrédules. Connaît- 
on un homme sensé qui, après une 
jeunesse innocente, après une vie ré- 
gulière et irréprochable, après une 
étude constante et rélléchie de la re- 
ligion, ait fini par ne. rien croire ? Il 
est trop intéressé sans doute à ne pas 
perdre l'espérance d'è*re récompensé 
de sa vertu ; mais un cœur infecté par 
le vice trouve aussi un intérêt très- vif 
à calmer ses craintes et à étouffer ses 
remords par Viwrcdulité. 11 nous pa- 
rait juste de donner la préférence à 
l'intérêt sensé et raisonnable de la 
vertu, sur l'intérêt absurde et aveugle 
du vice. 

4° Que des hommes, comblés des 
dons de la fortune, qui jouissent 
d'une santé vigoureuse et des agré- 
ments de la société, qui se trouvent 
à portée de satisfaire leurs goûts et 
leurs passions, regardent comme un 
bonheur d'être affranchis du joug de 
la religion et des terreurs d'une autre 
vie, on le conçoit. Mais le pauvre, 
condamné à gagner un pain grossier 
à la sueur de son front, et souvent en 
danger d'en manquer; le malade ha- 
bituel, dont la vie n'est qu'un tissu 
de souffrances ; le faible, exposé à 
l'injustice et aux vexations des 
hommes puissants ; un malheureux, 
en butte à la calomnie et aux persé- 
cutions d'un ennemi cruel, à des 
chagrins domestiques, à des revers 
de toute espèce, pourraient-ils sup- 
porlerleur existence, s'ils n'espéraient 
rien, ni dans ce monde ni dans l'au- 
tre? Et s'ils n'étaient pas retenus par 
la religion, qui pourrait les empêclier 
de se ruer sur les heureux philoso- 
phes qui insultent à leur crédulité? 

5° Ces derniers sont convenus cent 
fois que le peuple a besoin d'une re- 



INC 

ligion, que l'athéisme n'est pas fait 
pour lui qu'il n'est pas eu état de 
creuser les systèmes sublimes de mo- 
rale que les incrédules veulent subs- 
tituer à la momie chrétienne. Quand 
ils ne l'avoueraient pas, la chose est 
évidente par elle-même. Il faut donc 
être lorcené, pour travailler à dé- 
truire la religion parmi le peuple, et 
mettre 1 athéisme à sa portée, comme 
on 1 a lait de nos jours. 

Nous allons plus loin, et nous sou- 
tenons que les motifs de religion né- 
cessaires au peuple, ne le sont pas 
moins a tous les hommes. Que l'on 
nous dise où est l'intérêt sensible et 
le motif qui peut engager un déposi- 
taire a rendre aux héritiers de son 
ami une somme considérable crue 
celui-ci lui a confiée dans le plus 
grand secret ; un homme offensé à 
épargner son ennemi dans un cas où 
il peut lui ôter la vie sans danger • 
un riche à soulager dans un pays 
étranger des pauvres qu'il ne reverra 
jamais ; les enfants mal à leur aise à 
prolonger, par de tendres soins 'l a 
vie d un père qui leur est à chaire • 
un citoyen, à mourir pour sa patrie! 
lorsqu il parait certain que cet acte 
héroïque ne sera pas con etc _ 
L intérêt, 1 honneur, le désir d'être 
estimé, peuvent faire des hypocrites; 
^ n inspireront jamais des vertu 
pures et modestes. 
w 6 ° G 'î?î la / el igion qui a formé 
les sociétés ; donc l'incrédulité doit 
les détruire. Par la religion, les 
premiers législateurs ont soumis les 
peuples aux lois ; leur conduite le 
prouve, et l'histoire en dépose; par 
,ce puissant mobile, ils ont /ait naître 
et conserve l'amour de la patrie : 
t*l est le langage des anciens monu- 
ments; ils ont imprimé un caractère 
K* ", teS Ies , insllt «tions sociales; 
ilsontvoulurruelespromcssesfussen 
conhrmees par le serment, ils ont 
fa t intervenir la Divinité dans les 
alliances. Lorsque ce lien primitif de 
société serait détruit, il est absurde 

to e umuTs e V S6S 6ffetS «***SS 
toujouis. Nous savons ce crue ces 

grandshommesontfaitparlarelilon- 
nous cherchons vainement ce°qÛe 
les athées ont opéré par l'incrédu- 
lité, leur umque talent a été de 



83 



INC 



corrompre et d'alarmer les sociétés 
dans lesquelles ils avaient reçu la 
naissanee. v 

Les institutions utiles dont nous 
ressentons les effets, tous les établis- 
sements faits pour soulager et con- 
server les hommes, n'ont point été 
suggères par la philosophieincrédule. 
mais par la religion. Ils ont été forl ' 
mes dans des siècles que l'on laxe 
d ignorance, mais dans lesquels ré- 
gnait la charité; ils ne se trouvent 
point chez les nations infidèles. Un 
incrédule calculateur, qui ne connaît 
d autre science que celle du produit 
net, commencerait ù fane main-basse 
sur tous ces établissements dispen- 
dieux qui exigent des soins, des at- 
tentions, des frais, des travaux, dont 
nos prétendus zélateurs de l'huma- 
nité ne se sont jamais chargés. On 
aurait beau lui représenter que ce 
sont autant de sanctuaires où la cha- 
nte agit et se déploie, il jugerait 
que la dépense en effacu l'utilité, et 
qu a ce prix l a vertu est trop chère 
Nous ne finirions jamais, si nous 
ïoulions accumuler toutes les rai- 
sons qui aggravent, le crime des pré- 
dicateurs de l'incrédulité. Vouez Li- 
berté de PENSER. Bebgier. 

INCROYABLE. Rienn'est incroyable 
que ce qui ne peut pas être prouvé 
et ce qui a été prouvé une fois 
1 est pour toujours et pour tout le 
monde. De quelque genre que soient 
es preuves d'un fait, dès qu'elles 
sont suffisantes pour produire une 
certitude entière, c'est un travers 
d esprit que de ne vouloir pas y dé- 
férer, lorsque les conséquences crui 
en résultent sont opposées à notre 
système, à nos opinions, à notre in- 
térêt bien ou mal entendu, et de re- 
jeter des preuves, sous prétexte que 
Dieu pouvait en donner de plus 
fortes En général, les ignorante 
sont toujours plus opiniâtres et plus 
difficiles à persuader que les esprits 
pénétrants et instruits; ils refusent 
de croire tout ce qui passe leur faible 
conception, et leur résistance aug- 
mente lorsque les vérités ou les faits 
qu il faut croire entraînent des con- 
séquences qui les incommode. Voyez 



IND 



84 



Un orgueil pitoyable est de ne pas 
vouloir acquiescer, en matière de 
religion, aux preuves qui suffisent 
pour convaincre un esprit droit dans 
toute autre matière, et de regarder 
comme incroyable tout ce qui favo- 
rise la religion, pendant que l'on 
croit aveuglément tout ce qui parait 
lui être contraire. 

Une autre absurdité est de poser 
pour principe que tout ce qui est 
incompréhensible est incroyable. Se- 
lon celte maxime, les aveugles-nés 
auraient tort de croire les phéno- 
mènes do la lumière, sur l'attesta- 
tion de ceux qui ont des yeux; les 
ignorants, qui ne comprennent rien, 
seraient autorisés à ne rien croire, 
et ceux qui veulent les instruire se- 
raient des insensés. 

11 est prouvé que quelque système 
d'incrédulité que l'on embrasse, l'on 
est forcé de croire plus de mystères 
ou de choses incompréhensibles que 
la religion ne nous en propose. Voyez 
Incompréhensible, Mystère. 

Bergieh. 

INDKFECiTBILiTÉ DE L'ÉGLISE. 
Voyez Église, § 5. 

INDÉLÉBILE.INEFFAÇABLE. Voy. 
Caractère. 

INDÉPENDANTS. En Angleterre 
et en Hollande, on nomme indépen- 
dants quelques sectaires qui font 
profession de ne dépendre d'aucune 
autorité, ecclésiastique. Dans les ma- 
tières de foi et de doctrine, ils sont 
entièrement d'accord avec les calvi- 
nistes rigides; leur indépendance 
regarde plutôt la police et la disci- 
pline que le fond de la croyance. 

Ils prétendent que chaque Eglise, 
ou société religieuse particulière, a 
par elle-même tout ce qui est néces- 
saire pour sa conduite et son gou- 
vernement; qu'elle a sur ce point 
toute puissance ecclésiastique et 
toute juridiction; qu'elle n'est point 
sujette à une ou plusieurs Eglises, 
ni à leurs députés, ni à leurs synodes, 
non plus qu'à aucun évêque. Ils con- 
viennent qu'une ou plusieurs Eglises 
peuvent en aider une autre par leurs 
conseils et leurs représentations, la 



IND 

reprendre lorsqu'elle pèche, l'exhor- 
ter à se mieux conduire, pourvu 
qu'elles ne s'attribuent sur elle au- 
cune autorité, ni le pouvoir d'ex- 
cominunier. 

Pendant les guerres civiles d'An- 
gleterre, les indépendants étant deve- 
nus le parti le pluspuissant, presque 
toutes les sectes contraires à l'Eglise 
anglicane se joignirent à eux; mais 
on les distingue en deux espèces. La 
première est une association de 
presbytériens, qui ne sont différents 
des autres qu'en matière de disci- 
pline; la seconde, que Spanheim 
appelle les faux indépendants, sont 
un amas confus d'anabaptistes, de 
sociniens, d'antinomiens, de fami- 
listes, de libertins, etc., qui ne mé- 
ritent guère d'êtres regardés comme 
chrétiens,et qui ne font pas grand 
cas de la religion. 

L'indépendantisme ne subsiste qu'en 
Angleterre, dans les colonies an- 
glaises et dans les Provinces-Unies. 
Un nommé Morel voulut l'introduire 
parmi les protestants de France, dans 
le 16 e siècle, mais le synode de la 
Rochelle, auquel présidait Bèze, et 
celui de Charenton, tenu en 1644, 
condamnèrent cette erreur. De quel 
droit cependant pouvaient-ils la pros- 
crire, si les indépendants prouvaient 
bien ou mal leurs opinions par l'E- 
criture sainte? ils ne manquaient 
pas de passages pour soutenir leur 
prétention; et, dans le fond ils n'ont 
fait que pousser le principe fonda- 
mental du protestantisme jusqu'où 
il peut et jusqu'où il doit aller. 

Uosheim, qui l'a compris sans 
doute, a fait tous ses efforts pour 
disculper cette secte des séditions et 
des crimes qui lui ont été imputés 
par les auteurs anglais. On a con- 
fondu mal à propos, dit-il, les indé- 
pendants en fait de religion et de 
gouvernement ecclésiastique, avec 
les indépendants en fait de gou- 
vernement civil ; c'est à ces der- 
niers qu'il faut attribuer les troubles 
et les séditions qui ont agité l'Angle- 
terre sous Charles I er , et la mort tra- 
gique de ce prince. Or, ce parti de 
rebelles étaiteomposé non-seulement 
d'indépendants religieux, mais de pu- 
ritains, de brownistes, et de tous les 



IND 



83 



IND 



autres sectaires non conformistes, la 
plupart enthousiastes et fanatiques. 
Il tâche de justifier les premiers, en 
citant les déclarations publiques par 
lesquelles ils ont désavoué la haine 
qu'on leur attribuait contre le gou- 
vernement monarchique, et ont pro- 
testé qu'ils n'ont sur ce sujet point 
d'autre croyance ni d'autre principe 
que ceux des Eglises réformées ou 
calvinistes. Selon lui, ce sont les 
premiers d'entre les protestants qui 
ont eu le zèle d'aller prêcher aux 
Américains le christianisme; il ne 
craiut point de nommer l'uu d'entre 
eux l'apôtre des Indiens, et de mettre 
ses travaux apostoliques fort au-des- 
sus de ceux de tous les mission- 
naires de l'Eglise romaine. Hist. cc- 
clés. 17° siècle, sect. 1, § 20; sect. 
2, 2 e part., chap. 2, § 21. 

Mais le traducteur anglais de cet 
ouvrage accuse l'auteur d'avoir pallié 
mal à propos les tort des indépen- 
dants. Il observe, 1° que leurs décla- 
rations publiques ne prouvent pas 
grand'chose, parce qu'ils les ont 
faites dans un temps où ils étaient 
devenus très-odieux, et où ils crai- 
gnaient les poursuites du gouverne- 
ment. Rien d'ailleurs n'est plus 
ordinaire à la plupart des sectaires 
que de contredire, par leur conduite, 
les protestations qu'ils font dans leurs 
écrits, lorsque cela est de leur inté- 
rêt. 2° Que V indépendance affectée 
dans le gouvernement ecclésiastique 
conduit nécessairement, et sans qu'on 
s'en aperçoive , à l'indépendance 
dans le gouvernement civil; que 
dans tous les temps les sectaires dont 
nous parlons ont espéré plus de fa- 
veur sous une république que sous 
une monarchie. Cette réflexion est 
prouvée par la conduite des calvi- 
nistes en général; jamais ils n'ont 
manqué d'établir le gouvernement 
républicain lorsqu'ils en ont été les 
maîtres, et jamais ils n'ont été sou- 
mis aux rois, que quand la force les 
y a réduits. L'union que les indépen- 
dants ont formée sous le roi Guil- 
laume, en 1691, avec les presbyte- 
riens ou puritains d'Angleterre, les 
principes modérés qu'ils ont établis 
touchant le gouvernement ecclésias- 



tique, dans leur acte d'association, 
l'affectation qu'ils ont eue de chan- 
ger leur non ^'indépendants en celui 
de frères-unis, ne prouvent point que 
leurs prédécesseurs, sous Charles I er 
n'aient été des fanatiques et des 
furieux 

Quant à leur prétendu zèle aposto- 
lique, il n'a rien eu de merveilleux. 
Mosheim a-t-il pu s'étonner de ce que 
des sectaires, qui gémissaient, dit-il, 
sous l'oppression des évoques, et sous 
la sévérité d'une cour qui l'autorisait, 
se soient réfugiés en Amérique en 
1620 et 1629 ; qu'ils aient cherché à 
y former un établissement solide, en 
apprivoisant par la religion les na- 
turels du pays ? Le christianisme que 
prêchaient ïesindépendants n'était pas 
fort gênant pour la croyance ni pour 
les mœurs. Aussi a-t-on vu à quoi se 
sont terminés ces travaux prétendus 
apostoliques, appuyés néanmoins par 
le parlement d'Angleterre. Voy. Mis- 
sions. Aux yeux de tout homme non 
prévenu, la naissance et la conduite 
de la secte des indépendants ne fera 
jamais honneur au protestantisme. 
Bergier. 

INDES, INDIENS. On ne peut 
guère douter que le christianisme 
n'ait été porté dans les Indes de très- 
bonne heure, même du temps des 
apôtres. C'est une ancienne tradition 
parmi les écrivains ecclésiastiques, 
que saint Thomas et saint Barthé- 
leuii ont prêché l'Evangile aux In- 
diens. V. Saint Thomas. 

Au 5 e siècle, les nestoriens envoyè- 
rent des missionnaires dans la partie 
occidentale des Indes, qui est la plus 
voisine de la Perse, et que l'on ap- 
pelle la Côte de Malabar ; ils firent 
adopter leurs erreurs aux chrétiens de 
cette contrée, qui se nommaient chré- 
tiens de saint Thomas. Le mahomé- 
tisme s'établit ensuite dans d'autres 
parties de l'Inde. Depuis le commen- 
cement du siècle passé, les mission- 
naires portugais et d'autres ont 
réussi à ramener dans l'Eglise ro- 
maine la plus grande partie des nes- 
toriens du Malabar. Voyez Nestoeua- 

NISME, § 4. 

Quant à l'ancienne religion des 



wmm 



IND 

Indiens, qui subsiste encore (1), l'on ne 
peut en avoir une connaissance 
exacte, sans avoir quelques notions 
de leurs livres et de leurs docteurs. 
Ceux-ci, que l'on nomme aujourd'hui 
brames ou bramines, étaient appelés 
par les anciens, brachmancs et gym- 
nosophistts, philosophes sans habits. 
Ils piét-ndent que Brahma, leur lé- 
gislateur, personnage imaginaire, 
puisque c'est un des attribus de Dieu 
personnifiés, est l'auteur du livre ori- 
ginal de leur religion, et qu'il a été 
rédigé il y a 4888 ans, par con- 
séquent plus de six cents ans avant 
le déluge universel, suivant la suppu- 
tation commune, ou six cents ans 
après, selon le calcul des Septante. 
Mais plusieurs brames conviennent 
que la doctrine de Brahma ne s'est 
conservée pure que pendant mille 
ans; qu'à cette époque, et dans l'es- 
pace de cinq cents ans, il s'en est l'ait 
divers commentaires dont les autours 
ont suivi chacun leurs idées particu- 
lières; que telle a été lu source de 
Fidolâtrie qui règne chez les Indiens, 
et de> schismes formés entre les dif- 
férentes sectes de brames. 

Ces commentaires, connus sous les 
noms de Bhades, Bédas, Bcdangs, 
Védes, Védam . Schastah , Schaster, 
Chastram,Pouranams, etc., sont écrits 
en langue sanscréte ou wa meré tane, 
qui n'est plus vivante parmi les In- 
diens : les brames seuls l'étudient ; 
ils en refusent la connaissance aux 
autres hommes et cachent soigneuse- 
ment leurs livres. Malgré leur ré- 
serve mystérieuse, les Européens en 
ont eu communication. M. Lord, dans 
l'Histoire universelle faite par les An- 
glais, tom. 19. ia-i°, I. 13, c. 8, sect. 
1, p. 93 ; M. Holwel, dans son ou- 
vrage intitulé, Evénements historiques 
du Bengale; M. Dow, dans sa Dissert. 
sur les mœurs, la religion et la philoso- 
phie des Indous; M. Anquetil, dans 
la Relation de son voyage aux Indes ; 
Zend-Avesta, t. 1, et d'autres, ont dis- 
tingué quatre Vèdes ou Vcdams, qui 



(1) Le brahmanisme et le bouddhisme sont inhni- 
ment mieux connus aujourd'hui qu'ils ne l'étaient 
*u temps de Bergier. Voyez nos articles Bfuhiu- 
wjsiik et BrjuDDHisMs; ils serviront de contre-pouls 
*à celui do Bergier qu'on va lire, dans ce qu'il a de 
îaux ou d'exagéré. Le Nom. 



86 TND 

sont probablement les mêmes. Tl y 
en a deux qui ont été traduits et pu- 
bliés en français : l'un est YEzour- 
Vèdam, imprimé à Yverdun en 1778, 
en 2 v. i'n-12; l'autre est le Bagava- 
dam, qui a paru en 1788, à Paris, 
in -S. 

Les Anglais, souvent enthousiastes 
et quelquefois peu sincères, avaient 
vanté l'antiquité de ces livres et la 
pureté de la doctrine qu'ils renfer- 
ment ; mais la traduction a dissipé 
cette illusion. L'éditeur de YEzour- 
Védam, dans ses observations préli- 
minaires^ prouvé ipie tous ces livres 
sont beaucoup plus modernes qu'on 
ne l'a prétendu ; il nous apprend que 
les plus savants d'entre les brames 
ajoutent très-peu de foi à la chrono- 
logie fabuleuse de leur nation, et 
qu'elle n'est fondée que sur des pé- 
riodes astronomiques. M. Bailly l'a 
fait voir dans son Histoire de l'an- 
cienne Astronomie. M. de Guignes est 
persuadé qu'après les conquêtes 
d'Alexandre, les Grecs, qui se sont 
répandus partout, ont porté dans les 
Indes leur philosophie, et l'on y re- 
trouve en effet les mêmes systèmes ; 
ou que ce sont les Arabes qui l'y ont 
introduite à une époque encore plus 
récente. Mémoires de t'Acad. des In- 
script.yt. Go, e'n-12, p. 221. 

Cependant l'éditeur du Bagaradam 
a entrepris de prouver la haute anti- 
quité de ce livre. Il observe que les 
Indiens font remonter la durée du 
monde jusqu'à des millions d'années 
dans l'éternité; ils partagent cette 
durée en quatre périodes, dont les 
trois premières sont purement my- 
thologiques ; la quatrième, dans la- 
quelle nous sommes, et qu'ils appel- 
lent calyougam, a commencé 4888 ans 
avant nous, et c'est à cette époque 
que Brahma donna aux hommes le 
Védam ou les Tedams, dans lesquels 
est renfermée sa doctrine. L'éditeur 
pense que ce dernier âge du monde 
est vraiment historique, et que le 
Bavadagarn date en elfet de cette an- 
tiquité. Il le prouve, 1° parce que 
cette fixation du temps est fondée sur 
des calculs astronomiques , siir des 
observations du ciel, qui supposent 
constamment la précision des équi- 
noxes, suivant laquelle le ciel fait une 



IND 



87 



IND 



révolution entière en 24000 ans ou à 
peu près. Ce calcul, dit-il, n'a pu être 
le résultat que d'une bien longue ex- 
périence, et celle-ci suppose néces- 
sairement une antique civilisation. 
2° Parce que, depuis le commence- 
ment de ces 4888 ans, l'astronomie, 
la chronologie, l'histoire civile et reli- 
gieuse chez les Indiens ont marché 
d'un pas égal et sans se perdre de 
vue. 3° Parce que la mythologie ren- 
fermée dans le Bagavadam est relative 
aux monuments duculte public, aux 
idoles, aux symboles représentés dans 
les temples, dans les pagodes, dans 
les cavernes creusées dans le roc par 
un travail immense, monuments dont 
les Indiens ignorent la date, et qu'ils 
n'ont pas été en état d'entreprendre 
depuis un grand nombre de siècles. 
Bagavadam, dise, prélim., pag. 52, 
etc. 

Avant d'examiner la solidité de ces 
preuves, il y a quelques réflexions à 
faire. 1° Si les quatre Yédams origi- 
naux, ou les quatre parties du Yidam. 
de Brahma, ontjamais existé, pour- 
quoi ne subsistent-elles plus? La né- 
gligence des brames à lesconserver ne 
s'accorde guères avec le profond res- 
pect qu'ils ont toujours eu pour leurs 
livres sacrés, respect que l'éditeur du 
Bavagadam nous fait remarquer. Si 
ces livres subsistent encore, pourquoi 
les savants, qui veulent nous instruire 
des antiquités indiennes, ne les ont- 
ils pas recherchés et fait traduire, au 
lieu de nous donner seulement des 
Pouranams, ou commentaires sur ce 
précieux Védam? Car eniin le Baga- 
vadam, de l'aveu de son auteur 
même, liv. 12, p. 329 et 336, n'est 
ju'un des dix huit Pouranams : or, 
suivant l'opinion de plusieurs brames, 
ces commentaires n'ont été faits que 
mille ou quinze cents ans après le 
Védam de Brahma. Il aurait fallu 
commencer par réfuter ces incrédu- 
les, au lieu de nous représenter ce 
Bagavadam comme un des livres les 
plus anciens et les plus authentiques 
des Indiens. Après de bonnes infor- 
mations, nous sommes persuadés que 
le prétendu Védam de Brahma n'existe 
point, qu'il n'a jamais existé, et que 
personne n'a puparvenir à le voir. 

2° L'Ezour- Védam est encore plus 



moderne que le Bagavadam; l'auteur; 
qui se nomme Chumontou, ne l'a en- 
trepris que pour réfuter Biache ou 
Viassan, auquel on attribue le Baga- 
vadam. Il lui reproche d'avoir enfanté 
un nombre prodigieux de Pouraïunns 
contraires au Védam et à la vérité, 
qui ont été le principe de l'idolâtrie, 
des erreurs et des dispnles parmi les 
Indiens; il le blâme de leur avoir en- 
seigné a prendre Vichnou pour leur 
Dieu et à l'adorer, d'avoir inventé 
ses différentes incarnations, d'avoir 
fait consister la vertu dans des pra- 
tiques extérieures, d'avoir fait ou- 
blier aux hommes jusqu'au nom 
même de Dieu. Il l'accuse d'avoir éta- 
bli des sacrilices sanglants et non san- 
glants, d'en avoir fait offrir à Dourga, 
et d'en avoir offert lui-même, etc. 
Ezour-Védam, 1. 1. ch. 2. Voila donc 
un docteur indien qui condamne le 
Bagavadam comme un recueil d'er- 
reurs, de fables, d'impiétés, et qui 
était bien éloigné d'en reconnaître 
l'antiquité; a-t-on prouvé qu'il avait 
tort? Sa doctrine est, à plusieurs 
égards, beaucoup moins impure que 
celle de son adversaire ; mais souvent 
elle en remplace les erreurs et les 
fables par d'autres qui ne valent pas 
mieux. 

3° Comme les brames sont divisés 
en six sectes différentes, les uns tien- 
nent pour un de leurs livres, les au- 
tres pour un autre ; ils disputent sur 
l'antiquifé, sur l'authenticité, sur la 
doctrine de ces divers ouvrages. Quel- 
ques-uns ne reconnaissent ni l'auto- 
rité du Védam ni celle des Pouranams; 
ils disent que ceux-cin'ontparu qu'au 
commencement de la dynastie des 
Tartares Mogols, vers l'an 024 de 
notre ère. Ezour-Vadam, Observ. pré- 
lim., pag. 100. Les plus savants n'a- 
joutent aucune foi à leur chronolo- 
gie; les quatre âges du monde ne 
paraissent être autre chose que quatre 
révolutions périodiques du ciel, rela- 
tives à la précession des équinoxes. 
Eclaircissem . , tom. 2, pag. 216, 217. 
Quoique l'auteur de Y Ezour-Védam 
les distingue, il dit que tout cela n'est 
qu'une pure illusion, qu'à la lin de 
chaque âge tout périt par un déluge, 
et que Dieu crée de nouveaux êtres. 
Tom. 1, 1. 2. c. 4, p. 296. Comment 



IND 



88 



IND 



ces êtres nouveaux pourraient-ils 
avoir connaissance de ce qui a pré- 
cédé? Il est étonnant que des savants 
européens veuillent nous inspirer 
plus de conliance aux livres indiens 
que les brames n'en ont eux-mêmes. 

4° L'auteur du Bagavadam prophé- 
tise qu'à la tin de la présente période, 
Viclmou reparaîtra sur la terre, et 
et qu'il exterminera la race des Mi- 
letchers. Liv. 1, pag. 14; liv. 12, 
p. 323. Sous ce nom, il entend un 
peuple, des hommes grossiers, féro- 
ces, impurs, qui posséderont le pays 
de Cassimiram et de Sindou, qui met- 
tront à mort lus femmes, les enfants 
et les brames. Soit qu'il veuille dé- 
signer par là les Tartares, les Perses 
ou les mahométans, qui tour à tour 
ont fait des irruptions dans les Indes, 
en ont assujetti les peuples et ont 
été ennemis de leur religion, il est 
clair qu'aucune de ces conquêtes n'a 
pu avoir lieu 4888 ans avant nous, 
ot que le Bagavadam a été fait posté- 
rieurement à l'un ou à l'autre de ces 
événements. L'éditeur ne nous paraît 
pas avoir suffisamment répondu à 
cette difticulté. 

Mais nous sommes accoutumés à 
voir nos philosophes faire tous leurs 
efforts pour accréditer la chronolo- 
gie des Egyptiens, des Chinois, des 
Indiens, les livres de Zoroastre, etc., 
pour nous faire douter de l'authen- 
ticité et de la vérité de notre histoire 
sainte. Le peu de succès qu'ils ont 
eu jusqu'à présent aurait dû les dé- 
goûter de faire à ce sujet de nouvel- 
les tentatives. Examinons cependant 
les preuves et les raisons de l'éditeur 
du Bagavadam. 

1° La connaissance de la précession 
des équinoxes ne suppose ni une très- 
longue expérience ni des observations 
célestes continuées pendant très-long- 
temps. Hipparque, astronome de Ni- 
cée, remarqua ce phénomène 130 ans 
avant notre ère; Ptolomée le vériiia 
en Egypte 270 ans après : ce n'est 
pas là un long intervalle. Par un sim- 
ple calcul, on a découvert que la ré- 
volution du ciel, nécessaire pour re- 
placer les équinoxes au même point, 
se fait en 24000 ans, ou à peu près. 
Les astronomes indiens ont donc pu 
faire cette opération aussi bien que 



les Grecs ; mais ils ont pu aussi em- 
prunter cette connaissance des Egyp- 
tiens, des Chaldéens, des Grecs, ou 
des Arabes, comme plusieurs savants 
le pensent avec assez de fondement. 
En effet, l'on suppose d'un côté que 
les Indiens ont des connaissances as- 
tronomiques depuis plus de 4000 ans; 
de l'autre, on avoue qu'ils n'y ont 
fait aucun progrès : de là l'auteur de 
Yllistoire de l'ancienne Astronomie a 
conclu avec raison que les Indiens 
n'ont rien inventé, puisqu'ils n'ont 
rien perfectionné et qu'ils ont reçu 
d'ailleurs tout ce qu'ils savent. 

A la vérité, ce savant académicien 
semble s'être rétracté dans son His- 
toire de V Astronomie indienne et orien- 
tale, où il prétend que la période ca- 
lyougam, qui a commencé trois mille 
cent deux ans avant le déluge, est 
authentique. Mais M. Anquetil , en 
nous donnant la Description historique 
et géographique de l'Inde, par Jean 
Bernouilli, en 1787, y a placé au com- 
mencement une dissertation , dans 
laquelle il prouve que les périodes 
prétendues historiques des Indiens 
sont purement astronomiques et ima- 
ginaires ; que la dernière n'est pas 
plus réelle que les précédentes ; que 
les Indiens n'en sont pas les auteurs, 
qu'ils les ont reçues des astronomes 
arabes et persans, et que, pour les 
temps historiques, ces derniers ont 
suivi la chronologie des Septante. . 
Dans le tome 3 de ce même ouvrage, 
2 e part. p. 74, il le prouve de nouveau, 
par des passages tirés du Bagavadam 
desquels il résulte que la prétendue 
période de 4888 ans, dans laquelle 
nous sommes, n'a commencé qu'au 
déluge universel, événement rapporté 
par l'auteur du Bagavadam en mêmes 
termes que dans l'Ecriture sainte. On 
peut encore reconnaître Adam et Noê 
parmi les personnages desquels cet 
auteur fait mention. M. Anquetil la 
confirme par le témoignage d'un sa- 
vant missionnaire qui a consulté 
d'autres livres in liens. Aprèsles preu- 
ves qu'il a données de tous ces faits, 
il y a lieu d'espérer que l'on n'entre- 
prendra plus de nous persuader que 
la chronologie des Indiens est authen- 
tique et digne de croyance. 

2° Dés que la période de quatre 



IND 



89 



IND 



mille huit cent quatre-vingt-huit ans 
a été une fois imaginée, il n'a pas été 
fort difficile aux Indiens d'y mettre 
après coup des époques chronologi- 
ques, et d'y ajuster des événements 
historiques ; il n'y avait point de té- 
moin en état de contredire le premier 
écrivain. La supposition d'autres pé- 
riodes antérieures n'a pas coûté da- 
vantage à un visionnaire. L'éditeur 
même du Bagavadam observe, à la 
la lin de son livre, que des têtes asia- 
tiques exallées ont cru pouvoir, par 
des progressions numérales, mesurer 
ce qui est incommensurable, et ren- 
dre sensible ce qui est ineffable ; que 
la grande base de presque tous les 
systèmes chronologiques anciens est 
une pétition de principe. Cela est évi- 
dent, puisque l'on peut calculer le 
cours des astres pour le passé, aussi 
bien que pour l'avenir ; c'est par là 
que l'on a démontré l'illusion de la 
chronologie chinoise, fondée sur de 
prétendues observations d'éclipsés. 
Ainsi d'un trait de plume cet éditeur 
détruit tout ce qu'il a dit pour con- 
firmer la chronologie des Indiens. 

Nous persuadera-t-on d'ailleurs que 
ces peuples ont, depuis plus de qua- 
tre mille ans, des observations céles- 
tes, une chronologie fixe, une his- 
toire authentique et suivie, une ci- 
vilisation et des lois desquelles les 
nations voisines n'ont jamais entendu 
parler? On dit que les Indiens ne sor- 
taient pas de chez eux ; mais des 
étrangers sont allés dans les Indes. 
Pythagore et d'autres curieux ont 
fait exprès ce voyage pour connaître 
la doctrine, les mœurs, les systèmes 
des gymnosophistes ou anciens bra- 
mes : ou ils n'y ont pas trouvé une 
ample moisson de connaissances à 
recueillir, ou ce sont des ingrats qui 
n'ont pas voulu en faire honneur à 
ceux qui les leur avaient communi- 
quées. 

3° La correspondance entre les fa- 
bles racontée dans le Bagavadam et 
les monuments de la religion des In- 
diens ne prouve rien, puisque l'on 
ignore en quel temps ces monuments 
ont été construits. La plupart de ces 
figures sont des hiéroglyphes; donc 
les Indiens ne connaissaient pas encore 
pour lors l'art d'écrire en lettres ; il 



est absurde de prétendre qu'ils ont 
fait des livres avant d'écrire en figures 
symboliques : le contraire est arrivé 
chez toutes les autres nations. Notre 
auteur, dans sa préface, page xxj, dit 
que tous les systèmes dénués de preu- 
ves hiéroglyphiques ne porteront que 
sur une base mouvante; à la note de 
la page 2i, il promet de nous donner 
la clef des hiéroglyphes ; s'il tient pa- 
role, nous verrons ce qui en résul- 
tera. Mais il nous permettra d'avance 
uneincrédulité absolue touchant l'his- 
toire mythologique des Indiens qu'il 
veut rendre probable, et touchant des 
événements arrivés plus de quatre 
mille huit cent quatre-ving-huit ans 
avant nous. 

Il est difficile de rien comprendre 
à l'observation qu'il a faite au com- 
mencement du douzième livre sur 
les prédictions de l'auteur du Baga- 
vadam, desquelles il avoue la faus- 
seté. « Ces prédictions, dit-il, même 
» par leur côté littéral et faible (il de- 
» vait dire, par leur côté absurde et 
» faux), déposent en faveur de l'anti- 
» quité de ces livres saints ; elles sem- 
» blent constater que celui-ci a été 
» rédigé dans le premier siècle du 
» calyougam, et avant que les événe- 
» ments dont il parle au hasard fus- 
» sent arrivés. » Pour nous, elles ne 
paraissent rien prouver, sinon que le 
prophète était aussi ignorant en fait 
d'histoire que de toute autre science, 
puisqu'il n'a pas seulement eu l'esprit 
de tourner en prédictions les événe- 
ments tels qu'ils étaient arrivés. Le 
respect religieux, qui a empêché les 
copistes de ces livres de corriger des 
bévues aussi grossières, ne prouve 
encore que leur ignorance profonde 
et leur aveugle stupidité. Aussi l'au- 
teur de l'Esour- Védam n'a pas plus 
épargné le prétendu Biache ou Vias- 
san sur les erreurs historiques, que 
sur les égarements en fait de dogme 
et de morale. Eucore une fois, il fal- 
lait réfuter le premier d'un bout à 
l'autre, avant de nous vanter le Ba- 
gavadam comme un livre canonique. 

Déjà il nous paraît certain que les 
brames des différentes sectes, en s'ac- 
cusant les uns les autres d'avoir cor- 
rompu la vraie doctrine du Védam 
de Brahma, ne débitent que leurs 



^m 



IND 



90 



propres rêveries; et cela serait encore 
mieux prouvé, si nous avions un plus 
grand nombre de leurs livres. Après 
avoir fait voir combien ceux que nous 
connaissons déjà sont apocryphes, il 
faot en examiner la doctrine. 

Danscertains endroits, ilssemblent 
nous donner une idée raisonnable de 
la création; ils enseignent l'unité de 
Dieu, sa provkieaee, ['immortalité de 
l'âme, les peines et les récompenses 
futures. Mais, en les suivant de prés, 
on voit que leur système favori est le 
panthéisme ;qae, comme les stoïciens, 
ils croient que Dieu est lame univer- 
verselle du monde, de laquelle sont 
émanées les âmes des hommes et 
celles des animaux : opinion selon 
laquelle la providence divine, la li- 
berté de l'homme et l'immortalité 
personnelle de l'Ame, sont des chi- 
mères. Les âmes des justes et des sa- 
ges, après leur mort, vont se réunir 
et s'absorber dans la grande âme de 
l'univers, pourrie plus animer lachair. 
Celles qui ont besoin de purification 
passent successivement du corps d'un 
homme dans celui d'un animal, 
jusqu'à ce qu'elles aient entièrement 
expié leurs fautes. Tantôt ces brames 
artilieieux semblent professer le pur 
déisme, tantôt le matérialisme, d'au- 
tres lois Vi'ltiilismc, système qui con- 
siste à soutenir que le spectacle de 
l'univers, et tout ce qu'il renferme, 
n'est qu'une illusion. Us ne parlent 
de morale, de vertus, de peines et de 
récompenses après cette vie, que 
pour en imposer au peuple ; la plu- 
pail n'y croient pas. 

Après avoir parlé de Dieu comme 
d'un pur esprit, et de la création 
comme d'un acte de sa puissance, ils 
expriment leur doctrine en style al- 
légorique ; ils personnifient les attri- 
buts de Dieu et les facultés de l'Ame 
humaine. Ils appellent Brahma, Bri- 
mîia, ou Birmha, le pouvoir créateur ; 
ils le peignent comme un personnage 
couleur de feu, avec quatre tètes et 
quatre bras; ils disent qu'il est sorti 
du nombril de Dieu, etc. Us nom- 
ment Bishen, Bisnoo, Vichnou, la puis- 
sance conservatrice ; ils désignent le 
pouvoir destructeur sous les noms de 
Siba, Sieb, Clab, Chiven, Rudder, 
Rudra, etc. Les uns disent qu'il faut 



IND 

adorer le premier comme Dieu prin- 
cipal, les autres tiennent pour le se- 
cond, d'autres pour le troisième. De 
ces trois personnages sont sortis, par 
émanation, une infinité d'esprits, de 
dieux, de géants, etc., tous repré- 
sentés sous des figures monstrueuses. 
Leur généalogie, leurs mariages, 
leurs aventures, forment un corps de 
mythologie plus absurde que les con- 
tes des fées, et souvent très-scanda- 
leux ; le peuple des Indes croit à tou- 
tes ces rêveries comme à la parole de 
Dieu, et n'a point d'autre objet de 
culte que ces êtres imaginaires; ceux 
qui les ont forgés n'ont pas pu abu- 
ser plus cruellement de l'ignorance 
et de la créduhté populaire. 

11 est donc évident que le poly- 
théisme, l'idolâtrie, la superstition 
dans les Indes, sont moins l'effpt de 
l,i grossièreté du peuple, que de la 
fourberie et de la malice des brames. 
Loin de s'attacher à prévenir ce dé- 
sordre, ils se sont appliqués à l'en- 
tretenir pour leur intérêt, et ils refu- 
sent encore aujourd'hui aux ignorants 
les moyens de s'instruire et de se 
détromper. En mèlani les fables in- 
diennes avec des idées philosophiques 
ils ont augmenté la difficulté de les 
ii ire. Les stoïciens et d'autres 
philosophes rendirent le même ser- 
vice au polythéisme des Gre:s et des 
Romains : tels ont été de tout temps 
les bienfaits de la philosophie envers 
tous les peuples qui y ont eu con- 
liance. Ceux qui ont voulu tourner 
en allégories etenleçons mystérieuses 
les fables indiennes ont été aussi ri- 
dicules que ceux qui l'ont essayé à 
l'égard de la mythologie grecque et 
romaine. 

C'est très-mal excuser la conduite 
des brames que de dire qu'il a fallu 
multiplier les images de Dieu, pour 
se proportionner à l'intelligence gros- 
sière du peuple. Chez les nations 
chrétiennes, le peuple le plus gros- 
sier à l'idée d'un seul Dieu ; il ne con- 
fond point les images de Dieu avec 
la Divinité. Il en était de même chez 
les Juifs, et on le voit encore chez 
les Indiens qui consentent à quitter 
leur religion pour embrasser le Chris- 
tianisme. Vainement on ajoute que 
les Indiens ne sont pas idolâtres, puis- 



INB 



91 



IND 



qu'ils ne reconnaissent qu'un Dieu 
suprême. Cela est absolument faux à 
l'égard du peuple ; ilne connaît point 
d'autre Dieu que les divers person- 
nages dont les ligures et les symboles 
sont représentés dans les temples, et 
jamais il ne lui est venu dans l'es- 
prit d'adresser son culte au seul vrai 
Dieu. Cela n'est pas même vrai à l'é- 
gard de tous les brames, puisque les 
uns sont matérialistes, les autres pan- 
théistes, les autres idéalistes, et qu'a- 
près avoir lu leurs livres prétendus 
sacrés, on ne sait plus ce qu'ils croient 
ou ne croient pas. 

On a dit que ces livres enseignent 
une assez bonne | morale; ceux qui 
en ont fait l'analyse la réduisent à 
huit préceptes principaux. Le pre- 
mier défend de tuer aucune créature 
vivante, parce que les animaux ont 
une âme aussi bien que l'homme, et 
que les âmes humaines, par la mé- 
tempsycose, passent dans le corps des 
animaux. Le second interdit les re- 
gards dangereux, la médisance, l'u- 
sage du vin et de la chair, l'attou- 
chement des choses impures. Le troi- 
sième prescrit le culte extérieur, les 
prières et les ablutions. Le quatrième 
condamne le mensonge et la fraude 
dans le commerce. Par la cinquième, 
il est ordonné de faire l'aumône, sur- 
tout aux brames. Le sixième défend 
les injures, la violence, l'oppression. 
Le septième commande des fêtes, des 
jeûnes, des veilles. Par le huitième, 
l'injustice et le vol sont interdits. 

Nous ne voyons pas qu'il y ait lieu 
d'exalter beaucoup ce code de mo- 
rale; outre qu'il est très-incomplet, 
la sanction n'en est fondée que sur les 
fables de la mythologie indienne. Un 
brame, qui ne croit ni l'immortalité 
de l'âme, ni la métempsycose, ni l'en- 
fer, dont parlent les vJaams, ne doit 
pas croire fort sincèrement à la mo- 
rale. C'est encore un très-grand dé- 
faut de mêler des ordonnances absur- 
des aux préceptes les plus essentiels 
de la loi naturelle : telle est la défense 
de tuer des animaux, môme nuisi- 
bles, les bêtes féroces et les insectes, 
sous prétexte qu'ils ont une âme. Ce 
préjugé ridicule donne lieu de con- 
clure qu'il n'y a pas plus de mal à 
tuer un homme qu'à écraser une 



mouche. Défendre de toucher à des 
choses dont l'impureté est imaginaire, 
enseigner que l'eau du Gange purifie 
tous les crimes, qu'un homme est sur 
de son salut quand il meurt en te- 
nant la queue d'une vache, etc., sont 
de mauvaises leçons de morale ; aussi 
en est-il résulté parmi les Indiens des 
mœurs détestables. 

M. Anquetil, dans le même ouvrage 
cité, p. 66 et suiv., fait voir, par des 
passages formels du Bagavadam, que 
l'auteur détruit absolument la dis- 
tinction du juste et de l'injuste, du 
bien et du mal moral, que selon sa 
doctrine les scélérats seron 1 éternel- 
lement récompensés tout comme les 
gens de bien, qu'il est idéaliste, ne 
reconnaissant dans ce monde que des 
apparences et des illusions. Il est 
étonnant que l'éditeur du Bagavadam 
n'ait pas daigné faire cette observa- 
tion. Elie lui aurait peut-être fait 
comprendre que 4888 ans avant nous, 
il n'y avait point encore de philoso- 
phes assez insensés pour forger un 
pareil système. 

Leur législation, dont les brames 
sont encore les auteurs , n'est pas 
meilleure. Suivant le jugement qu'en 
a porté le traducteur français du code 
des Gentoux, ce recueil de lois carac- 
térise un peuple corrompu dès l'en- 
fance, et des législateurs ignorants, 
cruels, dénués de tout zèle pour le 
bien de l'humanité. Ils ont divisé les 
hommes en quatre castes ou tribus 
absolument séparées, qui n'ont au- 
cune, société et ne forment aucune al- 
liance les unes avec les autres. La 
première est celle des brames ; ils ont 
un grand soin de se faire regarder 
comme les plus nobles des hommes 
et les plus chers à la Divinité. La se- 
conde classe est celle des naîrs ou 
chehtérées, destinés à porter lesarmes 
et à gouverner. La troisième, celle 
des bices ou laboureurs, et des négo- 
ciants. La quatrième, celle des soo- 
ders, choutrers ou parias ; c'est la plus 
vile et la plus méprisée, toutes les 
autres en ont horreur. Ces malheu- 
reux sont destinés aux travaux les 
plus durs et les plus abjects, à voya- 
ger et à servir les autres castes; on 
peut les insulter et les maltraiter 
impunément. Cette distinction est 



IND î 

également établie dans l'Ezour-Vé- 
dam et dans le Bagavadam ; et quel- 
ques-uns de nos philosophes français 
ont trouvé bon de la justifier. Ainsi 
la religion, qui partout ailleurs tend 
h rapprocher les hommes et à les 
réunir, a eu pour objet, dans les 
Indes, de les diviser et de les rendre 
ennemis. Une institution aussi ab- 
surde ne peut être de la plus haute 
antiquité; elle suppose évidemment 
lemélange de plusieurspeuples étran- 
gers les uns aux autres, dont le plus 
puissant a écrasé les plus faibles. 

Lorsqu'un nair va faire ses prières 
à une pagode, s'il rencontre un paria, 
et que celui-ci se trouve trop prés de 
lui par mégarde ou autrement, le 
natr a droit de le tuer. A plus forte 
raison un brame se croirait-il souillé, 
s'il avait touché un paria. S'il était 
arrivé à ce dernier d'oser lire un des 
livres sacrés, ou d'en avoir seulement 
entendu la lecture, la loi ordonne de 
lui verser de l'huile chaude dans la 
bouche et dans les oreilles, et de les 
lui booeher avec de la cire. Il n'ose- 
rait parler à un homme d'une caste 
supérieure, sans mettre sa main ou 
un voile devant sa bouche, de peur 
de le souiller par son haleine. 

Les femmes ne sont guère moins 
maltraitées par le code des Indiens; 
partout elles y sont représentées 
comme sujettes à tous les vices, sur- 
tout à une débauche insatiable , et 
comme incapables d'aucune vertu. 
« 11 est convenable, disent ces lois, 
» qu'une femme se brûle avec le ca- 
» davre de son mari : alors elle le 
» suivra en paradis ;... si elle ne veut 
» pas se brûler, elle gardera une 
» chasteté inviolable. » Code des G en- 
toux, c. 20, p. 287. Conséquemment 
les brames ont soin d'inculquer aux 
lilles, dès l'enfance, que c'est un acte 
héroïque de vertu qui leur assure le 
bonheur éternel. Us redoublent leurs 
exhortations aux femmes à la mort 
de leur mari. Celles qui ont le cou- 
rage de se brûler comblent de gloire 
leur famille, et procurent à leurs en- 
fants des établissements avantageux; 
la tendresse maternelle se joint ainsi 
au point d'honneur et an fanatisme 
pour les y déterminer. Dès qu'elles 
s'y sont engagées, elles ne peuvent 



2 IND 

plus s'en dédire; on les force de tenir 
parole. 

Nos philosophes incrédules ont 
trouvé bon de mettre ce trait de 
cruauté sur le théâtre, afin d'en faire 
retomber tout l'odieux sur la reli- 
gion ; on pourrait, à plus juste titre, 
le faire retomber sur la philosophie, 
puisque c'est une conséquence de 
l'opinion philosophique de la trans- 
migration des âmes. D'ailleurs les 
brames sont plutôt des philosophes 
que des prêtres ; Pythagore et Alexan- 
dre, qui les ont vus il y a deux mille 
ans, en ont jugé ainsi, puisqu'ils les 
ont nommés gymnosophistes, ou phi- 
losophes sans habit. Aujourd'hui en- 
core, les brames qui font les fonctions 
de prêtres et qui desservent les pa- 
godes sont les moins estimés; on ne 
fait cas que de ceux qui mènent une 
vie solitaire dans les lieux écartés, 
qui s'exténuent par le jeûne, par l'é- 
tude, par les veilles, par une péni- 
tence austère et continuelle : suivant 
leurs livres sacrés, cette manière de 
vivre est beaucoup plus méritoire 
que les fonctions du sacerdoce. 

Une législation aussi absurde et 
une morale aussi mauvaise ne peu- 
vent manquer de donner aux Indie7is 
des mœurs très-dépravées. « Il n'y a 
» pas au monde, dit M. Holwel, de 
» peuple plus corrompu, plus mé- 
» chant, plus superstitieux, plus chi- 
» caneur que les Indiens, sans en ex- 
» cepler le commun des bramines. 
» Je puis assurer que, pendant près 
» de cinq ans que j'ai présidé à la 
» cour de Calcutta, il ne s'est jamais 
» commis de crime ou d'assassinat 
» auquel les bramines n'aient eu part. 
» Il faut en excepter ceux qui vivent 
» retirés du monde, qui s'adonnent à 
» l'étude de la philosophie et de la 
» religion, et qui suivent strictement 
» la doctrine de Brahma ; je puis dire 
» avec justice que ce sont les hommes 
» les plus parfaits et les plus pieux 
» qui existent sur la surface du 
» globe. » Evén. hist. du Bengale, 
c. 7, pag. 183. Lorsqu'on demande 
aux premiers pourquoi ils ont com- 
mis des crimes, ils disent, pour toute 
excuse, que nous sommes dans le 
calyougam, dans l'âge des désordres 
et des malheurs. 



IND 



93 



Que des hommes retirés du monde, 
appliqués à l'étude, éloignés de toute 
tentation, soient vertueux, ce n'est 
pas un prodige ; on l'a vu chez les 
Juifs, chez les Grecs et chez les chré- 
tiens dans tous les temps : mais 
M. Holwel, qui ne connaissait rien de 
tel en Angleterre, était émerveillé 
de trouver ce phénomène aux Indes. 
Cependant nos philosophes n'approu- 
vent pas plus la manière de vivre des 
brames solitaires, que celle des moines 
chrétiens et des anachorètes. 

M. Anquetil, bon observateur, ne 
nous donne pas une idée plus favo- 
rable du caractère des Indiens en gê- 
ner. I; Zend-Avesta, t. 1, l ro part., 
p. 117; non plus que M. Sonnerat, 
dans son Voyage aux Indes et à la 
Chine, t. 1, liv. 1, c. 6. L'auteur de 
l'Essai sur l'Histoire du sabêisme pense 
que les vagabonds répandus en Eu- 
rope sous le nom de Bohémiens, et 
qui forment un peuple particulier, 
sont une troupe S Indien» de la caste 
la plus vile, qui sortit de son pays et 
pénétra dans les contrées orientales 
de l'Europe, il y a environ quatre 
cents ans; il le prouve par la com- 
paraison de la langue et des mœurs 
des Bohémiens avec celles des peu- 
ples de la côte de Malabar. Si cette 
conjecture est juste, elle ne peut ser- 
vir qu'à augmenter l'horreur que mé- 
ritent le caractère et la conduite de 
ces peuples. 

Les Indiens ont des hôpitaux pour 
les animaux, où ils nourrissent par 
dévotion des mouches, des puces, 
des punaises, etc. ; mais ils n'en ont 
point pour les hommes. Zend-Avesta, 
1. 1 , p. 562.11s regardent comme une 
bonne œuvre de conserver la vie à des 
insectes nuisibles, mais ils laissent 
périr un paria plutôt que de lui ten- 
dre la main pour le tirer d'un pré- 
cipice ; ils craignent de se souiller en 
le touchant. Ils portent la polygamie 
à l'excès, aussi bien que les mahomé- 
tans, et ne se font aucun scrupule du 
concubinage ; en récompense, chez 
les femmes, l'adultère est un crime 
irrémissible ; il est puni de mort. Le 
culte infâmedu lingam, établi dansles 
pagodes , ne peut avoir d'autre effet que 
de corrompre les mœurs ; à la vérité 
il est sévèrement blâmé dansl'JEsour- 



IND 

Yédam, 1. 6, c. 5 ; mais de quoi 
peut servir cette censure, s'il est con- 
sacré dans d'autres livres? 

On ne conçoit pas comment le tra- 
ducteur anglais du Code des Gentoux 
a pu entreprendre de sang -froid 
l'apologie des lois qu'il renferme : 
quelques sophismes, des comparai- 
sons, des palliatifs, ne sont pas capa- 
bles de diminuer l'horreur qu'elles 
inspirent ; mais le philosophisme ne 
doute etnerougitde rien. Il ose van- 
ter l'humanité, le désintéressement, la 
charité, la tolérance des brames ; où 
sont les preuves de cet éloge? Les 
privilèges qu'ils ont attribués à leur 
caste, l'orgueil qu'ils affectent, les 
préceptes qu'ils imposent, ne mar- 
quent pas beaucoup le désintéresse- 
ment ; suivant leurs livres, faire l'au- 
mône à unbrame est la plus sainte de 
toutes les œuvres ; lui porter un pré- 
judice, ou l'insulter, est un crime 
impardonnable et digne de l'enfer. 
Leur conduite envers les parias et 
envers les femmes n'est rien moins 
qu'une preuve d'humanité et de cha- 
rité ; les peines atroces, indécentes, 
contraires s l'honnêteté publique, in- 
fligées par leur code, cadrent mal 
avec leur prétendue douceur. Quant 
à leur tolérance, l'éditeur de l'Ezour- 
Védam en a indiquéle principe, tom. 
1, pag. 74; tom. 2, p. 234. « Les bra- 
» mes, dit-il, ne prêchent la toléran- 
» ce que parce qu'ils gémissent sous 
» le joug des mahométans ; s'ils 
» avaient la même autorité qu'autre- 
» fois , ils deviendraient bientôt op- 
» presseurs: leur code démontre 
» évidemment leur intolérance. » 
Cela est confirmé par ce qu'on lit 
dans le Bagavadam, touchant les mi- 
letchers, et dans VEzour-Vedam, au 
sujet des bouddhistes, ou des sectateurs 
de Budda. 

Un philosophe français, raisonnant 
au hasard, a prétendu que le dogme 
de la transmigration des âmes devait 
être fort utile à la morale, donner de 
l'horreur pour le meurtre, et inspi- 
rer une charité universelle ; il en a 
conclu que les Indiens sont les plus 
doux des hommes, Philos, de l'Hist. 
c. 17 ; mais les faits et les témoigna- 
ges déposent contre cette spécula- 
tion. Le dogme de la transmigration. 



tmama 



IND 

produit au contraire les plus perni- 
cieux effets; il fait envisager les maux 
de cette vie comme la punition des 
crimes commis dans une vie précé- 
dente ; il laisse par conséquent les 
malheureux sans consolation, et 
n'inspire aucune pitié pour eux. Les 
Indiens ne détestent les parias que 
parce qu'ils supposent que ce 
sont des hommes qui, dans une vie 
précédente, ont commis des forfaits 
affreux. Mais if est-il pas singulier 
que ces insensés croient qu'une Ame 
est moins punie quand elle entre 
dans le corps d'un animal, que quand 
elle est dans celui d'uu paria ? Par 
un autre préjugé qui vient do la mê- 
me source, les Indiens abhorrent les 
Européens, parce que ceux-ci tuent 
et mangent Les animaux ; et, par la 
même raison, ils doivent délester 
tous les autres peuples ; telle est 
leur charité universelle. 

Un autre prétend que le dogme de 
la transmigration donne aux Indiens 
une idée plus consolante du bonheur 
futur, que l'espérance des plaisirs 
spirituels et d'une béatitude céleste, 
telle que les chrétiens l'envisagent; 
celle-ci, dit-il, fatigue l'imagination 
sans La satisfaire. Histoire des établis- 
sements des Européens dans les Indes, 
t- }■ liv. 1. p. :ili. U se réfute lui- 
même, en «lisant que la transmigra- 
tions été imaginée par un dévot mé- 
lancolique et d'un caractère dur. En 
effet, l'état de transmigration, selon 
les Indiens, est un état de purification 
et non de béatitude ; ils pensent que 
quand une âme vertueuse a suffi- 
samment expié ses fautes, elle va se 
rejoindre à l'KIre suprême, etsc réunir 
à l'essence divine, de laquelle elle est 
émanée. Dans cet état a-t-elle encore 
une existence individuelle, est-elle 
encore susceptible de plaisir et de 
bonheur? Si cela est, cette béatitude 
est-elle plus concevable et plus satis- 
faisante pour l'imagination, que la 
gloire céleste promise parla religion 
chrétienne ? 

L'Inde, dit M. Sonnerat, aujourd'hui 
déchirée par les nations de l'Europe 
qui se disputent ses trésors, pillée 
par une foule de petits tyrans, plon- 
gée dans l'ignorance et la barbarie 
est encore riche et fertile ; mais ses 



94 



IND 



habitants sont esclaves, pauvres et 
misérables. Dans ces cl i m ils où la 
nature a tout fait pour le bonheur de 
l'humanité, un despotisme destruc 
teur emploie toutes sortes de moyens 
pour l'opprimer; les peuples, éner- 
vés parla chaleur et par la mollesse, 
y semblent destinés à la servitude ; 
une sobriété excessive, une inertie 
et une indolence stupide, leur tien- 
nent heu de tous les biens ; un peu 
de riz et quelques herbes suffisent à 
leur nourriture; leur vêtement est 
un morcau de toile ; uu arbre leur 
sert de toit, ils ne sont libres qu'au- 
tant qu'ils ne possèdent rien; la pau- 
vreté seule peut les mettre à l'abri 
des vexations des nababs. 

La superstition trouble encore 
chez les Indiens, par des craintes et 
tics inquiétudes frivoles, la tranquil- 
lité que devrait leur assurer la pau- 
vreté. Les dieux monstrueux qu'ils 
adorent sont plus cruels pour eux 
que leurs tyrans. Des pères et des 
mères tenant leurs enfants dans leurs 
bras, se précipitent sous les roues 
du chariot qui traîne leurs idoles, et 
s'y font écraser par dévotion. Escla- 
ves de leurs habitudes, les Indiens 
aiment mieux, dans la pratique des 
arts, s'en tenir à leurs procédés vi- 
cieux, aux machines imparfaites aux- 
quelles ils sont accoutumés, que d'a- 
dopter les méthodes et les instru- 
ments des Européens, qui abrègent 
le temps et facilitent le travail. 

On ne saurait trop le répéter, voilà 
ce qu'a produit la philosophie cul- 
tivée dans les Indes depuis deux ou 
trois mille ans. Une preuve qu'elle 
n'est pas moins bienfaisante en Euro- 
pe, c'est que les philosophes anglais, 
français et autres, tournent en ridi- 
cule et tâchent de rendre suspect le 
zélé des missionnaires catholiques, 
qui travaillent à procurer aux In- 
diens malheureux une consolation 
dans leur triste sort en les faisant 
chrétiens. Non contents de voir leurs 
pareils avilir et abrutir l'humanité, 
ilsne veulent pas qu'une religion plus 
sainte et plus vraie répare le mal. 
Ils disent que les convertisseurs ne 
réussissent qu'à gagner quelques 
misérables do la caste la plus vile. 
Quand cela serait,devrait-on les blâ- 



IND 95 

mer de s'attacher principalement à 
l'espèce d'hommes qui est la plus à 
plaindre, qui a le plus besoin de 
soulagement et d'instruction? 

De toutes ces réflexions il résulte 
que nos philosophes incrédules n'ont 
jamais déraisonné d'une manière 
plus choquante qu'en parlant des 
bides et des Indiens (1). 

Bergier. 

INDES (les missions chrétiennes 
dans les.) (Théol. hist. églis. part.) 
Nous complétons les quelques mots 
de Bergier qui servent d'introduction 
à l'article qu'on vient de lire, par les 
citations suivantes de M. Edouard 
Michélis. 

« D'après une antique tradition 
saint Thomas prêcha dans les Indes. 
Cette tradition ne peut être ni niée 
ni démontrée. Nous trouvons déjà 
dans le sixième siècle, lorsque Cûnie 
Indicopleustes visita les Indes, de 
nombreuses paroisses chrétiennes, di- 
rigées par un évèque, qui était or- 
donné en Perse. Ces Chrétiens de 
ïlnih , qu'on nommait Chrétiens de 
Saint-Thomas, à cause de la tradition 
que nous venons d'indiquer, furent 
entraînés dans le schisme de Nesto- 
rius, par suite de leur dépendance à 
l'égard de la Perse. Ils continuèrent 
dès lors à recevoir leurs évêques du 
chef de l'Église nestorienne, patriar- 
che de Babyloue, — Séleucie, — 
Ctésiphon. Ils habitaient le long de 
la côte occidentale du Malabar, de- 
puis la pointe méridionale de la Pé- 
ninsule jusqu'à quelques milles au 
sud de Calicut et du revers des Chat- 
tes aux rivages de la mer. Un négo- 
ciant arménien ou syrien, nommé 
Thomas Canna, organisa, au neuviè- 
me siècle, les affaires religieuses et 

(1) Celte manière de défendre le christianisme 
en dépréciait avec excès tout ce qui n'est pas lui, 
est une mauvaise méthode ; outre qu'un tel esprit 
conduit a être souvent injuste, et qu'il indispose 
ceux qu'on se propose d'amener à soi, n'est-il pas 
évident qu'amoindrir oetni qu'on est appelé à vaincre 
c'est amoindrir, pour le jour où elle aura lieu, 
Ba propre victoire ? voyez nos articles Brahmanisme, 
Bouddhisme, Mazdéisme, Comfucics ete, dans lesquels 
nous nous servons préc. sèment de tout ce que ces 
religions ou grands hommes ont de beau et de vrai 
pour réfuter nos positivistes d'aujourd'hui et glori- 
fier notre Christianisme. Nous croyons faire avec 
cette tactique une guerre plus intelligente. Le Noib. 



IND 

politiques de ces Chrétiens. Ils obtin- 
rent par son intervention des privi- 
lèges importants de la dynastie domi- 
nante des rois de Malabar, entre 
autres une justice propre, sauf pour 
les cas criminels. Us furent, quant à 
leurs droits politiques, mis sur le 
rang As la ecblesse du pays, et les 
princes de l'Inde les recherchaient 
beaucoup pour le service militaire. 
La part qu'ils prirent aux guerres de 
ces princes les amena à secouer le 
joug de leurs maîtres et à se former 
en un État indépendant, qui dura 
peu, et qui les précipita dans une si- 
tuation plus dure que l'ancienne. 
Aussi considérèrent-ils les Portugais, 
qui, eu 1498, abordèrent au port de 
Calicut, sous Vasco de Gama, comme 
leurs libérateurs. Les premiers mis- 
sionnaires portugais qui exercèrent 
leur ministère dans ces parages fu- 
rent les Franciscains, que Cabrai 7 
introduisit en 1500. Sans doute il 
arriva aussi des Dominicains avec 
les deux Albuquerque , en 1503, 
et on leur confia la première église 
catholique de Cochin; mais les Domi- 
nicains se restreignirent toujours à 
un certain nombre de couvents et ne 
fondèrent pas de missions propre- 
ment dites, comme les Franciscains, 
qui, pendant quarante ans de suite, 
furent presque exclusivement les 
messagers de la foi dans les Indes. 
Le premier couvent de Franciscains 
fut fondé en 1510 à Goa, capitale des 
possessions portugaises, et terminé 
en 1521. Il fut bientôt suivi de plu- 
sieurs autres. Ce fut le Père Antonio 
de Porto qui, en 1535, fonda dans 
l'Ile de Salsette, à Bassain et tout au- 
tour, un asssez grand nombre de 
couvents, de collèges, et d'églises. Ce 
fut aussi de l'ordre des Franciscains 
que sortit le premier évèque diocé- 
sain des bides, Jean d'AUjur/uerque, 
lorsque Goa fut érigé en évèché en 
1534. Cependant les Franciscains se 
contentèrent bientôt de conserver ce 
qu'ils avaient fondé, quoiqu'ils eus- 
sent deux provinces de leur ordre 
dans les luttes, la première de Saint- 
Thomas (depuis 1G 12 pour les Pères 
de l'Observance); la seconde de la 
Mère de Dieu (Mctiris Dei), depuis 1622; 
pour les Franciscains réformés. 



IND 



96 



IND 



A dater de l'arrivée des Jésuites 
(saint François-Xavier fut le pr( mier 
prêtre de la compagnie qui aborda 
aux Indes), en 1542, les Franciscains 
furent tout à fait à l'arrière-plan. Le 
nombre des Jésuites qui vinrent dans 
les Indes après Xavier augmenta en 
proportion des forces qu'acquérait 
en Europe la nouvelle société. Ils 
possédèrent en peu de temps des col- 
lèges et des maisons dans presque 
toutes les possessions portugaises des 
Indes et ces établissements furent dis- 
tribués au commencements du dix- 
septième siècle en deux provinces de 
l'ordre, Goa et Cocbin. Personne ne 
surpassa les efforts des Jésuites dans 
l'histoire des missions des Indes; 
mais les résultats ne répondirent pas 
au zèle qu'ils déployèrent, car les 
conversions se bornèrent presque ex- 
clusivement aux plus basses castes, 
et l'œuvre de la mission fut loin d'at- 
teindre l'extension que prit, par 
exemple, celle du Japon. Il n'est pas 
étonnant non plus que le Christianis- 
me trouvât si difficilement accès dans 
des régions où dominaient le brah- 
manisme avec ses castes isolées, le 
mahomôtisme avec son esprit fanati- 
que, alors que l'Évangile apparais- 
sait appuyé de la puissance conqué- 
rante, et par conséquent ennemie, 
des Portugais... 

« Les missions parurent prendre 
un nouvel essor lorsqu'en 1606 le 
P. Robert de' Nobili, Jésuite, arrivé à 
Madura, parut au milieu des indigè- 
nes en qualité de Sannjàsi romain 
(c'est-à-dire l'homme qui a renoncé 
à tout), vécut suivant les mœurs des 
brahmanes, exposa la doctrine chré- 
tienne sous des formes indiennes, 
laissant subsister la différence des 
castes parmi ses néophytes et leur 
permettant l'usage de certaines mar- 
ques de distinction. Mais il trouva 
Ïiarmi les Jésuites eux-mêmes de vio- 
ents adversaires, et il s'éleva à ce 
sujet une vive controverse qui, au 
bout de treize ans, fut terminée par 
le pape Grégoire XV, en 1623, en 
faveur du P. de' Nobili, en ce sens 
qu'on continua à autoriser les néo- 
phytes à porter leur signe de distinc- 
tion. Alors le P. de' Nobili déploya 
une nouvelle vigueur, fonda àTanjaur 



et en d'autres endroits des paroisses 
et opéra d'innombrables conversions. 
D'après le dire des Chrétiens indiens, 
il baptisa seul 100,000 personnes de 
toutes les classes. Ainsi 1 église de 
Trichinopoly comptiit plusieurs cen- 
taines de parias dans son sein. Ce- 
pendant la séparation entre les castes 
était strictement maintenue. Les pa- 
rias avaient des églises séparées, des 
missionnaires distincts, qui s'appe- 
laient pour les hautes classes brah- 
manes-sannjâsi, pour les parias, pau- 
darams. Les successeurs du P. de' 
Nobili (f 1656), auxquels plus tard 
les missionnaires français de Pondi- 
chéry vinrent en aide, répandirent la 
foi plus au loin et continuèrent le 
--ystème du P. de' Nobili, ce qui les 
mit en collision avec les Capucins. 
La malheureuse controverse de l'ac- 
commodation qui en résulta ne fut 
terminée, après l'enquête faite par 
le cardinal de Tournon, en 1704, que 
par la bulle de BenoU XIV, Omnium 
sollicitudinum, en 1744. Le Pape re- 
jeta les coutumes indiennes admises 
par les Jésuites, ce qui non-seulement 
arrêta les conversions, mais entraîna 
la défection d'un grand nombre de 
Chrétiens des Indes. L'expulsion de 
la Société de Jésus par le gouverne- 
ment portugais contribua plus encore 
à la ruine de ces missions (1759). Les 
Jésuites français se maintinrent plus 
longtemps; mais ils moururent les 
uns après les autres, sans être rem- 
placés, après l'abolition de leur ordre, 
et leurs places furent occultées par 
les prêtres du séminaire des Missions 
étrangères, qui furent trop peu nom- 
breux, ou par le clergé de Goa, qui 
manquait de l'instruction nécessaire. 
Les guerres cruelles de Tippo-Saïb 
portèrent à leur tour un coup terri- 
ble à ces Églises, ainsi que la révolu- 
tion française, qui tarit les sources 
du recrutement sacerdotal. 

« Les Jésuites avaient depuis long- 
temps perdu leurs missions parmi 
les Chrétiens de Saint-Thomas et de 
Cochin, qui les avaient chassés, en 
1653, au moment où ils avaient aban- 
donné l'Église catholique, de même 
que les Hollandais, qui arrachèrent 
aux Portugais, de 1660 à 1663, pres- 
que toutes les possessions que ces 



IND 

derniers occupaient le long des côles 
malabares. Cependant les Jésuites 
Jurent remplacés par les Carmes dé- 
thaussés delà congrégation italienne, 
çui réussirent à réconcilier la ma- 
«cure partie des Chrétiens de Saint- 
Thomas avec l'Église catholique, 
'^'empereur Léopold I er obtint des 
Hollandais, en 1698, pour un évèque 
et douze missionnaires, l'autorisation 
d'établir leur résidence sur les côtes 
du Malabar ; mais ce fait excita pré- 
cisément une lutte entre les évèques, 
les missionnaires portugais et les Ita- 
liens, le Portugal prétendant ne pas 
renoncer à son droit de patronage, 
quoiqu'il ne put et ne voulût plus 
l'exercer. Les vexations que les Por- 
tugais infligèrent aux missionnaires 
de la Prupagande rendirent très-dif- 
liciles l'union des schismatiques et la 
conversion des païens. Et c'est ainsi 
que le Portugal prolongea ce malheu- 
reux schisme jusque dans les temps 
les plus récents. Grégoire XVI ayant, 
en 1838, aboli, par la bulle Multa 
prseclare, les ôvêchés portugais dans 
les Indes, évèchés dont d'ailleurs la 
plupart des sièges étaient vacants, ou 
dont les prélats titulaires résidaient 
dans la mère-patrie, les prélats nom- 
més par le gouvernement portugais 
se déclarèrent contre le Saint-Siège, 
entraînèrent la majorité du clergé et 
du peuple dans leur opposition, et 
causèrent une immense perturbation 
dans ces diocèses. Mais le Pape, sans 
s'arrêter à cette résistance, érigea de 
nouveaux vicariats apostoliques dans 
les Indes. Cette mesure d'autorité, 
les efforts de la Propagande et ceux 
de la société des missionnaires de 
Lyon rendirent une vie nouvelle aux 
missions catholiques, et font conce- 
voir les plus belles espérances pour 
l'avenir. 

c Les Indes comptent actuellement 
près de 1,000,000 de Catholiques, 
20 évèques et 1,000 prêtres. » 

Le Noir. 

index (1') des hvbes prohibés et a 
expurger, (Théol.pur. mor. etprècept.) 
— Nous empruntons le traité som- 
maire de l'Index qui suit, au manus- 
crit de notre Dictionnaire des décisions 
romaines. 

VII 



97 



IND 



Donnons sur l'Index: I. quelquesno- 
lions historiques ; IL quelques rensei- 
gnements sur les deux congrégations 
de cardinaux qui mettent les livres à 
l'Index, et qui sont la Sacrée Congréga- 
tion de l'Index, el la Sacrée Congréga- 
tion de l'inquisition; III. quelques ap- 
préciations sur la valeur catholique 
de l'autorité qui porte les décrets de 
l'Index; IV quelques explications d«s 
règles générales de l'index avec ie 
texte de ces règles posées par le con- 
cile de Trente. 

I Notions historiques sur L'Index, 
M. De Moy raconte ainsi qu'il suit 
dans le Dict. encycl. de la théologie 
cathol. l'origine de l'Index : 

« Comme dans le cours du temps 
le nombre des mauvais livres ou des 
livres dangereux augmentait, Gélase 
111(492-496) se vit contraint, dans un 
concile de Rome, de rédiger une liste 
des livres principaux que, suivant son 
expression, « devaient éviterles Catho- 
liques (1). > Grégoire IX et d'autres 
Papes suivirent cet exemple et eurent 
soiii d'empêcher qu'on ne lût et qu'on 
ne répandit de pareilslivres (2). Toute- 
fois ces mesures isolées et temporaires 
furent naturellement insuffisantes 
contre l'immense fermentation intel- 
lectuelle que suscitèrent d'abord le 
réveil des études classiques au quin- 
zième siècle, puis l'invention de l'im- 
primerie et enfin l'apparition de Lu- 
ther et des autres prétendus réforma- 
teursde la Chrétienté. C'est pourquoi, 
dans sa dix-huitième session, du 26 
février 1562, « le Concile (de Trente), 
ayant reconnu que le nombre des 
livres suspects et pervers, renfermant 
une doctrine impure et se répandant 
à travers le monde, s'était excessive- 
ment augmenté ; qu'à cette occasion 
de nombreuses censures avaient été 
prononcées avec un pieux zèle dans 
diverses provinces et principalement 
dans la ville de Rome, sans que rien 
eût pu remédier à un mal si grand 
et si dangereux, jugea convenable 
que des Pères spécialement choisis 
pour cette recherche examinassent 
avec soin ce qui était à faire par rap- 

(1) C. 3, dist. XV. 

(2) Coût. Z»Uwain, 1. c. 



i;;d 



98 



IND 



pnvl aux censures et aux livres, en 
rendissent eompte an concile, afin que 
celui-ci pi'ii plas fm ilemenl di cerner 
I i ùi.'ii mes erronées de |;i vérité, l'i- 
vraie du huri :•• .ii::, i-l iirrèti rplusaisé- 

ii enl le projet el le i ures propres 

à déliv ici- les âmes de leurs tristes an- 
goisses el j faire disparaître les cau- 
ses des Dombreases plaintes qui aflli- 
geaienl l'Église. » l'u même temps 
Je concile déclara qu'il était prêl 6 
êeon ter tous ceux qui penseraient que 
les mesures qu'on allai! prendre sur 
les livres b1 les censures les concer- 
naient d'une façon quelconque. En 
i m; fi [ence de ce deeret, les lé| 
du Pape élurent, à la derannde du 
concile, dix -huit Pères chargés de la 
rédaction d'un Index, ayant en môme 
temps le pouvoir de s adjoindre des 
théologiens. Tous les Pères duconcile 
furent d'ailleurs autorisés à contri- 
buer au travail de la commission, sui- 
vant que chacun le jugerait utile 1 . Le 
travail fut en effet entrepris et ter- 
miné; mais ' oiunii'. vu la diversité et 
la multitude des livres examinés, il 

n'était pas facile au concile déjuger 
en détail, il fut arrêté, dans la der* 
niére ou \ m"' cinquième se «ion, que 
la rommi ion remet Irait toutson tra- 
vail au Pape, alin que. sui\aut BOH 
juftemenl et sous son autorité, il fût 
(ii'tiniliveuieut achevé et publié (t). 
Pie IV ordonna plus tard eetle publi- 
cation •' . et rjndi x qu'il lit paraîtra 
porte habituellement le nom à'indea 
ilu Concile de Trente. Clément VIII y 
ajouta un appendice, qu'on cite sous 
le nom Appendix ïndicis Tridentini. 
Depuis lors bien deslivresetdes écrits 
ont été successivement incorporés à 
de nouvelles éditions de l'IfWtea?. 

11. Les nr.rx congrégattons des 

mises à {'index. Citons encore M. de 
Moy. 

« Le soin de chercher et de recon- 
naître les mauvais livres et les livres 
dangereux, qui doivent être ou abso- 
lument défendus ou interdits tempo 
rairement et jusqu'à correction, ap- 
partient en partie à la Congrégation 



(1) Pallavi.i.ii, Hilt. Conc. Trid., I. XV, c. 18 
et I' 1 ; 1. XXIV, o. 8. 

(2) Dalle Cumt. Dominiri, ano. 1564. 



de l'Inquisition que Paul IV en char- 
gea, en partie a la Congrégation <t<- 
l'index, créée spécialement à cette 
lin par Pie V et organisée par Sixte V. 

« La première ne s'occupe des li- 
\ res que l'occasion des questions do 
foi, de l'apostasie et des autres cas 
passibles d'une peine, rjui sont spé- 
cialernent de a compétence. 

■ ■ Ton I e- île h x doivent sediriger dans 
leur jugement principalement d'après 
les régies placées par Pie IV en tète 
de ['Index, conformément aux pro- 
positions delà commission duconcile 
de Trente, ainsi que d'après les ob- 
servation^ ajoutées à ces règles par 
Clément VIII et Alexandre VII, et les 
instructions de Clément VIII et de 

lîenoit XTV. 

« ("est ainsi qu'il faut distinguer 
entre les écrits défendus ou à dé- 
fendre absolument et ceux qui sont 
d ifeadns ou à défendre pour quel- 
ques passages qu'il s'agit d'effacer 
ou de corriger. Il a paru îles Index 
spéciaux de ces derniers, avec l'indi- 
cation des passages condamnés ; Qui- 
roga, Iml. Li/nvr. expurgandorum, 
Salam., 1801, in-i- ; lirasichellen, 

//!</. Lih exwtrg. Rom., typographe 
cane, aposiol., fiiOT, in-8" ; édit. II, 
Stadt ara llof, 1745. Parmi les pre- 
miers se trouvent ctMrî dont l'usage 
est interdil ah olument et à chacun ; 
d'autres dout peuvent se servir, avec 
l'approbation de leur évêque, des 
hommes d'un savoir et d'une piété 

éprouvés 

« (l'est ainsi encore que, dans l'in- 
struction de Clément Vil I sont indi- 
quées comme motifs de défense : des 
propositions hérétiques, erronées, 
sentant l'hérésie, scandaleuses, offen- 
sant les oreilles pieuses, audacieuses, 
schismatiqo.es, séditieuses ou blas- 
phématoires (1) ; des proposition! 
qui s'élèuoi! contre le rite des sacre- 
ments et les cérémonies, qui intro- 
duisent des nouveautés contre les usa- 
ges admis elles pratiques de l'Église 
romaine; des propositions qui atta- 
quent la réputation du prochain, sur- 
tout des ecclésiastiques et des prin- 
ces, ou qui sont contraires aux bon- 



(I) Sur le sens de ces qualifications, voir Zall 
woin, Princ. Jur. eccl. t t. I, uuœst. 4, c. 2, g 6 



IND 

' nés mœurs et à la discipline chré- 
tienne ; des propositions qui favo- 
risent une politique tyrannique, faus- 
sement désignée sous le nom de raison 
d'État, contraire à la loi de l'Évan- 
gile et du Christianisme, par des pa- 
roles, des mœurs, des exemples tirés 
des païens. 

« Si des propositions de ce genre 
se rencontrent dans un livre d'ailleurs 
exempt de hlâme, elles doivent être 
extirpées ou corrigées, et le livre 
n'est défendu que jusqu'à correction, 
surtout quand il émane d'un auteur 
catholique, d'ailleurs estimable et 
de bonne renommée. Que si elles for- 
ment l'objet même du livre ou si elles 
sent tellement fondues dans le con- 
texte qu'on ne puisse les en extraire 
ou les corriger, le livre entier est in- 
terdit sans réserve. 

« L'Index se divise en trois classes : 
la première se rapporte aux héréti- 
que» et aux hérésies des auteurs sus- 
pects; la deuxième, aux livres qui 
attaquent la foi ou les mœurs ; la 
troisième, aux mauvais livres dont 
ou ne peut avec certitude indiquer 
l'auteur. 

• Quant à l'enquête et au juge- 
ment, les règles qui doivent suivre 
aussi bien la congrégation de l'Inqui- 
sition que celle de l'Index sont pres- 
crites avec le plus grand détail dans 
la Constitution de Benoit XIV, Soli- 
cita ac provida, du 10 juillet 1733. 
Nous n'indiquerons que générale- 
ment les précautions avec lesquelles 
on doit procéder d'après ces règles. 

« Les deux congrégations de l'In- 
quisition et de l'Index se composent: 

« 1° De cardinaux choisis par le 
Pape, docteurs en théologie ou en 
droit canon, ayant l'expérience des 
matières ecclésiastiques, et qui se 
sont distingués dans l'administration 
des diverses fonctions de la curie ro- 
maine par leur prudence et leur droi- 
ture; 

« 2° D'un certain nombre de con- 
sulteurs, pris parmi les membres du 
clergé régulier et séculier, remar- 
quables par leur savoir et leur ca- 
ractère ; 

« 3° D'un certain nombre de réfé- 
rendaires qui portent le nom de qua- 



!/9 



LND 



lificatcurs dans la congrégation do 
l'Inquisition. 

« La congrégation de l'Inquisition 
a eu outre un président, qui porte le 
nom d'assesseur, et un Dominicain 
comme commissaire. L'assesseur per- 
pétuel, assessor perpetuus, de la con- 
grégation de l'Index est le maître du 
sacré palais, magister sacri palatii ; 
le secrétaire est toujours un Domi- 
nicain. Cette congrégation est dirigée 
par un cardinal, sous le titre de pré- 
fet. Aucun livre ne paraît dans l'Index 
qu'après avoir fait l'objet d'un rap- 
port détaillé et écrit, qui est présenté 
par au moins un des référendaires, 
choisi parmi les qualificateurs au 
courant de la matière, dans une réu- 
nion des consulteurs. C'est sur ce 
rapport que se prononce ensuite la 
congrégation des cardinaux; son ju- 
gement est ratifié enfin par le Pape, 
sur l'exposé qu'on lui présente d'après 
les actes de la procédure. Avant qu'on 
en vienne à nommer un rapporteur 
dans la congrégation de I Index, il 
faut que le secrétaire et deux consul- 
leurs aient examiné s'il y a en géné- 
ral un motif d'accusation dans le 
livre en question. Jamais la congré- 
gation ne soumet d'office un livre à 
son examen ; il faut toujours qu'il y 
ait une accusation remise au secré- 
taire. Si l'auteur du livre accusé est 
catholique, l'avis d'un seul rapporteur 
ne suflit pas pour procéder au juge- 
ment ; il faut, quand sur l'avis du 
premier rapporteur les consulteurs 
décident qne le livre sera jugé, qu'un 
second rapporteur soit entendu, et, 
si celui- ei opine pour l'absolution, 
il faut qu'un troisième rapporteur 
soit consulté. Dans ce dernier cas il 
faut que les consulteurs opinent de 
nouveau, avant que l'affaire passe à 
la congrégation des cardinaux, et, en 
outre, quand le second rapporteur 
opine pour le jugement du livre, il 
faut également que les actes soient 
soumis à la congrégation des cardi- 
naux. 

« Que si l'auteur catholique est un 
homme d'un caractère irréprochable 
et qui a une réputation littéraire, ce 
n'est que dans les extrêmes qu'on en 
doit venir à une interdiction totale ,- 



IND 



100 



IND 



dans la règle, et autant que possible, 
on ne doit prononcer qu'une inter- 
diction temporaire, jusqu'à correc- 
tion, donec corrigatur ou doncccxpur- 
getur, et cette sentence elle-même ne 
doit pas être publiée sans qu'on ait 
donné à l'auteur l'occasion de corri- 
ger spontanément sonlivre ou dejus- 
tifier les passages incriminés, ou sans 
avoir commis et écouté dans ce but 
un défenseur d'office. La plus grande 
précaution doit être apportée dans 
le choix des rapporteurs et des con- 
sulteurs, afin d'avoir les plus sûres 
garanties d'impartialité et de capa- 
cité de leur part. Il leur est pres- 
crit, dans l'accomplissement de leur 
devoir, dans le cas où ils ne se senti- 
raient pas suffisamment aptes à ju- 
ger la matière, de le faire savoir au 
secrétaire, et de juger aussi favora- 
blement que possible toute proposi- 
tion obscure qui pourrait être échap- 
pée à un auteur, s'il est catholique 
et d'un bon renom par rapport à sa 
piété et à sa science. 

« Toutes les fois que l'importance 
■tlu cas l'exige, soit par rapport à la 
matière traitée, soit par rapport à la 
personne de l'auteur, soit par d'au- 
tres motifs, c'est le Pape lui-même 
qui préside la congrégation des car- 
dinaux (de l'Inquisition ou deV Index), 
et qui décide la question par son ju- 
gement propre et direct. (1)» 

III. Valeur catholique de l'autohité 
qui ket a l' 'index. 

Citons encore M. de Moyen l'ac- 
compagnant de quelques notes : 

« Ce que, quant aux questions de 
foi et de morale, le Pape rejette dans 
l'exercice de sa fonction pontificale 
suprême, ex cathedra, l'Église entière 
le rejette (2), La croyance que le 

(1) Le Pape' préside toujours la S. Congrêga- 

tion Je l'inquisition, mais il ne signe j i a [es ■• 

crets ai de l'une ui de l'autre : l'authenticité un est 
constatée parla signature du secrétaire. Les décrets 
sont portés au nom du Pape. 

Lb Noir. 

(2) Lorsque M. de Moy s'exprimait ainsi, le con- 
cile du Vatican de 1870 n'avait pas en lien ; mais 
il devait, ud jour, lui donner pleinement raison. Ce 
qu'il v a de remarquable, surtout, c'est que cet au- 
teur pose la question sur son vrai terrain en met- 
tant les deux conditions de Vex cathedra, d'uDe 
part, et du de fide vel moribus, de l'autre. 

Mais, en ce qui est des décretsde mise à l'index, 



Pape ne peut errer dans des déci- 
sions de ce genre repose sur les pro- 
messes du Christ à saint Pierre et à ses 
successeurs; c'est sur la foi en cette 
promesse et sa réalisation infaillible 
qu'est établi tout le Christianisme; il 
s'écroule sans elle. 

m On demande dès lors : Le Pape, 
dans ces décisions, doit-il être consi- 
déré comme absolument infaillible? 
Les auteurs catholiques qui ont le 
plus d'autorité se prononcent de plus 
en plus unanimement et nettement 
pour l'affirmative (1). Qu'il faille 
pour le moins et avant tout se sou- 
mettre à ces décisions, il y a unani- 



faut-il les regarder tons comme venant de l'autorité 
papale parlant ex cathedra, ou faut-il distinguer 
entre ceux qui sortiraient «l'une séance de congréga- 
tion que le Pape a présidée en personne et dont la 
décision est la décision propre et directe du Pape 
lui-même et ceux qui, tout en portant sur une ques- 
tion de foi on de momie, sortiraient d'une congré- 
gation dont la séance ne serait pas présidée par le 
Pape en personne, et dont il ne prendrait pas ex- 
plicitement et formellement la responsabilité ? — 
Nous ne le croyons pas surtout depuis les décisions 
du concile du Vatican : c'est ce que nous exposons 
dans la dissertation préliminaire de notre Bergier 
approprié au mouvement intellectuel de la se- 
conde moitié du XIXe siècle, et aussi dans l'intro- 
duction à ce dictionnaire des décisions romaines. 
Lisez ces dissertations. Ii n mi semble qu'une con- 
grégation établie par le Pape, fonctionnant sous 
ses yeux, surveillée par lui, représente bien Vex 
cathedra pontiScal, et ne saurait émettre officielle- 
ment aucun décret touchant la foi ou la morale qui 
puisse impliquer une erreur catholique ; le décret 
en question, que le Pape ait assisté on n'ait pas 
assisté à la délibération, n'impliquera pas, sans 
doute, une déclaration définitive d'hérésie et d'ex- 
communica'ion comme le ferait une bulle lancée 
ad hoc; mais il n'en sera pas, pour cela, moins 
exempt d'erreur devant l'orthodoxie catholique, et 
moiosiDfaillibbî par le fait. Il sera bien un ex cathe- 
dra, puisqu'il sera un fruit de l'autorité papale 
organisée en tribunal permanent et régulier, pour 
fonctionner quotidiennement. Mais, pour qu'il y ait 
infaillibilité, dans tons les cas, soit de congrégations, 
soit de décisions papales dire* tes.il faut qu'il s'agisse 
d'une matière de fide vel moribus; c'est dans ce 
point capital, qu'il convient do chercher la réponse 
à toutes les difficultés. Quant aux choses pratiques 
de gouvernement ecclésiastique, nous trouverions 
bien osé celui qui prétendrait qu'un tribunal offi- 
ciellement et régulièrement établi par le Pape, 
fonctionnant sous ses yeux et faisant partie de sa 
cour religieuse, n'est pas investi de la souveraineté 
papale elle-même judiciaire ou autre. 

Ls Noir. 

(1) Walter, Manuel du droit ecclés. 9e éd. § 178. 
Phillips, Droit ecclés. t. II, § 89. 

La question a été tranchée en 1870 par le con- 
cile du Vatican. M. de Moy, comme on le voit, 
parlait ici des décisions portéespar les congrégations 
romaines, et ilavait raison. 

La Noir. 



IND 



101 



IND 



mité absolue à cet égard ({) ; mais 
on ne remplit pas ce devoir par le si- 
lence respectueux inventé parles Jan- 
sénistes ; c'est une soumission 
réelle et en conscience, c'est-à-dire 
une subordination sincère de son pro- 
pre jugement, qui est exigée (2). On 
ne peut pas plus admettre la distinc- 
tion inventée par les mêmes sectai- 
res, par rapport aux livres jugés par 
le Pape, entre les opinions doctrinales 
et les questions de fait, pour établir 
si les assertions ou opinions con- 
damnées sont réellement renfermées 
dans le livre dont elles sont ex- 
traites (3). 

« Les fidèles sont tenus en con- 
science à l'obéissance à cet égard, parce 
qu'ils doivent à la vérité d'éviter le 
contact avec l'erreur, dès qu'ils savent 
qu'un jugement sur un livre et son 
rejet se trouvent dans l'Index, sans 
demander d'abord si cette décision a 
été réellement et spécialement pu- 
bliée dan* leur diocèse, et si elle est 
revêtue de l'assentiment du souverain . 
(4). On prétend souvent, il est vrai, 



(1) ZnlUvoin. princ. jur. eccl. t, I, queest. 4 
c. 2,§4. 

Comme il s'agit des décisions touchant la foi ou 
la morale, on ne poui-rait pas dire qu'il y eût obli- 
gation réelle, en bonne logique, de se soumettre, 
6'il n'y avait pos infaillibilité fondamentale, donnant 
la certitude catholique. Supposons une décision de 
science pure, et en matière qui ne suppose point 
cette infaillibilité, y aura-t-il obligation pour la 
raison de se soumettre ? 

La Noir. 

(2) Phillips; 1. c, p. 326. 

Voilà qui rend évidente la déduction que nous ve- 
nons d'éveiller dans la note précédente. Le si- 
lence respectueux supposait la protestation de la 
conscience, qu'on ne manifestait pas par respect et 
pour la paix. Cette protestation silencieuse ne doit 
pas exister; donc l'infaillibilité est supposée. Et 
n'oublions pas qu'il s'agit toujours, primario, des 
décisions pa aies prise* dans les congrégations et 
proclamées par elles. 

(3) Walter, 1. c. note y. Zallwein, 1. c. § 5. 
Quant à ce point du fait dogmatique, le concile 

du Vatican ne l'a pas abordé, en ce qui touche l'in- 
faillibilité ; il n'a décidé celle-ci que sur les doc- 
trines de foi ou de morale qui doivent être tenues 
par la catholicité. Le Noir. 

(4) Walter, I. c. p. 372. Zallwein, I. c. § S. 

Le souverain temporel n'a rien à voir à tout cela, 
dès là qu'il ne s'agit que de foi ou de morale reli- 
gieuse, ou de gouvernement ecclésiastique. Quant 
aux matières étrangères à cet ordre, il n'a, non 

Plus, aucune mission sur la philosophie, la science, 
art; il n'en a que sur la police extérieure de ses 
états, en ne s'occupant nullement des questions de 
Mnseience, et en ne s'occupant de cultes que oour 
protéger également le libre exercice de tnct, an- 
ciens ou nouveaux. Voilà sou droit [ief se. Liz Noir. 



que l'Index romain n'est pas obliga- 
toire, soit en Allemagne, soit en 
France (I); mais cette opinion est 
sans fondement, et son application 
est un abus (2). » 

Nous devons ajouter à ces explica- 
tions que les souverains pontifes ont 
décrété formellement que l'Index con- 
sidéré dans ses deux parties, c'est-à- 
dire dans ses règles générales et dans 
son catalogue, porte des condamna- 
tions qui sont latx sententix et obliga- 
toirespourtousceux du mondeentier, 
sans exception, auxquels la promul- 
gation en sera faite. 

C'est ainsi que Pie IV, dans sa bulle 
Dominici gregis, en dispose pour trois 
mois après la promulgation de cette 
bulle, qui devait être faite et qui fut 
faite à Rome le 24 mars 1564; et il 
ne comprend pas seulement le cata- 
logue, mais l'Index tout entier : Nos 
euim per recitationemhanc, publicatio- 
nem et affixionem, omnes et singulos, 
gui Iris litteris comprehenduntar, post 
tn s menses a die publicationis et affi- 
xiunis earum numerandos , volumus pe- 
rinde cidstrictos, et obligatos esse, ac 
si ipsismet illx editx lectxque fuissent. 

C'est ainsi, encore, que Grégoire XVI 
dans sa lettre encyclique du 8 mai 1 844, 
ne laisse aucun doute sur ce point : 
que les règles générales ne contiennent 
des prohibitions rigoureuses pour 
tous ceux qui en auront connaissance 
oificielle, aussi bien que le catalogue 
lui-même : In communem notitiam re- 
vocatum volumus standum esse genera- 
UIjus regulis et decessorum nostrorum 
decretis, qux indici prolribitorum libro- 
rum prxposita habentur; atque id?: 



(1) Uiihter, Manuel du droit ecelés. cathol. et 
éuaiwel. I. III, p. 1 § 113, n. 5. 

(2) Couf. Zallwein, t. II, quiest. 5, c. 5, § 7. 
On ne peut nier que si un gouvernement tyran- 

niquo empêche violemment la promulgation de 
l'index, ou de toute autre mesure pontificale reli- 
gieuse, dans l'intérieur de ses frontières, si ne ré* 
suite de ce fait pour les sujets l'absence obliga- 
tion d'en tenir compte, puisqu'uoe loi que^onque* 
ne peut obliger que quand elle est officiellement 
connue et promulguée. Mais en droit, M. de Moy a 
raison ; il a raison aussi, quant au fait, pour beau- 
coup d'états, à présent que lus promulgations reli- 
gieuses se font facilement; et si, comme il n'en faut 
pas douter, la liberté finit par s'établir partout, au 
moyen de la séparation des deux ordres et de leur 
indépendance réciproque, loyalement et absolument 
euteuduo, il aura raison pour toute la terre. 

La Noir. 



IND 



Uïl 



ï:;d 



non ab Us tanhtm Ubris cavendum esse, 
qui nominatim in eumdem indveem re- 
lati sunt, sed ab aliisetiam, de quitus 
in commemoratis gentratibus prxsmip- 
tionibus agitur. 

IV. Règles générales de l'index 

Ces règles, qui sont au nombre de 
dix, et dont nous allons donner le texte 
lui-même, ont besoin de quelques dé- 
veloppements que nous emprunterons 
aux Anakcta jnrù pontificii soit en ci- 
tantees Anatecfa, soit en-les résumant : 

l re Règle. — Elle est ainsi conçue: 
Libri ornnes quos, ante annum 1315, 
aut sttmni pontifices, aut concilia œcu- 
menica dumnantnt, et in hoc indice 
non sunt, eodem modo damnati esse 
censcantar, sicut olim damnati fuerunt. 

Cette règle est relative aux livres 
condamnés avaut liil5; ce sont prin- 
cipalement: I' ii-'s écrits des Ariens, 
Macédoniens, Nt-storiens et Euty- 
chiens. 2° Les écrits d'Origène 3°. 
Ceux de Pelage et des Célestins. 4° Ceux 
des Priscillianistes. 5°. Tous les écrits 
enumérés dans le décret de Gélase, es- 
pèce de premier index. 6°. Les ouvra- 
ges de Tbéodoret, de Théodore d.e 
Mopsueste, la lettre d'ibas et les écrits 
monotbélites. 7° Les écrits des Ico- 
noclastes. S° Les livres de Scot Ery- 
gène, Bérenger, Abailard, Arnaud 
de Brescia, Gilbert, labbé Joachim, 
Guillaume de Saint-Amour, Lulle el 
le Def'ensor pacis de Marcile de Pa- 
doue. 9o Les livres thalmudiques. 
10° Les livres de Wiclef. 

II e Règle. — Elle est ainsi conçue : 
Jlxresiarcharum ejui post prxdictum 
annum hxreses invenerunt vcl suscita- 
runt, ijuam qui hxrcticorum capita aut 
duces sunt vel fuerunt, quales sunt 
Lutherus, Zwinglius, Galvinus, Bultha- 
sar Pacimontainis, Sehwenfeldius, et 
his similcs cujuscumque nominis,Wuli 
aut argumenti existant, onuiino prohi- 
bentur. 

Aliorum autem hxreticorum libri 
qui de religione quidem ex professe, 1 1 uc- 
tant, omnino damnantur. 

Qui vero de religione non tractant, 
a theologis catholicis, jussu episcopo- 
rum et inquisitorum, examinati et up- 
probati permittuntur . 

Libri autem catholice conscripti, tam 
ex illis qui postea in hseresim lapsi 



suntquamah iltis qui post lapsum cl 
Ecctesise gremium rediere, approbati a 
facultate theologica alicujus universi- 

tatis catholicœ vel ab inquisitione gene- 
rali, permitti poterunt. 

Cette règle, qui comprend dans sa 
défense les ouvrages des hérétiques 
postérieurs à Ci 15, et dont elle 
nomme quelques-uns des principaux, 
tels que Luther, Zwingîe, Calvin, 
n'a pas besoin d'un plus grand déve- 
loppement. 

III'- Règle. — Elle est ainsi conçue: 
Versiones scrvptorum etiam ccclesiasti- 
contm, i/u;v hactenus editxsmnta dam- 
natis auctoribus, tnodoviliil contra sa- 
nom doclrinam continuant , permit- 
tuntur. 

Librorum autem vcte7*is testament» 
versiones viris tantum doetis et piis, 
judicioepiscopi, concedi poterunt, mode 
hujusmodi versionibus tanquam eluci- 
dantibus vulgatx editionis, ad inielli- 
gendam sacrum scripUcram, non autem 
tanquam sacro textu utantur. 

Versiones vero novi testamenti ab 
auctoribus primse classis hajus indicis 
factse, nemini concedantur, quia utili- 
taiis parum, periculi vero plurimum 
lectoribus earum lectiones manare solct. 

Si qux vero udnotationes cum hujus- 
modi qux permittuntur versionibus, 
vel cum vuhjata editione circumfcrren- 
tur, expunctis locis suspectis a facul- 
tate theologica alicujus universitatis 
catholicse aut Inquisitione gênerait, 
permitti eisdem poterunt cjuibus et ver- 
siones. 

Quibus conditionibus totum vt>!umcn 
bibliorum, quod vulgo Biblia Vatabili 
dieitur, aut partes ejus, concedi viris 
piis et doetis poterunt. 

Ex bibliis vero IsidoriClariiBrixiani 
prologus et prolegomena prœcidantur; 
ejus Dero textum nemo textum vulgatx 
editionis esse existimet. 

Cette règle qui vise les versions des 
livres saints et des auteurs ecclésias- 
tiques, n'a pas besoin d'explication. 
Elle prohibe seulement les versions 
du [Nouveau Testament par les au- 
teurs de la I ro classe indiquée par 
l'Index. 

IV e Règle. — Elle est ainsi conçue : 
Cum expérimenta manifestum sit, si 
saci'a biblia vulgari lingua passim sine 
discrimine permittuntur, plus inde, ob 



r:;n 



hominum temeritatem, éetrimenti qimm 
ulilitatis oriri, hac in, parte, judicio 
episcopi mit inquisitoris, stetur, ut, 
cum consitio parochi vel confcssarii, 
bibliorum a catholicis auctoriOus ver- 
sorum lectionem vulgari firigua cis con- 
cedere possi?it quus intellexerint ex hu- 
jusmodi lectione non damnum, sed 
fidei atque pietatis augmentant, capere 
posse, quam facultatem in scriptis ha- 
beant. 

Qui mitem nbsque tali facultate ca 
légère sett aubère prxsumpserit, mai 
prius bibliis ordinario redditis, pecea- 
torum absolutiencm percipere non pos- 
sit. 

Bibliopolse vero qui prxdùtam faeid- 
tatem non hubcnt, biblia idiomate vul- 
gari conscripta vendiderint, vel alio 
quovismodo concesserint, librorum pre- 
tium in usus pios ab episcopo conver- 
tendum amittant, aliisque pœnis pro 
delicti qualitate ejusdem episcopi arbi- 
trio subjaceant. 

Uegidarcs vero, nonnisi facultate a 
prxlatis suis habita, ea légère aittemere 
possint. 

Cette règle concerne les versions 
des livres saints en langue vulgaire. 
Il est important d'en bien compren- 
dre le texte et de n'en tirer aucune 
conséquence exagérée. 

V e Règle. — Elle est ainsi conçue : 
Libri illi qui hxreticorum auctorum 
opéra intcrdum proieunt, in quitus 
nulla aut pauca de suo appommt, sed 
aliorum dicta colligunt, cujusmodi sunt 
lexica, concordantiœ, apophtkegmata, 
similitudines, indices, el hujusmodi, 
si qux habeant admixta qux expurga- 
tione indigeant, illis, episcopi et inqui- 
sitoris, una cum theologorum catholico- 
rum consilio, sublatis aut emendatis, 
permittantur. 

Celte règle est relative aux lexi- 
ques, concordances, et autres compi- 
lations de ce genre, ayant des héré- 
tiques pour auteurs. Elle ordonne que 
ces livres soient permis après quel- 
ques expurgations s'il en est besoin. 

VI Règle. — Elle est ainsi con- 
çue : Libri vulgari idiomate de contro- 
versiis inter catholicos et hsereticos 
nostri temporis disserentes non passim 
permittantur, sed idem de Us servetur 
quod de bibliis vulgari lingua scriptis 
statutum est. 



Qui vero de ratime berne Vivendi, eon- 
templandi, confitcudi, ac similibus ar- 
gumentes, vulgari sermone conscripti 
sunt, si sanam doctrinam contiueant, 
non est cur prohibeantur, sieuti nec 
sermones populares lingua prohibiti. 

Quod si hactcnus, in aliquo régna 
vel provincia, aliqui libri sunt prohi- 
biti qui nonnulla contineant qux sine, 
delectu ab omnibus leqi non esepcdi'tt, 
sieorum auctores catholiai sunt, pot'- 
qiiam rmrndn'i fu-rinl, permit H ab- 
episcopa et inquùit'jre potentat. 

Celle règle est relative aux livres 
de controverse des catholiques en 
langue vulgaire et aux livres de piété, 

« D'après le texte de la loi, disent 
les Analectes, ceux qui présument de 
lire ou de garder les livres de con- 
troverse en langue vulgaire sans au- 
torisation, ne peuvent pas recevoir 
l'absolution de leurs péchés, tant 
qu'ils ne les rendent pas à l'ordi- 
naire. La disposition de la règle IV » 
l'égard des lihrnires qui vendent des 
bibles vulgaires à ceux qui n'ont pas 
la faculté de les lire, semble s'appli- 
quer aussi aux livres de controverse 
en langue vulgaire ; ces libraires doi- 
vent perdre le prix des livres au pro- 
fit de quelque œuvre pie, au gré de 
l'évèque; et ils sont passibles de 
toutes autres peines que l'évèque 
leur inflige selon la gravité du délit 
Nous croyons inutile d'ajouter que 
les changements apportés dans la 
règle IV par les décrets subséquents 
du Saint-Siège ne regardent pas la 
règle VI, qui reste encore aujour- 
d'hui dans les termes que les Pères 
de Trente ont fixés. 

« La seconde disposition de la Rè- 
gle VI concerne les livres de piété en 
langue vulgaire... Les livres de cette 
sorte sont permis indistinctement, 
s'ils remplissent d'ailleurs les condi- 
tions de la règle X, comme on dit 
plus loin ; et il n'y a aucnne raison 
de les prohiber. Ce point ne com- 
porte pas de difficulté. 

« La troisième disposition de la 
même règle est relative aux ouvrages 
qui ont été prohibés parcf qu'ils con- 
tiennent certaines choses qu'il n'est 
pas à propos de laisser lire à tout le 
monde indistinctement; si les au- 
teurs sont catholiques, l'évèque et 












IND 



104 



IND 



l'inquisiteur peuvent permettre ces 
livres, après qu'ils ont été corrigés. » 

VI e règle. — Elle est ainsi conçue : 

Libri qui res lascivas seuobscenas ex 
professa tractant, navrant aut docent, 
cum non solum fidei, sed morum, qui 
kujusmodi librorum lectione facile cor- 
rimijù soient, ratio habenda sit, omni- 
no prohibentur, et qui eos habucrint 
tevere ab episcopis puniantur. 

Aniiqui vero ab ethnicis conscripti 
propter sermonis elegantium et pro- 
prietatem permittuntur; tailla tamen 
ratione pueris prxlegendi erunt. 

Celte règle concerne les livres obs- 
cènes et immoraux ; elle les défend, 
mais en admettant pourtant une ex- 
ception en faveur des anciens livres 
païens à cause de l'élégance littérai- 
re ; elle recommande, d'ailleurs, de 
de ne paslesdonncràlireauxenfants. 

VIII e règle. — Elle est ainsi con- 
çue : 

Libri quorum principale argumen- 
tutn bonum est, in quibus tamen obiter 
aliqua inserta sunt quse ad hxresim 
ieu impietatem, dirinationem scu su- 
perstitionem spectant, acatholicis theo- 
logis Inquisitiunis generalis auctoritate 
expurgati, concedi possunt. 

Idem judicium sit de prologis, sum- 
rnariis seu annotationibus qutt,si dam- 
natis auctoribut librii non damnatis 
appositse sunt, sed posthac nonnisi 
cmendati exeudantur . 

Cette règle s'adresse aux livres 
dont le but principal est bon et qui 
renferme néanmoins quelque héré- 
sie, impiété ou superstition; ces li- 
vres doivent être corrigés. Quant aux 
règles de correction, elles sont don- 
nées par Clément VIII dans une ins- 
truction qui vient après. Cette ins- 
truction ajoute qu'il en est de même 
des prologues, sommaires ou annota- 
tions ajoutés par des auteurs con- 
damnés à des livres non condamnés. 
II a été question de cette instruc- 
tion plus baut, ainsi que de celle de 
Benoit XIV. 

IX e RÈGLE. 

Libri omnes et scripta geomnntix, 
hydromuntix, aeromantix, pyromantix 
onomantix, chiromantix, necromantix, 
sive in quibus continentur sortilegia, 
veneficia, auguria, auspicia, incanta- 



tioncs artis magicx, prorsus rejiciun- 
tur. 

Episeopi vero diligenter provideant 
ne astrologix judiciarix libri, tracta- 
tus, indices legantur vel habeantur, 
qui de futuris contingentibus, succes- 
sibus, fortuitisve casibus aut Us ac- 
tionibus qux ab hutnana voluntate pen- 
dent, certo aliquid eventurum afllr- 
mare audent. 

Permittuntur autem judicia et na- 
turales observationes qux navigatiauis, 
agricultures, sue medicx artis juvandx 
gratia, conscripta sunt. 

Cette règle concerne les livres de 
magie et d'astrologie judiciaire. Les 
décrets généraux de Benoit XIV ont 
de leur côté une disposition qui met 
à l'index les livres de bonne aventure 
et de sortilège. 

X* règle. ■ — Elle est ainsi conçue: 

In librorum aliarumque scriptura- 
rum impressione servetur quod in con- 
cilia Laterancnsi, sud Leone X, sessione 
XX, factum est. 

Quare si in ulma urbe Roma liber ali- 
quis sit imprimendus per vicarium 
summi Ponti/icis et sacri palatii magis- 
trum, vel personam a sanctiss. D. de- 
puiandam, prius examinetur. 

In aliis vero locis ad episcopum, vel 
alium habentem scientium libri scripti 
nnyirimendi ab eodem episcopo depu- 
tandum, ac inquisitorem hxreticx pra- 
citatis ejus civitatis vel diœcesis, in 
qua impressio fiet, ejus approbatio et 
examen pertineat, et per vornm manum, 
propria subscriptione gratis et sine di- 
lations imponendam, sub pœnis et cen- 
suris in eodem decrelo eontentis, ap- 
probentur ,hac lege et conditione addita 
ut exemplum libri imprimendi authen- 
ticum, et manu auctoris subscriptum, 
apud examinatorem remaneat. 

Eos vero qui libellos manuscriptos 
vulgant, nisi ante examinati probati- 
que fuerint, iisdcm pœnis subjici dé- 
luré judicarunt Patres deputati qui- 
bus impressorcs, et qui eos habiterint 
et legerint, nisi auctores pr<,dicrint,pro 
auctoribus habeantur. 

Ipsa vero hujusmodi librorum pro- 
batio in scriptis detur, et in fronte li- 
bri, vel scripti, vel impressi, authentice 
appareat, probatioque et examen ac 
extera gratis fiant. 

Prxlerea, in singulis avitatibus ac 



ÏND 



105 



IND 



diœccsibus, domus vel ubi ars im- 
pressoria cxcrcetur, et bibliotliecœ li- 
brorum venalium, ssepius visitentur a 
personis ad id deputandis ab episcopo, 
sive ejus vicario, atque etiam ab inqui- 
sitore hxreticse pravitatis, ut nihil eo- 
rum quse prohioentur aût imprimatur, 
aut vendatur, aut habeatur. 

Omnes vero librarii et quicumque li- 
brorum venditores habeant in suis bi- 
bliothccis indicem librorum venalium 
quos habent, cum subscriptione dicta- 
rum personarum, nec alios libros ha- 
beant, aut vendant, aut quacumque 
ratione iradant sine liceutia eorumdem 
deputatorum, tub pœna amissionis ar- 
bitrio episcoporum vcl inquisitorum 
imponendis ; emptores vero, lectures 
vel impressores eorumdem arbilrio pu- 
niantur. 

Quod si aliqui libros quoscumque in 
aliquam civitatem introducant, tenean- 
tur iisdcm personis deputandis enun- 
tiare, vel, si locus publicus mercibus 
ejusmodi constitutus sit, ministri pu- 
blia ejus prxdictis personis signifi- 
cent libros esse adductos. 

Nemo vero audeat librum quem ipse 
vel alius in civitatem introducit alicui 
legendum tradere, vel aliqua ratione 
alienare aut commodare, nisi ostenso 
prius libro et habita licentia a perso- 
nis deputandis, aut nisi notorie constet 
librum jam esse omnibus permissum. 

Idem quoque servetur ab hxrcdibus 
et executoribus ultimarum voluntatum, 
ut libros a defuncto relictos, sive eorum 
indicem, Mis personi deputandis obé- 
rant, ab iis licentiam obtincant, prius- 
quam eis utantur aut in alias personas 
quacumque ratione eos transférant. 

In his autem omnibus et singulis, 
pœna statuatur, vel amissionis libro- 
rum vel alia, arbitrio eorumdem epis- 
coporumvcl inquisitorum, pro qualitate 
contumacise vel delicti. 

Circa vero libros quos Patres dépu- 
tait aut examinarunt, aut expurgarunt, 
aut expurijandos tradiderunt, aid cer- 
ti$ conditionibus ut rursus excuderen- 
tur concesserant , quidquid illos sta- 
tuisse constiterit tam bibliopolse quam 
cseteri observent. 

Libcrum tamen sit episcopis aut in- 
quisitoribus gencralibus, secundum fa- 
cullatcm quam habent, eos etiam libros 



qui his regulis permitti videntur pro- 
hibere, si hoc in suis regnis, aut pro- 
vinciis, vel diœcesibus, expedire judi- 
caverint. 

Cxterum nomina eorum librorum qui 
a Patribus deputatis purgati, tum eo- 
rum quibus illi hanc provinciam de- 
derunt, eorumdem deputatorum secre- 
tarius notario sacrœ universalis Inqui- 
sitionis Romanse descripta sanctiss. D. 
JV. jussu tradat. 

Ad extremum vero omnibus ftdelibus 
prxcipitur ne quis audeat, contra ha- 
rum regulaium prxscriptum aut hujus 
indicis prohibitionem, libi-os aliquos 
légère aut habere. 

Quod si quis libros hxrcticorum, vel 
cujusvis auctoris scripta ob hxresim 
vel ob falsi dogmatis suspicionem dam- 
nata atque proldbila, legerit sive ha- 
bitent, statim in exœmmunicationis 
sentenliam incurrat. 

Qui vero libros alio nomine interdic- 
tos legerit aut habuerit, prxter peccati 
mortalis reatum, quo afjïcitur, judicio 
episcoporum severe puniatur. 

Cette règle a besoin de plus de dé- 
veloppements que les autres. D'abord, 
elle innove le décret de Léon X 
au V e concile de Latran, décret qui 
constitue le titre de la juridiction des 
ordinaires par rapport à la censure 
des livres, à la révision et à l'appro- 
bation des écrits destinés à l'impres- 
sion. Voici la traduction de ce décret : 
« Afin que ce qui a été inventé sa- 
lutairement pour la gloire de Dieu, 
l'accroissement de la foi, et la propa- 
gation des belles-lettres, ne soit pas 
tourné à des effets contraires, et ne 
devienne pas nuisible au salut des 
fidèles du Christ, nous avons cru 
devoir diriger notre attention sur 
l'impression des livres, en sorte que 
dorénavant les épines ne soient pas 
mêlées aux bonnes semences, ni les 
poisons avec les remèdes. Voulant en 
conséquence régler cette affaire d'une 
manière opportune, avec l'approba- 
tion de ce sacré concile, afin que 
l'imprimerie ait un succès d'autant 
plus prospère, qu'on y mettra dé- 
sormais plus d'attention et de sur- 
veillance ; nous statuons et ordon- 
nons, que désormais et dans tous les 
temps futurs à perpétuité, personne 
ne présume imprimer ou faire im- 



IND 



I 



L"D 



primer un livre ou écriture quel- 
conque, tant dans notre ville, que 
dans les autres cités et diocèses, sans 
que préalablement, les livres ou écri- 
tures qui doivent être imprimés 
n'aient été examinés diligemment, 
dans Rome par notre vicaire et le 
maître du sacré palais, et dans les 
autres villes et diocèses par l'évèque 
ou par un autre qui ait la connais- 
sance de la science, du livre ou de 
l'écrit qu'on doit imprimer, réviseur 
que l'évèque députera à cet effet, et 
par l'inquisiteur de la cité ou diocè e 
où l'impression se fera; et qu'ils 
n'aient élé approuvés au moyen de 
leur subscription, qu'ils y mettront 
de leur propre main, sans délai, et 
gratuitement, sous peine d'excommu- 
nication. Quiconque osera faire au- 
trement, outre la confiscation des 
livres imprimés et leur combustion 
publique, et cent ducats d'amende 
pour la fabrique du prince des apôtres 
de Rome, sans espoir de rémission, 
et la suspense du métier d'imprimeur 
pendant un an entier, il encourra la 
peine d'excommunication; et enfin, 
la contumace continuant, qu'il soit 
châtié par son évèque, ou par noire 
vicaire respectivement, de manière 
que son exemple détourne les autres 
de tenter de pareils forfaits.... Donné 
à Rome l'an 1515 de l'incarnation du 
Seigneur, 3 mai, troisième année de 
notre pontificat. » 

La règle X ajoute, pour obvier aux 
fraudes, qu'une copie autbentique de 
l'ouvrage, signée par l'auteur, doit 
rester entre les mains du réviseur; 
elle « étend, disent les analectes, le 
décret de LéonX à la divulgation de 
tous les manuscrits indistinctement, 
qv.A qu'en soitlesujet : Eosvcro, qui 
libcllos manuscriptos intlgant, etc. ; » 
elle ordonne que ceux qui lespublient 
soient regardés comme les auteurs, s'ils 
ne nomment pas ceux-ci ; « Léon X, 
disent les analectes, avait exigé que 
l'approbationdes réviseurs fût donnée 
par écrit, et le concile de Trente avait 
prescrit qu'elle comparût authenti- 
quement clans les livres qui traitent 
des choses sacrées; la règle X étend 
cette disposition à tous les livres sans 
exception, en ces termes : lpsa vero 
hujusmodi, etc. 



disent les analecta, 
visiter fréquemment 



Puis viennent les prescriptionrvraiJ 

ment nouvelles qui appartiennent à 
la règle X. 

« Cette règle 
recommande dt 

les imprimeries et les librairies, pour 
enipèciier que rien de prohibé ne 
s'imprime ou ne se vende. C'est aux 
évèques et aux inquisiteurs, où à l'é- 
vèque et a ses délégués, la ou il n'y 
a pas d'inquisiteur, que ce soin est 
confié : l'nckrca in singulis etc. 

« La règle X exige en outre que 
les libraires aient le catalogue des 
livres qu'ils vendent, signé par les 
députés ecclésiastiques; et qu'ils ne 
puissent pas en vendre d'autres, sous 
peine de confiscation et autres châ- 
timents au gré de l'évèque, pour eux 
et pour les acheteurs : Omnes vero 
lïbrarii, etc. 

« La règle X, enfin, défend de lire 
ou d'avoir des livres contrairement 
aux prescriptions des règles : Ad 
extremum vero omnibus fidelibus prxci- 
pitur, ne quis audeat contra harum 
regularum pr&scriptum, aut hujus In- 
dicis prohibition: m, libres alios légère, 
authâbere. La défenses'adresse à tous 
les fidèles, et n'admet pas d'exception ; 
La preuve eu est dans la Bulle Domi- 
nici gregis de Pie IV qui promulgue 
les règles générales de l'Index : inhi- 
bentes omnibus et singulis tam eccle- 
siasticis personis, ssecularibus et regu- 
laribus, cujuscumque gradus, ordinis, 
et dignitatis sint, quam laids quo- 
cumque honore ac dignitate prxditis, 
ne quis contra curum regulnrum prxs- 
eriptum aut ipsius prohibitionem In- 
dicis , libros ullos légère , habereve 
audeat. 

« La bulle Cum pro munere publiée 
par Pie IV le même jour que celle de 
l'Index révoqua de plus toutes les 
facultés d'avoir et de lire les livres 
des hérétiques ou suspects d'hérésie, 
que le Saint-Siège avait accordées 
aux ecclésiastiques et aux laïques de 
tout état, grade, ordre, et condition, 
même constitués en dignités épisco- 
pale, archiépiscopale ou supérieure. 
Les cardinaux eux-mêmes ont besoin 
de la permission du Pape pour pou- 
voir lire les livres prohibés. Pie IV 
l'accorda, par la bulle Cum inter cri- 
mina, à ceux qui font partie de la 



JXD 



107 



IND 



r«T!2Té^.TÎion du Saint-Office. Cenx 
de la Congrégation de l'Index ont la 
même faculté, en vertu de la bulle 
Immcnsa de Sixte V, qui ne fit que 
confirmer en cela la concession ex- 
primée dans la bulle Ut pestiferarum 
opinionum de GrégoirèXUI, du 13 sep- 
tembre 1572. Il existe des exem- 
plaires de cette bulle, imprimée à 
Home en cette même année. » 

Les analccta donnent la liste des 
livres qu'il est défendu de lire et d'a- 
voir sous peine d'excommunication 
ipso facto, en vertu de cette disposi- 
tion de la règle X : Quod si quis li- 
bres hxreticuvum, vcl cujusvis aucto- 
ris scrtpta, ob kxresim, vcl ob falsi 
doqmath suspicionem damnata algue 
prohibita îegerit, sive habuerit statim 
in excommunicationis sententiam in- 
curvât. Voici cette liste : 

« 1 . Les livres condamnés sons 
cette peine, avant l'année 1515. On 
doit les regarder aujourd'hui comme 
étant proscrits de la même manière 
qu'autrefois. 

« 2. Tous les livres des hérésiar- 
ques, postérieurs à l'année 1515. Ils 
sont prohibés pour hérésie ou pour 
suspicion de faux dogme. 

« 3. Les versions des saints Pères 
et autres écrivains ecclésiastiques, si 
elles ont des choses contraires à la 
saine doctrine. De même les ver- 
sions de la Bible, par des auteurs 
condamnés ainsi que leurs notes sur 
les saints livres (règ. 2, 3, 10). 

« 4° Les lexiques et les concor- 
dances des hérétiques, jusqu'à ce que 
les évêques les aient fait corriger (règ. 
5. décret, prœv. §l,n. 10). 

« 5. Les prologues, sommaires et 
annotations d'auteurs condamnés sur 
des livres qui ne le sont pas, excepté 
après expurgation (règ. 8 et 10.). 

« 6. Les livres dont l'argument 
principal est bon, et qui contiennent 
néanmoins certaines choses héréti- 
ques, jusqu'à ce qu'ils aient été 
corrigés. 

i 7. Tous les livres de magie et 
d'astrologie judiciaire, comme sus- 
pects d'hérésie. 

« Mais m aucun cas, l'excommuni- 
cation encourue ipso facto n'est réser- 
vée au Pape en vertu des règles gé- 
nérales, quoiqu'elle le soit par la 



bulle in M'na Domini relativement 
aux livres des hérétiques et des apos- 
tats qui traitent expressément de re- 
ligion. » 

Quant à ceux qui ne sont pas con- 
damnés sous peine de péché grave, 
sub gravi, en voici la liste d'après 
les mêmes analectes : 

« 1. Les bibles en langue vulgaire, 
à moins qu'on n'ait l'autorisation re- 
quise, d'après le conseil des confes- 
seurs ou des curés. L'obligation est 
grave, puisque la règle IV prescrit 
de refuser l'absolution à ceux qui les 
lisent sans permission , jusqu'à ce 
qu'ils les restituent. Les religieux 
doivent avoir la permission de leurs 
prélats. La peine est plus sévère à 
l'égard des libraires qui vendent les 
bibles vulgaires à ceux qui n'ont pas 
la faculté de les avoir : Bibliopolx 
vero, qui prxdictam facultatem non 
habenti Biblia idiomate vulgari con- 
scripta vendiderint , vel alio quovis 
modo concesserint, hbrorum prxtium, 
in usus pios ab episcopo convertendum, 
amittant ; aliisgue pœnis, pro delicti 
qualitatc, ejusaem epi&copi arbitrio, 
subjaceant (Keg. 4). 

« 2. Les livres en langue vulgaire 
sur les controverses entre les catholi- 
ques et les hérétiques de notre temps, 
sont assimilés aux bibles vulgaires, 
selon la règle VI. 

« 3- Les livres qui traitent ex pro- 
fessa de choses obscènes ou lascives, 
sont prohibés entièrement par la rè- 
gle VII ; et les évoques doivent punir 
sévèrement ceux qui les ont. On en- 
tend par là, ceux qui otfensent direc- 
tement etnotnblemenU'honnèteté des 
mœurs. Quant aux romans qui pous- 
sent aux passions illicites et au mal, 
sans enseigner ouvertement l'impu- 
dicité, ils ne sont pas compris dans 
la loi positive, quoiqu'ils soient dé- 
fendus par le droit naturel. 

« 4. La même classe comprend la 
plupait des prohibitions exprimées 
dans les décrets généraux de Be- 
noit XIV, et surtout celles des trois 
derniers paragraphes. La peine ne 
s'ttendant pas dans la même propor- 
tion que la loi, Heymans (p. 283) 
doute que les livres proscrits par ces 
décrets pour hérésie ou pour suspi- 
cion de faux dogme, soient prohibés 



1 

1 






Ii\D 



108 



IND 



sous peine d'excommunication. Quoi 
qu'il en soit, il y a, pour les autres, 
prohibition expresse , en matière 
grave. C'est ain.-i que sont censés 
défendus les écrits sur certaines ma- 
tières prohibées (§ 2) et les images 
et indulgences apocryphes (S 3). 

« 5. A l'exception des litanies com- 
munes et de celles de la sainte Vierge, 
toutes les autres sont proscrites et 
défendues par les décrets de Be- 
noit XIV, comme on a dit ci-dessus. 
De même, toutes les additions laites 
au rituel romain après la réforme de 
Paul V, sans apprubation de la Sacrée 
Congrégation des Rites; ainsi que 
toutes les bénédictions ecclésiasti- 
ques qu'elle n'a pas approuvées, et 
les autres articles énumérés ci-dessus. 
Le dernier concerne les rosaires nou- 
vellement inventés : Rosaria qux- 
cumrjue de novo inventa, aut inve- 
nienda, sine opportuna S. Sedis facul- 
tate , quitus authenticum Rosarium 
Dco, et B. Marix virgini sacrum an- 
tiquaretur. Ces nouveaux Rosaires 
sont à VIndex. Chaque transgression 
des décrets généraux constitue une 
faute gra\e, et rend passible des 
peines que les évoques doivent infli- 
ger, selon la gravité des délits. Il y 
a prohibition expresse de lire et d'a- 
voir ces litanies, additions du Ri- 
tuel, offices, et rosaires non approu- 
vés. « 

Après ce traité sommaire de l'In- 
dex, il ne resterait plus guère qu'à 
présenter au lecteur le catalogue lui- 
même des livres condamnés; mais ce 
catalogue forme un ouvrage à part 
qu'il faut consulter. L'abbé Migne, 
par exemple, l'a publié à la fin de 
son Dictionnaire des hérésies . 

(Ex trait de notre Dictionnaire des 
décisions romaines). 

Le Noir. 

INDIFFÉRENCE. On appelle liber- 
té d'indifférence le pouvoir que nous 
avons d'acquiescer ou de résister à un 
motif qui nous excite à faire telle 
action, le pouvoir de choisir entre 
deux motifs, dont l'un nous porte 
à l'action et l'autre nous en dé- 
tourne. 

Les philosophes, qui soutiennent 
le fatalisme, traitent de chimère et 



d'absurdité cette indifférence. Si nous 
étions, disent-ils, indifférents aux 
motifs qui nous déterminent, ou nous 
n'agirions jamais, ou nous agirions 
sans motif, au hasard; nos actions 
seraient des effets sans cause. Mais 
c'est une équivoque frauduleuse que 
de confondre ['indifférence avec l'in- 
sensibilité. Nous sommes sensibles, 
sans doute, à un motif lorsqu'il 
nous détermine , mais il s'agit de sa- 
voir s'il y a une liaison nécessaire 
entre tel molif et tel vouloir ; 
si quand je veux par tclmotif, ilm'est 
impossible ou non de vouloir autre 
chose malgré le motif, ou de préfé- 
rer un autre motif à celui par lequel 
je me détermine à agir. Dès que l'on 
suppose que j'agis par tel motif, on 
ne peut plus supposer que ce motif 
ne me détermine pas, ces deux sup- 
positions seraient contradictores ; 
mais on demande si, avant toute sup- 
position, mon vouloir est tellement 
attaché aux motif, que le nonvouloir 
soit impossible. Dès que l'on sort de 
la question ainsi proposée, l'on ne 
s'entend plus. 

Or, les défenseursde la liberté sou- 
tiennent qu'entre tel motif et tel vou- 
loir il n'y a point de connexion phy- 
sique et nécessaire, mais seulement 
une connexion morale qui ne nous 
ote point le pouvoir de résister ; que 
les motifs sont la cause morale et non 
la cause physique de nos actions. 

Parce que l'on dit qu'un motif 
nous détermine, il ne s'ensuit pas que 
ce soit le motif qui agisse, et qu'a- 
lors nous sommes passifs; il est ab- 
surde de supposer qu'une faculté ac- 
tive, telle que la volonté, devient pas- 
sive sous l'influence d'un motif, que 
ce motif, qui n'est dans le fond qu'une 
idée ou une réflexion, nous meut et 
agit sur nous comme nous agissons 
sur un corps auquel nous imprimons 
le mouvement. 

Cette question métaphysique se 
trouve liée à celle qui est agitée 
entre les théologiens, pour savoir de 
quelle manière la grâce agit sur nous 
et en quel sens elle est ceiuse de nos 
actions. Ceux qui soutiennent qu'elle 
en est la cause physique doivent, s'ils 
raisonnent conséquemment, supposer 
entre la grâce et l'action qui s'ensuit 



I.\D 



10!) 



LND 



la même connexion qu'il y a entre une 
cause physique quelconque et son 
effet. Connue, selon tous les physi- 
ciens, cette connexion est nécessaire, 
on ne conçoit plus comment l'action 
produite par la grâce peut être libre. 
C'est ce qui détermine les autres 
théologiens à n'envisager la grâce que 
comme came morale de nos actions, 
et à n'admettre entre cette cause et 
son effet qu'une connexion morale, 
telle qu'il faut l'admettre entre toute 
action libre et le motif par lequel 
elle se fait. 

C'est Dieu, sans doute, qui agit en 
nous par la grâce; mais il rend son 
opération si semblable à celle de la 
nature, que souvent nous sommes 
hors d'état de les distinguer. Lorsque 
nous faisons une bonne action par 
un motif surnaturel, nous nous sen- 
tons aussi agissants, aussi libres, 
aussi maîtres de notre action, que 
quand nous la faisons par un motif 
naturel, par tempérament ou par 
intérêt; pourquoi nous persuaderions- 
nou< que Dieu trompe en nous le 
sentiment intérieur, qu'il nous affecte 
comme s'il nous laissait libres, pen- 
dant qu'il n'en est rien? Nous ne 
sommes pas moins convaincus, par 
ce même sentiment intérieur, que 
souvent nous résistons à la grâce avec 
autant de facilité que nous résistons 
à nos goûts et à nos penchants natu- 
rels. Rien ne manque donc à ce té- 
moignage de la conscience, pour nous 
donner une certitude entière de notre 
liberté, sous l'influence delà grâce (1 ). 

Il ne faut jamais oublier le mot de 
saint Augustin, que la grâce nous 
est donnée, non pour détruire, mais 
pour rétablir en nous le libre ar- 
bitre 2). 

Les pélagiens abusaient destermes, 
lorsqu'ils faisaient consister le libre 
arbitre dans {'indifférence entre le 
hien et le mal ; ils entendaient par là 
une égale inclination vers l'un et 
l'autre, une égale facilité de choisir 
l'un ou l'autre. Saint Augustin, Op. 
xmp., 1 3, n. 109, 110, 117; Lettre de 

{1) Très-bon raisonnement. V. DÉTBftiimsMB, 

(î) Cette thèse de S. Augustin est aussi Traie que 

profoûde ; toute la philosophie théologique de la 

gr&ce est un panthéisme ratiunnel dans lequel la 

personnalité libre est conservée avec soin. Lu Nota. 



saint Prosper, n. 4. Ils concluaient 
de la que la grâce qui oterait cette 
indifférence détruirait le libre arbitre. 
Saint Augustin soutint contre eux, 
avec raison, que par le péché d'Adam 
l'homme a perdu celle heureuse in- 
différence, ou celte grande liberté ; 
que, par la concupiscence, il est porté 
plus violemment au mal qu'au bien ; 
que, pour rétablir l'équilibre, il abe- 
soin de la grâce. Ceux qui ont accusé 
saint Augustin d'avoir méconnu le 
libre arbitre, en soutenant la néces- 
sité de la grâce, ont entendu sa doc- 
trine aussi mal que les pélagiens. 
Voye; Liberté. 

Bergier, 

INDIFFÉRENCE DE RELIGION. 
Elle consiste à soutenir que toutes 
les religions sont également bonnes; 
que l'une n'est ni plus vraie ni plus 
avantageuse aux hommes que les 
autres, que l'on doit laisser à chaque 
peuple et à chaque particulier la li- 
berté de rendre à Dieu tel culte qu'il 
lui plait, ou même de ne lui en rendre 
aucun, s'il le juge à propos. C'est 
la prétention commune des déistes. 
Les athées, encore plus prévenus, 
soutiennent que toute religion quel- 
conque est essentiellement mau- 
vaise et pernicieuse aux hommes, 
qu'elle les rend insensés, intolérants, 
insociables. Ce n'est pas ici le lieu 
de réfuttr cette impiété. Nous devons 
nous borner à faire voir que l'indiffé- 
rence prèchée par les déistes ne vaut 
pas mieux. 

1° Elle suppose ou que Dieu n'exige 
aucun culte, ou que s'il en veut un, 
il n'a pas daigné le prescrire ; qu'il 
approuve également le théisme et le 
polythéisme, les superstitions des 
idolâtres et le culte le plus raison- 
nable, les crimes par lesquels les na- 
tions aveugles ont prétendu l'hono- 
rer, et les vertus dans lesquelles les 
peuples mieux instruits font consis- 
tera religion. C'est blasphémer évi- 
demment contre la providence, la sa- 
gesse et la sainteté de Dieu. Cette er- 
reur est combattue d'ailleurs par le 
fait éclatant de la révélation. Il est 
prouvé que, depuis le commencement 
du monde, Dieu a prescrit aux 
hommes une religion, qu'il a veilla 



ir,'D 



i;o 



IND 



à sa conservation, qu'il en a renou- 
velé la publication par Moïse, et d'une 
manière encore plus authentique par 
Jésus-Christ. Les déistes ne sont pas 
encore venus à bout d'en détruire les 
preuves, etils n'y|parviendrontjamais. 
2° Ils prétendent qu'une religion 
pure et vraie ne contribue pas plus 
au bonheur des peuples ni au bon 
ordre de la société qu'une religion 
fausse ; que l'une cl l'autre pro- 
duisent à peuplés les mêmes effets. 
C'est comme si l'on soutenait qu'il 
n'importe à aucune nation d'avoir 
une législation sage plutôt que des 
lois vicieuses, puisque la religion fait 
essentiellement partie des lois. Les 
meilleures lois ne peuvent régler les 
iiin'urs, lorsque la religion est ca- 
pable de lescorrompre. Jamais l'on n'a 
trouvé de bonnes lois chez un peuple 
dont la religion était mauvaise. 

La comparaison que l'on peu! faire 
entre l'état des nations chrétiennes 
et le sort des peuples qui suivent de 
fausses religions, suffit pour démon- 
trer combien la religion influe sur les 
lois, les mœurs, les usages, le gou- 
vernement, la félicité des nations. Il 
en résulte que l'indifférence des 
déistes pour la religion provient de 
leur indifférence pour le bien général 
de l'humanité. Pourvu qu'ils soient 
affranchis du joug de la religion, peu 
leur importe que les hommes soient 
raisonnables ou insensés, vertueux 
ou vicieux, heureux ou malheureux. 
Pour pallier cette turpitude, ils se 
sont vainement efforcés de déguiser 
la stupidité, l'abrutissement, les dés- 
ordres, l'oppression et l'avilissement 
des Chinois, des Indiens, des Guèbres 
ou Parsis, des Turcs, des sauvages. 
Ils ont osé soutenir qu'à tout prendre 
l'état de ces peuples était aussi heu- 
reux que celui des nations chré- 
tiennes. Toutes leurs impostures ont 
été réfutées par. des preuves positives 
auxquelles ils n'ont rien à répliquer. 
D'autres ont cru faire une heureuse 
découverte, en soutenant que la reli- 
gion doit être relative au climat, au 
génie et au caractère particulier de 
chaque peuple ; qu'ainsi la même 
religion ne peut pas convenir dans 
toutes les contrées de l'univers. On 
leur a fait voir que depuis dix-sept 



cents ans le Christianisme a les 
mômes influences et produit les 
mômes effets dans tous les climats et 
partout où il s'est établi : en Asie et 
en Afrique, aux Indes et à la Chine, 
en Europe et en Amérique, sous la 
zone torride et dans les glaces du 
Nord; qu'au contraire, les fausses re- 
ligions ont causé de tout temps les 
mêmes désordres et la môme barba- 
rie partout où on lésa suivies. Voyez 
Climat. 

3° Une expérience aussi ancienne 
que le monde prouve qu'un peuple 
sauvage ne peut être civilisé que par 
la religion; aucun législateur n'a 
réussi autrement. Tous ont compris et 
ont démontré, parleur exemple, que 
c'est la religion qui donne la sanction 
et la force aux lois, qui inspire le pa- 
triotisme et les vertus sociales, qui 
attache un peuple à sa terre natale, à 
ses foyers, à ses concitoyens. Adorer 
les mêmes dieux, f; équenter les mômes 
temples et les mômes autels, partici- 
per aux mêmes sacrifices, être liés 
par les mêmes serments : telle est la 
base sur laquelle ont étèfondées toutes 
les institutions civiles, tels sont les 
gages pour lesquels les nations ont 
résisté aux plus rudes épreuves, ont 
bravé tous les dangers, ont prodigué 
leurs biens et leur vie. Vous bâtirez 
plutôt une ville eu l'air, dit Plutarque, 
que d'établir une société civile sans 
dieux et sans religion. Contre Colotés, 
c. 28. Quand ou dit une reliijiuu, l'on 
entend tels dogmes, telle morale, telles 
cérémonie^ particulières : ne tenir à 
aucune, c'est n'avoir point de religion. 
L'on ne nous persuadera pas que 
les déistes sont plus éclairés et plus 
sages que les fondateurs des lois et 
des empires, personnages honorés 
avec raison comme les bienfaiteurs 
de l'humanité. Les déistes n'ont rien 
fait et ne feront jamais rien; ils ne 
savent que censurer et détruire. 

4° Ils disent que donner à une re- 
ligion la préférence sur les autres, 
c'est fournir à ceux qui la professent 
un motif ou un prétexte de haïr tous 
ceux qui en suivent une autre; que 
de là sont nées les antipathies natio- 
nales, les guerres de religion, et tous 
les fléaux de l'humanité. 
A. cette belle spéculation nous ré- 



IXD 



ni 



LN'D 



pondons qu'il est aussi impossible à 
un peuple de oe pas donner à la re- 

ligion qu'il professe la préférei sur 

ir. mitres, que de ne pas préférer son 

, se lois, ses mœurs, ses cott- 
niiiir-, ,i celles des autres nations. Le 
raisonnement des déistes, adopté par 
,es alliées, ne tend pas à, moins qu'à 
bannir de l'univers toute religion 
quelconque et toute connaissance de 
la Divinité. Est-il démontré aux déis- 
tes qu'alors les hommes ne se haï- 
raient plus et ne se feraient la guerre? 
Ils feraient cent fois pis. 

Indépendamment de la diversité des 
religions, la différence des climats, 
du langage, des mœurs, des coutu- 
mes, la vanité et la jalousie, les inté- 
rêts de possession et de commerce, sont 
pins que suffisants pour mettre aux 
prises les nations et perpétuer entre 
elles les inimitiés. Les nations de l'A- 
mérique septentrionale, qui n'ont ni 
possesssions, ni troupeaux, ni éta- 
nents, ni temples, ni autels à 
conserve! ou à défendre, vivent dans 
i re presque conti- 
nuelle sans qu'ils puissent en donner 
d'autri' raison que le point d'honneur 
et le désir de continuer les querelles 
soutenues parleurs pères. Les guerres 
n'étaient pas moins fréquentes entre 
les nations de l'Europe, lorsque toutes 
professaient le catholicisme. Avant 
d'avoir changé de religion, les Anglais 
n'étaient pas plus nos amis qu'ils le 
sont aujourd'hui; et quand ils rede- 
vi miraient catholiques, ils n'en se- 
raient pas mieux disposés à nous ai- 
mer. « Mon père sortirait du tom- 
» beau, disait nn paysan espignol, 
» s'il prévoyait une guerre avec la 
» France. » Il y a des antipathies hé- 
réditaires, non-seulement entre une 
nation et une autre, mais entre les 
habitants des provinces d'un même 
royauume, souvent entre les habi- 
ta:, ts de deux villase* voisins. 

« La guerre, dit Ferguson, n'est 
ii qu'une maladie de plus, par la- 
» quelle l'Auteur de la nature a voulu 
v que la vie humaine put è re ter- 
* .iiinée. Si on parvenait une fois à 
» étoulïerdansune nation l'émulation 
» que lui donnent ses voisins, il vrai- 
» semblable que l'on verrait en même 
» .emps chez elle les liens de la so- 



>> ciété se relâcher ou se rompre, et 
» tarir la source la plus féconde des 
« occupations et des vertus nationa- 
» les. » Essai sur l'Histoire de la So- 
civile, l rc part., chap. 4. 

i> Si l'on imagine que l'indifférence 
i/< religion rend les déistes plus pai- 
sibles, plus indulgents, plus tolérants 
que les croyants, l'on se trompe très- 
furt. Ils tiennent à leur indifférence, 
qui n'est, dans le fond, qu'un pyr- 

; li-me orgueilleux, avec plus d'o- 

iàtreté que 1rs chrétiens les plus 
z i ■ i •'• - ne ti unont à leur religion. On 
peut en juger par le caractère malin, 
satirique, hargneux, détracteur, hau- 
tain, qui perce, dans tous leurs ou- 
vrages. Tout leur pouvoir se borne à 
médire et à calomnier; ils en usent 
de leur mieux contre les vivants et 
les morts ; s'ils pouvaient davantage, 
ils ne s'y épargneraient pas; ils em- 
; aéraient la violence pour établir 
I ndifférence ; et par zèle pour la to- 
lérance, ils seraient les plus intolé- 
rants de tou> les hommes; les athées 
mêmes leur oîil reproché cette con- 
tradiction. 

0° La religion fournit aux hommes 
des raisons et des motifs de tolérance et 
decharitémutuelle plus solidcsetplus 
touchants que l'indifférence absurde 
des déistes. Elle dit aux hommes 
que, quelque divisés qu'ils soient de 
croyance et de mœurs, ils sont cepen- 
dant créatures du môme Dieu, enfants 
du même père, issus d'une même fa- 
mille, rachetés tous par le sang de 
Jésus-Christ, destinés tous au même 
héritage; qu'en venant au monde, ce 
divin Sauveur a fait annoncer aux 
hommes la paix et non la guerre: 
qu'il est venu non les diviser, mais 
les réunir, détruire le mur de sépa- 
ration qui les divisait, et dissiper leurs 
inimitiés dans sa propre chair. Eph., 
c. 2, f 14. 

Elle dit au chrétien que le bonheur 
qu'il a de professer la vraie religion 
est une grâce que Dieu lui a faite et 
une faveur qui ne lui était pas due ; 
que ce bienfait, loin de lui donner 
droit de haïr ou de mépriser ceux 
qui ne l'ont pas reçu, lui impose au 
contraire l'obligation de les plaindre, 
de prier pour eux, d'implorer en leur 
faveur la même miséricorde par la 



IND 



112 



IND 



quelle il a été prévenu; que telle est 
la volonté de Dieu et de Jésus-Christ, 
Sauveur et Médiateur de tous ies 
hommes. I Tim., cap. 2, f 2, etc. 

Elle nousmontre, dans Jésus-Christ, 
le parfaU modèle de la lolérance et 
de la charité universelle. Ce divin 
Sauveur n'a point approuvé l'anti- 
pathie qui régnait entre les Samari- 
tains et les Juifs ; il l'a condamnée au 
contraire par la parabole du Samari- 
tain; il a réprimé et blâmé le faux 
zèle de ses disciples, lorsqu'ils voulu- 
rent faire descendre le feu du ciel sur 
des incrédules de, Samaric; il n'a pas 
dédaigné d'instruire les habitants de 
cette contrée et d'y opérer des mira- 
cles ; il en a même accordé plusieurs 
à des païens. En ordonnant à ses 
apôtres d'aller instruire et baptiser 
toutes les nations, il a témoigné hau- 
tement qu'en offrant son sang pour la 
rédemption du genre humain, il n'a 
excepté personne. 

Cette même religion nous dit que 
le meilleur moyen de convertir les 
mécréants n'est pas de leur témoi- 
gner de l'aversion ou du mépris, mais 
de les toucher et de les gagner par la 
douceur, par la patience, par la per- 
suasion; que la preuve la plus con- 
vaincante que nous puissions leur 
donner de la sainteté et de la divinité 
du Christianisme, est de leur mon- 
trer la charité compatissante et le 
tendre zèle qu'il inspire. I Pétri., 
c. 3, ^ 9, 15. etc. C'est par là que 
cette religion divine s'est établie; 
c'est donc aussi par ce moyen qu'elle 
doit se perpétuer et triompher de la 
résistance de ses ennemis. 
! Si les incrédules concluent de ces 
touchantes leçons qu'il leur est donc 
permis d'insulter, de calomnier, d'ou- 
trager les chrétiens, sans que l'on ait 
droit de les punir, ils se montrent 
par là même d'autant plus dignes de 
punition : lçs préceptes de charité 
évangélique ne vontpoint jusqu'à ôter 
à ceux qui gouvernent le pouvoir 
de châtier les insolents et les malfai- 
teurs. 

Au reste, les sophismes par lesquels 
les déistes veulent prouver la néces- 
sité de l'indifférence en fait de religion 
ne sont qu'un réchauffé de ceux par 
lesquels les protestants, les sociniens, 



les indépendants, etc , ont tâché d*é 
tablir la tolérance universelle, qui est 
précisément la même chose sous ud 
autre nom. Voyez Latitudinaihes. 
Bergier. 

INDUCTION (courants d') ou COU 
RANTS INDUITS. (Theol.mixt. Scien. 
physiq.) — Les courants induits sont 
des manifestations des forces matériel 
les électriques, voltaïques, magne 
tiques, qui sont déterminées par la 
simple présence d'actions électriques, 
voltaïques, etc., et qui sont soumises 
à des lois harmoniques comme tous 
les effets qui se produisent dans la ma 
chine du monde. La science cherche 
et découvre ces lois harmoniques à 
mesure qu'elle avance. 

Ce fut Faraday, en 1831, qui dé- 
couvrit ces influences à distance; et 
il en distingua de trois espèces : les 
courants induits que détermine la pré- 
sence des courants voltaïques ; les cou- 
rants induits, que. dëlavm'me la-présen- 
ce des courants magnétiques ou d'ai- 
mants ; et [es courants induits que dé- 
termine la présence ou le voisinage 
des courants magnétiques terrestres. 
Il appela les premiers courants in- 
duits volta-êlectriques, les seconds cou- 
rants induits magnéto-électriques, et 
les troisièmes courants induits telluri- 
ques. 

Voici une des lois harmoniques qui 
les régissent : 

Quand une des actions que nous 
venons de signaler s'établit dans un 
circuit , il s'établit, par influence , 
dans un circuit voisin, un courant 
instantané de sens contraire; pendant 
qu'il persiste, ce courant cesse de se 
manifester; et au moment ou le cou- 
rant principal, générateur de l'autre, 
cesse, à l'instant même se reproduit, 
dans le circuit, le courant 'nduit, 
mais en même sens. 

Le courant principal est appelé 
courant inducteur, et le courant in- 
duit , qui ne dure qu'un instant, est 
dit courant inverse quand il se pro- 
duit en sens contraire, c'est-à-dire au 
premier moment de la mise en ac- 
tion, et courant direct quand il se 
produit dans le même sens, c'est-à- 
dire au derniermoment de l'action, à 
sa cessation même. 



IND 



113 



IND 



C'est principalement avec les bobi- 
nes de lils de cuivre enrouléesde soie, 
qu'on démontre les courants induits 
et leurs lois. Ce serait sortirde notre 
cadre que d'entrer dans ces détails. 

C'est ainsi que la matière, étudiée a 
tous ses points de vue, se réduit à 
des actions et réactions de forces, 
dont on ne peut se faire d'idée vraie 
qu'en les assimilant a l'esprit. Les 
courants induits, dont nous venons de 
donner une idée, sont des émotions 
déterminées à distance par d'autres 
émotions antérieures. 

Le Noir. 

INDULGENCE , rémission de la 
peine temporelle duc an péché. Cette 
notion de l'indulgence suppose que 
quand le pécheur a obtenu de Dieu, 
par le sacrement de pénitence, la ré- 
mission de la peine éternelle qu'il 
avait encourue, il est encore obligé 
de satisfaire à la justice divine par 
une peine temporelle. Voyez-en les 
preuves au mot Satisfaction. 

Comme c'est- aux pasteurs de l'E- 
glise que Jésus-Christ a donné le 
pouvoir de remettre les péchés, c'est 
à eux aussi d'imposer aux pécheurs 
des pénitences ou satisfactions pro- 
portionnées à leur besoin et à la griè- 
veté de leurs fautes, et il peut y avoir 
des raisons de diminuer la rigueur 
ou d'abréger la durée de ces peines; 
conséquemment c'est au souverain 
pontife et aux évèques qu'il appar- 
tient d'accorder des indulgences. 

On en voit un exemple dans la con- 
duite de saint Paul, dans sa première 
lettre aux Corinthiens, ch. o . Il leur 
avait ordonné de retrancher de leur 
société un incestueux ;dans la seconde 
il consent à user d'indulgence envers 
lui, de peur qu'un excès de tristesse 
ne devienne pour lui une tentation 
de désespoir et d'apostasie, et il 
ajoute : « Ce que vous avez accordé, 
» je l'accorde aussi, et, si j'use d'in- 
» dulgcnce, je le fais à cause de vous 
» et dans la personne de Jésus-Christ, 
» ou comme représentant Jésus- 
>-. Christ. II Cor., c. 2, fr 10. 

Au troisième siècle les montanis- 
tes, au quatrième les novatiens, s'é- 
levèrent, par un faux zèle, contre la 
facilité avec laquelle les pasteurs de 
VU 



l'Eglise recevaient les pécheurs a pé- 
nitence, leur accordaient l'absolution 
et la communion. Pour faire cesser 
leurs clameurs, on poussa fort loin la 
rigueur des pénitences que l'on im- 
posait aux pécheurs avant de les ré- 
concilier à l'Eglise : les canons péni- 
tentiaux dressés pour lors sont très- 
austères. Voyez Canons pénitentiàUX. 
Mais les pasteurs, malgré L'entête- 
ment des hérétiques, continuèrent à 
user d'indulgence envers les pénitents, 
en considération de la ferveur avec 
laquelle ils accomplissaient leur péni- 
tence, et pour d'autres raisons. Ils y 
étaient autorisés par les canons des 
conciles de Nicée, d'Ancyre, de Lé- 
rida, etc. Saint Basile et saint Jean 
Chiysostome approuvent cette con- 
duite. 

Pendant les persécutions, des mar- 
tyrs ou des confesseurs, retenus dans 
les chaînes ou condamnés aux mines, 
demandèrent souvent cette indulgence 
aux évèques en faveur de quelques 
pénitents. On la leur accorda, pour 
honorer leurconstance à souffrir pour 
Jésus-Christ. Comme entre les mem- 
bres de son Eglise tous les biens spi- 
rituels sont communs, l'on jugea que 
les mérites des martyrs pouvaient 
être légitimement appliqués aux pé- 
nitents pour lesquels ils daignaient 
s'intéresser. Mais nous voyons, par 
les lettres de saint Cyprien, que plu- 
sieurs pécheurs abusèrent de cette 
indulgence des martyrs pour se sous- 
traire à la pénitence ; que certains 
confesseurs de la foi accordèrent trop 
aisément des lettres de recommanda- 
tion ou de communion à ceux qui 
leur en demandaient. Le saint évêque 
se plaignait de cet abus des indulgen- 
ces et s'y opposa avec fermeté; mais 
il n'en désapprouve point l'usage en 
lui-même. 

Nous apprenons encore, par une 
lettre de saint Augustin, ad Maced., 
epist. 54, que comme les évèques in- 
tercédaient souvent auprès des ma- 
gistrats, pour obtenir un adoucisse- 
ment à la peine prononcée contre les 
criminels, les magistrats, de leur 
côté, intercédaient aussi auprès des 
évèques, pour obtenir une diminu- 
tion de la pénitence de quelques pé- 
cheurs. Cette correspondance mu- 
8 



IND 



114 



LND 



tuelle de charité ne pouvait que faire 
honneur au Christianisme. 

Après lu conversion des empereurs, 
il n'y eut plus de martyrs qui pus- 
sent intercéder pour les pénitents ; 
mais on ne crut point que la source 
des grâces de l'Eglise fût tarie ou di- 
minuée pour cela. Les mérites sura- 
bondants de Jésus-Christ et des saints 
sont le trésor de cette sainte mère, et 
ce trésor est inépuisable ; elle peut 
donc toujours en faire l'application à 
ses enfants, lorsque cette indulgence 
peut tourner au bien général. C'est 
pour les saints vivants une raison de 
plus de multiplier leurs bonnes œu- 
vres, pour les pécheurs un motif de 
confiance à la communion des saints, 
un engagement à éviter les crimes 
auxquels est attachée l'excommuni- 
cation ; ce n'est donc pas sans fonde- 
ment que l'Eglise a continué l'usage 
des indulgences. 

Bingham, qui applaudit à la pra- 
tique de l'Eglise primitive, qui en 
apporte même les preuves, blâme ce- 
pendant la conduite de l'Eglise ro- 
maine. 1° Dans l'origine, dit-il, il 
était seulement question de remettre 
la peine canonique ou temporelle, et 
non les peines de l'autre vie; 2° l'on 
ne pensait point à faire aux morts l'ap- 
plication de cette indulgence, comme 
on s'en est avisé dans les derniers 
siècles ; 3° sans aucun droit, les papes 
se sont réservé à eux seuls la dispen- 
sation des indulgences. Orig. ecclés., 
liv. 18, ch. 4, § 8 et suiv. 

Mais ce savant anglais nous sem- 
ble raisonner assez mal. En effet, 
l'établissement des peines canoniques 
prouve, contre les protestants, la 
croyance dans laquelle a toujours été 
l'Eglise, qu'après la rénùssion de la 
coulpe du péché et de la peine éter- 
nelle, le pécheur est cependant obligé 
du satisfaire à Dieu par une peine 
temporelle. S'il ne s'en acquitte point 
en ce monde, il faut donc qu'il y sa- 
tisfasse en l'autre. Il est donc impos- 
sible de l'en exempter validement 
pour ce monde, sans que cette indul- 
gence lui tienne aussi lieu pour l'autre 
vie. 

Dès que le pécheur, encore rede- 
vable à la justice divine, est sujet à 
soulfrir dans l'autre vie et qu'il peut 



être soulagé par les prières ou les 
sulfrages de l'Eglise, comme on l'a 
cru constamment dans tous les temps, 
pourquoi l'application qui lui est faite 
des mérites surabondants de Jésus- 
Christ et des saints ne peut-elle pas 
lui valoir par manière de suffrage ou 
de prière? C'est une conséquence né- 
cessaire de l'usage de prier pour les 
morts. Voy. Plrgatoire. 

Les Papes n'ont point ôté aux évo- 
ques le pouvoir d'accorder des indul- 
gences; mais l'Eglise a sagement ré- 
servé aux Papes le soin d'accorder des 
indulgences plénières pour toute l'E- 
glise, parce qu'eux seuls ont juridic- 
tion sur toute l'Eglise. Il est des cir- 
constances dans lesquelles il est à pro- 
pos que les fidèles du monde entier 
lassent, par un concert unanime, des 
prières et des bonnes œuvres, pour 
obtenir de Dieu des grâces qui inté- 
ressent toute la société catholique. A 
qui convient-il mieux de les y enga- 
ger, qu'au père et au pasteur de l'E- 
glise universelle? 

Nous convenons qu'il y a eu des 
abus dans les derniers siècles encore 
plus que dans les premiers, et nous 
adoptons volontiers sur ce point une 
partie des réllexions de M. l'abbé 
Fleury, 4 e Disc, sur l'IIist. ecclés., 
n. 16. 

« Pendant longtemps, dit-il, lamul- 
» titude des indulgences et la facilité 
» de les gagner devint un obstacle au 
» zèle des confesseurs éclairés. Il 
» était difficile de persuader des 
» jeûnes et des disciplines à un pé- 
» cheur qui pouvait les racheter par 
» une légère aumône ou par la visite 
« d'une église ; car les évèques du 
» douzième et du treizième siècle 
,i accordaient des indulgences h toutes 
» sortes d'œuvres pies, comme le 
» bâtiment d'une église, l'entretien 
d'un hôpital, enfin de tout ouvrage 
public, tel qu'un pont, une chaussée, 
le pavé du grand chemin. Plusieurs 
indulgences jointes ensemble l'ache- 
taient la pénitence tout entière. 
» Quoique le quatrième concile de 
» Latran, tenu dans le treizième 
» siècle, appelle ces sortes d'indul- 
» gences indiscrètes, superflues, ca- 
» pables de rendre méprisables les 
» clefs de l'Eglise et d'énerver la pé- 



IND 

» nitence; cependant Guillaume de 
v Paris, célèbre dans le même siècle, 
» soutenait qu'il revient plus d'hon- 
» neur à Dieu et d'utilité aux âmes 
» de la construction d'une église que 
» de tous les tourments et les œuvres 
» pénales. 

» Ces raisons, si elles étaient soli- 
» des, auraient dû toucher les saints 
» évèques des premiers siècles, qui 
» avaient établi les pénitences cano- 
» niques; mais ils portaient leurs 
» vues plus loin. Us comprenaient que 
» Dieu est intiuiment plus honoré par 
« la pureté des mœurs que par la 
» construction et la décoration des 
» églises, par le chant et par les cé- 
» rémonies, qui ne sont que l'écorce 
» de la religion, au lieu que l'âme et 
» l'essentiel du vrai culte est la vertu ; 
» et comme la plupart des chrétiens 
» ne sont pas assez heureux pour 
» conserver leur innocence, ces sages 
» pasteurs ne trouvèrent point de 
» meilleur remède pour corriger les 
» pécheurs que de les engager, non 
» à des aumônes, à des pèlerinages, 
» à des visites d'églises, à des cêré- 
» monies auxquelles le cœur n'a point 
» de part, mais à se punir volontai- 
» rement eux-mêmes par des jeûnes, 
» par des veilles, par le silence, par 
» le retranchement de tous les plaisirs. 
» Aussi les chrétiens n'ont jamais été 
» plus corrompus que quand les pé- 
» nitences canoniques perdirent leur 
» vigueur, et que les indulgences pri- 
» rent leur place. 

» En vain l'Eglise, dit ailleurs 
» M. Fleury,6edftc, n. 2,laissait àla 
» discrétion des évèques de remettre 
» une partie de la pénitence cano- 
» nique, suivant les circonstances et 
» la ferveur du pénitent; les indul- 
» gences plus commodes sapèrent 
« toute pénitence. On vit avec sur- 
» prise sous le pontificat d'Urbain II, 
» qu'en faveur d'une seule bonne 
» œuvre le pécheur fut déchargé de 
» toutes les peines temporelles dont 
» il pouvait être redevable à la jus- 
» tice divine. Il ne fallait pas moins 
» qu'un concile nombreux, présidé 
» par ce pape en personne, pour 
» autoriser cette nouveauté. Ce con- 
» «le, tenu à Clermont l'an 1093 
» accorda une indulgence pléniére, 



113 



IND 



» une rémission complète de tous 
» les péchés, à ceux qui prendraient 
» les armes pour le recouvrement 
» de la Terre sainte. Cette indulgence 
» tenait lieu de solde aux croisés, 
» et, quoiqu'elle ne donnât pas la 
» nourriture corporelle, elle lut ac- 
» ceptée avec joie. 

«Les nobles, qui se sentaient la 
» plupart chargés de crimes, entre 
» autres du pillage des églises et de 
»1 oppression des pauvres, s'esti- 
» merent heureux d'avoir rémission 
» plemère de tous leurs péchés, et 
» pour toute pénitence leur exercice 
» ordinaire, qui était de faire la 
» guerre. La noblesse entraîna non- 
» seulement le peuple, dont la plus 
» grande partie étaient des serfs 
» attachés à la terre et entièrement 
» dépendants de leurs seigneurs , 
» mais des ecclésiastiques et des 
» moines, des évèques et de= abbés. 
» Chacun se persuada qu'il n'y avait 
« qu'à marcher vers la Terre sainte 
» pour assurer son salut, etc. » On 
sait qu'elle fut la conduite des croi- 
sés et le succès de leur entreprise. 

Dans la suite, ces faveurs spiri- 
tuelles furent distribuées à tous les 
guerriers qui se mirent en campagne 
pour poursuivre ceux que les papes 
déclarèrent hérétiques. Pendant le 
long schisme qui s'éleva sous Ur- 
bain VI, les pontifes rivaux accor- 
dèrent des indulgences les uns contre 
les autres. Alexandre VI s'en servit 
avec succès pour paver l'armée qu'il 
destinait à la conquête de la Ro- 
magne. 

Jules II, sous qui les beaux arts 
commencèrent à prendre le plus 
grand accroissement, avait désiré 
que Rome eût un temple qui surpassât 
Sainte-Sophie de Constantinoplc et 
qui fut le plus beau de l'univers. Il 
eut le courage d'entreprendre ce 
quil ne pouvait jamais voir linir. 
Léon X suivit avec ardeur ce grand 
projet; il prétexta une guerre contre 
les Turcs, et fit publier dans toute la 
chrétienté des indulgences plénières 
pour ceux qui y contribueraient. Le 
malheur voulut que l'on donnât aux 
dominicains le soin de prêcher ces 
indulgences en Allemagne. Les au- 
gustins, qui avaient été longtemps. 



IND 



116 



IND 



possesseurs do cotte fonction, en 
furent jaloux, et ce petit intérêt de 
moines, dans un coin de la Saxe, 
lit naître les hérésies de Luther et 
de Calvin. 

Mais dans ces réflexions que vingt 
auteurs ont copiées, n'y a-t-il pas de 
l'excès? 1° L'on suppose que les an- 
ciens évoques jugèrent 1rs pénitences 

canoniques nécessaires pour conserver 

la pureté des mœurs; il est cependant 
certain qu'elles durent principale- 
ment leur origine aux clameurs des 
montanistes et des novatiens. Quand 
on compare ce qu'a dit saint Cyprien 
de la pénitence publique, avec le 
tableau qu'il a l'ait des mœurs des 
chrétiens au troisième siècle, de Lnp- 
sis, p. 182, on est réduit à douter si 
cette pénitence a contribué beaucoup 
à la sainteté des mœurs. Aujourd'hui 
les chrétiens orientaux sont encore 
aussi zélés partisans du jeune et des 
macérations qu'autrefois; il ne pa- 
rait pas que leurs moeurs soient 
beaucoup plus pures que celles des 
Occidentaux. 

2° La difficulté et l'efficacité des 
œuvres satisfactoircs est relative et 
non absolue. 11 y a tel homme qui 
aimerait mieux jeûner pendant une 
semaine que de faire un pèlerinage 
de trois jours; tel autre consentirait 
à passer une nuit en prières plutôt 
qu'à donner aux pauvres un écu par 
aumône. Quelle mortification peut- 
On prescrire à des pécheurs dont la 
vie ordinaire est dure, pénible, labo- 
rieuse, privée de tous les plaisirs? 
Aucune œuvre de pénitence n'est, 
par elle-même, un acte de vertu, un 
acte méritoire, mais seulement par 
l'intention et par le courage de celui 
qui la pratique : aucune n'est donc 

Îiar elle-même, capable de purifier 
es mœurs: aucune n'est, en elle- 
même, préférable aune autre. 

3° L'on dit que les chrétiens n'ont 
jamais été plus corrompus que quand 
les pénitences canoniques furent rem- 
placées par les indulgences. Mais les 
indulgences excessives n'ont eu lieu 
qu'en Occident, et après le schisme 
des Grecs; elles n'ont donc pu rem- 
placer la pénitence canonique ni en 
Occident où elle ne fut jamais en 
usage ordinaire, ni en Orient où les 



papes n'avaient plus d'autorité. La 
corruption des mœurs dans nos cli- 
mats fut l'effet de l'inondation des 
Barbares. Ces guerriers farouches , 
toujours armés, n'étaient guère dis- 
posés à se soumettre aux canons pé- 
nitentiaux 

4° L'on ajoute que les indulgences 
sapèrent toute pénitence; c'est une 
fausseté. Jamais les indulgences n'ont 
autorisé un pécheur à refuser la pé- 
nitence que le confesseur lui impo- 
sait, à s'exempter d'une restitution 
ou d'une réparation qu'il pouvail 
faire. Jamais casuisto ne fut assez 
ignorant ou assez corrompu pour l'en 
dispenser. L'objet des indulgences fut 
toujours de suppléer à des pénitences 
omises, mal accomplies ou trop lé- 
gères, eu égard à l'énormité des fau- 
tes; c'est plutôt une commutation de 
peine qu'une rémission absolue. Parmi 
nous encore, le peuple qui a le plus 
de foi aux indulgences est aussi le 
plus docile à se soumettre aux péni- 
tences qu'on lui impose. Si, dans les 
bas siècles, les confesseurs ontadouci 
les pénitences, c'a été par commisé- 
ration. Dans ces temps malheureux, 
ils jugeaient que c'était une assez 
forte pénitence pour le peuple de 
supporter patiemment son esclavage 
et sa misère. 

On ne nous persuadera jamais que 
c'était une partie de plaisir pour le 
peuple de quitter ses foyers pour 
aller combattre les infidèles au delà 
de? mers. 

5° Il ne faut pas mettre sur le com- 
pte des papes les forfanteries des moi. 
nés, les friponneries des quêteurs, 
l'esprit sordide que la mendicité a 
souvent introduit dans les pratiques 
les plus saintes de la religion. Pour 
réprimer les abus, il ne faut pas les 
attaquer par de mauvaises raisons ni 
par des observations fauses. 

C'est donc très-mal à propos que 
Luther et Calvin sont partis de l'abus 
des indulgences pour lever l'étendard 
du schisme contre l'Eglise romaine. 
Au défaut de ce prétexte, ils en au- 
raient trouvé vingt autres. On avait 
prodigué les indulgences ; il était aisé 
de les restreindre : mais l'origine en 
est louable; il fallait donc les con- 
server. Les indulgences générales, 



IND 



11 / 



IND 



comme celles du jubilé, qui engagent 
à recevoir les sacrements, à faire des 
aumônes, des jeûnes, des stations, 
sont très-utiles; on en a été convain- 
cu au dernier jubilé, même à Paris, 
centre de corruption de l'Europe en- 
tière : les incrédules en ont été con- 
fondus. 

Rien de plus sage que le décret du 
concile de Trente au sujet des indul- 
gences, sess. 25. « Comme le pouvoir 
» d'accorder des indulgences a été 
» donné par Jésus-Christ à son Egli- 
» se, et qu'elle a usé de ce pouvoir 
» divin dès son origine, le saint con- 
» cile déclare et décide que cet usage 
» doit être conservé comme utile au 
» peuple chrétien, et confirmé par 
» les conciles précédents, et il dit 
» anatbème à tous ceux qui préten- 
» dent que les indulgences sont inuti- 
» les, ou que l'Eglise n'a pas le pou- 
» voir de les accorder. Il veut cepen- 
» dant que l'on y observe de la mo- 
» dération, conformément à l'usage 
» louable établi de tout temps dans 
» l'Eglise, de peurqu'une tropgrande 
» facilité à les accorder n'affaiblisse 
» la discipline ecclésiastique. Quant 
» aux abus qui s'y sont glissés et qui 
» ont donné lieu aux hérétiques de 
» déclamer contre les indulgences, le 
» saint concile, dans le dessein de les 
» corriger, ordonne, par le présent 
» décret, d'en écarter d'abord toute 
» espèce de gain sordide; il charge 
» les évèques de noter tous les abus 
» qu'ils trouveront dans leurs diocè- 
» ses, d'en faire le rapport au concile 
» provincial et ensuite au souverain 
» Pontife, etc. » 

On appelle indulgences de quarante 
jours la rémission d'une peine équi- 
valente à la pénitence de quarante 
jours prescrite par les anciens ca- 
nons, et indidgence plcniére, la rémis- 
sion de toutes les peines que ces mê- 
mes canons prescrivaient pour toute 
espèce de crime; mais ce n'est pas 
l'exemption de toute pénitence quel- 
conque (1). Bergieb. 



(1) Berner résume parfaitement dans ce demiei 
paragraphe toute la théologie des iodulgences ; elles 
ne sont, directement, que la remise partielle oit 
intégrale des pénitences publiques qui étaient ré- 
glées par les canons péuitentiaux et que l'on sertit 



INDULT. (Thêol.pur. ginèr.) — Un 
induit est une autorisation accordée 
par le Pape à une personne privée ou 
à une corporation, de faire une chose 
contraire aux dispositions du droit. 
commun. C'est ainsi que certains 
évoques peuvent, en vertu d'un in- 
duit, dispenser d'empêchements de 
mariage qui, d'après le droit com- 
mun, ne pourraient être levés que 
par le souverain Pontife; c'est ainsi 
encore qu'il est accordé à certains 
évêques le droit de faire des ordina- 
tions extra tempora. Dans ces cas, 
l'induit est attaché à la personne et 
ne peut être transmis par délégation. 
Le Noih. 

INDUSTRIE ET CHRISTIANISME. 

{Théol. mixt.scien. social, écon. etind.). 
— Nous aurions à faire sur cette ma- 
tière un long traité dont les grandes 
divisions pourraient être les sui- 
vantes : 

I. De Y industrie en général et de 
ses harmonies avec la doctrine chré- 
tienne. 

II. Des industries en particulier et 
de leurs lois morales selon la doc- 
trine chrétienne. 

Cette seconde partie traiterait : 
1° des industries productives qui sont 
Ymdustr'e agricole, l'industrie mi- 
nière, l'iadusin'eniaaufacturiere, etc. 
2° des industries commerciales qui 
consistent dans les échanges des pro- 
duits soit en nature, soit en mon- 
naies représentatives des biens en 
nature. 

Un pareil plan demanderait un 
ouvrage que nous ne pouvons pas 
mettre dans un dictionnaire. Force 
nous sera, par conséquent, de ren- 
voyer à quelques articles particuliers 
où l'on trouvera au moins les vues 
générales sur lesquelles reposerait 

obligé, à titre de catholique, de subir, si ces péni- 
tences étaient encore en usage, eu égard eux pé- 
chés dont on est coupable. Dieu juge ensuite, dans 
sa justice, a quelle pénitence purgative l'indulgence 
ou la peine canonique remise correspond. Les per- 
sonnes qin^ croient donc que gagner l'indulgence 
plénière, c'est se trouver exempt de tout purga- 
toire si l'on mourait dans le moment, sont dans 
l'erreur. L'Eglise ne prétend pas du tout savoir à. 
quelle peine correspond devant Dieu la peine ca- 
nonique qu'elle remet; ellele préTend d'autant moins 
que cela dépend de dispositions intérieures qu'elle 
■S"»"- La Nota. 






1 



■ 



IND 



118 



IXD 



•notre traite, et d'ajouter, sous le titre 
présent, quelques vues semblables 
sur les points qui ne sont pas traités 
dans ces articles. Le tout sera com- 
posé de reproductions et citations. 

Commençons par reproduire quel- 
ques considérations générales qui se 
lisent dans nos Harmonies de la rai- 
son et de la foi, sous le titre Industrie. 

« L'industrie est la science en ac- 
tion ; elle en est l'écriture dans les 
faits et la manifestation utile ; c'est 
l'application de la science à l'amélio- 
ration matérielle de la nature hu- 
maine, après avoir été et en conti- 
nuant d'être le travail inspiré par 
l'instinct pour l'entretien de la vie. 

« Ces mots suffisent pour indiquer 
que nous entendons par mdustri . 
non-seulement les espèces de travaux 
qui en portent le nom spécial, mais 
tout le travad de l'homme ayaatpour 
instrument sa main et pour objet son 
bien-être corporel. 

« Or, nous disons que l'industrie, 
étant ce qu'elle doit être, se trouve 
avec le Christianisme dans les mêmes 
conditions relatives que la philoso- 
phie, la science et l'art; ce qui peut 
se résumer dans la proposition sui- 
vante : 

« Le développement du Christia- 
nisme entraîne le développement de 
l'industrie ; et l' industrie rend la pa- 
reille au Christianisme en favorisant 
son extension... 

« Voici les bases les plus radicales 
sur lesquelles nous établirions cette 
thèse. 

« I. L'iJidustrie est Yi\le de lascience, 
et à ce premier titre, il est essentiel 
que la thèse soit conforme à la vérité, 
quels que soient d'ailleurs les faits par- 
ticuliers qu'on pourrait alléguer con- 
tre elle ; ces faits devraient tenir à des 
causes accessoires différentes des re- 
lations réelles entre la bonne indus- 
trie et le Christianisme véritable. Le 
Christianisme, en effet, implique l'é- 
veil de l'esprit humain dans tous les 
ordres de la science ; c'est ce qui ré- 
sulte de plusieurs des études dont ce 
dictionnaire est composé. La science 
entraine après elle le progrès indus- 
triel par suite de la tendance que Dieu 



a mise dans l'homme vers le maintien 
et l'amélioration incessants de son 
état physique sur la terre; il est na- 
turel que chaque moyen non velb-ui eut 
découvert soit rendu utile à cet effet 
par l'application, et c'est ce qui a lieu 
dans notre âge sur des dimensions qui 
émerveillent. Donc le Christianisme, 
en émancipant la science, émancipe 
l'industrie. 

« Réciproquement Y indu strie pousse 
à l'extension du Christianisme, d'abord 
en vertu de la loi essentielle de liai- 
son entre les vérités et les bonnes 
choses; il n'en est pas une qui ne soit 
en relation avec tout art par des 
fils plus ou moins aperçus; il n'en est 
pas qui n'entraîne tout art, et ne soi 
entraîné par tout art pourvu qu'il s'a- 
gisse de l'art en ce qu'il doit être. 
L'industrie s'acquitte envers la science 
par les heureux hasards, par tous les 
essais, par tous les tâtonnements . 
qu'elle lui présente ; il y a autant de 
connaissances venues par cette voie 
providentielle, toute pratique, qu'il 
y en a d'engendrées par la déduction 
théorique ; et l'industrie n'est autre 
qu'une permanente mise en action do 
cette recherche que la science sur- 
veille. D'un autre côté nous savons 
que la science favorise le dôveloppe- 
mentrationnel et vrai de l'intelligence 
du Christianisme (1) ; d'où nous con- 
cluons qu'il est impossible que l'indus- 
trie, par l'entremise de la science, ne 
fournisse pas une forte impulsion au 
progrès chrétien, comme ce progrès 
lui en fournit une plus forte encore 
par la même entremise. 

« IL Le Christianisme est, de sa na- 
ture, le restaurateur surnaturel de 
l'humanité ; l'industrie en est la res- 
tauratrice matérielle ; à deux ils re- 
font, autant que le comporte la pos- 
sibilité présente, le paradis antérieur 
à la déchéance. 

« Or, travaillant ainsi côte à côte 
et dans le même but, peuvent-ils n'être 
pas d'intimes amis. Ils sont plus que 
deux amis, ils sont les deux compa- 
gnons du grand atelier, les deux frè- 
res d'armes du grand combat, lesdeux 



(I) La droite raison dit le Concile du Vatican, 
dt-Mdnppe la foi. cum recta ratio... reruai divina- 
rum scient am excolat. C.1874J. 



IND 



119 



IND 



médecins du même hôpital, les deux 
sauveurs du même naufrage, ils s'ai- 
ment et s'entre-aident comme le sa- 
cerdoce et l'art, la théologie et la phi- 
losophie, la raison et la révélation, 
l'évangile et la science, la grâce et la 
liberté. Ils s'embrassent d'amour sur 
le sein du père commun, devant leur 
pupille, leur enfant, leur sauvé, le 
malade guéri, au nom de Dieu, par 
leurs soins communs. 

k III. Le progrès du Christianisme 
est une obéissance à la loi de la ré- 
demption qui se résume ainsi : âmes 
saintes, croissez et multipliez avec la 
grâce qui vous est donnée ; âmes hu- 
maines, soyez baptisées, soyez ensei- 
gnées, soyez instruites, soyez sancti- 
liées ; marchez à la perfection du 
Père céleste. 

« Le progrès de l'industrie est une 
obéissance à la loi de la création qui 
se résume ainsi : croissez et multi- 
pliez; marchez au perfectionnement 
de votre état terrestre ; dominez les 
êtres de ce monde ; commandez à tous 
les règnes ; transformez la nature ; 
rendez utile à nos besoins toute ma- 
tière; assujettissez les bètes sauvages, 
les plantes et les déserts, et, ensuite, 
les éléments eux-mêmes jusqu'aux 
subtiles foreés que votre œil ne voit 
pas. 

« Or ces deux lois descendent du 
même Dieu, tombent de la même 
bouche, et leurs parallèlesaccomplis- 
sements ne peuvent que se favoriser 
mutuellement. 

« IV. Dans l'individu, le Christia- 
nisme est l'expression la plus com- 
plète et la plus élevée du travail sacré 
en sanctification de l'âme, en éléva- 
tion de la partie morale dans la voie 
de la ressemblance à Dieu par la 
vertu . 

« Dans l'individu, ['industrie est, à 
mesure qu'elle progresse, une expres- 
sion plus complète et plushaute d'un 
travail également saint de la nature, 
puisqu'il est l'accomplissement de la 
volonté créatrice formellement expri 
mée par la révélation dès l'appari 
tion de l'homme sur la terre. 

« Or qui travaille prie, dit un pro- 
verbe, et qui prie travaille, dit la ré- 
ciproque sous-entendue; et les deux 
partiesde l'axiome.bien comprises, n« 



font qu'une vérité. Le Christianisme 
est le travail de la prière, l'indusiri 
est la prière du travail; on peut dire 
aussi, sans se tromper, que le Christia- 
nisme est la prière du travail, et l'in- 
dustrie le travail de la prière. H y a» 
dans ces phrases tout un monde à dé- 
velopper. Or quoi de plus intime! 

« Le Christianisme perfectionne di- 
rectement l'individu moral ; l'indus- 
trie perfectionne directement l'indi- 
vidu physique ; maiscommeces deux: 
individus n'en forment qu'un seul,, 
le Christianisme et l'industrie viennent 
s'identifier dans le sujet de leurs exis- 
tences et s'unir dans les modifications 
bienfaisantes qu'ils lui communi- 
quent. 

« Malheur à déplorer par tous les 
Jérémies quand le Christianisme n'est 
pas un travail de perfectionnement 
terrestre, et quand l'industrie n'est 
pas une prière en action. C'est l'ano- 
malie satanique que les nations qui 
ne veulent pas se plonger dans la 
décadence, doivent poursuivre en gros 
et en détail jusqu'à extinction par les 
moyens conformes au droit. 

« V. A considérer la société en gé- 
néral, le Christianisme sanctifie, et l'in- 
dustrie moralise. Or moraliser, n'est- 
ce pas opérer le premier degré de la 
sanctification, et sanctifier, n'est-ce 
pas opérer le perfectionnement de la 
moralisation ? 

« Le Christianisme sanctifie, puis- 
qu'il transforme les sociétés en des 
parties du corps spirituel de Jêsus- 
Clirist. L'industrie moralise, ne serait- 
ce que parce qu'elle est l'ennemie de 
l'oisiveté, source des vices, et ces deux 
effets se confondent comme la nature 
et la grâce dans notre état relevé. 

« Mais il faut ici appuyer sur une • 
observation déjà faite ; car ce que nous 
venons d'avancer pourrait surpren- 
dre à la vue de la démoralisation' 
qu'on peut constater dans les grands 
centres industriels. C'est que nous 
parlons de l'industrie telle que l'esprit 
évangélique veut qu'elle soit, et non 
telle que les faits nous la peuvent 
présenter ici et là. Nous ne parlons 
pas de ['industrie qui alimente le luxe 
elfréné, qui est escortée de misère 
cl semble ne pouvoir subsister qu'avec 
cette escorte, qui vit de l'exploitation 



I 



I 

1 

■ 




H 




IND 



120 



IND 



des hommes, qui gorge d'une part et 
affame de l'autre, dont voici le por- 
trait en quelques mots : après avoir 
médité, inventé, essayé dans l'ombre 
des tours de passe, de rusés sortilèges, 
elle va se placer hypocritement en 
escamoteur déguisé, entre la produc- 
tion à sa droite, la consommation à sa 
gauche, et jouant habilement des 
deux mains, dépouille à la fois, sans 
qu'ils s'en doutent, celui qui produit 
et celui qui consomme, jusqu'à ce 
qu'enfin elle aboutisse à un accapa- 
rement sans mesure ou à une ruine 
immense qui se compose d'une mul- 
titude de ruines. Nous ne connaissons 
qu'un mot qui résume à lui seul toute 
la ramification de cette industrie, le 
le mot d'usure pris dans son extension 
la plus large. Celle-là est la grande 
Babylone démoralisatrice des na- 
tions ; là où elle existe en fonction 
permanente, ne cherchez ni Christia- 
nisme ni morale, c'est le règne du 
vice, de la lâcheté et de la dégrada- 
tion marchant à grands pas ; c'est 
aussi le travail excessif qui épuise les 
corps et laisse les âmes sans aliment. 
Nous ne parlons que de l'industrie, 
iille de Dieu, de l'industrie vraie, 
sainte, laborieuse dans tous ses an- 
neaux, excluant d'une part l'excessive 
misère, d'autre part l'accumulation 
excessive, et laissant à l'homme le 
temps nécessaire pour tous les déve- 
loppements de sa nature intellectuelle, 
physique et morale. Et si nous n'en- 
tendons parler que de cette dernière, 
nous n'entendons aussi par le Chris- 
tianisme que celui qui rejette la vio- 
lence, le maintien de l'ignorance, la 
servitude, les lois de contrainte, I'hy- 

fiocrite piété, en un mot toute une col- 
ection de mauvaises choses insinuées 
par l'esprit malin, laquelle compose 
un Christianisme faux que nous nous 
abstiendrons de décrire ici par res- 
pect pour le véritable. Avec cette 
double observation l'objection tirée 
des faits présents se résout d'elle- 
même. 

« VI. Le Christianisme pousse à 
l'association des forces morales ; il 
organise la communion des Saints. 
L'industrie pousse à l'association des 
forces terrestres ; elle organise la com- 
munion des travailleurs, nouveau ca- 



ractère d'union et de ressemblance, 
nouveau titre à un mutuel amour. 

« VII. Suivez l'histoire de l'indus- 
trie depuis que le Christ est venu ; où 
progresse-t-e)le si ce n'est dans le 
Christianisme ? d'oùpartent ses inven- 
tions et ses perfectionnements admi- 
rables si ce n'est de notre Europe chré- 
tienne? que sont les peuples étran- 
gers sous ce rapport en comparaison 
de ceux-ci ? et n'est-ce pas un fait 
acquis, qu'aussitôt l'évangile déposé 
dans un lieu, <e lieu devient le théâ- 
tre du progrès industriel? 

« Suivez de même l'histoire duChris- 
tianisme, et vous le verrez progresser 
lui-même en absorption des indivi- 
dus et en interprétation raisonnable, 
d'autant mieux que l'industrie prend 
un vol plus hardi là ou -il pénètre. 

« Mais ce nouveau point de vue 
demanderait des études approfondies. 

« VIII. A considérer l'évolution 
totale de l'humanité dans son pas- 
sé et dans son avenir, que trouvons- 
nous? 

« Dans le passé, le Christianisme 
pousse l'industrie plutôt que l'indus- 
trie ne le pousse lui-même. C'est-ce 
qui résulte de l'étude de l'histoire. 
Mais aujourd'hui, une transformation 
si! fait. L'industrie n'a plus besoin d'ê- 
tre poussée, tant son essor est im- 
mense et vigoureux. Elle est lancée 
sur une pente qu'il lui suffit de des- 
cendre; toutes les portes lui sont ou- 
vertes ; elle commence à se suffire à 
elle-même, et à ne demander que la 
liberté pure. Le Christianisme paraît 
donc avoir accompli chez nous la 
plus grande partie de sa tâche à l'é- 
gard de sa sœur. Il l'a élevée, soi- 
gnée, nourrie, allaitée, protégée ; 
elle lui doit sa vigueur de santé, ses 
ailes ; et maintenant le Christianisme 
peut dire à l'industrie comme une 
mère à sa famille grandie à son 
foyer : vis désormais de ton propre 
labeur. 

« "l'eue est la situation présente. 
Mais au fond de cette révolution, on 
sent que l'industrie va rendre à son 
frère aine tout ce qu'elle en a reçu, 
selon la règle du juste échange établi 
par Dieu dans toutes ses créations. 
Nous voyons l'industrie organiser des 
congrès cosmopolites, réunir les na- 



IND 



121 



IND 



tions les plus éloignées, relier tous les 
coins de la terre, étendre dans toutes 
les directions des transmissions élec- 
trique- de la pensée, couvrir le solde 
voies de communication rapide, percer 
les isthmes et les montagnes, tout 
vaincre pour détruire l'antique isole- 
ment des peuplades et des peuples. 
Or il est impossible que cette fusion 
se fasse sans que le Christianisme ne 
dévore tous les autres cultes les uns 
après les autres. Quelle religionpour- 
ra subsister devant lui, quand il sera 
posé par l'industrie en concurrence 
fibreavec toutes les religions? 

« IX. Le Christianisme vrai impli- 
que un nivellement fraternel entre les 
peuples et les individus selon la me- 
sure harmonique avec les possibilités 
de la nature. 11 veut une universali- 
sation de la richesse ; il souffre trop 
devant la misère pour en tolérer l'é- 
temisation; il poussera à l'applica- 
tion de tous les moyensjustes et effi- 
caces ayant pour but de la faire dis- 
paraître; il veut enfin de grandes ré- 
lormes économiques, et il aidera puis- 
samment toutes les tendances vers 
cette lin. 

« Or ['industrie, de son côté, est une 
force réelle, fatale, nécessairement 
efficace, comme le sont toutes les 
puissancesphysiques qui transforment 
fa société, comme le sont les influen- 
ces météorologiques contre lesquelles 
pas de résistance possible ; il n'y a 
pour cette force aucun poids trop 
lourd, parce qu'elle grandit propor- 
tionnellement à l'obstacle ainsi que les 
gaz comprimés. Ses tendances aux 
transformations économiques sont 
claires comme le jour; qui ne voit pas 
son effort et son progrès, n'entend 
point son aspiration, n'a pas d'yeux 
ni d'oreilles. 

« Donc le Christianisme aimera de 
plus en plus ['industrie, et ['industrie 
rendra au Christianisme amour pour 
amour. Le moment des embrasse- 
ments sincères, dans un dévoilement 
des deux visages qui les fera se recon- 
naître, n'est pas très-éloigné, bien 
qu'il ait encore à traverser, aupara- 
vant, de rudes épreuves. 

«X° Enfin, nous aurions, après avoir 
développé toutes ces idées, à prendre 
chacune des grandes classifications de 



l'industrie, comme nous l'avons fait 
pour la science et pour l'art (I), et à 
montrer leurs points de contact avec 
le Christianisme, et nous verrions les 
nombreux devoirs ainsi que les nom- 
breuses influences qui lient chacune 
de ces branches avec la religion de 
Jésus-Christ. » 

A la suite de ces considérations 
générales, reproduisons encore, en 
presque totalité, la brochure que pu- 
bliait en 18i4 M. H. Feugueray, 
dont nous regrettons toujours la 
mort prématurée, en réponse à ceux 
qui veulent soutenir que le mysti- 
cisme chrétien catholique est ennemi 
de l'industrie. 

Le Catholicisme est-il Itostile 
à l'industrie ? 

« La tactique ordinaire des enne- 
mis de l'Eglise est de la représenter 
comme nécessairement hostile, en 
vertu de ses doctrines, à toutes les 
tendances de la société moderne. Que 
notre siècle, par exemple, se prenne 
de passion pour le progrès, — aussi- 
tôt nos docteurs s'efforcent de démon- 
trer la radicale opposition de cette 
idée et du Catholicisme ; et si un phi- 
losophe s'attache à distinguer entre 
les diverses théories du progrès et à 
en proposer une qui ne heurte pas 
l'orthodoxie, ils lui diront tout net 
qu'il ne sait ce dont il parle.^ Que les 
nations européennes, et la nôtre sur- 
tout réclament une satisfaction pour 
les sentiments démocratiques qui les 
remuent, — et nos incrédules vont 
nous apprendre que l'Eglise ne peut 
vivre que sous la protection del'épée 
du noble ou à l'abri du trône d'un 
monarque absolu. L'Eglise, selon eux, 
n'est qu'une institution temporaire, 
qui a eu sa raison d'être dans les 
nécessités d'une autre époque, un 
vieux débris de la féodalité qui doit 
disparaître dans l'âge nouveau. Il en 
est de même quand il s'agit de l'in- 
dustrie. La puissance de l'homme sur 
la matière s'accroît chaque jour par 
les découvertes de la science; le tra- 



in Dais notro Dictionnaire des Harmonies. 
M 6710 



IND 



4 22 



IND 



vail occupe dans le monde une place 
plus grande qu'à aucune autre épo- 
que, et, appuyé sur sa charrue ou 
sur sa mécanique, se déclare hardi- 
ment l'héritier légitime du pouvoir 
de l'épée ; et voici que nos grands 
philosophes recourent encore à leur 
raisonnement favori, et, posent en 
principe l'incompatibilité absolue de 
l'indusIrieoA de la doctrine catholique, 
pour en conclure, comme toujours, 
que nous assisterons bientôt aux fu- 
nérailles d'un grand culte. 

« Ce système est habile, mais est-il 
fondé? On a déjà prouvé bien des 
fois que non ; nous voulons le prou- 
ver une fois de pins. Do ces Imis 
oppositions signalées entre notre foi 
et les tendances de notre siècle, pre- 
nons en une ; laissons de côté la dé- 
mocratie et le progrès, et cherchons 
si en effet renseignement catholique 
est contraire au développement de 
l'industrie. La transformation de la 
matière, son appropriation à nos 
usages et à nos besoins, la conquête 
du globe, l'assujettissement de la na- 
ture à notre puissance, sont-ce des 
choses pour lesquelles l'Kglise n'ait 
que des répugnances ou des" dédains? 
Le travail producteur trouve-t- il un 
mobile suffisant dans la morale or- 
thodoxe? Telle est la question à la- 
quelle nous essayons de répondre, 
et que nous posons ici avec une ri- 
gueur scolastique, pour qu'on ne 
nous accuse pas de nous perdre dans 
le vague littéraire. 

« Beaucoup de nos lecteurs s'éton- 
neront peut-élre que nous traitions 
ainsi ex cathedra une question déjà 
tranchée aux yeux du bon sens et 
par l'autorité de l'histoire. Pour en 
comprendre la gravité, il faut en effet 
savoir quelle importance y attachent 
les sectes qui s'agitent autour de 
nous. C'est par là que commence l'i- 
nitiation des disciples. L'impuissance 
du Christianisme à résoudre les dif- 
ficultés de notre temps, c'est le pre- 
mier mal du catéchisme philosophi- 
que ; les saint-simoniens l'ont in- 
venté, lesfouriéristes le crient sur les 
toits, et les éclectiques le répètent 
tout bas. Notre foi s'en va ; sa fécon- 
dité est épuisée; ses mamelles sont 
taries ; le vieux tronc n'a plus de sève. 



Jadis, sans doute, le Christianisme a 
été glorieux et utile; au besoin, on 
avouerait même qu'il a été vrai ; mais 
tout change et tout passe. A l'ère 
pacifique qui commence, à l'ère du 
travail et de la richesse, il faut une 
autre loi, une autre religion qu'à l'é- 
poque guerrière qui finit. L'industrie, 
c'est la reine de l'avenir, et elle ne 
saurait s'accommoder du mysticisme 
chrétien. Qui n'a lu, qui n'a entendu 
toutes ces belles choses? Ne sait-on 
pas que nous allons avoir un messie? 
et celui-là ne nous enseignera pas à 
mépriser les biens de la terre; il ne 
nous prêchera pas l'abnégation el le 
sacrilice ; il n'aura pas d'anathômes 
pour la richesse ; il ne nous parlera 
pas du ciel et des consolations d'une 
autre vie. Oh ! que non pas ! Mais il 
nous délivrera du spiritualisme 
qui opprime notre corps et paralyse 
notre puissance; il nous donnera la 
recette pour harmoniser la libre ex- 
pansion des facultés et des penchants 
de chacun, et nous ouvrira ici-bas 
les portes du paradis, où nous serons 
tous riches, indépendants et heureux. 
« C'est sur ces bases que repose 
toule-l'argumentation des philosophes 
panthéistes qui réclament en faveur 
de l'industrie. Pour eux la religion 
chréLienne n'est qu'un pur mysti- 
cisme, procheparentdes superstitions 
de l'Inde, qui, en appelant notre 
pensée au delà des limites de ce 
monde, nous détourne de l'œuvre à 
laquelle l'homme est destiné, qui 
abolit la vie, la nature et J'humanité, 
suivant l'expression favorite de 
M. Pierre Leroux. Les plus indul- 
gents reconnaîtront volontiers quel- 
que chose d'admirable dans le déta- 
chement des sens et dans l'esclavage 
de la chair sous la domination de 
l'esprit; mais ils y trouveront aussi 
quelque chose d'excessif, une exagé- 
ration malheureuse qui a entrains 
après elle une exagération en sens 
contraire. Car ainsi va l'homme, selon 
leur doctrine : passant tour à tour 
d'une extrémité àl'autre, ne s'élevant 
vers les pures régions de l'esprit que 
pour se plonger ensuite dans les té- 
nèbres de la matière, toujours au 
delà ou en deçà de la vérité, ne la 
possédant jamais. Le jeu de bascule 



IND 



123 



IND 



dont on a fuit pendant un temps la 
règle du gouvernement représentatif, 
est le type de ce balancement néces- 
saire, suivant lequel oscille l'huma- 
nité, suivant lequel du moins elle a 
oscilléjusqu'ici; canin temps viendra, 
et il est proche, où une religion nou- 
velle réconciliera la chair avec l'esprit 

et rétablira la paix dans notre être 

« Voici l'objection dans toute sa 
force : le Christianisme proscrit les 
satisfactions de la chair ; il enseigne 
à vivre comme si l'on ne vivait pas; 
il tourne les yeux de ses fidèles vers 
des lieux imaginaires où ils espèrent 
trouver le repos et le bonheur; il dit 
à l'homme défaire son salut, de prier, 
de s'élever par la contemplation au- 
dessus des réalités contingentes, d'as- 
pirer uniquement au bien absolu. 
Comment donc l'industrie, la chose la 
plus terrestre qu'on puisse imaginer, 
elle qui vit du travail et exige une 
activité incessante, pourrait-elle s'al- 
lier à une doctrine qui la condamne 
en principe et l'effacerait du monde, 
si elle le pouvait? Et voyez, ajoute- 
t-on, les âges qui ont été le plus sincè- 
rement catholiques, le moyen âge, 
par exemple; est-ce une époque d'in- 
dustrie? Le commerce y estime fonc- 
tion vile, le travail y est eu déshon- 
neur; toutes les dignités et tous les 
honneui's y sont réservés à la crosse 
et à l'épée. Voyez les peuples qui sont 
restés courbés sous le joug clérical, 
voyez l'Espagne et l'Italie; ne sont- 
ce pas des pays pauvres, des popula- 
tions paresseuses, sans fabriques, sans 
commerce, sans navigation? Où donc 
l'industrie s'est-elle développée? là 
même où le Christianisme a reculé, où 
il a fait une transaction avec les in- 
térêts temporels, où il s'est mutilé 
pour obtenir un sursis de quelques 
siècles, chez les nations protestantes, 
et en Angleterresurtout. Les disciples 
les plus parfaits du Christianisme, ce 
sont ceux qui ont renoncé au mariage 
et au travail : c'est le Chartreux, dans 
sa cellule, l'anachorète dans sa soli- 
tude, la Carmélite dans son cloître. 
Ne nous parlez donc pas d'industrie, 
vous qui vous dites chrétiens, nous 
crient les philosophes panthéistes ; 
n'abâtardissez pas votre doctrine ; 
fils exilés d'Eve, pleurez et gémissez 



dans votre vallée des larmes, im- 
plorez votre délivrance; pour nous, la 
terre n'est pas un lieu d'exil : elle 
est notre domaine que nous ferons 
fructifier en dépit de vos enseigne- 
ments et de vos préjugés. 

« Telle est l'argumentation de nos 
adversaires ; c'est ainsi qu'ils déna- 
turent la doctrine pour mieux la 
combattre, et faussent l'histoire pour 
y trouver leurs preuves, comme nous 
le prouverons tout à l'heure 

« Le but le plus élevé que la plupart 
des écoles de la philosophie contem- 
poraine aient assigné à l'humanité est 
de dominer les forces de la nature 
pour les employer à son usage, et de 
perfectionner l'organisation sociale 
pour arriver à constituer une grande 
unité dans le sein de laquelle nos des- 
cendants puissent vivre heureux. De 
ce point de vue tout matériel, l'in- 
dustrie occupe nécessairement la pre- 
mière place dans les sociétés comme 
dans "l'histoire. C'est par elle, en elfet, 
que nous transformons la matière et 
l'exploitons comme notre domaine ; 
elle est à la fois l'instrument de notre 
bonheur et le moyen de notre but. 
Cette théorie, en la dépouillant de 
son caractère exclusif, n'a rien de 
contraire au Christianisme ; bien 
plus, elle en est sortie. Dieu n'a-t-il 
pas dit aux hommes en la personne 
d'Adam : Emplissez la terre et vous 
l'assujettissez ? Et l'Eglise, qui ne 
s'appelle pas catholique sans motif ni 
sans espoir, n'attend-ellc pas des jours 
où il n'y aura plus qu'un troupeau et 
un pasteur? Mais si, en philosophie 
chrétienne, on peut et doit recon- 
naître un grand dessein de la Provi- 
dence dans cette amélioration pro- 
gressive de l'état civil et politique* 
des peuples, et dans cette domination 
toujours croissante de l'homme sur la 
nature, il ne s'ensuit pas que la re- 
cherche du bien-être matériel doive 
seule nous occuper ici-bas et qu'elle 
soit le but même de l'humanité. 11 
est de foi au contraire que l'homme a 
été créé pourconnaitre Dieu, l'aimer, 
le servir, et mériter par là la vie éter- 
nelle, comme dit le catéchisme. Or, 
de ce second point de vue, l'industrie 
descend du rang qu'on veut lui faire- 
usurper; elle n'est plus la loi su- 




| 



Ai 



IND 

prême, clic n'est plus le premier de- 
voir de l'homme. Les philosophes 
socialistes, qui se préoccupent exclu- 
sivement du bonheur sensuel, ont été 
conduits par la nature même de leurs 
études à tout donner à l'industrie; 
les philosophes chrétiens, qui n'ou- 
blient pas que l'homme est avant 
tout un être spirituel, doivent la re- 
mettre à sa place. Ils reconnaîtront 
volontiers en elle une des grandes 
fonctions nécessaires à l'existence des 
peuples; mais ils la subordonneront 
à la morale, à la religion, comme ils 
subordonnent le corps à l'Ame. 

« Que l'Eglise et la philosophie de 
nosjours ne considèrent pas {'industrie 
du même œil et ne lui donnent pas 
une égale importance, cela est donc 
vrai; mais que l'Eglise proscrive 
l'industrie, cela est faux. Loin de là, 
elle l'honore et elle l'encourage; car 
l'industrie n'est que le travail appliqué 
à l'appropriation delà matière à nos 
besoins, et l'Eglise honore et ordonne 
le travail. Le chrétien qui ne tra- 
vaille pas pèche : l'Ancien et le Nou- 
veau Testament n'ont sur ce point 
qu'un même langage. L'homme est 
fait pour travailler commet' oiseau pour 
voler, est-il dit dans le livre de Job 
(ch. V. v. 7). Celui qui ne veut pas tra- 
vailler ne doit pas manger, écrit saint 
Paul (II Thess. ch III, v. 10). L'Eglise 
a mis la paresse au rang des péchés 
capitaux, et quand des sectes protes- 
tantes ont soutenu que la foi seule 
suffit au salut, elle les a condamnées. 
Il n'y a pas de salut sans bonnes 
oeuvres ; or, il n'y a pas de bonnes 
œuvres sans travail, et le travail lui- 
même est une bonne œuvre, s'il est 
est dirigé vers une tin pure. 

Dieu plus, c'est au Christianisme 
que le travail doit l'estime et la con- 
sidération dont il jouit chez les peu- 
ples modernes. Il n'est dans la société, 
aux yeux de l'Eglise, aucune fonction, 
si intime qu'elle soit, qui ne puisse 
être relevée et ennoblie par l'esprit 
dans lequel elle est remplie. « Les 
citoyens ne doivent exercer ni les arts 
mécaniques, ni les professions mer- 
cantiles, » disait Aristote, interprète 
en cela de toute l'antiquité (Politique, 
1. VIII, th. 8) ; il ajoutait même que 
« les citoyens ne doivent pas être la- 



124 



IND 



bourcurs;car ils ont besoin de loi- 
sir, soit pour cultiver la vertu, soit 
pour exercer Iesfonctionspolitiques.» 
Mais les chrétiens ont un autre Maître 
qui leur a enseigné une autre doc- 
trine. Leur Maître, à eux, a été ar- 
tisan, salarié; il a exercé un métier, 
et l'Eglise, fidèle à l'esprit de son 
fondateur, n'a pas oublié que, jusqu'à 
l'âge de trente ans, le Seigneur Jé- 
sus a travaillé dans l'atelier de ^aint 
Joseph Saint Paul gagnait sa vie en 
faisant des tentes, et plus d'un saint 
a gagné la sienne en exerçant quel- 
que autre profession mécanique. Au 
concile de Nicée, il y avait au rang 
des évèques un homme qui avait été 
berger : c'était Spiridion, que ses 
vertus avaient fait élever à l'épisco- 
pat et qu'elles ont fait canoniser. 
Alexandre, l'évêque de Comana, avait 
été charbonnier, et le premier évo- 
que de Derrhoé en Macédoine fut 
Philémon, l'esclave d'Onésyme, que 
saint Paul avait converti. Voilà com- 
ment l'Eglise a réhabilité le travail. 
Ce travail, il est vrai, ou du moins 
les conséquences qu'il entraine après 
lui, le cortège de douleurs et de fa- 
tigue dont il est actuellement accom- 
pagné, sont une suite du péché qui 
ne pesait pas sur l'homme primitif, 
tel qu'il était sorti des mains du Créa- 
teur; c'est après la chute qu'il a été 
dit à l'humanité : Tu mangeras ton 
pain à la sueur de ton front. Mais 
qu'importe? Si l'homme était dans 
un autre état, il serait soumis à d'au- 
tres lois; dans son état actuel, il est 
soumis à celle du travail dans toute 
sa rigueur, et ne peut s'y dérober 
sans manquer au commandement de 
Dieu. Quel est le chrétien parfait? 
C'est celui qui a la charité. Or la 
charité n'est pas seulement humble, 
patiente, désintéressée ; elle est ac- 
tive aussi. Elle ne s'endort pas dans 
les douceurs du quiôtisme; elle ne 
s'oublie pas dans les ravissements de 
la contemplation ; elle associe la 
prière et le travail; ni l'austérité ni 
la mortification ne lui suffisent; il 
lui faut les œuvres. La charité est 
comme la foi, elle n'est sincère que 
si elle agit. 

Il est pourtant un passage de l'E- 
vangile oui peut sembler contraire à 



IND 



125 



IND 



ce que nous avançons ici ; c'est la ré- 
ponse fameuse que Jésus-Christ fit à 
Marthe, quand elle se plaignit à lui 
que Marie, sa sœur, restât assise aux 
pieds du Seigneur et lui laissât à elle 
tout le fardeau du ménage. Marthe, 
lui dit Jésus, vous vous empressez et 
vous troublez dans le soin de beaucoup 
de choses ; une seule pourtant est néces- 
saire : Marie a choisi la meilleure part 
qui ne lui sera point ôtée. Luc. 10, 43. 
La meilleure part, c'est donc la con- 
templation ; c'est là le lot des âmes 
d'élite qui ont pénétré dans le cœur de 
la doctrine chrétienne ; la vie active 
n'est bonne qu'à la foule qui ne sau- 
rait vivre de la vie spirituelle ; les 
parfaits ont une autre loi. Ainsi rai- 
sonnent les incrédules qui veulent 
nier la puissance sociale du Christia- 
nisme; ainsi, il faut le dire, ont rai- 
sonné beaucoup de chrétiens qui ont 
grandement abusé de la parole du 
Seigneur. Mais ce n'est pas ainsi 
qu'ont entendu ce passage ni les doc- 
teurs les plus autorisés, ni les saints, 
même ceux dont l'âme était la plus 
tendre et la piété la plus vive, saint 
François de Sales entre autres. Voici 
comment il s'explique sur ce sujet, 
avec toute la naïveté de son langage, 
dans une lettre adressée à M™ de 
Chantai : « De vrai, ma chère iille, 
» Marthe avait raison de désirer qu'on 
» l'aidât à servir son cher hôte ; mais 
» elle n'avait pas raison de vouloir 
» que sa sœur quittât son exercice 
» pour cela etlaissàt le doux Jésus tout 
» seul... Savez-vous comment je vou- 
» lais accommoder le différend? Je 
» voulais que sainte Marthe, notre 
» maîtresse, vint aux pieds de Notre 
» Seigneur en la place de sa sœur, et 
» que sa sœur allât apprêter le reste du 
» souper; et ainsielles eussent partagé 
» le travail et le repos comme bonnes 
» sœurs, etje pense que Notre Seigneur 
» eût trouvé cela bon. » N'est-ce pas 
là l'esprit chrétien dans toute sa pu- 
reté, et ce partage de la vie entre le 
travail et la prière n'est-il pas l'abré- 
gé de nos devoirs? L'auteur de l'In- 
troduction à la vie dévote ne mutilait 
pas les saintes Ecritures ; il n'en pre- 
nait pas une parole isolée pour la 
commenter à sa guise et conformé- 
ment à ses sympathies personnelles ; 



il avait de l'Evangile une vue plus 
haute, une vue d'ensemble, et savait 
que, dans l'interprétation, le guide le 
plus sûr, celui qui ne se trompe pas, 
c'est la charité. Ce qu'il écrivait d'ail- 
leurs à M m0 de Chantai, bien d'autres 
déjà l'avaient dit avant lui. Il y a 
surtout parmi les faits et dits remar- 
quables des Pères du désert, tels 
qu'ils ont été recueillis par Rufin, 
une histoire que nous demandons la 
permission de transcrire ici tout en- 
tière; c'est le meilleur commentaire 
que nous connaissions sur les pa- 
roles de Jésus. 

« Un solitaire étranger étant venu 
» trouver l'abbé Sylvain, qui demeu- 
» rait sur la montagne de Sina, et 
» voyant les frères qui travaillaient, 
» il leur dit: Pourquoi travaillez-vous 
» ainsi pour une nourriture périssa- 
» ble ? Marie n'a-t-elle pas choisi la 
» meilleure part? Lé saint vieillard 
» ayant su cela dit à Zachane, son 
» disciple : Donnez un livre à ce frère 
» pour l'entretenir et mettez-le dans 
» une cellule où il n'y a rien à man- 
» ger. L'heure de none étant venue, 
» ce solitaire étranger regardait si 
» l'abbé ne le ferait point appeler 
» pour aller manger; et lorsqu'elle 
» fut passée, il le vint trouver, et lui 
» dit : Mon Père, les frères n'ont-ils 
» point mangé aujourd'hui?— Oui, 
» lui répondit ce saint homme. — Et 
s d'où vient donc, ajouta ce solitaire, 
• que vous ne m'avez pas fait appe- 
„ 1er? _ D'autant, lui répartit le 
» saint, que vous, quiètes un homme 
» tout spirituel, qui avez choisi la 
» meilleure part et qui passez les 
» journées entières à lire, n'avez pas 
» besoin de cette nourriture péris- 
» sable ; au lieu que nous, qui sommes 
» charnels, ne nous pouvons passer 
» de manger, ce qui nous oblige à 
» travailler. » — Ces paroles ayant 
» fait voir à ce solitaire quelle était 
» sa faute, il en eut regret et il dit à 
» Sylvain : « Pardonnez-moi, je vous 
» prie, mon Père. » Sur quoi Sylvain 
» lui répondit : « Je suis bien aise 
» que vous connaissiez que Marie ne 
» saurait se passer de Marthe, et 
» qu'ainsi Marthe a part aux louanges 
» qu'on donne à Marie. » ... 
Cette discussion nous conduit a 



1 









IND 

parler du mysticisme, et nous récla- 
mons ici la bienveillante attention 
des lecteurs, car nous croyons tou- 
cherai! nœud même de la question. 

L'auteur, aprèsavoirfait une digres- 
tion, dont le but est de distinguer le 
mysticisme et le panthéisme chrétien 
des autres mysticismes et des autres 
panthéismes, continue comme il suit: 
« Les mystiques chrétiens travail- 
lent surtout, il est vr i, à. leur sancti- 
fiait ion intérieure, et doivent à ce ti- 
tre être condamnés sans miséricorde 
par les utilitaires, qui ne voient dans 
l'homme qu'un producteur et dans la 
société qu'un atelier. Mais pour ne 
pas remplir dans le monde une fonc- 
tion spéciale, les croit-on inutiles à 
ce monde? La société n'en irait certes 
pas plus mal quand nous aurions 
parmi nous un plus grand nombre de 
ces mystiques, ou pour mieux dire 
de ces ascètes (c'est le nom qui leur 
convient). 

« Leurs exemples ne nous profite- 
raient pas moins que leurs prières ; 
et si nous retournons aux mœurs ro- 
maines, qui sait si l'Église, en re- 
vanche, ne devra pas repeupler quel- 
que Thébaïde nouvelle, pour l'aire un 
contre-poids à l'empire de la chair et 
retremper les âmes amollies par le 
sensualisme ? 

« Établissons bien d'ailleurs les li- 
mites dans lesquelles doit se renfer- 
mer l'ascétisme ; elles sont assez 
étroites pour rassurer l'industrie. 
D'une part, la vie mystique n'a jamais 
été qu'une exception-; l'Église, qui 
est faite pour tout le monde, ne l'in- 
pose à personne, et ne l'autorise que 
pour les âmes en petit nombre qui 
on ont la vocation réelle. En second 
lieu, la vie mystique n'exclut pas l'ac- 
tion extérieure ; les plus contempla- 
tifs parmi les saints ont pratiqué le 
travail manuel, nous le verrons bien- 
tôt, et il n'en est pas un seul qui n'ait 
été toujours prêt à sacrifier la con- 
templation pour venir au secours du 
prochain. 

« Ln résultat donc le mysticisme 
proprement dit est bien une doctrine 
mortelle pour les peuples ; mais il 
est séparé de notre foi par toute l'é- 
paisseur d'un dogme fondamental. 
L'histoire et la logique démontrent 



126 



IND 



également qu'il se rattache au pan- 
théisme comme un fleuve à sa source 
Comment pourrait-il découler du 
spiritualisme chrétien? 

« Cette distinction entre le mysti- 
cisme panthéiste et la morale chré- 
tienne une fois bien établie, la plu- 
part des objections dogmatiques 
élevée-, contre la fécondité sociale du 
Christianisme tombent d'elles-mêmes 
car elles manquent leur but. Restent 
seulement le, objections historique»', 
auxquelles nous allons tâcher de ré- 
pondre dans la seconde partie de 
notre travail. 

« La morale chrétienne ne date 
pas d'hier ; elle a été expérimentée 
pendant dix-huit siècles ; elle a pé- 
nétré dans toutes les couches de la 
société ; elle s'est fait des peuples 
souveraine d'une portion de l'huma- 
nité, elle a eu bien des sujets désobéis- 
sants, rarement elle a rencontré des 
rebelles qui osassent nier sa légiti- 
mité. Or, cette doctrine qu'on repré- 
sente comme indifférente aux choses 
d'ici-bas et laissant couler à ses pieds 
les divers flots de la terre, sans dé- 
tourner les yeux du ciel, elle a préci- 
sément modifié, transformé, remué 
de l,i b i e au faite toutes les institu- 
tions humaiues; il n'en est pas une 
où elle n'ait I : ; é sa trace et dont 
elle n'ait entri pria ou .1. evé la ré- 
forme ; elle a iniuwé partout. Le pou- 
voir, — elle l'a changé dans son es- 
sence. « Vous savez que les princes 
» des nations les dominent avec em- 
» pire; qu'il n'en soit pas de môme 
» parmi vous ; que celui qui voudra 
» être le premier se fasse le serviteur 
» des autres. » Cette parole du Maître 
a été le principe suprême dont, avec 
une persévérance infatigable, les 
peuples chrétiens ont poursuivi l'ap- 
plication à travers tout le cours des 
âges. La famille, — elle l'a réglée sui- 
vant une loi nouvelle : le mariage in- 
dissoluble, la puissance maritale et 1 
puissance paternelle limitées et ad' 
cies, la femme devenue la compa 
de son mari, au lieu d'en être 
clave ; l'infanticide proscrit, le fil 
tenant à sa majorité la libre dis 
tion de lui-môme, tout cela ce 
des choses nouvelles, pur fru 
l'Lvangile doDt n'ont pas goût 



IND 



127 



lnd 



peuples i-estés en dehors de la lu- 
mière. La société, — elle en a rap- 
proché les deux extrémités; elle a 
comblé l'abîme qui les séparait. 
Qu'est-ce que notre noblesse à côté 
du patriciat? Qu'est-ce que nos clas- 
ses pauvres à côtédes csclavesde l'an- 
tiquité ? Le droit civil personnel 
chez les chrétiens et le droit civil per- 
sonnel chez les païens diffèrent du 
tout au tout ; un étudiant en droit de 
première année n'a pins de doute 
sur ce point quand il a comparé le 
premier livre de notre Code avec le 
premier livre des institutes de Gaïus. 
Singulier mysticisme en vérité, qui 
non-seulement a ses poètes, ses ar- 
tistes et ses théologiens, mais a aussi 
ses juristes; qui, en créant uu art 
nouveau, crée aussi un droit égale- 
ment nouveau ! Les nations chrétien- 
nes ont toujours été tourmentées par- 
un invincible besoin d'expansion, de 
mouvement, de progrès; le repos est 
antipathique à leur nature ; il faut 
qu'elles marchent. Leurs marins dé- 
couvriront lesterres inconnues ; leurs 
savants renouvelleront les sciences; 
leurs artistes inventeront des formes 
nouvelles ;leurs gouvernements n'au- 
ront de puissance qu'çn se mettant à 
la tête de tous, ces mouvements et en 
prenant l'initiative de tous ces pro- 
grès. Des peuples soumis à une autre 
loi, les Chinois, par exemple, s'en- 
dorment volontiers dans le culte ex- 
clusif des traditions; mais les peuples 
chrétiens ne conservent que pour dé- 
velopper; ils ont plutôt les yeux tour- 
nés vers l'avenir que vers le passé ; 
ils se rappellent toujours la fameuse 
parabole do l'Évangile : le kdait qui 
leur a été donné, ils ne l'enterrent 
pas; ils le font fructifier pour ac- 
croître le trésor qu'ils ont reçu des 
générations antérieures et qu'ils doi- 
vent transmettre aux générations 
suivantes. 

« Si pourtant les progrès des na- 
tions chrétiennes étaient bornés à 
l'ordre moral et politique, on pour- 
rait comprendre jusqu'à un certain 
point l'objection qu'on nous oppose; 
mais il n'en est pas ainsi. Sur le ter- 
rain de l'économie politique pure, la 
supériorité des chrétiens sur les in- 
fidèles de toutes les couleurs n'est pas 



moins évidente. Les nations chré- 
tiennes ne sont pas seulement les 
plus éclairées et les plus morales du 
globe, elles en sont aussi les plus in- 
dustrieuses, les plus laborieuses, les 
plus riches. Il n'est pas de terre ha- 
bitée par des musulmans, des boud- 
dhistes, des idolâtres, qui ait été au- 
tant remuée, fertilisée, appropriée à 
l'usage des hommes, que les terres 
habitées par les chrétiens. Nulle part 
autant que chez eux le travail n'a 
été opiniâtre et intelligent; nulle 
part ailleurs la science n'a prêté un 
secours plus efficace à la force des 
bras; nulle part ailleurs l'agriculture 
et l'industrie proprement dite n'ont 
élé po issées à un plus haut degré de 
perfection. Et, qu'on le remarque 
bien, cette primauté n'est pas seule- 
ment l'œuvre des derniers siècles: 
elle a commencé, nous l'établirons 
bientôt, dès l'époque' purement ca- 
tholique, au moyen âge, alors que la 
tiare s'élevait au-dessus des couronnes 
et que l'autel dominait la fabrique et 
le comptoir. 

« Le premier coup d'œil jeté sur 
l'histoire justiiie donc la morale 
évangélique des reproches qui lui ont 
été adressés par les socialistes mo- 
dernes, et cette incompatibilité pré- 
tendue entre les progrès de la richesse 
et la conservation de la foi, qu'on al- 
lègue contre nous, s'évanouit à l'ins- 
tant même qu'on étudie l'état passé 
et l'état présent des sociétés chré- 
tiennes. Notre mysticisme, si mysti- 
cisme il y a, n'est pas si redoutable 
qu'on le suppose; il n'a pas empê- 
ché nos pères de défricher le sol, de 
bâtir les villes, d'établir des fabrir 
quos ; pourquoi nous empêcherait-il 
d'en faire autant ? Il y a longtemps 
que dans la France catholique on a 
percé des routes et creusé des canaux.; 
pourquoi la France, restant catholi- 
que, n'établirait-elle pas aussi bien 
des chemins de fer ? 

« Ces généralités pourraient peut- 
être suffire; il nous semble utile pour- 
tant de les compléter par des obser- 
vations de détail et des études plus 
développées. 

« Les faits historiques qu'on nous 
oppose, et sur lesquels nous voulons 
donner des éclaircissements, sont de 







IND 



128 



IND 



deux ordres différents. D'une part, 
on attaque les institutions monasti- 
ques ; on les représente comme une 
cause de dépérissement pour les so- 
ciétés ; onprétend qu'elles détournent 
les hommes de l'accomplissement de 
leurs devoirs sociaux, et surtout du 
travail, unique source de la produc- 
tion; on les accuse de nuire essen- 
tiellement aux intérêts matériels, 
qu'elles sacrifient à de prétendus in- 
térêts moraux. D'autre part, on argue 
de l'état de faiblesse et de nullité où 
l'ij iustrie a été réduite pendant le 
m.iyen âge, alors que le Catholicisme 
était souverain, et où elle est encore 
réduite dans les pays où il a conservé 
sa souveraineté jusqu'à nos jours, 
comme en Espagne et en Italie, et 
l'on tâche de démontrer par là qu'il 
y a une opposition radicale et cons- 
tante entre une religion toute spiri- 
tualiste et les progrès de la richesse 
et du bien-être, qui sont le but réel 
où doivent tendre les peuples. 

« Nous examinerons ces objections 
historiques dans deux sections sépa- 
rées. 

De l'influence du clergé régulier 
sur l'industrie. 

« Les ordres religieux peuvent être 
divisés en deux classes distinctes ; la 
première comprend ceux dont les 
membres, aspirant avant tout au per- 
fectionnement religieux de leur âme, 
se décident à fuir le monde pour vi- 
vre dans la retraite et pour trouver 
dans le cloître un asile où ils puissent 
se livrer en paix à la prière. A cette 
classe appartiennent, entre autres, la 
plupart des ordres de l'Eglise latine, 
ceux qui se rattachent en si grand 
nombre à la souche bénédictine. Ce 
sont les congrégations purement mo- 
nastiques. Les ordres religieux de la 
seconde classe, loin de s'éloigner de 
la société humaine, y sont au con- 
traire retenus par la nature même 
des occupations qu'ils ont embras- 
sées ; la fin de leur institut n'est pas 
tant la sanctification personnelle des 
hommes qui en font partie que l'ac- 
complissement d'une fonction à la- 
quelle la corporation tout entière se 
consacre. Ici nous trouvons les in- 
nombrables congrégations qui ont 



un but spécial et déterminé : soit un 
but d'enseignement, comme les Ora- 
toriens, les Piaristes de Pologne, les 
Frères de la doctrine chrétienne ; soit 
un but de charité, comme les Sœurs 
de Saint- Vincent-de-Paul, les Pères 
de la Merci, et tant d'autres ordres 
institués dans la vue de secourir le 
prochain. Nous y trouvons de plus 
ces fameuses sociétés militantes, les 
Franciscains, les Dominicains, les Jé- 
suites, qui, par les diverses voies de 
la prédication, de l'éducation, de la 
science, des missions, doivent pour- 
suivre un même but, le triomphe de 
l'Eglise. 

« Cette distinction posée, de la- 
quelle de ces deux catégories enten- 
dent parler les écrivains qui repro- 
chent aux moines d'être des membres 
inutiles du corps social, des parasites 
qui vivent aux dépens de la masse la- 
borieuse, sans rien faire pour elle, et 
qui concluent de là que l'Eglise dé- 
daigne le travail, et tend, par une de 
ses plus importantes institutions, à 
détruire dans sa source la prospérité 
des peuples? de la première évidem- 
ment. Il serait trop étrange d'accuser 
de désœuvrement des congrégations 
enseignantes ou hospitalières;et quant 
aux disciples de saint François, de 
saint Ignace, qui s'est jamais plaint 
qu'ils s'endormissent dans l'inaction? 
C'est de leur activité au contraire 
qu'on s'effraie, c'est leur zèle et leur 
ardeur qu'on dénonce comme des 
dangers. Car ainsi sur ce sujet argu- 
mentent les incrédules. Les religieux 
s'enferment-ils dans la solitude : on 
leur demande à quoi ils servent, et 
on les somme de reprendre dans la 
société la place qu'ils ont désertée. 
Se postent-ils au milieu du monde 
pour y combattre : on les appelle des 
ambitieux, et on oppose à leur vie 
de mouvement et d'agitation le calme 
paisible de ces bons moines qui cou- 
lent leurs jours puis dans le silence 
de la retraite, Argumentation singu- 
lière, et dont on pourrait s'étonner, 
si Tonne savait que la haine ne recule 
pas plus devant la contradiction que 
devant la calomnie 1 

« Quoi qu'il en soit, nous n'avons 
pas à nous occuper ici de ces accusa- 
tions d'ambition et d'envahissement 



INI) 



129 



IND 



dont on poursuit les ordres religieux 
qui tendent à diriger l'activité morale 
des peuples. Le bat de nus recherches 
étant de nous assurer si l'existence 
dos corporations monastiques acom- 
promis chez les peuples catholiques 
le développement de L'agriculture et 
de l'industrie, comme on le soutient, 
nous devons nous arrêter spéciale- 
ment sur l'histoire des ordres reli- 
gieux qui ne sont pas destinés à agir 
directement surle momie, et qui sont 
l'objet hahituel des attaques de nos 
adversaires. 

« Il s'éleva à la lin du xvn e siècle 
une controverse sérieuse entre Dora 
Itabillon, l'un des plus savants Béné- 
dictins de la congrégation de Saint- 
Uaur, et Doin liouthillier de Rancé, 
le fameuï réformateur de la Trappe. 
Mabillon avait publié en 1091 son 
Traité des études monastiques où il 
avait entrepris de prouver que de 
tout temps les moines se sont livrés 
à l'étude, et que la culture des lettres 
et des sciences, de celles surtout qui 
so rapportent a la religion, forme une 
de-, bases de leur institut. Ce traité 
est un îles plus beaux monuments de 
l'érudition bénédictine. Dès l'année 
suivante pourtant, Itancé lit impri- 
mer, sousle titre de .Réponse au Truite 
des études monastiques, une critique 
étendue et vigoureuse de cet ouvrage, 
dont il attaquait la pensée fondamen- 
tale comme contraire au but même 
et à toute la tradition de la vie mo- 
nastique. L'étude, selon lui, n'était 
pas faite pour les moines ; ils n'é- 
taient pas destinés à composer des 
livres ; appelés à vivre dans la retraite 
et la prière, ils devaient craindre et 
non pas rechercher la science, qui 
enlle plus qu'elle D'édifié. Que quel- 
ques hommes, doués d'une aptitude 
particulière, fussent choisis parleurs 
supérieurs pour se vouer à l'étude, il 
le tolérait ; mais cette exception ne 
devait s'étendre qu'à très-peu de su- 
jets. Pour l'immense majorité des 
moines, savoir assez de latin pour 
entendre la Vulgate et consacrer deux 
heures par jour à des lectures édi- 
liantes, c'était assez, et c'était tout 
ce qu'il permettait dans son couvent. 
Que prétendait donc ce Trappiste? 
VauJiutril que les moines Y&uâîejttl 
VII 



dans l'oisiveté, ou plutôt poursuivis- 
toujours, sans l'interrompre au- 
cunement, le cours de leurs austéri- 
tés et. de leurs prières? Ni l'un ni 
l'autre. Ilancé voulait que les moines 
travaillassent de leurs mains. Le tra- 
vail manuel était pour lui un des pre- 
miers devoirs de la vie monastique, 
un devoir dont rien ne pouvait sup- 
pléer l'accomplissement, pas même 
le travail intellectuel. 

« Evidemment le point de vue de 
Rancé était trop exclusif; il mécon- 
naissait tout un côté de l'histoire 
monastique ; il oubliait que les cou- 
vents avaient toujours été des écoles 
et avaient été longtemps les seuls 
asiles où le savoir se fût réfugié ; il 
ne comprenait pas que chacun d'eux 
devait être un foyer tout à la fois 
d'instruction et d'éducation, d'où la 
science rayonnât sur les contrées 
voisines en même temps que la piété 
et la vertu. Mais, à part ces exagé- 
rations, l'illustre pénitent, en rappe- 
lant aux moines dégénérés de son 
siècle 1 utilité, la nécessité, la sain- 
teté du travail manuel, marchait dans 
la voie ouverte par les fondateurs 
des ordres monastiques et longtemps 
suivie par leurs disciples. Ni les 
textes des Pères, ni les prescriptions 
des règles, ni les exemples des saints 
ne lui manquaient pour appuyer sa 
thèse. Sa voix n'était qu'un écho de 
la voix de saint Benoit et de tous 
les grands maîtres de la vie cénobi- 
tique. 

« Dés l'origine de l'institution, en 
effet, les anachorètes qui s'étaient 
retirés dans les solides de la Thé- 
baïde avaient pratiqué sévèrement 
la loi du travail. Ces Pères du dé- 
sert, auxquels on reprochait déjà d'a- 
voir trop quitté le monde, « ne sa- 
chant pas, dit saint Augustin, com- 
bien leur exemple cause de bien dans 
ce monde, qui ne les voit pas, » ces 
Pères du désert ne vivaient pas d'au- 
mônes; c'étaient eux qui en en- 
voyaient aux pauvres d'Alexandrie 
et des autres villes d'Egypte. Nous 
avons cité l'histoire de ce moine qui 
ne voulait pas travailler, et que l'abbé 
réprimanda avec une ironie si douce 
et si persuasive ; le livre où Arnauld 
d'Andillj a réuni ce que saiut Je- 



IND 



130 



IND 



rome, Rufm, Cassien, Léoirce ont 
écrit sur ces solitaires, abonde en 
pareils exemptes. Il suffit do l'ouvrir 
pour apprendre quel était le genre 
de vie de ces compagnons de saint 
Anloinc et de saint Pacôme. Chacun 
d'eux exerçait son métier; les uns 
tressaient des nattes, d'autres fabri- 
quaient des paniers, la plupart cul- 
tivaient des .jardius autour de leurs 
cellules ; tous alliaient ainsi les tra- 
vaux de l'industrie avec ceux de la 
pénitence. Cette tradition se perpé- 
tua chez tous les moines d'Orient. 
Saint Basile, dans ses Constitutions, 
impose à ses disciples l'obligation du 
travail manuel , et la plupart des 
Pères de l'Eglise orientale , saint 
Grégoire de Nazianze , saint Jean 
Chrysostôme et saint Ephrem entre 
autres, insistent fréquemment dans 
leurs livres sur l'accomplissement de 
ce devoir. 

« En Occident, les mêmes faits se 
reproduisent , mais sur une plus 
grande échelle et avec une tout autre 
importance. Saint Benoit est, comme 
on sait, le grand patriarche des cé- 
nobites de l'Eglise latine. Les ordres 
qui l'avaient précédé avaient seule- 
meut préparé le terrain où le sien 
s'enracina. Le mont Cassin fut la 
ruche sainte d'où s'élancèrent, sur 
les diverses contrées de l'Europe bar- 
bare, les premiers essaims de ces 
conquérants pacifiques, qui devaient 
soumettre à la loi chrétienne les cœurs 
farouches des Germains. Or ces pieux 
bataillons ne portaient pas seulement 
la croix et l'Evangile, mais aussi la 
lèche et la pioche. Saint Benoit avait 
dit dans sa règle (c. 48) : Tune vere 
monuchi sunt, si labore manuum sua- 
rum vivunt, le vrai moine vit du tra- 
vail de ses mains. Les enfants étaient 
fidèles aux instructions de leur père. 
Partout où ils s'établissaient, les fo- 
rêts s'éclaircissaient, les marais se 
desséchaient, et la charrue prenait 
possession de ces terras vagues qu'a- 
vaient dépeuplées la tyrannie du fisc 
et les invasions barbares. 

« Les Bénédictins s'adonnèrent sur- 
tout à l'agriculture. Une utilité plus 
immédiate ne fut pas la seule cause 
de leur préférence ; ils aimaient les 
rudes travaux des champs, ces tra- 



vaux qui fatiguent les bras et font 
couler la sueur du front. C'étaient 
môme ceux-là que leur fondateur 
avait eus en vue dans ses prescrip- 
tions ; car il avait autorisé la dis- 
pense du jeune pour les grands jours 
de l'été, alors que la tâche est plus 
longue et le soleil plus ardent. Les 
Gaules durent aux colonies bénédic- 
tines le rétablissement de la culture 
et laconservation de la société, même 
sous le rapport matériel. On sait 
combien ces colonies se multipliè- 
rent dans toutes nos provinces, de- 
puis le vi° siècle, où elles s'y établi- 
rent, jusqu'au xi e pendant "cet en- 
fantement de cinq cents ans d'où 
sortit le moyen âge. Qu'on ne s'en 
étonne pas! Au point de vue de l'é- 
conomie politique toute seule, jamais 
institution ne fut plus utile et plus 
féconde. N'oublions pas qu'une grande 
partie de nos villes sont nées et ont 
grandi à l'ombre des monastères. 
Dans ces temps d'anarchie, un cou- 
vent était un lieu d'asile pour le tra- 
vail, qui y trouvait la sécurité ; c'é- 
tait un établissement agricole et in- 
dustriel, où de nombreux travailleurs 
appliquaient à l'exploitation de la 
terre les ressources de l'association, 
et qui ressemblait beaucoup à ces 
vastes domaines impériaux dont il 
est si souvent question dans les Capi- 
tulantes. C'était de plus un grand 
enseignement : donner l'exemple r du 
travail dévoué au milieu d'une so- 
ciété qui n'avait d'estime que pour 
la guerre, y avait-il œuvre plus mé- 
ritoire et plus sociale ? Aussi, dans 
l'histoùe économique de nos diverses 
provinces, les premiers développe- 
ments de la richesse, les premiers 
germes de la prospérité apparaissent- 
ils toujours après la fondation de 
quelque grande abbaye Ainsi en fut- 
il, par exemple, quand naquirent les 
abbayes de Saint-Bertin ou Saint- 
Omer sur les confins de la Flandre et 
de l'Artois, de Conques dans le Rouer- 
gne et de la Grasse en Languedoc (■(). 

(1) Parmi les exemples de ces travaux intelli- 
gents des moines, nous iiiinons à citer te dessèche- 
ment de la Bresse et de la Bremie. Les euu qui 
s^éteadaient sur ces plaines, où elles ne trouvaient 
pas de pente, furent recueillies et retenues dans 
des étaogs qui sont devenus une source de ri- 






IND 



131 



IND 



« Celte rapide revue de l'antiquité 
monastique suffit à établir ce fait, 
, qui est capital dans notre cause, que, 
dans l'origine, le travail manuel a été 
compris parmi les premiers devoirs 
cks religieux, et qu'à l'avènement 
de la société moderne les couvents, 
loin d'èlre pour aucun pays des 
causes d'appauvrissement, ont gran- 
dement contribué à l'accroissement 
des produits, et surtout aux progiés 
de l'agriculture. Plus tard les choses 
ont-elles changé? Que trop souvent 
la paresse et l'oisiveté aient envahi 
les cloîtres, nous n'irons pas le nier; 
mais qu'en résulte-t-il? De ce qu'il y 
a eu beaucoup de moines fainéants, 
s'ensuit-il que la vie monastique soit 
favorable à la fainéantise? Depuis 
quand les abus prouvent-ils contre 
la chose dont on abuse? Gardmis- 
dous d'ailleurs de ces exagérations 
qu'ont accréditées dans trop d'es- 
prits les déclamations protestantes et 
voltairienne». A aucune époque , 
même aux plus mauvaises , le mal 
n'a triomphé pleinement; en face de 
lui, le bien a toujours eu sa place, et 
souvent plus grande. Le travail des 
religieux, il est vrai, changea généra- 
lement de nature.et d'objet ; mais ce 
ne fut pas sans motif. Le caractère 
de la fonction monastique avait été 
profondément modifié. Les moines 
originairement étaient de simples 
laïques, qui s'associaient pour mieux 
conformer leur conduite aux conseils 
<:e l'Evangile. A dater du moyen 
âge, ils furent presque tous admis 
aux ordres sacrés, et devinrent mem- 
bres du corps ecclésiastique. Ce chan- 
gement en amena nécessairement un 
autre dans leurs occupations. Deve- 
■ nus prêtres, ils eurent à remplir les 
fonctions sacerdotales ; l'administra- 
tion des sacrements fut un de leurs 
devoirs, et un grand nombre d'entre 
eux se livrèrent à la prédication. Et 
cependant, malgré ces innovations, 
le travail des mains ne fut jamais en- 
châsse pour le pays. Le reste des terres étant ainsi 
mu à sec fut bientôt cultivé. Le dessèchement des 
marais du Bas-Poitou fut aussi entrepris par des 
mornes; le premier canal qu'on y creusa pour 
donner de 1 écoulement aux eaui fut appelé le Ca- 
nal desQunire-Abbés, parce qu'il avait été établi 
«m frais de quatre abbaves. 

(Aote de Feugueray.) 



fièrement abandonné dans les diver- 
ses branches de l'ordre de Saint-Be- 
noit. Il s'y élevait de temps à autre 
quelque âme énergique, qui, par la 
parole et l'exemple, ramenait les mo- 
nastères à l'exécution rigoureuse de 
la règle primitive. Saint Hernard fut 
l'un de ces hommes. Cet arbitre de 
l'Europe ne dédaignait pas de manier 
la bêche et de porter du bois, et, 
quoiqu'il n'eût aucune aptitude à 
scier les blés et à faire les autres tra- 
vaux de la moisson, il raconte lui- 
même qu'il en obtint la grâce à force 
de prières. D'autres réformateurs l'a- 
vaient précédé, d'autres le suivirent, 
et le nom de IUmcé n'est pas le der- 
nier de cette liste glorieuse. 

« Aujourd'hui l'ordre de Saint-Be- 
noit a presque entièrement disparu 
de notre sol. De tant de couvents 
qu'il avait élevés sur les divers points 
de la France, il n'existe plus que 
deux ou trois chartreuses, l'abbaye 
de Solc-me et quatorze maisons de 
Trappistes. Or les Chartreux ne 
mènent pas, que je sache, une vie 
si douce et si paresseuse ; les Béné- 
dictins de Solesmes cultivent le terrain 
de la science; et quant aux Trappistes, 
qui oserait les accuser de négliger 
le travail? Tous, depuis le père abbé 
jusqu'au dernier frère convers, s'a- 
donnent à la culture des terres ; ils 
exploitent eux-mêmes les champs et 
les jardins qui dépendent de leurs 
maisons, et déploient dans ces divers 
travaux autant d'intelligence que de 
zèle. Le couvent de la Meilleraye, 
près Nantes, est entre autres une 
véritable ferme modèle, dont le der- 
nier abbé, dom Antoine, était agro- 
nome aussi distingué que moine fer- 
vent, et dont l'exemple n'a pas peu 
servi au perfectionnement de l'agri- 
culture dans les cantons voisins. En 
vérité on ne saurait concevoir l'aveu- 
glement de certains économistes qui 
en veulent tant àces pauvres religieux. 
Quels hommes pourtant, d'après les 
règles mêmes de leur science, ont 
droit de se dire meilleurs citoyens ? 
Les Trappistes produisent beaucoup 
et consomment très- peu. On a calculé 
que l'entretien complet de chacun 
d'eux ne revenait guère qu'à 40 cen- 
times par jour, moins de 150 fr. par 



IND 



132 



an. Quel économiste voudrait se con- 
tenter de ec régime? 

« Un mot encore sur les Trappistes. 
On sait que quelques-uns d'entre 
eux viennent de s'établir à Staoueli, 
près d'Alger. Constitués en société ci- 
vile, ils oui obtenu du gouvernement 
la concession d'une certaine quantité 
de terres qu'ils doivent avoir défri- 
chées et mises en valeur d'ici à un 
petit nombre d'années. C'est là un 
(renne précieux qui fructifiera sans 
doute. Les Trappistes sont en Algé- 
rie à remplir parmi les Arabes mu- 
sulmans une mis-ion semblable à 
celle que les couvents fondés en Al- 
lemagne par saint Boniface ont rem- 
plie parmi les païens barbares, mis- 
sion sublime qui consiste à convertir 
à notre Coi et i notre civilisation des 
populations ennemies. Mais, sans 
entrer dans ces considérations qui 
sont étrangères à notre sujet et qui 
n'ont pas prévalu sans doute dans 
les conseils des hommes qui gouver- 
nent l'Algérie, on peut se demander 
quel motif a décidé le maréchal lïu- 
geaud qui ne parait pas fort enclin 
au mysticisme, àadopter une mesure 
aussi grave, et même, dans l'état de 
noire société, aussi étrange. Cette 
mesure, il faut le reconnaître, est un 
des meilleurs gages qu'ait donnés le 
gouvernemenl de son intention, si 
longtemps douteuse, de coloniser 
notre conquête. Décidé à fixer dans 
le nord de l'Afrique un noyau de po- 
pulation française, voulant prendre 
par la culture une possession réelle 
du sol, ayant besoin pour cela de ces 
travailleurs persévérants qui s>ont la 
fortune des établissements nouveaux, 
le gouvernement de l'Algérie n'a pas 
cru pouvoir mieux faireque d'accueil- 
lir les Trappistes. Il y a dans ce seul 
fait une réponse victorieuse à bien 
des arguments. 

« Pour terminer nos recherches 
sur les travaux agricoles et indus- 
triels désordres religieux, nous avons 
à nous occuper de ceux de ces ordres 
qui se sont consacrés à la vie active . 
La plupart d'entre eux, il est vrai, 
n'ont exercé sur l'industrie qu'une 
influence indirecte. Absorbés par des 
oteupations plus élevées et souvent 
plus périlleuses, dévoués à l'ensei- 



IND 

gnement, à la prédication, à l'aspos- 
tolat, leurs membres avaient autre 
chose à l'aire qu'à exercerdes métiers. 
Mais parmi ces congrégations, quel- 
ques-unes se sont adonnées spécia- 
lement à l'industrie, et celles-là nous 
ne devons paslespasser sous silence. 
Il y a eu des ordres religieux indus- 
triels comme il y a eu des ordres reli- 
gieux militaires ; nous voulons par- 
ler des Frères Pontifes et des Humi- 
liés. » 

« L'abbé Grégoire a écrit sur les 
Frères Pontifes une brochure inté- 
ressante et très-connue ; nous nous 
contenterons d'en donner ici une 
courte analyse. Les Pontifes, ou Pon- 
tistes, ou Frères du Pont, ont été 
ainsi appelés pour avoir construit le 
fameux pont d'Avignon, sous la di- 
rection de saint Benezet, qui avait 
été d'abord berger dans le Vivarais 
et qui passe pour avoir fondé leur 
ordre. Ils contribuèrent de même à 
la construction d'un autre pont sur 
le Khùne, à Saint-Saturnin-Ie-Port, 
de concert avec les habitants de cette 
petite ville, qui s'étaient réunis en 
confrérie pieuse instituée pour cet 
objet. Quand le pont fut terminé, la 
ville obtint de changer son nom pri- 
mitif contre celui de Pont-Saint-Es- 
prit, persuadée que, sans les secours 
de l'Esprit-Saint, elle n'aurait pu ja- 
mais achever une œuvre aussi difli- 
cile à cette époque. La congrégation 
des Pontifes se chargea d'entretenir 
les deux ponts qui avaient été ainsi 
élevés, et d'exercer l'hospitalité envers 
tout voyageur et tout pèlerin. Elle 
fut transportée plus tard dans d'autres 
provinces de la chrétienté, et notam- 
ment en Italie, où elle donna les 
mêmes preuves de zèle, en établis-, 
sant sur les rivières des ponts et des 
bacs, et en accueillant les voyageurs 
auxquels elle offrait un abri et la 
nourriture, comme le faisaient aussi 
à la même époque les monastères éta- 
blis dans tous les passages des Alpes, 
et comme le fait encore celui du 
grand Saint-Bernard. 

« L'esprit qui animait les Pontifes 
» n'appartenait pas à eux seuls. On 
m avait vu l'Eglise, dans son intelli- 
> gence maternelle, plier la sévérité 
w des peines canoniques à la salisfac- 






LND 



133 



IND 



i tion la mieux entendue désintérêts 
i temporels, et commuer à propos 
> ses rigueurs en œuvres pics dont 

■ l'utilité matérielle assurait le profit 
i à la société tout entière. Par dos 
i ouvrages consacrés au bien géné- 

■ rai, on espérait attirer la miséri- 

■ corde divine sur soi, sur ses amis, 
. ses parents décédés. On regardait 

comme action méritoire, non-seu- 
lement d'élever des églises, de se 
dévouer au service des pauvres, des 
malades, mais encore de rendre 
leschemins praticables, d'ouvrir des 
routes, de construire des ponts (1). 
Cette croyance datait de loin : Théo- 
doret, évoque de Cyr, dans une 
lettre au patrice Anatole, lui disait: 
Vous savez que nous avons employé 
une grande partie des revenus ec- 
clésiastiques à faire des portiques, 
des lavoirs, des ponts et autres 
édilices utiles au public. En cela 
nous- considérions plus l'avantage 
des pauvres que celui des riches 
(ThÉODORET, epist. 79). Les cons- 
tructions de ponts sont particuliè- 
rement citées comme bonnes œu- 
vres par la plupart des écrivains 
qui. au su siècle, ont traité de la 
pénitence. La Grande-Bretagne doit 
a la piélé du clergé catholique un 
grand nombre de monuments de 
ce genre. La loi des Ostrogoths 
slatue que si quelqu'un, pour le 
salut de son âme, a bâti un pont, 
l'entretien ne sera pas à sa charge, 
à moins qu'il n'y consente. Olaùs 
Celsius, qui a recueilli soigneuse- 
ment les antiquités celtiques, rap- 
porte beaucoup d'inscriptions runi- 
ques sur des ponts construits dans 
ce but pieux et dont le motif s'y 
trouve formellement exprimé. Nous 
lui en emprunterons une, consacrée 
aux routes nouvellement ouvertes, 
et qui résume d'une manière tou- 
chante l'esprit qui inspirait ces uti- 
les entreprises : 

Strflvernnt alii nob : s, nos posteritati, 
Ocinibns ut Cliristus stravit ad astra viam. 

« M. Bory de Saint- Vincent, dont 



(I) Voy. Cammentarius historiens de diicipl. 
in adminUtratinne sacramenti Pœnit°n ix, anc- 
torej. Morino. U-fol., Farisiis, 1051, 1. X, c. 22, 
p. 768 et sm>. ' 



le témoignage n'est pas suspect quand 
il est émis en faveur du Christianisme, 
attribue aussi, dans son Résumé géo- 
graphique de la Péninsule ibérique 
(p. 18ii), la construction des ponts 
nombreux qu'on rencontre dans le 
nord du Portugal h l'idée fortement 
établie dans ces provinces qu'uno 
telle construction est une œuvre pie, 
et aux indulgences que les prélats 
accordaient à ceux qui les bâtissaient, 
les réparaient ou les entretenaient. 

« Quant aux Humiliés, ils sont 
moins connus que les Frères Ponti- 
fes. Beaucoup d'auteurs les confon- 
dent à tort avec une secte hérétique 
du même Dom et du même temps, 
que condamna le pape Lucius, et 
ceux qui n'ont pas fait cette confusion 
ne font guère mention d'eux que pour 
rappeler la suppression de l'ordre, 
en i 570, à la suite d'un attentat que 
quelques-uns de ces religieux avaient 
commis sur saint Charles Borromée; 
car ils étaient à cette époque tombés 
dans un relâchement extrême. Le 
Père Hélyot seul, dans son Histoire 
des Ordres monastiques, a donné sur 
nos Humiliés des renseignements 
utiles, quoique insuffisants. Voici 
quelle avait été leur origine. 

« Au commencement du xu e siècle, 
quelques gentilshommes milanais, 
faits prisonniers par les troupes de 
l'empereur Henri V, furent emmenés 
en Allemagne, où l'un d'eux, le bien- 
heureux Gui, les convertit à la péni- 
tence et les ramena au Seigneur. De 
retour en Italie, ils ne voulurent pas 
rentrer en possession de leurs riches- 
ses, les distribuèrent aux pauvres et 
vécurent en communauté dans la 
piété et dans la mortification. Leurs 
femmes les imitèrent et entrèrent 
dans leur association, qui s'accrut 
bientôt de nouveaux membres. Tous 
ensemble travaillaient à fabriquer des 
draps et autres étoffes de laine. Les 
femmes filaient, les hommes tissaient 
et faisaient les autres opérations de 
la fabrique. Ils étaient habillés de 
drap brun et s'appelaient à cette épo- 
que les Berrettini de la Pénitence, à 
cause de leur bonnet (barrettino). Ils 
ne reçurent le nom d'Humiliés que 
quelques années après, quand saint 
Bernard, passant à Milan, leur eut 









IND 



134 



IND 



fait prendre l'habit blanc et les ent 
consacrés à la sainte \ ierge. Saint 
Bernard, d'ailleurs, introduisit une 
grande modification dans leur insti- 
tut. A sou instigation, les hommes et 
les femmes se séparèrent et formèrent 
des couvents séparés. A dater de ce 
jour seulement, l'association des Hu- 
miliés, qui n'avait été jusqu'alors 
qu'une confrérie pieuse, devint une 
congrégation monastique. Cependant 
elle ne renfi rmait encore que des 
laïcs, et saint Jean de Méda, qui 
mourut en 1150, en fut le premier 
prêtre; il la soumit à la règle de 
saint Benoit et fit élever au sacerdoce 
plusieurs de ses compagnons. L'ordre 
des Humiliés fut solennellement ap- 
prouvé, en 1200, par le pape Inno- 
cent III. Il était dès lors répandu 
dans toute la haute Italie. A la des- 
truction de Milan par Frédéric ISarbe- 
rotissc, beaucoup de prisonniers, sui- 
vant l'exemple de leurs devanciers, 
avaient fait le vœu de s'y unir et 
l'avaient accompli après leur déli- 
vrance. Il n'y eut plus hienlôt dans 
toute la Lombardie de ville qui ne 
contint au moins un couvent do cet 
ordre. C'était l'époque où florissaicnt 
les communes italiennes, ce grand 
foyerde liberté et d'industrie pendant 
tout le moyen âge. Les Humiliés 
jouaient, dans chacune de ces répu- 
bliques, un rôle politique important. 
Ils étaient les receveurs des droits 
d'entrée et des péages; ils exerçaient 
diverses charges de magistrature, en- 
tre autres celle de la Canevaria; dans 
toutes les villes où il y avait des ma 
gasins de munitions de guerre, cha 
que supérieur des monastères de 
l'ordre en avait une clef. Ces divers 
privilèges leur avaient été accordés 
par reconnaissance, parce qu'ils 
avaient introduit dans toutes les cités 
de la Lombardie les manufactures de 
laine, qui étaient une des plus gran- 
des sources de la richesse de la pro- 
vince, et aussi des fabriques d'étoiles 
bi'ochées d'or et d'argent. 

« Il ne faut pas croire, en effet, 
que les Humiliés, en devenant de 
vrais moines, eussent renoncé à leurs 
habitudes industrielles ; le P. Ilélyot, 
qui le donne à entendre, est dans 
une erreur complète sur ce point. 



Comment les Humiliés auraient-ils 
établi des fabriques daiiS tant de 
villes, comme ils l'ont fait, s'ils eus- 
sent renoncé au travail manuel, ainsi 
qu'il le présume, dès l'époque du 
passage de saint Bernard, en îi 34, si 
peu d'années après leur fondation? 
Voici d'ailleurs un passage du livre 
que M. Delécluzc a écrit sur l'histoire 
de Florence, qui lève toute incerti- 
tude sur ce sujet. « En 1230, les 
» Pères Humiliés de Saint- Michel 
» d'Alexandrie, obligés par les statuts 
» de leur ordre de se livrer à la l'a- 
» bi'ication de la laine, vinrent s'éta- 
» blir à Florence. L'évèque de celte 
» ville, c'était Jean de Mangiadori, 
» non-seulement les accueillit avec 
» plaisir, mais leur concéda l'église de 
» Saint-Donato-aux-ïours, hors de 
» Florence, atin qu'ils pussent y fon- 
» der une manufacture dans laquelle. 
» ils travaillassent et formassent de 
» jeunes apprentis. Cet établissement 
» eut un tel succès, les ouvriers qui 
» en sortaient devinrent si habiles, 
» que, plusieurs années après, en 
» 1251, l'évèque s'étant aperçu que 
» la distance qui séparait le couvent 
» de la ville faisait perdre du temps 
» aux jeunes apprentis, que d'ailleurs 
» l'emplacement de la manufacture 
» des Humiliés n'était plus assez 
» vaste, donna à ces religieux l'église 
» de Sainte-Lucie-surPré, et enfin 
» les rapprocha encore de Florence, 
» cinq ans après, en les établissant 
« dans leur nouvelle fabrique d'Og- 
» nissanti, où ils sont restés jusqu'en 
» 1564, vers le temps où Pie V sup- 
» prima leur ordre. 

« Dans l'acte de donation de l'église 
» de Sainte-Lucie faite par l'évèque 
» de Florence, on trouve plusieurs 
» détails qui tournent tout à l'hon- 
» neur de ces Pères Humiliés. Comme 
» l'église de Saint-Donato-aux-Tours 
» est devenue trop petite, y est-il dit, 
» pour que les Frères y puissent 
» exercer commodément leur art, 
» c'est-à-dire travailler la laine, fa- 
» briquer et vendre des draps, et se 
» livrer à tous les travaux des mains 
» au moyendesquels ils se nourrissent 
» et s'entretiennent, non-seulement 
» sans demander l'aumône, mais en 
» en distribuant même d'abondantes 



ÎND 



135 



IND 



» aux indigents; considérant enfin 
» que leur éloignement de la ville 
» nuit à leur commerce en ralentis- 
» saut leurs relations avec les mar- 
» chauds, nous avons décidé de les 
» rapprocher de Florence, etc. Le 
» couvent des Humiliés donna nais- 
» sance au faubourg d'Ognissanti , 
» qui fut plus tard renfermé dans 
» l'intérieur de la ville. Pen de temps 
» après leur dernier changement de 
i domicile, les Humiliés fournirent 
» aux dépenses nécessaires pour la 
» construction du pont d'Alla-Carraia, 
» sur l'Arno. » (Florence et ses vicis- 
situdes, t. I,ch. IV, p. 34 et suiv.) 

« L'histoire des Humiliés est encore 
a faire. M. de Sismondi, dans sa vo- 
lumineuse Histoire des Républiques 
italiennes, n'en a pas, croyons-nous, 
dit un seul mot; omission bien extra- 
ordinaire chez un historien écono- 
miste. Tous les matériaux, du reste, 
sont réunis dans la bibliothèque Am- 
brosienne, ;i Milan ; ils consistent en 
deux chroniques écrites par des reli- 
gieux de l'ordre en filO et 1493, et 
en une nombreuse collection de 
pièce- originales, telles que la règle, 
les constitutions et les décisions des 
chapitres généraux. Il parait même 
que, dans la première moitié duxvii 
siècle, un savant Milanais, nommé 
Puricelli, aurait écrit les Annales des 
Humiliés ; mais son travail n'a jamais 
été publié. Il doit aussi se trouver à 
l'Ambrosienne. Puisse quelque Mila- 
nais, soucieux de la gloire de sa pa- 
trie, tirer ces précieux documents de 
l'oubli où ils sont ensevelis, et nous 
donner l'histoire d'un ordre qui a 
tant contribué à la prospérité de l'I- 
talie et aux progrès de ['industrie 
manufacturière dans la Chrétienté! 

De l'industrie dans les âges et chez les 
peuples exclusivement catholiques. 

« Le moyen âge, époque éminem- 
ment catholique, n'a pas été une épo- 
que d'industrie ; la dignité du travail 
y a été méconnue ; le laboureur, l'ar- 
tisan, le manufacturier, le commer- 
çant y ont été écrasés par la puissance 
du prêtre et de l'homme de guerre. 
Les pays où la religion catholique a 
conservé dans les temps modernes 
une suprématie incontestée, les deux 



péninsules méridionales de 1 Europe, 
sontactuellcment dans un état évident 
d'infériorité industrielle vis-à-vis des 
peuples qui, d'une manière ou d'une 
autre, ont secoué le joug de Rome. 
A des faits aussi importants il faut 
une explication. Or cette explication 
ne peut se -trouver que dans les doc- 
trines religieuses et morales qui ont 
dominé le moyen âge et ont dominé 
jusqu'à nos jours en Italie et en Es- 
pagne. Ces doctrines, ce sont les doc- 
trines catholiques. 

« On peut réduire à ces termes l'ob- 
jection qui nous reste à combattre, et 
dont nous ne nous dissimulons ni la 
portée ni la puissance. 

« Parlons d'abord du moyen âge. 

« Cette période de la civilisation 
chrétienne aété avant tout sacerdotale 
et guerrière; le fait est vrai. La féo- 
dalité et la théocratie s'y sont partage 
la souveraineté. Les classes laborieu- 
ses, qui fournissent tous les produits 
nécessaires à l'existence humaine, y 
ont été généralement tenues dans 
l'ombre. Le grand rôle, le rôle bril- 
lant, était échu au noble et au prêtre. 
Les intérêts matériels n'occupaient 
alors dans la chrétienté qu'une place 
secondaire. Les questions de douane, 
de viabilité, de manufactures, de na- 
vigation, etc., toutes ces questions 
auxquelles l'économie politique, la 
science favorite de notre temps, s'est 
chargée de répondre, nepassiounaient 
pas des esprits absorbés par la foi re- 
ligieuse et l'activité militaire. On se 
battait dans tous les coins de l'Europe 
pour les intérêts des familles nobles; 
les peuples se levaient en masse pour 
conquérir la Terre-Sainte, mais les 
guerres commerciales étaient à peu 
près inconnues. Ni le comptoir, ni la 
fabrique n'étaient encore des puis- 
sances. L'agriculture elle-même était 
dans un état de souffrance ; les récol- 
tes étaient souvent insu frisantes pour 
nourrir les populations ; d'horribles 
famines décimaient de temps à autre 
même les contrées les plus riches >et 
les plus fertiles. 

« D'où provenait cette situation ? 

« L'état d'un peuple, à une époque 
donnée, est toujours une énigme dont 
le passé seul peut donner le mot. 
Pour comprendre l'état de la chré- 



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136 



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tienté au moyen âge, il faut donc re- 
monter dans l'âge antérieur. Or le 
grand fait qu'on y rencontre est la 
destruction de l'empire romain par 
les invasions barbare.;. La société 
était à reconstruire tout entière : 
c'est là le travail que les peuples chré- 
tiens ont accompli pendant tout le 
cours de cette période, dont les limites 
ne sont qu'imparfaitement fixées, et 
qu'on appelle le moyen âge. Ils étaient 
partis de la barbarie, ils ont abouti à 
la société moderne. Le moyen âge, 
comme tout autre âge, a donc été une 
époque de transition. Le juger en lui- 
même, sans tenir compte de son point 
de départ, et surtout le comparer à 
l'état actuel, c'est une injustice et une 
faute. Les générations nouvelles ne 
devraient jamais oublier qu'elles jouis- 
sent du travail des générations pas- 
sées, et que la plus grande partie de 
leur richesse et de leur puissance leur 
est venue par héritage. 

« A ce point de vue, comment nous 
apparaît le moyen âge pris dans son 
ensemble ? comme un effort immense 
pour fondre entre elles des popula- 
tions ennemies, comme une victoire 
remportée sur la barbarie, comme un 
pas en avant dans la réalisation des 
principes chrétiens. Pourrait-on nier 
qu'au moyen âge la condition des 
classes inférieures et la constitution 
de la famille ne fussent de beaucoup 
supérieures à ce qu'elles étaient avant 
l'invasion, dans la dernière période 
de l'empire romain? 

« Depuis les cours de M. Guizot, il 
est admis généralement que la civili- 
sation moderne provient du mélange 
de trois éléments divers, les Barbares, 
Rome et l'Évangile ; mais ce serait 
une grande erreur d'attribuer à ces 
trois éléments une valeur égale. Les 
traditions romaines et barbares ont 
moins été des principes constituants 
des sociétés modernes que des obsta- 
cles au développement du vrai prin- 
cipe de notre civilisation, du principe 
chrétien. C'est ce que M. Guizot aurait 
compris, sans doute, s'il eût procédé 
dans ses travaux en vue du progrès 
au lieu défaire simplement de l'ana- 
lyse et de l'éclectisme. Or d'où ve- 
naient précisément ces institutions 
féodales qu'on reproche au moyen 



âge? Elles venaient surlout des Bar- 
bares. D'où résultait l'abaissement 
des classes inférieures, désolasses in- 
dustrielles? C'était un legs des socié- 
tés antiques, de Rome et de la Germa- 
nie. Le Christianisme n'est pour rien 
dans tout cela ; ce qui forme sa part 
au moyen âge, c'est la fusion des 
races, c'est l'abolition de l'esclavage 
personnel, c'est l'émancipation de la 
femme, c'est la chevalerie, c'est l'in- 
lluence sacerdotale, cette influence 
pacifique qui introduisait dans le 
droit public la trêve de Dieu et éten- 
dait une protection respectée sur le 
travail du pauvre. 

« Il n'est pas d'ailleurs dans toute 
l'histoire de période où l'amélioration 
progressive de la condition humaine 
soit plus sensible que dans les XI e , 
xn 1 et xiu e siècles, qui renferment 
le moyen âge proprement dit, qui 
commencent après le débrouillement 
définitif du chaos barbare, quand la 
féodalité est constituée et que la Pa- 
pauté entreprend la réforme ecclé- 
siastique. Cette grande époque a été 
l'objet des travaux de la plupart des 
historiens contemporains, qui l'ont 
étudiée sous ses divers aspects. Jo- 
seph de Maistre, dans son livre du 
Pape, exposa d'abord la mission pro- 
videntielle que les pontifes romains 
y avaient remplie. Depuis, cette réha- 
bilitation d'une époque si longtemps 
calomniée a été poursuivie sans in- 
terruption : amis et ennemis y ont 
également contribué ; MM. Aug. 
Thierry et Michelet n'ont pas moins 
servi cette cause que k's écrivains 
catholiques. L'opinion publique s'est 
éclairée; elle s'est inclinée devant les 
monuments élevés par la foi de nos 
pères ; elle a apprécié plus justement 
une littérature et une science qui 
avaient été trop dédaignées; elle a 
compris quels progrès avaient été 
réalisés dans les institutions politi- 
ques et dans le droit civil, sous l'in- 
fluence du sacerdoce et de la royauté. 
Un seul point est resté dans l'ombre: 
l'économie politique du moyen âge 
est encore peu connue. Le grand 
ouvrage qu'un savant italien, M. Ci- 
1 r.ii'io, a annoncé sur cette matière, 
n'a pas encore vu le jour, ou du 
moins l'introduction seulement en a 



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137 



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été publii'-o ; les recherches statisti- 
ques de MM. Dureau-Delamalle, Gué- 
rard, Géraud, etc., ne concernent 
presque toutes que des localités iso- 
lées. Ces travaux spéciaux sur la 
matière sont même d'une rareté ex- 
trême. Et pourtant, malgré cette in- 
digence, il est un fait hors de doute 
et qu'une étude même superlicielle 
suffit à constater : c'est que le moyen 
âge a été, pour le développement de 
la richesse publique, une époque de 
progrès immense, l'époque où la 
culture s'est étendue sur la plus 
grande partie du sol delà chrétienté, 
et où les industries les plus impor- 
tantes ont élé fondées. 

« L'Allemagne, qui avait été à 
peine entamée par les Romains ; la 
Pologne et les pays Scandinaves, où 
les aigles n'avaient jamais pénétré ; 
les provinces helgiques, qui étaient 
restées depuis la création couvertes 
de forêts et de marécages; la Gran- 
de-Bretagne, qui était retombée dans 
I état sauvage depuis l'arrivée des 
Anglo-Saxons ; toute cette immensité 
«le terre a été défrichée, rendue ha- 
bitable, humanisée, si l'on peut ainsi 
dire, pendant le moyen âge. Les 
pays méridionaux, où la culture n'a- 
vait jamais élé interrompue, ont re- 
pris dans le même temps une pros- 
périté qu'ils n'avaient pas connue 
depuis les beaux jours de Rome; et, 
quant à la France, après qu'elle fut 
sortie de l'anarchie, dès les premiers 
rois de la troisième race, elle entra 
dans une voie de progrès matériel 
qui la rendit capable de suffire à 
toutes les grandes choses qu'elle fit 
alors dans le monde. Cette ère d'a- 
mélioration se perpétua chez nous 
jusqu'aux guerres des Anglais. Au 
xi siècle une grande partie du terri- 
ioire était encore inculte ; le désordre 
des guerres féodales paralysait le 
travail ; les famines étaient longues 
et fréquentes. Deux passages de 
Froissard nous mettront à même de 
jugercombien les choses étaient chan- 
gées au xiv c . Quand Edouard III dé- 
barqua en Normandie, en 1340, il 
trouva une province riche, paisible 
déshabituée de la guerre; les villes 
n-'avaient plus de fortifications; les 
châteaux féodaux avaient été rasés 



dans les campagnes; les fabriques 
abondaient même clans les simples 
bourgs; « et ceux du pays, dit le 
» chroniqueur, étaient effrayés et éba- 
ts his, ce qui n'était merveille ; car, 
» avant ce, ils n'avaient oneques vu 
» hommes d'armes, et ne savaient 
» que c'était de guerres ni de ba- 
» tailles. » En 1356, quand le prince 
de Galles ravagea le Languedoc, il 
en fut de même. « Sachez, dit Frois- 
» sard, que ce pays de Carcassonnais, 
» de Narbonnais et de Toulousain, 
» où les Anglais furent en cette sai- 
» son, était un des gros pays du 
» monde; bonnes et simples gens, qui 
» ne savaient que c'était de guerre ; 
» car oneques ne furent guerroyés ni 
» n'avaient été devant ainçois que le 
» prince de Galles y conversât. » Ain- 
si le travail pacifique avait détrôné 
la guerre, el cette transformation si 
complète s'était opérée pendant le 
moyen âge. Ces observations feront 
peut-être admettre avec moins d'é- 
tunnement les résultats auxquels 
est arrivé M. Dureau-Delamalle dans 
les travaux purement statistiques 
qu'il a entrepris pour évaluer la po- 
pulation totale de la France dans ce 
même xiv e siècle; on sait qu'il la 
fait monter à un chiffre à peu près 
égal à celui où elle s'élève aujour- 
d'hui. (Mémoires de l'Académie des 
Sciences morales, t. I, p. 169etsuiv.) 
« L'industrie proprement dite parti- 
cipa, comme l'agriculture, au progrès 
général. Elle avait été dans l'anti- 
quité le lot des esclaves ; dans la 
période barbare, elle n'était qu'un 
accessoire des grandes exploitations 
agricoles. Pour la première fois elle 
conquit dans les communes une exis- 
tence indépendante et devint un 
patrimoine d'hommes libres. Les com- 
munes n'existaient que par l'indus- 
trie et le commerce; or, puisqu'au 
moyen âge les communes se sont 
multipliées dans toute la chrétienté, 
puisqu'elles ont élargi successive- 
ment leurs enceintes pour contenir 
une population toujours croissan- 
te (1) ; puisqu'elles se sont enrichies 

(I) Dons un mémoire très-intéressant, SI. H. Ciî- 
raild a établi sur dus preuves solides que la popu- 
lation approximative do Pari», eu 12S2, était de 
215,000 habitants. M. Uulaure no l'avait évaluée. 



I 



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\3n 



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assez pour construire tant, de monu- 
ments religieux et civils, n'en résul- 
te-t-il pas cliiireiiionl que l'industrie 
et le commerce y ont pris incessam- 
ment un essor plus élevé, et que les 
richesses s'y sont accumulées d'âge 
en âge? Et enfin, dans le xiu'- siècle 
et dans la première moitié du xiv, 
les représentants de la bourgeoisie 
n'ont-ils pas été admis dans les états 
généraux et provinciaux chez tous 
les peuples de l'occidenl 81 du midi 
de l Europe? Où pourrait- on tiourer 
un preuve [dus convaincante de l'im- 
portance une tes fonctions indus- 
trielles avaient [irise dans les socié- 
tés chrétiennes? 

« Toutefois, le développement de 
l'industrie s'opéra plus spécialement 
dans les républiques municipales de 
l'Italie el dans les communes de 
Flandre. Ces deux contrées forment 
même, au milieu de l'Europe restée 
agricole et féodale, un contraste frap- 
pant. On voit déjà poindre dans les 
grandes villes manufacturières les 
embarras, les dangers (rai assiègent 
aujourd'hui l'Angleterre, Les luttes 
des ouvriers el des entrepreneurs 
û'iniustrie ne datent pas de notre 
temps. Les tisserands et les fou- 
lons de Gand et de Bruges étaient 
souvent, pour les riches bourgeois, 
des ennemis aussi dangereux que les 
comtes et les gentilshommes de 
Flandre. A Florence, le populo mi- 
nuta (le petit peuple) réclamait sa 
part de la souveraineté que le popolo 
grosso (les banquiers et les fabricants) 
avait enlevée à la noblesse. Ce sont 
là les signes, hélas! trop certains, 
d'une industoHi puissante. Et les 
Flandres, non plus que les républi- 
ques italiennes, n'étaient pourtant 
pas, que je sache, des pays héréti- 
ques ni indifférents; la foi vivait 
chez elles, plus pure même et plus 
fervente que dans les châteaux des 
barons; leurs corporations étaient 
placées sous le patronage des saints; 
leurs églises étaient les plus riches 
et les plus magnifiques de tout le 
monde; elles prenaient une paît ac- 

pour UI3. qii'é mon» de 60,000. (Pim m p|,j_ 

lippe-le-Bel; population. 0» , s inêdfls publies 

par le ministère de Iinstr.irlioii publique.) 

{Note de Fenguei"y.} 



tive aux croisades ; elles étaient en 
un mot, des membres dévoués du 
grand corps de la catholicité. 

« Il nous paraît donc évident que la 
place de l'industrie agricole et manu- 
facturière a été plus importante an 
moyen âge qu'on ne le croit généra- 
lement; nous croyons avoir surtout 
établi d'une manière invincible que 
cet âge catholique n'a pas été, pour 
la production des richesse matériel- 
les, une époque de léthargie et i'e 
nullité, mais au contraire l'époque 
d'un tel développement qu'il faut 
venir jusqu'à „ s jours pour en trou- 
ver un plus rapide et plus général. 
Toutefois, comme nous ne voulons 
rien exagérer, nous avouons que le 
ride de l'industrie dans ces temps n'a 
été que secondaire, qu'il a été primé 
par celui des prêtres et des hommes 
de guerre, fait qui s'explique aisé- 
in ■■ni par la situation même de la 
société, et qui, du reste, ne nous 
semble nullement condamnable. Si 
respectable que soit le travail, il est 
encore une vertu plus haute : c'est 
le dévouement. Le soldat qui donne 
son sang, le prêtre qui se donne tout 
entier, sont plus haut placés, à nos 
yeux, que l'homme qui loue ses bras, 
et surtout que le fabricant qui cher- 
che fortune. 

« Du moyen âge passons à l'Italie 
et à l'Espagne, dont on invoque aussi 
l'exemple dans l'intérêt de 'la thèse 
que nous combattons. 

« La décadence de ces pays illus- 
tres provoque, il est vrai, de sérieuses 
réllexions, surtout quand on ia com- 
pare aux progrès de puissances schis- 
matiques ou hérétiques, comme la 
Russie, la Prusse et l'Angleterre. Sous 
le rapport économique, qui nous oc- 
cupe ici, l'opposition n'est pourtant 
pas aussi flagrante qu'on le suppose. 
Aujourd'hui même on ne trouverait 
-pas dans toute l'Allemagne protes- 
tante de provinces plus peuplées et 
plus industrieuses que la Catalogne 
et la Lombardie. Bien plus, si l'on 
compare en général la richesse et la 
population des divers Etats du con- 
tinent européen, on voit que les 
Etals catholiques l'emportent sur 
ceux qui sont séparés de l'Eglise. 
Ainsi, d'après le tableau statistique 






IND 



139 



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de l'Europe qu'a donné M. Ralbi, 
dans son Abréijé de Géographie, la 
Belgique compte 453 habitants par 
mille carré, tandis que la Hollande, 
placée dans des conditions de climat 
analogues, et qui possède des colo- 
nies et une marine, n'en compte que 
2(32 ; l'empire d'Autriche en renferme 
702, et la monarchie prussienne lci.'i 
seulement ; et encore faut-il remar- 
quer que dans ce dernier Etat les 
provinces les plus peuplées sont 
les provinces catholiques de la rive 
gauche du Rhin. De même, en Polo- 
gne, la population est, relativement 
au territoire, plus considérable que 
djns l'empire russe, que dans Jes 
gouvernements du centre même, où 
le climat n'est pas plus rigoureux 
qu'à Varsovie. La statistique de la 
richesse est plus difficile à établir, 
mais on peut croire qu'elle donnerait 
des résultats semblables. Le Tyrol, 
par exemple, ni la Bavière ne sont 
certainement pas plus pauvres que la 
Saxe ou le Hanovre. Notez du plus 
que nous n'avons pas parlé de la 
France, dont la supériorité en indus- 
trie, en commerce, en marine, ne 
peut être contestée par aucun Etat 
continental ; et nous avons pourtant 
le droit de 'la faire entrer en ligne de 
compte ; car nos citoyens sont catho- 
liques en immense majorité, et l'es- 
prit catholique est encore assez vi- 
vant parmi nous pour pénétrer même 
les incrédules. Heste donc seulement 
l'Angleterre, le pays protestant par 
excellence, où la population et la 
richesse ont pris un développement 
prodigieux, qui fait ressortir davan- 
tage l'état de marasme et d'atonie où 
sont tombées les péninsules méridio- 
nales. C'est là une comparaison qu'on 
aime à faire ; faisons-la donc à notre 
tour. 

« Au xvi c siècle, Séville et Lisbonne 
étaient les premières places de com- 
merce de l'Europe ; aujourd'hui 
c'est Londres. Au xvi° siècle, les nom- 
breuses fabriques de laine et de 
soie auxquelles l'Italie a dû tant de 
richesses étaient encore en voie de 
prospérité ; Séville et Ségovie reten- 
tissaient encore du bruit des métiers ; 
Rome était la ville où le crédit pu- 
blic était établi sur les plus larges 



bases; aujourd'hui Birmingham, Man- 
chester, Leeds n'ont plus de rivales, 
et Londres est la métropole de tous 
les banquiers. Au xvi e siècle enfin, 
l'Espagne colonisait tout un monde 
qu'un Génois avait découvert, et pro- 
menait sur toutes les mers un pavil- 
lon victorieux; mais les jours de l'in- 
vincible armada sont passés; c'est 
l'Anglais qui, depuis Cromwell, af- 
fecte la souveraineté de l'Océan. Co- 
lomb, Cabrai, Gama, Magellan ont eu 
pour successeurs Cook et Nelson. 
L'Espagne ni le Portugal n'ont plus 
de manne, presque plus de colonies, 
et la race anglaise s'éparpille à son 
tour sur tous les points du globe 
pour y fonder des empires. 

« Certes, le contraste est frappant» 
Où faut-il en chercher l'origine? 

« La religion catholique est-elle la 
cause de la décadence do l'Espagne 
et de l'Italie ? C'est ce que nous 
examinerons tout à l'heure ; mais 
que le protestantisme ait contri- 
bué, au moins indirectement, à la 
puissance de l'Angleterre, nous le 
reconnaissons sans hésiter. L'Angle- 
terre a tout sacrifié à un but unique, 
l'accumulation de la richesse ; l'exten- 
sion de son commerce et de ses ma- 
nufactures a été le seul mobile de sa 
politique ; elle s'est lancée tout en- 
tière à la poursuite du gain; le corps 
de la nation est devenu une immense 
société de marchands, n'ayant de 
passion que pour l'argent, et trou- 
vant tout moyen bon pour la satis- 
faire. Or nous avouons qu'aucune 
société catholique n'aurait pu en 
descendre là. 11 y a dans l'Eglise un 
esprit de renoncement et d'amour 
qui ne permet pas aux peuples qu'elle 
prêche de judaïser de la sorte. Pour 
donner à l'Angleterre l'esprit public 
qui fait sa force et sa honte, il ne fal- 
lait rien moins que l'ôgoïsme natio- 
nal, accru par l'isolement religieux 
et combiné avec l'orgueilleuse séche- 
resse du protestantisme. 

« Q'on trouve en cet aveu un sujet 
d'éloges pour la prétendue réforr e, 
soit ; les catholiques n'en sont pas ja- 
loux. Si l'Angleterre était restée ca- 
tholique, elle n'eût pas atteint un 
aussi haut degré de richesse com- 
merciale et manufacturière ; cela est 



IND 



140 



IXD 




vrai. Seulement il est bon d'ajouter 
qu'en revanche elle n'aurait pas tout 
un peuple de pauvres, et ne serait 
pas obligée d'ouvrir des prisons, dé- 
guisées sous le nom de maisons de 
travail, pour y renfermer les mécha- 
ntes coupables d'avoir faim. Ce sont 
là des ombres qui déparent tant soit 
peu le tableau de la prospérité an- 
glaise, et qui devraient modérer l'en- 
thousiasme qu'elle inspire à tant d'é- 
conomistes. 

« Or, et c'est là le revers de la mé- 
daille, le second terme de la compa- 
raison qu'il ne faut pas négliger non 
plus, les péninsules méridionales 
sont restées jusqu'ici à l'abri de ce 
fléau du paupérisme qui a envahi 
toute la Grande-Bretagne. D'après 
les calculs qu'a donnés M. de Ville- 
neuve-Bargemont, dans son Econo- 
mie politique chrétienne, l'Angleterre 
comptait, il y a dix ans, un indigent 
sur six habitants, proportion inouïe, 
et qui n'a certainement pas diminué 
depuis ! A la même époque, au con- 
traire, l'Italie et le Portugal ne comp- 
taient qu'un indigent sur vingt-cinq 
babitants, et l'Espagne un surtrente. 
N'y a-t-il pas dans ce seul fait une 
compensation qui rachète au moins 
en partie l'inégalité de population et 
de richesses que nous constations 
tout à l'heure? Spectacle singulier! 
la Grande-Bretagne, dans les der- 
nierssiècles, s'est continuellement en- 
richie ; mais, à mesure que les capi- 
taux s'y sont multipliés, le paupéris- 
me s'y est étendu ; la plus riche con- 
trée du globe est celle qui renferme 
le plus de pauvres. En même temps, 
dans les pays catholiques du midi de 
l'Europe, la production restait sta- 
tionnaire ; elle diminuait même au 
lieu d'augmenter ;le commerce y dé- 
périssait : et cependant la condition 
des classes inférieures y est restée lo- 
lérable, et les salaires y ont été main- 
tenus à un taux suffisant, eu égard 
au prix des denrées. De nos jours, 
l'ouvrier espagnol ou italien, sans 
être astreint à un travail excessif, est 
assez rétribué pour se procurer le né- 
cessaire etpour élever sa famille, tan- 
dis que les prolétaires anglais sont 
condamnés à uue misère toujours 
croissante, qui en fait la population 



la plus nécessiteuse et la plus abrutie 
de l'Europe entière. 

« Qui nous donnera le motde cette 
énigme? Pourrait-on conclure de ces 
faits que l'esprit protestant a donné 
à l'Angleterre sa richesse, en lui in- 
fligeant le paupérisme comme une 
expiation, et que l'esprit catholique, 
s'il a réduit les péninsules méridio- 
nales à une pauvreté relative, y a du 
moinr dispensé les produitsavec plus 
d'équité entre le travail et les capitaux? 

« Cette conclusion ne serait fondée 
qu'en cequiconcernc les peuples pro- 
testants ; elle est fausse en ce qui con- 
cerne les nations catholiques. 

« Qu'on apprécie en elfet la portée 
sociale du protestantisme d'après l'ex- 
emple de l'Angleterre, rien de plus 
juste. La semence déposée par Henri 
VIII dans le sol anglais y a germé et 
y a crû en paix, à l'ombre de la pro- 
tection du pouvoir; elle est devenue 
un grand arbre qui a étendu ses ra- 
meaux au loin, et a produit tous les 
fruits, ou doux ou amers, qu'il pou- 
vait produire. L'Angleterre est le plus 
brillant fleuron de la couronne du 
protestantisme. Juger une doctrine 
par ses résultats ' les plus grands et 
les plus beaux, quoi de plus légi- 
time ? 

« Mais dans l'histoire des sociétés 
catholiques, l'Italie et l'Espagne mo- 
dernes sont loin d'occuper un rang 
aussi élevé ; elles restent sur un plan 
secondaire ; elles ne sont qu'un acci- 
dent passager. Deux faits isolés ne 
prouvent rien quand des faits con- 
traires les annulent ; et quand il se- 
rait exact, comme nous le croyons en 
effet, que des institutions catholiques 
qui avaient perdu leur sève, qui s'é- 
taient abâtardies et viciées, auraient 
contribué en partie à l'abaissement 
de deux grands peuples, il en résul- 
terait seulement que les hommes peu- 
vent abuser des meilleures choses, ce 
qui n'est pas nouveau, mais est tou- 
jours vrai. Ces mêmes institutions 
ont fait la gloire d'autres âges, ont 
donné une vie puissante à d'autres 
peuples ; pourquoi donc ne les juger 
que par leurs abus? M. de Chateau- 
briand a merveilleusement dit qu'il 
y a en littérature deux sortes de cri- 
tiques : la petite, qui ne voit que les 



1ND 



141 



ÏND 



défauts; la grande, qui s'attache aux 
beautés. Il en est de même en politi- 
que. Gardons-nous de cet esprit mes- 
quin et stérile qui n'a d'yeux que 
pour le mal, toujours inséparable des 
choses humaines, et s'acharne surlcs 
époques de décadence comme sur 
une proie où il peut se repaître. 

m II est d'ailleurs, dans l'ordre pu- 
rement politique, mille causes iin- 
"portautes dont il faut tenir compte 
pour expliquer la démence des peu- 
ples d'Italie et d'Espagne. Pour les 
premiers, c'est une nationalité per- 
due, c'est la domination de l'étranger 
vainqueur, c'est la perte delà liberté 
politique, c'est le commerce s'onvrant 
des voies nouvelles et désertant la Mé- 
diterranée. Pour les seconds, c'est la 
toute-puissance d'un monarque ab- 
solu, c'est une administration déplo- 
rable, c'est l'épuisement causé par 
des guerres étrangères et définitive- 
ment malheureuses. Ce sont là des 
faits graves, qui ont dû exercer sur 
l'état de l'industrie agricoleet manu- 
facturière une action plus immédiate 
et plus paissante que les privilèges 
du clergé et la richesse des ordres mo- 
nastiques. 

« En général même on ne saurait 
demander' compte à l'Eglise de l'in- 
fériorité de divers Etats catholiques 
aux xvii et xvm e siècles. Elle avait 
alors perdu toute intluence sur le 
gouvernement temporel des sociétés; 
l'évèque du dehors , empiétant sur 
les attributions du véritable évoque, 
avait usurpé jusqu'aux fonctions pu- 
rement spirituelles ; le clergé était 
soumis à la servitude royale. C'était 
la souveraineté monarchique, qui, à 
Madrid corn me à Paris , s'élevait triom- 
phante sur lus ruines de tous les pou- 
voirs antérieurs, y compris le pouvoir 
ecclésiastique. Les prêtres et les moi- 
nes avaient des richesses et des hon- 
neurs; mais rien de tout cela ne sup- 
plée la liberté -qu'ils n'avaient pas. 
Ouvertement battue en brèche par les 
sectes protestantes, sourdement mi- 
née par l'ambition des princes, l'E- 
glise catholique laissait le inonde 
marcher dans les voies qu'il s'était 
frayées. Attendant patiemment des 
jours meilleurs, où, après bien des 
déceptions, il prêterait de nouveau 



l'oreille à sa voix, elle se bornait à 
sa fonction principale, qui est de con- 
server le dogme ; elle avait abdiqué 
la direction de la chrétienté. Que les 
peuples ne fassent donc pas remon- 
ter jusqu'à elle la responsabilité des 
maux qu'ils ont pu souffrir pendant 
cette période ; le coupable qu'ils doi- 
vent en accuser n'est pas difficile à dé- 
couvrir: c'est la monarchie absolue (1). 
« Nous sommes arrivé au terme de 
notre travail. Nous voulions prouver 
que, loin de condamnerles peuples à la 
pauvreté, l'esprit catholique était émi- 
nemment favorable aux progrès de 
l'agriculture, des manufactures et du 



(1) Les observations que nous venonsjle faire no 
s'appliquent qu'en partie aux Etats île L'Église, Pour 
exposer les causes historiques qui out amené le dé- 
périssement de l'agriculture dans plusieurs provin- 
ces de ces États, il faudrait plus de place que nous 
n'en avons ici. Nous dirons seulement que le népo- 
tisme contribua beaucoup a produire ce trbte ré- 
sultat. Les familles qui, aux xve et xvtc siècles, 
durent à cet abus leurs titres et leurs richesses, se 
créèrent, surtout dans les environs de Home, des 
domaines immenses qui furent soumis au régime 
dos majorais. La possession du sol se concentra 
ainsi eu un petit nombre de mains, et c'est de cet 
établissement de la grande propriété que date la 
dépopulation de la campagne romaine. Cette trans- 
formation de la propriété s'effectua d'autant plus 
aisément que les petits gentilshommes et les bour- 
geois trouvaient dans les fonds publies un place- 
ment avantageux pour leurs capitaux, et aimaient 
n.ieiix mener à Rome la vie douce et commode de 
rentier que de garder leurs patrimoines et de sur- 
veiller la culture de leurs terres. Ranke, dans son 
Histoire de la Papauté, fournit sur ce sujet des 
renseignements précieux, lin général, d'ailleurs, le 
proverbe allemand : Il lait bon vivre sous la crosse, 
ne peut avoir qu'une vérité relative. Qu'il valût 
mieux an moyen âge vivro sous le gouvernement 
paisible d'un évêque ou d'un abbé que sous la do- 
mination capricieuse et violente d'un baron féodal, 
le fait est certain ; mais d'un point do vue plus 
élevé, et en pure théorie, on r:e saurait comprendre 
que la confusion des deux pouvoirs soit profitable à 
la prospérité des peuples. Si le glaive spirituel ne 
doit jamais être remis à des mains royales, le scep- 
tre, d'autre part, ne saurait ètie placé entre des 
mains pontificales que par une exception à la règle 
commune. Cette exception, sans doute, est parfaite- 
ment justifiée, quand il s'agit de l'indépendance du 
Saint-Siège et des avantages qu'elle procure à toute 
la chrétienté; mais il n'en est pas moins vrai que 
les populations peuvent en souffrir, et que leurs 
intérêts particuliers sont nécessairement sacrifiés 
quelquefois aux intérêts généraux de l'Eglise. Pour 
n'en citer qu'un exemple, la lourde dette qui grève 
les finances du Pape, et dont le poids pèse exclusi- 
vement sur les États pontificaux, provient, en 
grande partie, d'emprunts contractés il y a deux 
siècles pour combattre le protestantisme et pour les 
besoins de la cause catholique. C'est par des consi- 
dérations de cette nature qu'on peut expliquer en 
partie la f ehetue position de plusieurs province» 



I l'Etat i-uiMJUj 



(.Note de Feugueray.) 



L\D 



142 



1ND 



commerça ; nous croyons l'avoir éta- 
bli par une double preuve, par la 
doctrine et par l'histoire. 

» 11 y aurait peut-être lieu main- 
tenant de prouver que ce même 
esprit est la meilleure règle de l'in- 
dustrie dont il peut être le mobile, 
qu'il donne à la prospérité matérielle 
i!cs peuples le seul fondement qui 
soit solide, qu'il peut les mener à la 
richesse sans la leur faire acheter au 
prix du paupérisme et de l'immora- 
lité. Mais eetle tàehe n'est plus la 
nôtre; c'est aux économistes chrétiens 
que revient le devoir de l'accomplir. 
Jamais plus grande mission ne fut 
offerte à des puhlicistes. Régler la 
concurrence, assurer le sort des sa- 
lariés, faire cesser le duel incessant 
du capital et du travail, constituer 
l'industrie sur des hases plus morales, 
organiser le travail en un mot, toutes 
ces questions si magnifiques et si 
épineuses, qui les résoudra? Eus, ou 
personne. Radicalement impuissants 
à s'élever au-dessus de la critique, 
les économistes anglais, saint-simo- 
niens, founéristes, remueront vaine- 
ment tous ces problèmes. Qu'atten- 
dre d'hommes dépourvus de iou- prin- 
cipes moraux arrêtés? A quels résul- 
tais peuvent ahoutir des doctrines 
qui ne reconnaissent au travail d'autre 
mobile que la satisfaction des appé- 
tits, qu'on proclame comme la lin der- 
nière de l'homme '.'L'exemple de l'An- 
gleterre montre assez dans quel abîme 
tombent les sociétés qui ne vivent que 
par la perpétuelle excitation de tous 
les égoïsmes. Seuls, les économistes 
chrétiens peuvent tirer la science de 
l'impasse où elle est engagée. Con- 
naissant les principes sur lesquels re- 
pose l'existence des sociétés, sachant 
que l'économie industrielle doit avoir 
ses racines dans l'économie morale 
qui est la vie même des nations, as- 
signant au travail le seul mobile qui 
le rende profitable à tous, le devoir 
imposé par Dieu, ils trouvent d'abord 
dans la religion chrétienne un point 
de départ assuré. Mais les secours 
qu'elle leur offre ne se bornent pas 
la ; la morale révélée leur indique 
aussi le but vers lequel leurs droits 
doivent constamment tendre. Ce but 
n'est pas, comme dans l'économie 



politique anglaise, l'exagération fié- 
vreuse d'une production illimitée qui 

ne tourne au profit que du petit 
nombre; il est plus grand et plus 
beau : c'est un accroissement continu 
et mesuré dans la masse des produits, 
et la distribution régulière et équita- 
ble qui doit en être faite entre les di- 
verses classes de producteurs. Ce but, 
c'est l'amélioration delà conduite des 
classes pauvres, c'est le soulagement 
des faibles et la protection des dés- 
hérités, c'est l'incarnation dans le 
corps social des principes de justice 
elde chanté .pie l'Evangile a révélés 
au monde, et qui, par une lente trans- 
formation, passent peu à peu de l'E- 
glise qui les enseigne dans l'Etat qui 
les applique. 

« Que les économistes chrétiens 
poursuivent sérieusement l'œuvre 
qu'ils ont commencée, et les préjugés 
que nous avons combattus tomberont 
d'eux-mêmes. Tout le monde com- 
prendra alors que, si l'Eglise est 
l'ennemie née de l'industrialisme, 
elle est la meilleure protectrice de 
l'industrie, et la religion chrétienne 
sera vengée des accusations insensées 
qu'on a lancées contre elle. Heureux, 
en attendant, si nous avons éclairé 
quelques esprits, et si nous leur 
avons montré comment la religion 
catholique se i ouuiiie avi c l'accrois- 
sement de la richesse et les progrès 
de la production ! 

■> Tout notre travail peut être ré- 
sumé en deux mots. Cherchez d'abord 
le royaume de Dim, et tout le reste vous 
sera donné par surcroit, est-il dit dans 
l'Evangile {.Ma tl h. vi, 33). Ces paroles, 
qui devraient être toujours présentes 
à l'esprit des économistes, sont la lu- 
mière de la politique chrétienne et le 
vrai secret de la prospérité des peu- 
ples. » 

Ajoutons à l'appui de ce qu'a dit 
M. Feugueray des industries produc- 
tives, agricoles et autres et dumona- 
chisme chrétien, les aveux suivants 
de deux auteurs qui ne sont pas sus- 
pects, puisque ce sont ceux-là mêmes 
dont nous avons cité, au mot Ciuus- 

TIAIS'ISIIE (LE) ETLALlri'ÉRATUnE CONTSM- 

Poiui.\F., les anathèmes à la religiondu 
Chri : MM. Yves Guyot p* Si-rismond 



L\D 



143 



IND 



Lacroix, dans leur Histoire des Pro- 
Utaires, histoire qui commence par 
donner à. l'homme, comme M. Lit lié, 
le singe pour ancêtre, et qui ne ren- 
ferme que des malédictions contre le 
Christianisme et la philosophie plato- 
nicienne, écrivent ce qui suit du cou- 
vent chrétien aux premiers temps du 
moyen âge : 

« Un couvent de hénédietins, c'est 
une caserne où l'on travaille et où l'on 
prie. 

« Mais le temps consacré au travail 
indique le caractère spécial des mo- 
nastères d'Occident. 

« Nous avons déjà dit : un monas- 
tère est une compagnie d'assurance; 
ce n'est pas tout : un monastère est 
une compagnie industrielle et agri- 
cole. 

« Certains travaux ne peuvent être 
faits que par grandes entreprises, 
Munissant une grande cohésion do 
forces. A ce moment (I), le crédit 
n'existait pas. La société par actions 
était inconnue.. Les moiues formaient 
cette soi Lété. 

« La tente ne manquait point, les 
éléments à utiliserétuient à la dispo- 
sition de tous. Mais l'homme isolé res- 
pectait le désert, le marais, la forêt, 
ensentantle défrichement au-dessus 
deses forces, surtout avecle défaut de 
sécurité qui existait partout. Depuis 
César,leshois et leslandes avaient rega- 
gné sur les terres cultivées, attestant, 
par cet envahissement, l'appauvrisse- 
ment de la Gaule sous l'administra- 
tion t omaine et au milieu des guerres 
sans fin. Dans la seule partie septen- 
trionale du pavsdesBourguignons,on 
comptait au sixième siècle six grands 
dé.-erts. La Savoie, la Suisse, la Bel- 
gique n'étaient qu'une forêt. 

«Alors arrivaient les moines, comme 
font de nos jours, les pionniers amé- 
ricains ; ils choisissaient une vallée, 
un terrain propice à la culture ; ils se 
mettaient à l'œuvre , abattaient les 
bois, de-séehaient les marais et fon- 
daientune colonie agricole Le terrain 
ne manquait pas : c'était l'association 
qui manquait. Les moines apportaient 
cette force, et faisaient ce que nul 
ne pouvait faire isolé. 

(1 j Le-- temps méioringieua. 



« C'est ainsi que nous voyons arri- 
ver en Armoriquc saint Brieux avec 
quatre-vingt-dix religieux. Ils explo- 
rent les bois, puis ils trouvent une 
vallée commode: ils rasent les taillis 
et les broussailles et la défrichent. 

« Telio, moine breton, planta avec 
saint Sauson, aux environs de Dol, 
une forêt d'arbres fruitiers qui avait 
trois milles de long : c'est à lui qu'on 
fait remonter l'importation du pom- 
mier dans ce pays. 

« Saint Fiacre, le patron des jardi- 
niers, fit des défrichements dans la 
Brie. 

« Il y a enfin la légende de l'abbé 
Théodulpbe qui laboura pendant 
vingt-deux ans du matin au soir, et 
dont l'aiguillon planté en terre à un 
moment de repos, donna naissance 
à un arbre magnifique. 

« D'autres moines se livraient à des 
travaux qui nécessitaient un grand 
concours de bras et de forces, une 
tradition intelligente que, dans ces 
moments d'éparpillement, les asso- 
ciations seules pouvaient perpétuer. 
Ceux-ci formaient des compagnies 
industrielles comme les précédents 
formaient des compagnies agricoles. 
« Parmi les plus célèbres, se trou- 
vent les frères pontifes, c'est-à-dire 
constructeurs de ponts. Ils osèrent 
en entreprendre la construction sur 
les rivières torrentielles du midi de 
la France. Leur principal établisse- 
ment se trouvait au bord de la Du- 
rance. Ce furent eux qui jetèrent à 
travers le Rhône, le pont Saint-Esprit. 
« Us gagnèrent des sommes im- 
menses dans de semblables entre- 
prises, dont ils avaient le monopole ; 
mais alors ils se corrompirent, ils 
abandonnèrent le travail, ils ne pen- 
sèrent plus qu'à enjouir, et oubliant 
leurs traditions, ils disparurent peu à 
peu dévorés par leur propre prospé- 
rité. » 

MM. Yves Guyot et Sigismond La- 
croix expliquent ensuite ce qu'était 
une riche ahbaye de ce temps-là. 
C'était tout un pays devenu produc- 
tif. Exemple le polyptyque de l'abbé 
Irminon qui gouverna l'abbaye de 
Saint-Gonnain-des-Prés sous Louis 
le Débonnaire. C'est une enquête dé- 
taillée sur les possessions, Les droits, 









IND 



144 



INE 



la richesse de l'abbaye. C'est énorme : 
récompense naturelle de leurs tra- 
vaux : les terres de l'abbaye s'éten- 
daient sur un rayon de quarante 
lieues autour de Paris. 

En résumé les moines du moyen 
âge se divisent en deux classes : les 
uns construisent ou conservent le fond 
intellectuel des nations; les autres 
construisent leur fond matériel et fa- 
briquent les instruments de travail 
de leurs industries futures. 

Le Noir. 

INDUSTRIE AGRICOLE [Y) ET le 
CHRISTIANISME, {Thêol. mixt. scien. 
social, econ. et indust.) — Voyez, pas- 
sim, l'article précédent. 

INDUSTRIES PRODUCTIVES (lois 
chrétiennes des.) (Thêol. hist. scien. 
social, econ. ind.) — V. Production et 
Economie sociale. 

INDUSTRIES COMMERCIALES (lois 
chrétiennes des.) (Thêol. mixt. scien. 
social, écon. ind.) — V. Echange 
(égal) et Economie sociale. 

IN'DUT, clerc revêtu d'une aube et 
d'une tunique, qui assiste et accom- 
pagne le diacre et le sous-diacre aux 
messes solennelles. Ce terme est d'u- 
sage dans l'Eglise de Paris. 

Bergier. 

INÉGALITÉ. Rien n'est plus sen- 
sible que Y inégalité qui est entre les 
hommes, 1° à l'égard des qualités 
naturelles, soit du corps soit de l'es- 
prit; 2° quant à la mesure des plaisirs 
et des soulfrances ; 3° quant au degré 
des inclinations bonnes ou mauvai- 
ses; i° l'état de société a fait naître 
une nouvelle source à? inégalité entre 
ceux qui commandent et ceux qui 
obéissent; 5° la mesure des grâces 
et des secours surnaturels que Dieu 
accorde aux particuliers ou aux. dif- 
férentes nations n'est pas la môme. 

De savoir si Y inégalité des condi- 
tions, qui résulte nécessairement de 
l'état de société entre les hommes, est 
conforme ou contraire au droit natu- 
rel, avantageuse ou pernicieuse à 
l'humanité en général, c'est une 
question qui appartient plutôt à La 



philosophie morale et à la politique 
qu'à la théologie, et que tout homme 
sensé peut aisément résoudre. L'es- 
sentiel pour un théologien est de 
prouver que Yinégalité des grâces ou 
des secours surnaturels que Dieu dis- 
tribue aux hommes ne déroge en 
rien à sa justice ni à sa bonté souve- 
raine. 

Une des objections les plus com- 
munes que font les déistes contre la 
révélation est de soutenir que si Dieu 
accordait à un peuple quelconque des 
lumières, des grâces, des secours de 
salut qu'il refuse aux autres, ce serait 
une injustice, un trait de partialité 
et de malice. C'est à nous de leur 
démontrer le contraire. 

1° Parmi les qualités naturelles à 
l'homme, il y en a certainement plu- 
sieurs qui peuvent contribuer à le 
rendre plus vertueux ou moins vi- 
cieux. Un esprit juste et droit, un 
fond d'équité naturelle, un cœur bon 
et compatissant, des passions calmes, 
sont certainement des dons très-pré- 
cieux de la nature; les déistes sont 
forcés de convenir que c'est Dieu qui 
en est l'auteur. Un homme qui les a 
reçus en naissant a donc été plus fa- 
vorisé par la Providence que celui qui 
est né avec les défauts contraires. Il 
n'est point de déiste qui ne se flatte 
d'avoir plus d'esprit, de raison, de 
connaissance, de sagacité et de droi- 
ture, qu'il n'en attribue aux sectateurs 
de la religion révélée. Si ces dons 
naturels ne peuvent pas contribuer 
directement au salut, ils y servent du 
moins indirectement, en écartant les 
obstacles. Il en est de même des se- 
cours extérieurs, tels qu'une éduca- 
tion soignée, de bons exemples do- 
mestiques, la pureté des mœurs pu- 
bliques, de bonnes habitudes contrac- 
tées dès l'enfance, etc. Les déistes 
soutiendront-ils qu'un homme né et 
élevé dans le sein d'une nation 
chrétienne n'a pas plus de facilité 
pour connaître Dieu et pour appren- 
dre les devoirs de la loi naturelle, 
qu'un Sauvage né au fond des forêts 
et élevé parmi les ours? 

De deux choses l'une : ou il faut 
qu'un déiste prétende, comme les 
alliées, que cette inégalité de dons 
naturels ne peut être l'ouvrage d'un 



INE 



145 



INE 



Dieu juste, sage et bon, que c'est 
l'elfet du hasard, qu'ainsi l'existence 
et la providence de Dieu sont des 
chimères ; ou il est forcé de convenir 
que cette inégale distribution n'a rien 
de contraire à la justice, à la sagesse, 
à la bonté divine. Cela posé, nous 
demandons pourquoi la distribution 
des grâces et des secours surnaturels, 
faite avec la même inéçialité, déroge 
à l'une ou à l'autre de ces perfec- 
tions. Ou le principe des déistes est 
absolument faux, ou ils sont réduits 
à professer l'athéisme et à blasphé- 
mer contre la Providence. 

Saint Augustin, L. de Corrept. et 
Grat., c. 8, n. 19, soutient avec rai- 
son contre les pélagiens que les dons 
naturels, soit du corps soit de l'âme, 
et les dons surnaturels de la grâce, 
sont également gratuits, également 
dépendants de la bonté seule de 
Dieu. 

Puisque Dieu, sans blesser en rien 
sa justice, sa sagesse ni sa bonté in- 
finie, peut faire plus de bien à un 
particulier qu'à un autre, soit dans 
l'ordre naturel soit dans l'ordre sur- 
naturel, nous prions les déistes de 
nous dire pourquoi il ne peut et ne 
doit pas faire de même à l'égard de 
deux nations différentes : voilà un 
argument auquel ils n'ont jamais es- 
sayé de répondre. 

De là même il s'ensuit évidemment 
que la bonté de Dieu ne consiste 
point à faire du bien à toutes ses 
créatures également et au même de- 
gré, mais à leur en faire à toutes plus 
ou moins, selon la mesure qu'il juge 
à propos. Il n'est point de la sagesse 
divine de les conduire toutes par la 
même voie, par les mêmes moyens 
et de la même manière, mais de di- 
versifier à l'infini les routes par les- 
quelles il les fait marcher vers le ter- 
me ; sa justice n'est point astreinte à 
leur départir à toutes des secours 
également puissants et abondants, 
mais à ne demander compte à cha- 
cune que de ce qu'il lui a donné. 

Dans tout cela, il n'y a point d'a- 
veugle prédilection, puisque Dieu sait 
ce qu'il fait et pourquoi il le fait, 
sans être obligé de nous en rendre 
compte ; point de partialité, puisque 
Dieu ne doit rien à personne, et que 
YII 



ses dons, soitnaturels soit surnaturels, 
sont également gratuits ; point de 
haine ni de malice, puisque Dieu fait 
du bien à tous, n'abandonne, n'ou- 
blie, ne délaisse absolument personne. 
Il est absurde de dire qu'un bienfait 
moindre qu'un autre est une preuve 
de haine. 

2° Dans toutes leurs objections, les 
déistes raisonnent comme si les grâ- 
ces que Dieu accorde à tel peuple di- 
minuaient la portion qu'il destine à 
un autre et lui portaient préjudice. 
C'est une absurdité. La révélation, 
les connaissances, les secours que 
Dieu a daigné accorder aux Juifs, 
n'ont pas plus dérogé à ce qu'il a 
voulu faire en faveur des Chinois, que 
les grâces départies à saint Pierre 
n'ont nui à celles que Dieu destinait 
à saint Paul. 

A la vérité, Dieu nous a fait con- 
naître ce qu'il a opéré en faveur des 
Juifs, et il ne nous a pas révélé de 
même ce qu'il a donné ou refusé aux 
Indiens et aux Chinois : qu'avons- 
nous besoin de le savoir? L'Ecriture 
sainte se borne à nous assurer que 
Dieu a soin de tous les hommes, qu'il 
les gouverne et les conduit tous, que 
ses miséricordes sont répandues sur 
tous ses ouvrages, etc. C'en est assez 
pour nous tranquilliser. Voyez Grâce, 

§2. 

De même Dieu fait connaître à 
chacun de nous, par le sentiment in- 
térieur, les grâces particulières qu'il 
nous accorde; mais il ne nous dévoile 
point en détail ce qu'il fait à l'égard 
des autres hommes, parce que cette 
connaissance ne nous est pas néces- 
saire. Autant il y aurait d'ingratitude 
à nous plaindre de ce que Dieu favo- 
rise peut-être plus que nous certaines 
âmes, autant il y a de démence à 
trouver mauvais qu'il n'ait pas traité 
les Nègres ou les Lapons de la même 
manière qu'il a traité les juifs et les 
chrétiens. 

3° Selon la faible mesure de nos 
connaissances, il nous parait impos- 
sible que Dieu accorde à tous les 
hommes une égalité parfaite de dons 
naturels. Si les force;,, les talents, les 
ressources étaient égales dans les di- 
vers individus, sur quoi serait fondée 
la société? Nos besoins inégaux et de 



INE 



146 



INE 






•différente espèce sont les plus forts 
liens qui nous unissent : si ces besoins 
mutuels étaient absolument les mê- 
mes, comment un homme pourrait- 
ïl en secourir un autre? Or, en y 
regardant de près, nous verrons que 
l'inégalité des dons naturels entraîne 
nécessairement celle des faveurs sur- 
naturelles. Dieu compense souvent 
Ips uns par les autres; il conduit 
l'ordre de la grâce comme il régit 
celui de la nature, et sa divine sa- 
gesse ne brille pas moins dans le pre- 
mier que dans le second. 

Comme la société naturelle et civile 
entre les hommes est fondée sur 
leurs besoins mutuels et sur les se- 
cours qu'ils peuvent se prêter récipro- 
quement, ainsi la société religieuse 
•est fondée sur les divers besoins sur- 
naturels et sur l'inégalité des dons. 
L'un dnit. instruire, parce que les au- 
tres sont ignorants ; il doit prier pour 
tous, parce que tous ont besoin de 
grâces ; tons doivent donner bon ex- 
emple, parce que tous sont faibles, 
sujets à tomber, aisés à se laisser en- 
traîner au torrent des mauvaises 
mœurs. Si les dons, les grâces, les lu- 
mières, étaient également répartis, 
où seraient les occasions de faire de 
bonnes œuvres ? Ainsi, dans l'ordre 
ftamaturel comme dans la société ci- 
vile, le précepte de saint Paul a lieu: 
Que votre abondance suppléa ù l'indi- 
gence <b.t autres. Telle est la loi de la 
charité. 

La principale grâce que Dieu ait 
faite aux Juifs a été de leur envoyer 
son Fils, de les rendre témoins de 
ses miracles, do ses vertus, de sa 
mort et de sa résurrection. Pourcon- 
tenter les incrédules, dans combien 
de lieux du monde, et combien de 
fois aurait-il fallu que Jésus-Christ 
prècbàt, mourût et ressuscitât ? 

11 n'y a pas moins d'absurdité à 
prétendre que Dieu ne peut pas ac- 
corder un moyen de salut à. une na- 
tion, sans le donner de même à toutes 
les autres, qu'à soutenir qu'il ne peut 

fas faire une grâce personnelle à tel 
omme, sans la départir aussi à tous 
les autres hommes ; qu'il ne peut pas 
opérer dans un temps ce qu'il n'a pas 
fait dans un autre, nous gratilier au- 
jourd'hui d'uu bienfait dont il avait 



privé nos pères. Tel est cependant le 
principal fondement du déisme. 

Vainement les incrédules disent 
que Dieu est le créateur, le père, lu 
bienfaiteur de tous, que tous doi- 
vent lui être également chers, qu'il 
n'est pas moins le Dieu des Lapons 
ou des Caraïbes que celui des Juifs 
et des chrétiens. Conclurons - nous 
de là, comme les athées : Donc ce 
n'est pas Dieu qui a fait naître tel 
peuple avec de l'esprit et des talents, 
pendant que tel autre est stupide ; 
qui a placé l'un sous les feux de l'é- 
quateur, l'autre sur les glaces du 
pôle, d'autres dans des climats tem- 
pérés et plus heureux ; qui accorde 
une longue vie à quelques-uns, pen- 
dant que les autres meurent au sor- 
tir de l'enfance? Il estle père de tous, 
mais, pour le bien de sa famille, il 
est nécessaire que tous ne soient pas 
traités de même : ce serait le moyen 
de les faire tous périr. 

Le grand reproche des déistes est 
que la révélation et les autres grâces 
faites aux Juifs les ont rendus orgueil- 
leux, leur ont inspiré du mépris et 
de la haine contre les autres peuples. 

Nons pourrions répondre que l'or- 
gueil national est la maladie de tous 
les peuples anciens et modernes. Les 
Grecs méprisaient tous ceux qu'ils 
nommaient Barbares. Julien soutient 
que les Romains ont été plus favori- 
sés du ciel que les Juifs, et plusieurs 
incrédules sont du même avis. Les 
Chinois se regardent comme le pre- 
mier peuple de l'univers, et la haute 
sagesse des déistes leur inspire beau- 
coup de mépris pour les croyants, 
et saint Paul demande à tous: Qu'avez- 
vous que vous n'ayez reçu ? 

Dieu avait pris assez de précautions 
pour prévenir et pour réprimer la 
vanité nationale des Juifs .Moïse leur 
déclare que Dieu ne les a point choi- 
sis à cause de leur mérite personnel, 
puis qu'il y a autour d'eux des na- 
tions plus puissantes qu'eux, ni à 
cause de leur bon caractère, puisqu'ils 
ont toujours été ingrats et rebelles. 
II leur dit que les miracles opérés en 
leur faveur n'ont pas été faits pour 
eux seuls, mais pour apprendre aux 
nations voisines que Dieu est le seul 
Seigneur ; que si Dieu leur accorda 



INE 147 

ce qu'il leur a promis, malgré leur 
indignité, c'est afin de ne pas donner 
lieu à ces nations de blasphémer 
contre lui. Les prophètes n'ont cessé 
de le répéter. Jésus-Christ a souvent 
reproché aux Juifs que les païens 
avaient plus de foi et de docilité 
qu'eux, et saint Paul s'attache encore 
à rabaisser leur orgueil. Le langage 
constant de nos livres saints est que 
les bienfaits de Dieu sont pour nous 
nn motif d'humilité etnon de vanité. 
Un déiste anglais soutient qu'il 
n'y a point de comparaison à faire 
entre la distribution des dons natu- 
rels et celle des grâces surnaturelles. 
l'inégalité des premiers dans les cré- 
atures, dit-il, contribue à l'ordre 
Ide l'univers et au bien du tout ; mais 
l'inégalité des grâces n'est bonne à 
rien qu'à faire manquer la fin géné- 
rale pour laquelle Dieu a créé les 
hommes, qui est le bonheur éternel. 
Cette observation est fausse à tous 
égards. 1° Nous avons vu que parmi 
les dons naturels il en est plusieurs 
qui peuvent contribuer, dumoins in- 
directement, au salut; leur inégalité, 
selon le principe de notre adversai- 
-e, ne serait donc bonne qu'à faire 
manquer le salut. 2» L'inégalité des 
grâces surnaturelles impose à ceux 
<iui en ont reçu le plus l'obligation 
de travailler au salut de ceux qui en 
ont reçu le moins,par la prière , par les 
instructions, par le bon exemple- 
elle contribue donc au bien de tous 
comme l'inégalité des dons naturels' 
Aussi saint Paul compare l'union et 
/a dépendance mutuelle qui doit ré- 
gner entre les fidèles, à celle qui se 
trouve entre les membres de la so- 
ciété civile et entre les différentes 
parties du corps humain. Ephes 
C. 4 f 16. 3» Il est faux que l'inégal 
hlé des grâces puisse faire manquer 
le salut à un seul homme, puisque 
iJieu ne demande compte à chacun 
que de ce qu'il lui a donné. Dieu ac- 
«orde assez de grâces pour rendre le 
salut possible à tous. Aucun ne sera 
réprouvé pour avoir manqué de 
grâces : c'est la doctrine formelle des 
livres saints. Voyez Grâce, § 2. 

Bergieh. 



INE 



INERTIE ('force d'). (Théol. mixt. 
philos, et scien. phys.) — La matière 
n est qu actions et réactions ; il n'y a 
point la matière pure et nue- or 
comme action et réaction supposent 
une force, et que toute force est esprit 
c est-à-dire simple, fa matière elle- 
même se résout dans l'esprit. Soyez 
donc matérialistes ! être matérialiste, 
c est faire tout de ce qui n'est nen. 

La propriété de l'inertie est bien 
de toutes les propriétés de la matière, 
celle qur dirait le mieux sa nature 
passive au sens absolu; or, malgré la 
répugnance des savants de second 
ordre a associer ces deux mots force 
et inertie, les plus profonds physi- 
ciens ont été poussés à qualifier cette 
propriété de force d'inertie, en sorte 
qu en ailant au fond de l'analyse ils 
n'ont plus trouvé que la force, et que 
la matière , ainsi analysée dans son 
inertie même, est redevenue de l'im- 
matérialité, de l'esprit, de la vie, de 
fa force. Ecoutons Newton. 

«. La force qui réside dans la ma- 
tière, (Vis imita) est le pouvoir 
qu elle a de résister. Le corps exerce 
cette force toutes les fois qu'il s'agit 
de changer son état actuel de mou- 
vement, et onpeut alors laconsidérer 
sous deux aspects différents : ou 
comme résistante, en tant que le 
corps s oppose à la force qui tend à 
lui taire changer d'état ; ou comme 
impulsive, en tant que le même corps 
tait effort pour changer l'état de 

1 obstacle qui lui résiste. Ainsi on peut 
donner à la force qui réside dans le 
corps, le nom très-expressif de force 
a inertie. » 

Vous le voyez, l'inertie elle-même 
de la matière n'est pas la mort, c'est 
fa vie, c'est l'esprit, c'est l'âme • il 
n y a que de la vie ; la mort n'est pas, 
ni, par là même, la matière absolue 
qui serait la mort, l'ombre complète' 
la nuit, une négation pure. ' 

Aussi trouve-t-on toujours le mou- 
vement dans la matière réduite aux 
plus fines molécules. On qualifie le- 
mouvement brownien de mouvement 
mécanique pur; qu'importe? n'est-ce. 
Pas toujours une révélation de la 
torce, comme l'inertie elle-même en 
est une autre? 
Supposez unhloc de matière, petit 



INF 



1. 



INF 



ou gros, grain de poussière; ou l'en- 
semble des mondes, dans le vide ab- 
solu, dans le rien. Ou il se remuera, 
ou il sera parfaitement immobile; 
s'il se remue, c'est une vie, c'est une 
force. S'il est immobile, ou bien il 
présentera quelque résistance à uno 
force qui fera effort sur lui pour lui 
donner le mouvement, ou il n'oppo- 
sera à cette force aucune résistance ; 
s'il fait résistance à la force, c'est en- 
core une folie ; car il n'y a qu'une 
force qui paisse résister à une force; 
et s'il n'oppose aucune résistance, en 
sorti- que la forci' n'ait besoin d'aucun 
acte pour le mobiliser, en d'autres 
termes ne trouve rien contre son 
effort, ce n'est rien. Voilà donc que 
la matière, dans son essence d'iner- 
tie, se réduit à rien, si elle n'est pas 
une force. 

Tout est force et vie ; et les forces ou 
vies sont de tous les degrés de puis- 
sance, à commencer par le grain de 
sable, et à finir par Dieu, la force ab- 
solue, l'esprit absolument pur, enpas- 
sant par le minéral, qui se cristallise, 
par le végétal, qui se développe, par 
l'animal qui sent , par l'homme qui 
pense, et par l'ange qui est esprit plus 
pur encore. Oui, tout est esprit plus 
ou moins pur; et le matérialisme 
de nos positivistes modernes étant 
l'explication de tout par la matière, 
n'est que l'explication de la vie par 
la mort, de la lumière par l'ombre, 
de ce qui est par ce qui n'est pas, de 
tout par rien. 

Le positivisme s'est rendu justice à 
lui-même,en se qualifiant, en Russio 
eten Allemagne, de nihilisme. 

Le Noir. 

INFAILLIBILITES (1). On a quel- 

(1) Si l'on veut appeler infnillihilistes ceux qui 
croient a l'infaillibilité du pape, il faudra donnor à 
ceux qui la rejettent, le nom de fuiliibilistes. Ce 
nom leur conviendrait a plusieurs égards; car on 
pourrait les appeler faillioilistes, soit parce qu'ils 
nient l'infaillibilité du souverain pontife, soit parce 
l'on no peut la nier, sans être forcé de nier l'infail- 
libilité même de l'Église. 

A l'article GiLUCAN, nous avons déjà rapporté 
quelques preuves de l'infaillibilité du souverain 
pontife. Ici nous citerons les textes de l'Evangile, 
renvoyant à l'article Papb les preuves tirées de la 
tradition. On distingue dans le nouveau Testament 
trois sortes de promesses touchant l'enseignement 
d« U foi : les unes faites à Pierre, les autres fjitas 



quefois donné ce nom à ceux qui sou- 
tieenent que le Pape est infaillible. 



au collège des npôtres, et d'autres qui regardent 
l'unitéet la perpétuité de l'Eglise. Voici commentle 
caidiuol Litta explique ces promesses. 

« Jésus-Cbrist dit à Pierre seul, en présence des 
apôtres : « Simon, Simon, voilà que Satan a 
» demandé de vous cribler, » c'est-à-dire de cri- 
bler Pierre et les apôtres, ut criblaret vos: c'est un 
danger commun à tout le collège des apôtres. Et 
quel sera le seconis que Jésus-Christ a préparé 
Le voiii: t Mais j'ai prié pour toi: Ego autem 
a rof/avi pro te ; alin que ta foi ne manque ja- 
n mais, et après ta ion version tu dois affermir tes 
, frères : Confirma fratres tuos. n Cette promesse 
regarde l'enseigneuM-iit do la foi. Une autre pro- 
messe, qui a le même objet, comme il est évident, 
oteomine je le prouverai dans la suite, est contenue 
dans ces paroles : n Tu es Pierre, et sur cette 
» pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de 
l'enfer ne prévaudront pas contre elle, n EnGn, 
une autre promesse sur le même obj t ost comprise 
dons le devoir qu'il a imposé à Pierre, en lui di- 
sant : « Sois le pasteur de mes agneaux, le pasteur 
de mes brebis : » Pasce agnos meos, pasce oves 
meas. Voilà les promesses faites à Pierre seul. 

« Il y en a d'autres faites à tout le collège des 
apôtres, y compris Pioire qui en était le chef et le 
pastour: « Allez, prêcher. l'Evangile à tout l'univers, 
a enseignez à toutes les nations à observer mes 
i commandements. Je vous envermi le Saint-Es- 
» prit, qui vous enseignera toute vérité. Voilà que 
a je suis avec vous jusqu'à la consommation des 
» siècles. » Dans ces promesses faites au collège 
des apôtres, si je veux saisir tout l'ensemble du 
plan, il faut que je ne perde pas de vue deux ob- 
servations : la première, que non -seulement elles 
sont communes à Pierre qui était dans ce collège, 
mais encore qu'elles sont faites à ce collège en tant 
qu'il est uni à Pierre, déjà nommé pour Sun chef et 
son pasteur; la seconde, qno cbs promesses ne 
doivent pas détruire les autres faites à Pierre seul, 
mais plutôt s'accorder avec elles. 

i Enfin, il y a des promesses qui regardent l'u- 
nité et la perpétuité de 1 Église. « Sur cette pierre 
» je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne 
• prévaudront pas contre elle ; » ce qui peut s'enten- 
dre qu'elles ne prévaudront pas contre la pierre 
sur laquelle est bâtie l'Eglise, ou contre l'Eglise : 
et cela rerient au même, comme je vous le mon- 
trerai plus tard, t Voilà que je suis avec vous 

■ jusqu'à la consommation des siècles. Les brebis 

■ écoutent la voix du pasteur et le suivent, parce 
i qu'elles connaissent sa voix. Mes brebis écoute- 
i ront ma voix, et il n'y aura qu'un seul bercail et 
a no seul pasteur. » On doit rapporter au même 
objet la prière de Jésus-Christ après la dernière 
cène, non-seulement pour ses apôties, mais encore 
pour tous ceux qui doivent croire à l'Evangile 

■ afin que tous soient une seule chose, comme vous, 
» mon Père, en moi, et moi en vous; qu'eux aussi 
a soient une seule chose en nous. Qu'ils soient une 
a seule chose comme nous : Ut amnes unum sint, 
a sicut tu, Pater, in me, et ego in te, ut et ipsi 
« in nobis unum tint... Ut sint unum sicut et not 
a unum sumus. a Or, le principal objet de cette 
union est l'unité de la foi : Unus Dominus, una 
fides, unum baptisma. 

a Réunissons toutes ces promesses, et tacbon» 
d'en faire résulter le plan sur lequel est établi 
l'enseignement de la foi. Souvenons-nous que ce 
plan doit embrasser tontes les promesses et être 
d'accord avec l'accomplissement de toutes et M 



INF 



149 



LSF 



c'est-à-dire que quand il adresse à 
toute l'Eglise un jugement dogmati- 



que, une décision sur un point de 
doctrine, il ne peut pas se faire que 



chacune d'elle*. Mais je trouve déjà ce plan tout 
fait par les paroles de Jésus-Christ. 

» II s'élève des questions sur la foi ; je cherche une 
autorité enseignante pour m'éclairer. Voià que j'en- 
tends la voix de Pierre, qui prononce son jugement. 
Ici je demande : Puis-je craindre quelque erreur 
dans ce jugement? Pour former un tel doute, il 
faudrait oublier que c'est en vain que Satan a de- 
mandé de cribler les apôtres ; car Jésus-Christ a 
prié pour Pierre, afin que sa foi ne manque pas. 
Je ne peux pas craindre non plus que Jésus-Christ 
ait manqué son but, lorsqu'il a choisi Pierre pour 
affermir ses frères, lorsqu'il l'a choisi pour la pierre 
sur laquelle il a bfiti son Eglise ; il a promis que 
les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre 
elle, ce qui affermit également la pierre et l'édifice, 
puisque si la pierre venait à chanceler l'édifice ne 
eerait pas solide non plus; enfin Jésus-Christ n'a 
pas manqué son but, en le choisissant pour pasteur 
des agneaux et des brebis. Si le pasteur s'égarait, 
irais-je demander aux brebis quel est le chemin du 
salut? 

n J'entends la voix du collège des apôtres. Quand 
je dis la voix du collège des apôtres, la voix de 
Pierre y est aussi, et même c'est la voix de leur 
chef et de leur pasteur. Ici, demanderai-je encore : 
Puis-je craindre quelque erreur dans ce jugement? 
Eh I ne voyez-vous pas que j'ai pour me rassurer 
les mêmes promesses fanes à Pierre, et de plus 
toutes celles qui ont été faites au collège des 
apôires ? 

» Mais ici vous pourriez me faire deux questions. 
La première est celle-ci : N'êtes-vous pas plus sur 
dans le dernier cas, où vous avez pour garant les 
promesses faites à Pierre et de plus celles qui ont 
été faites aux apôtres, que dans le premier, où 
Pierre seul aurait parlé, et où vous n'auriez que 
les promesses qui lui ont été faites ? 

« Avant de vous répondre, permettez- moi de 
vous demander s'il peut y avoir une assurance pins 
grande que celle qui dérive d'une promesse de 
Dieu? Vous me répondrez sans doute qu'une pro- 
messe de Dieu donne la plus grande assurance 
qu'on puisse imaginer : et moi j'ajoute qu'une seule 
promesse de Dieu ne me donne pas moins d'assu- 
rance que cent promesses do sa pirt. Je suis con- 
vaincu que quand Dieu daigna multiplier ses pro- 
messes à Abraham, il ne le fit que pour s'accom- 
moder à la faiblesse des hommes. Car de la part 
de Dieu une senle promesse a tant de stabilité et 
de sûreté, qu'il ne peut y en avoir de plus grande. 
Ne croyez pas cependant que ces promesses faites 
au collège des apôtres soient inutiles, pnrre que 
non-seulemeut ellus ont pour objet de raffermir 
notre faiblesse, mais encore elles ont un autre but 
particulier, que je vous montrerai dans la suite. 

n Quant à la seconde question, je ne veux pas 
que ce soit vous qui me la fassiez, parce qu'elle 
cet absurde. Je la fais moi-même uniquement 
pour éclaircir nos recherches. Cotle voix du col- 
lège des apôtres peut-elle être différente de la 
voix de Pierre ? Vous sentez tout de suite l'absur- 
dité de la question, parce que la voix de Pierre ne 
peut pas se séparer de la voix de ce collège. On 
De peut pas non plus supposer cette différence. Car 
alors il y aurait deux voix : l'une serait celle de 
Pierre, qui est le chef, et l'autre la voix des apô- 
tres, qui sont les membres du collège; cette voix 
ne pourrait donc pas s'appeler la voix du collège 
des apôtres. 

« On pourrait peut-être faire plutôt une autre 



question, qui elle-même ne vaut pns grand'chose : 
Peut-il arriver que la voix de Pierre reste senle, 
isolée et différente de la voix de tous les apôtres ? 
Je réponds que cela n'est pas possible, et j ai pour 
gamnt de ma réponse les promesses faites à Pierre, 
au collège des apôlres, et celles qui regardent l'u- 
nité et la perpétuité de l'Eglise. 

n A Pierre, parce que dans nette supposition il 
cesserait d'être la pierre fondamentale, car une 
pierre isolée ne peut pas s'appeler le fondement; 
il cesserait aussi a'étre pasteur, car le pasteur sup- 
pose un troupeau. 

n Au collège des apôtres, parce que cette sup- 
position ne peut pas s'accorder avee les promesses. 
En effet, j'entends d'nn côté une promesse a Pierre 
que sa foi ne manquera pas, de l'autre côté une pro- 
messe aux apôtres, y compris Pierre, que Jésus- 
Christ sera avec eux jusqu à la consommation des 
siècles, que le Saint-Esprit leur enseignera toute 
vérité. C'est Dieu qui a fait toutes ces promesses ; 
c'est Dieu qui assure la foi de Pierre; c'est Dieu qui 
promet sa présence et l'assistance du Saint-Esprit 
aux apôtres. Mais Dieu ne peut pas être contraire 
à lui-même. Le Saint-Esprit est l'esprit de vérité : 
la vérité est une; un seul Dieu, une seule foi: 
Unus Dominus, una fides. 

» Il ne peut donc pas y avoir ici deux voix diffé- 
rentes, mais une seule voix : la voix de la vérité et 
de la loi. 

» Enfin, les promesses qui regardent l'unité et la 
perpétuité de l'Eglise; car dans cette supposition 
l'Eglise serait séparée de la pierre fondamentale, 
les portes de l'enfer prévaudraient, Jésus-Christ 
aurait abandonné son Enlise, les bretùs ne suivraient 
plus, n'écouteraient plus le pasteur, et on ne trou- 
verait plus cette unité pour laquelle Jésus-Christ a 
prié son Père éternel. 

» De tout ceci je tire cette conséquence : l'en- 
seignement de Pierre par rapport à la foi n'est ja- 
muis sujet à l'erreur, n'est jamais ni différent ni 
séparé de l'enseignement du coliége des apôtres; 
et ces deux enseignements n'en font qu'un n 

Tel est le plan de l'enseignement de la foi que 
Jésus-Christ a placé dans son Eglise. « En lisant 
l'histoire ecclésiastique, et notamment ce qui con- 
cerne les conciles et les hérésies, vous aurez la sa- 
tisfaction de voir ce plan s'exécuter à la lettre ; 
vous verrez quelquefois une quantité plus ou moins 
grande d'évèqnes opposés au jugement de Pierre 
et du corps épiscopal, qui ne font ensemble qu'un 
seul jugement et un seul enseignement; mais ce 
meilleur qui peut arriver, et que Jésus-Christ a pr e- 
dit, ne portera aucun* atteinte ni aucun changement 
au plan et aux promesses de Jésus-Christ; car l'en- 
seignement, le jugement de Pierre De sera jamais 
seul et isolé, mais il aura toujours avec lui une 
partie des évêques. Cette partie, unie au successeur, 
de Piètre, formera le véritable corps épiscopal 
de l'Eglise catholique, celui qui succède aux droits 
et aux promesses qui appartiennent au collège des 
apôtres. Les antres évêques qui sont dissidents, ou 
se soumettront à ce jugement, et alors ils feront par- 
lie du même corps; ou s'ils refusent de se soumettra 
ils n'y appartiendront plus. Dans tous les cas sera vé- 
rifié l'oracle de Jésus-Christ, qu'il n'y aura qu'un 
seul bercail et un seul pasteur : Fietunum ovile et 
unus pastor. 

« Ce qui a fait penser à quelques-uns que l'in- 
faillibilité du pape n'était pas certaine, ce sont les 
ténèbres qu'on a répandues sur cette question... El» 
certes 1 taot qu'on l'embrouillera, on pourra dis 



INF 



150 



cette décision soit fausse on sujette à 
l'erreur. C'est le sentiment commun 



INF 



des théologiens ultramontains ; Bel- 
larmin, Baronius et d'autres l'ont 



pnter. Si ceux qui soutiennent l'infaillibilité du pape 
partent de la supposition que son jugement soil en 
opposition nveecolui de I Eglise, pour 'décider lequel 
des ileux doit prévaloir, ils bâtissent sur une hypo- 
thèse qui se détruit d'elle-même, et qui d'ailleuM 
est contraire à toutes les promesses de Jésus- 
Chiist. 

» Mais cela n'empêche pas que l'infaillibilité du 
pape ne soit très-certaine, et au point que ceux 
mêmes qui la nient sont forcés d'en convenir, si ou 
les oblige à s'expliquer. 

» Je leur demanderai: Croyez-vous à l'infaillibilité 
de l'Eglise? Ils me répondront tout do suite : Eh 1 
qui en pout douter? dès quo l'Eglise a pailé, il 
n'y a plus de doutes ni de questions. Eh bien 1 
ajouterai-je, dans cotte voix de I Eglise, comptez- 
vous la voix du pape ? S'ils sont catholiques, ils 
devront répondro que oui. Mais cette voix du pape, 
pouvez-vous la séparer de la voix de l'Eglise ? Ké- 
poodez oui ou nom. 

« Si vous répondez oui, alors je vous dis que la 
voix qui reste n'est plus la voix de l'Eglise. De 
même que, séparant la voix de Pierre de relie du 
collège des apôtres, la voix qui reste est la voix 
des membres de ce collège, mais jamais lu voix du 
collège : ainsi, si vous séparez la voix du chef Je 
l'Eglise de la voix de L'Eglise, la voix qui restera 
sera la voix des membres l'Eglise, mais jamais la 
voix de l'Eglise. 

» Si vous répondez non, alors je continue. Ou la 
voix du papo sera différente, ou elle sera la même 
que celle de l'Eglise. Si elle est différente, c'est 
comme si elle était séparée. Ce ne sera pas une 
seule voix, mais deux voix différentes ; l'une sera 
la voix du chef de L'Eglise, et l'autre la voix des 
membres do l'Eglise, mais jamais la voix de l'Eglise. 
Il faut donc que la v ux de 1'Egliso, pour être telle, 
soit la même quo lu voix du pape : vous ne pou 
vezdouc croire a l'Eglise, sans croire à l'infaillibilité 
du pape. 

» Mais, direz vous, ce n'est pas ainsi que je 
l'entends. Je crois bien que la voix de l'Eglise et la 
voix du râpe finiront par être une seule voix : mais, 
enaltendant, il peut arriver que le pape fasse une 
décision sur un point de foi, et que l'Eglise décide 
d'une autre manière. Comme l'Eglise est infaillible 
parce qu'elle est dirigée par l'assistance du Saint- 
Esprit que Jésus-Christ lui a promise, vous verrez 
que le pape sera ramené a la décision de l'Eglise, 
et alois le jugement qui sera porté sera un seul et 
même jugement. 

» Je vous entends ; mais n'allez pas si vite dans 
vos conclusions, parce que je ne pourrais pas vous 
suivre. Vous faites donc la supposition que le pape 
a décidé une question de foi, et que l'Eglise la dé- 
cidera différemment. Avant de tirer la conclusion, 
examinons un peu. 

» Jo déclare d'avance que co n'est que pour m'ac- 
commoder à votre raisonnement, que je me vois 
obligé do suppnser que le jugement du pape soit 
seul, isolé et différant de celui de tous les évèques. 
Car vous sente/ bien que si le pipe avait dans son 
sentiment un nombre plus ou moins grand d'évè- 
ques, ce serait dans ce nombre d'évèques unis au 
pape que je trouverais l'Eglise et son jugeinoot. 

» Il faut donc supposer le pope seul avec sa dé- 
cision d'un coté, et de l'autre tous les évèques avec 
une antre décision. Avant de tirer la conclusion, 
▼oyons un peu qui, des évèques ou du pape, aurait 
plus de droit d.9 iwneuw >«£ Autres & oou juge- 
ment, 



■ Si vousdites que ce sont les évèques qui ont ce 
droit parce que l'Eglise est infaillible et que l'assis- 
tance du Saint-Esprit lui est promise, je vous prierai 
défaire altenlion queces évèques ne sontpas l'Eglise 
lorsqu'ils ne se trouvent pas unis au chef de l'Elise 
et que leur jugement n'est pas celui de l'Eglise 
lorsqu'il n'est pas uni avec le jugement du pape: 
que ces évèques n'ont plus aucun droit ni à l'infail- 
libilité ni à l'assistance du Saint-Esprit, puisque ces 
promesses do Jésus-Christ ont été laites au collège 
des apôtres unis à Pierre, et .pie ces promesses 
ne détruisent pas les antres fuites 4 Pierre seul. 
» Au c mtraire, dans la supposition dont vous 
avez parlé, je pourrais plutôt faire valoir les droits 
du pape, pour ramener les évoques à son jn-e- 
ment ; parce qu'il est plus dans l'ordre que le chef 
ramène les inenih es, et le pasteur les brebis, et 
parce que le pape anrait toujours en sa faveur' les 
promesses faites à Pierre seul. Mais ne craiu-nez 
rien ; je ne veux tirer aucun avanluge du casaque 
vous supposez. Jo dis même que ce cas est impos- 
sible, parce qu'il est conttaire à tontes les pro- 
messes de Jésus-Christ. Je soutiens que le juge- 
ment du pape ne sera jamais seul et isolé, et qu'il 
aura toujours nn nombre plus ou moins grand 
d'évèques avec lui. (Vert dans le nombre uni «u papa 
que je reconnais l'Eglise, l'assistance du Saint- 
Esprit, les droits et promesses accordés au collège 
des apôtres. 

o Comment donc, me direz-vous ; le jugement 
de l'Egliso ne cesse pas de l'être, parce qu'un» 
quantité d'évoqués seraient d'un avis opposé: et 
pourquoi cesserait-il d'être jugement de l'Eglise et. 
d en avoir l'autorité, parce que le jugement du 
pape serait différent ? 

ji Je ne suis pas obligé de répondre à cetteques- 
tion qui roulo toujours sur la supposition d'un cas 
qui ne peut pas arriver; mais cependant je réponds. 
Pourquoi ? parce que Jésus-Christ a voulu donner 
un chef à son Eglise ; parce que les promesses ont 
été faitos à noe Eglise qui a un chef; parce que 
si vous lui ôtez ce chef, je ne reconnais pins l'Eglise 
de Jésus-Christ. 

» Pourquoi ? parce que vous pouvez séparer du 
corps une partie de ses membres; mais vous n» 
pourrez pas en séparer le chef. 

u Pourquoi ? parce que vous pouvez ôter d'un 
édifice les autres pierres, mais jamais la pierre fon- 
damentale sur la quelle il est bâti. 

» Pourquoi ? parce que vous pouvez séparer dn 
troupeau quelques brebis, mais jamais le pasteur. 
» Voilà ma réponse. Mais je dis toujours que le 
cas que vous supposez est impossible. Le seul cas 
qui est possible et qui est arrivé, c'est de voir le 
pape avec un grand nombre d'évèques d'un «été, 
et un nombre d'évèques sans lo pape de l'antre. Et 
alors où est l'Eglise ? Saint Ambroise l'a dit en 
quatre mots: Ubi Petrus, ibi Enlesia; où est 
Pierre là est l'Eglise ; et sans doute aussi, où est le 
successeur de Pierre, là est l'Eglise. 

» Vous voyez qu'on ne peut pas séparer le juge- 
ment du pape, de celui do l'Eglise, qu'il ne peut 
jamais y avoir deux jugements, l'un du pape, l'antre 
de l'Eglise, et que le jugement du pape et celui 
de l'Eglise ne sont qu'un seul et même jugemeot. 
Alors je n'ai plus besoin do vous apporter les 
preuves de l'infaillibilité du pape; il me suffit que 
vous m'accordiez l'infaillibilité de l'Eglise, et voici 
mou argument. 

■ Le jugement du pape et celui de l'Eglise n» 
sont qu'un seui et même jugement : 



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151 



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soutenu de toutes leurs forces ; 
D. Matthieu Petit-Didier, bénédictin, 

a publié un traité sur ce sujet en 1724-. 
Mais ce sentiment n'est pas reçu en 
France (lj. L'assemblée du clergé, 
en 1682, a posé pour maxime que, 
i dans les questions de foi, le sou- 
» verain pontife a la principale part, 
» et que ses décrets concernent toutes 
» les Eglises; mais que son jugement 
» n'est pas irréformable, jusqu'à ce 
» qu'il soit confirmé par l'acquiesce- 
» ment de l'Eglise. » 

M. Bossuet a soutenu et prouvé 
cette maxime avec toute l'érudition 
et la force dont il était capable. De- 
fensio Déclarât. Vleri Q allie. ,2. part. 
1. 12 et suiv. 11 a fait voir : 

1° Que tel a été le sentiment du 
concile général de Constance (2), 



n Or, le jugement de l'Eglise est infaillible ; 

« Donc le jugement du pape l'est aussi. 

» Cela posé, voua ne pouvez pas croire à l'infail- 
libil té de l'Eglise» sans croire en même temps à 
l'infaillibilité du pape. » Lettre sur tes quatre Ar- 
tirle.s dits du Clergé de France, par le cardinal 
Litta, édition de l'an 1826. Gousset. 

(1) Nous avuns croître a l'article Gallican, que 
la doctrine de l'infaillibilité était, poème en France, 
généialemeut suivie avant l'assemblée de 16S'2; et 
que, même depuis cette ép'.que, la fameuse décla- 
ration des quatre articles n'a jamais pu réunir J9s 
suffrages de tous les catholiques français. Voyez 
laitiôle Gallica* Gousset. 

(2) L'assemblée de 16S3 déclare que l'église 
gai icaoe n'approuve pa3 qu'or, révoque en doute 
l'autorité des décrets du concile de Constance, ou 
qu'on le réduise au seul cas de sebisme. Elle pré- 
tend aussi qu'en ce sens ils ont été approuvas par 
le siège apostolique, et confirmés par U pape et 
par l'iissffe de toute l'Eglise. Voyez cette décla- 
ration a l'article Gallican. 

Mai3, ai tout cela était vrai, il faudrait en con- 
clure que ces décrets, dans le sens que leur prête 
l'assen.bléede 1682, anttonle la force d'un.) décision 
définitive d'un concile œcuménique. Tant chrétien 
serait obligé .le ~'y soumettre, et ceux qui ne le fe- 
raient pas déviaient être condamnés orumP réfrac- 
taires à la décision conciliaire. Cependant depuU 
le concile de Constance, on a toujours continué à 
disputer sur ces décrets et sur leur sens , et ceux 
mêmes qui soutiennent la déclaration n'oseraient 
condamner ceux qui pensent différemment. 

Les différentes questions qu'on agite depuis long- 
temps sur les décrets du concile de Constance, 
penveni se réduire à trois principales. 1° Si le 
concile était œcuménique dans les deux sessions 
IV et V ; fco si les décrets de ces deux sessi ns ont 
été confirmés par Martin V ; 3° si Cr-s décrets doi- 
vent s'entendre seulement pour le schisme, lorsque 
l'on ne sait pas quel est le véritable Pape. ; ou si 
l'on doit les entendre absolument et pour tous les 
cas, même lorsque le Paru est généralement reconnu 
par l'Eglise, 

Dans la première question, il s'agit de savoir si 
le concile de Constance était œcuménique, lorsqu'il 
publia les décrets par lesquels on prétend prouver 



lorsqu'il a décidé, sess. 5, « qu'en 
» qualité de concile œcuménique, il 



qu'un concile général est supérieur au Pape. Or r 
nous ne craignons pas d'avancer que l'œcuménicité- 
de ces décrets est au moins douteuse. Pour le- 
prouver nous commençons par établir un fait qui 
est avoué de tous, malgré la contrariété des opi- 
nions. 11 n'y a point de doute que ces décrets aient 
été publiés dans les sessions IV et V, lorsqu'il ne se 
trouvait à Constance que des prélats de l'obédience 
de Jean XXII, qui avait convoqué le concile, et que- 
les deux autres papes, Grégoire XII et Benuit XIII, 
avec toutes leurs obédiences, non-seulement n'y 
étaient pas et n'y donnaient aucun consentement, 
mais protestaient de toutes Ieursfurces coutre cette 
assemblée. 

En partant de ce fait, qui ne peut être contredit, 
ceux qui soutiennent que l'autorité de c s décrets 
est douteuse, trouvent la plus grande facilité, et 
pour ainsi dire le chemin déjà fait. Ils n'ont pas besoin 
de s'engager dans delongiies discussions, ni d'entat— 
ser une suite de preuves, ni de soutenir la légitimité- 
d'aucun des trois Papes qui partageaient la chré- 
tienté. En laissant subsister la même inccrtitude- 
aui a motivé la célébration du ennede de Constance, 
s n'ont qu'à tirer cette conclusion naturelle, que 
les sessions IV et V n'ayant que l'autorité d un 
seul Pape et de son ohédience, cette autorité est 
douteuse; et qu'attendu l'ubsence et l'opposition 
furmelle des deux autres Papes et de leurs obé- 
diences, elle ne peut être regardée comme celle 
d'un concile œcuménique. 

Cette conséquence Étant liée avec un fui! qui n'est 
pas sujet île dispute, c'est a ce 1 x qui défendent 
l'autorité des décrets des sessions IVeiV à prouver 
le contraire ; et c'est ici qu'ils s? trouvent engagés 
dans uua progression de preuves et de discussions 
qui les mènent bien loin, et par un chemin tj es— 
difhVde. Pour prouver que l'absence et l'opposition 
des deux Papes avec leurs obédu-nr-es ne nuisent 
pas à l'autorité des sessions IV et V, il faut soute- 
nir qae la seule obédieuce de Jean XXIll formait 
un concile o.cnménique ; car autrement cette oppo- 
sition aurait été plus que suffisante pour en dé- 
truire l'autorité; et d'ailleurs cette autorité ne se- 
rait jamais celle d'un corn-ile œcuménique, et dans 
notre cas se réduirait à rien. 

Mais cette obédience ne pouvait former un concile ■ 
œcuménique, si Jean XX III qui l'avait fiunvoqrjé n'était 
pas un Pape légitime ; ainsi les voilà obligé- a sou- 
tenir et â prouver la légitimité de ce Pape. 

Cependant Jean XXI 1 1 ne pouvait être légitime, 
si Alexundre V, son prédécesseur, ne l'avait été. 
Il faut djnc piouver au:-ai la validité •[>• sou élec- 
tion. 

Alexandre V a ét>'' élu par différents cardinaux 
des denx obédiences de Grégoire X'II et de B^ndt 
XIII dans le concile de Pise, qui a prétendu juger et 
déposer ces deux Papes. Mais tout cela BSrail nul si 
la concile do Pise n'était pas œcuménique; il faut 
donc aussi prouver qu'il l'était. 

Voilà une longue suite de discussions et de preu- 
ves qu'il faut parcourir. Si un seul chaînon ne ré- 
siste pas au raisonnement, il entraîne la chute de 
tous les autres et la rniue de ses décrets. Cette ob- 
servation seule, avec un peu de réflexion sur l'im- 
portance et la difficulté de chaque point qu'il faut 
démontrer, suffit pour convaincre combien l'autorité 
île ces décrets est douteuse. 

Mais ce qu'il y a de pis, c'est que cette progres- 
sion de preuves rencontre enfin un écue'd où il faut 
nécessairement faire naufrage ; car nous avons vit 
qu'on doit démontrer qua lecoucile de Piseestœcu- 






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152 



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» représentait l'Eglise catholique ; 
» qu'il tenait immédiatement de Jé- 



» sus-Christ son autorité, à laquelle 
» toute personne, même le Pape, 



roénique. Et comment pomrra-t-on le prouver d'un 
concile célébré contre fa vol 'in té des deux papes 
Grégoire XU et Benoit XIII, dont un devait être 
légitime ; d'un concile convoqué par des canliimnx 
qui en détruisant l'autorité de leurs Papes, détrui- 
saient leurs propr-s prérogatives ; d'un concile où 
des nations entières de la chrétienté n'é'.aient pas 
présentes, enfin, pour taire beaucoup d'autres ob- 
tticles et pour tout .'dire en un mot, d'un concile 
que 1 Eglise ne reconnaît pas comme œcuménique ? 

Tout ceci prouve l'impossibilité de soutenir l'au- 
t' ri é'^de ces décrets. Mais je veux supposer qu'un 
habile théologien, par un effort de génie et par de 
nouvelles découvertes, parvienne à prouver tous 
ces p >ints, quu'il nous fasse connaître ce nouveau 
conc 1 i œcuménique de Pise, qu'il démontre la va- 
lidité de la déposition des deux papes Grégoire XU 
et Beuolt XIII, la validité de l'élection d'Alexan- 
dre V,la légitimité de Jean XXIII ; croyez-vous qu'on 
aurait beaucoup gagné ? Je soutiens que tout cela 
aeraitjinutile, et qu'il faudrait encore démontrer que 
cette légitimité de Jean XXIII était si bien connue 
et si claire à l'époque du concile de Constance, qu'il 
ne restait plus ne doute sur le véritable Pape, 
puisque dans un temps de schisme, et lorsqu'il ex- 
iste plusieurs Papes à la fois, il ne suffit pas qn'ui 
d'eux soit légitime, si ces titres ne sont pas connus 
au point qu'il no reste plus de doutes raisonnables 
parmi les chrétiens. En effet, nous voyons aujour- 
d'hui qu'on peut examiner las mémoires du temps 
Avec [dus de calme, que plusieurs savants ont dé- 
montré que les meilleurs titres étaient ceux de 
Grégoire XII, qui était de li succession d'Urbain VI. 
On ne pourrait cependant en tirer la consé- 
quence que dans ce temps-là tous les Gdèles étaient 
obligés de reconnaître Grégoire XII, ni taxer de 
schismatiques ceux qui étaient dans l'obédience 
des autres, comme saint Vincent Ferrier qui suivait 
celle de Benoît XIII. Pour voir ce qu'on pensait à 
l'époque de ce schisme, consultons les auteurs du 
temps. Je ne citerai ni le cardinal de Torquemada, 
ni l'apologie d'Eugène IV. Je prends pour témoins 
les partisans les plus zélés de Jean XXlII,ceux qui 
tenaient de lui la pourpre et les évèchés. 

Voici le cardinal père d'ÀilIy, archevêque de 
Cambray. Ecoutez comme il soutient son Pontife : 
i Licet concilium Pisaoum fuerit legitimum ac ca- 
a nonice celebratum, et duo olim cootendentes de 
» papatu juste etcanonice condemnati, et electio Ale- 
ixandri V fuerit rite et canonice faeta. » Vous voyez 
qu'il ne pouvait dire davantage en faveur de son 
parti ; ohservez cependant cette clause préservat'ive : 
i Pront htee omnia tenet obedientia D. N. papœ 
i Joannis XXIII. » Ecoutons à présent la conclusion : 
« Tamen duœ obedieutiee duorum contcndentium 
• prohabiliter tenent contrarium, in qna opinionum 
« varietate non sunt minores difficnltates juris et 
» facti, quam auto concilium Pisanum erant de 
■ justitia duorum conUndeotium. » Ainsi, de l'aveu 
du cardÎDal d'Ailly, même après le concile defPise, 
l'opinion des autres obédieuces était probable, la 
question n'était pas plus éclaircie, et il n'y avait 
pas moins de difGcultés sur le droit et sur le fait. 
(De Ecel. et card. potest., apud Labbe, ap. ad. 
conc. Coist.) 

Gerson, aussi partisan de Jean XXIII, soutieut 
qu'en ce temps on ne pouvait regarder personne 
comme schismatique, et voici la raison qu'il eu 
donne : « Tota ratio fundatnr in hoc quod nuuquam 
» fuit tam rationabibs ao vehem^ns causa dubita- 
< tîouis ïn aliquo schism&te sicut in isto, cujus li- 



» gnum evidens est varietas opinionum doctorum, 
» et iuter doctissimos et probatissimos ex utraque 
s parte, u 

Enfin je prends pour témoin le concile de Cons- 
tance, qui était certainement intéressé a soutenir 
sa propre autorité et la légitimité do Jean XXIII. 
Or T ce concile s'est soumis à recevoir un lé^at de 
Grégoire XII, et a admis la bulle par laquelle ce 
Pape lui refusait ouvertement le nom et le titre de 
concile œcuménique, éloignait de la présidence Bal- 
thasar Cossa nommé Jean XXII I, et laisaitune nou- 
velle convocation. On usa de la même condescen- 
dance envers Benoit XIII. On a beau dire que le concile 
de Constance se soumit à tout cela par amour de la 
paix : je le crois bien ; mais je dis qu'il ne l'aurait 
pas fait s'il n'eûtété nécessaire, e»si la légitimité de 
Jean XXIII eût été aussi claire qu'on le prétend. 
De semblables condescendances n'ont jamais été 
pratiquées par des conciles dont l'autorité était 
sûre, et l'amour de la paix ne doit pas conduire un 
concile à compromettre et à détruire sa propre au- 
torité. 

Ainsi, de quelque manière qu'on s'y prenne, on 
ne peut soutenir l'autorité de ces décrets: et tout 
ce qu'on pent accorder, c'est de dire que leur au- 
torité est douteuse. Je ne connais là-dessus qu'une 
seule objection qui mérite quelque examen. On d't 
que si, d'après ces raisons, on doute de l'Hiitorité 
do ces décrets, on risque de mettre aussi en doute 
la condamnation des erreurs de Wiclef, de Hus et 
de Jérôme de Protrue, qui a élé faîte dans les ses- 
sions VIII, XIII, XIV et XV, pendant lesquelles il 
n'y avait non plus à '.Constance que la seule obédien- 
ce de Jean XXIII, et que Martin V, en confirmant 
cette condamnation, dit qu'elle a été faite par le 
concile œcuménique de Constance. 

Mais il est aisé de répondre que cette condamna- 
tion ne court aucun risque, puisqu'elle ne tire pas 
sa force des décrets des sessions susmentionnées, 
mais de l'adhésion postérieure du concile, lorsqu'il 
était devenu œcuménique, et encore pins de la con- 
firmation de Martin V. Ce Pape a eu raison de nom- 
mer œcuménique le concile de Constance, puisqu'il 
était tel depuis l'union de toutes les obédiences. Il 
faut pourtant remarquer que Martin V, pour ôter 
les difficultés, s'est servi de cette clause: ■ Quod 
» concilium Constannense approbavit et approbat, 

■ condemnavit et condemnat, » laquelle comprend 
deux époques différentes du concile. 

Me voilà conduit & la seconde question qui re- 
garde cette confirmation de Martin V. Ici encore 
ceux qui nient que le Pape ait confirmé ces décrets, 
n'ont qu'à produire la bulle qui confirme seulement 
la condamnation des erreurs de Wiclef, de Hus 
et de Jérôme de Prague. C'est donc aux autres à 
prouver que Martin V a confirmé les décrets dont 
on a parlé. 

Ils prétendent le prouver par un acte verbal 
enregistré par un des notaires du concile. Mais ici 
encore, au lieu de la certitude, nous ne trouvons 
que des doutes : car on on voit par cet acte que 
le Pape a déclaré verbalement : « Se omnia et sin- 
o gida déterminata et conclus;» décréta in materia 

■ fidei perpraesens sacrum générale concilium Cons- 
» tantiense conciliariter tenere, ac inviolabiliter ob* 
» servare, et numquam contravenire velle quoquo- 
» modo, ipsaque sic conciliariter facta approuare et 
n ratificaie, et non aliter nec alio modo. » 

Comment prouver que cette formule comprend 
les décrets dont nous parlons ? U me parait bien 
plui aisé de prouver le contraire. Je lis ici que le 



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1S3 



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» était obligée de se soumettre dans 
» les choses qui regardent la foi, 



» l'extirpation du schisme et la ré- 
» forme de l'Eglise de Dieu, tant dans 



Pape n'approuve et ne ratifie que ce qui a été dé- 
crété conciliariter, et ce mot est répété une seconde 
fois • . aie conciliariter facta, et non aliter nec a 10 
, modo » Ou cette clause n'a aucun sens, ou elle 
marque qu'il y a de» choses qui ont été faites en 
forme conciliaire, et d'autres qui n ont pas été 
faite» en cette forme ; et alors je suis en droit de 
dire que les décrets des sessions IV et V n ont pas 
été faits en forme conciliaire, et que par conséquent 
le Pape n'a pas voulu les approuver, ce qno signi- 
fie la clause « conciliariter facta, et non « aliter 
> nec alio modo. » Si on prétendle contraire, il fau- 
dra prouver que les sessions IV et V appartiennent 
au concile oecuménique, et l'on retombe dans le 
même embarras. 

En second |lien le Pape dit qu'il approuve ce qui 
a été décrété in materia fidei : or, on sait que les 
matières de foi, dans ce concile, se ropportaientaux 
erreurs de Wiclef, de Hus et de Jérôme de Prague. 
Tontes les autres matières se rapportaient à l'affaire 
de l'union de l'Eglise, ou à celle de la réforme. 
Comment prouver que les décrets dont nous par- 
lons se rapportaient aui matières de foi ? J'ai bien 
plus de droit de dire qu'ils appartiennent à l'objet 
de l'union, ou, si'jvous voulei, à celui de la réforme. 
Je peux même prouver que ces décrets n'apparte- 
rjaieul pas du tout à la foi : car dans la même ses- 
sion V, après ces décrets, je lis qn'on passe à la 
matière de la foi : ■ Quibus peractis snpradictus 
s R. P. D., electns Posnanlensis, in materia EJei 
> et super materia Joannis Uns legehat quœdam 
» avisamentn quœ sequuntiir et sunt talia. » Ce 
passage prouve que les décrets n'appartenaient pas 
à la matière de foi, et que cette matière regardait 
les hérétiques susmentionnés. 

11 est donc du moins fort douteux que ces décrets 
aient été confirmés par Martin V. Mais pour finir 
ce qui a rapport à l'autorité de ces décrets, je de- 
manderai à ceux qui la soutiennent s'ils peuvent 
nier que depuis la célébration du concile de Cons- 
tance jusqn à nos jours, c'est-à-dire depuis plus de 
qnalre siècles, on ait sans cesse disputé et douté 
parmi les catholiques sur cette autorité ? C'est un 
fait qu'ils ne pourront nier. Et comment donc peut- 
on dire que cette autorité o'esl pas douteuse ? Une 
condition indispensable aux décrets des conciles 
œcuméniques, c'est que leur autorité ne sort pas 
longtemps révoquée en doute parmi les catholiques. 
Il peut arriver que lea décrets et les définitions des 
conciles œcuméniques rencontrent des oppositions, 
même de la part des catholiques, tant que les faits 



ne sont pas assez connus, 



oinine cela est arrivé 



par rapport au V« et au VII e concile, et cela peut 
même être toléré pour quelque temps par une 
prudente et charitable condescendance ; mais après 
ce temps il est indispensable que tous les catholi- 
ques se soumettent à leur autorité. Prétendre que 
ces décrets de Constance sont des décrets d'un concile 
œcuménique, et avouer que depuis quatre siècles 
une grande quantité de catholiques ont douté et 
doutent encore de leur autorité, ce sont deux choses 
qui se détruisent réciproquement. Il faut qne la 
première soit fausse, ou la seconde. Mais la seconde 
est un fait qu'on ne peut nier ; donc la première 
est fausse. 

Quant à la troisième question, qui concerne le 
aens de ces décrets, on ne peut dire que les Pères 
de Constrance aient voulu parler absolument, même 
pour le cas où le Pape est certain. Il ne s'agissait 
dans ce concile que du cas où le Pape est douteux, 
comme il arriva an temps du grand schisme d'Occi- 



dent, où il y avait plusieurs prétendants a la pa- 
pauté. Le concile de Constance n'avait point d'autre 
objet que d'éteindre le schisme qui affligeait l'Eglise 
depuis longtemps, et contre lequel on avait em- 
ployé inutilement tous les autres remèdes. 11 fallait 
pouvoir contraindre les trois prétendants û conon- 
cer à leurs titres, qui étaient tous très-incertains, 
tras-douteux pour procéder ensuite à la création d'un 
Pape dont on ne put contester la légitimité. D'après 
tes expériences faites, on ne pouvait espérer qu'aucun 
de ces trois Papes se démit volontairement de sa di- 
gnité. Ce n'est donc pas du concile en général^ qu'il 
est mention dans les décrets dont il s'agit, mais du 
concile même de Constance assemblé pour l'extirpa- 
tion du Bchisme, et de tout autre concile qui se 
trouverait dans des circonstances semblable», ou 
qui serait assemblé pour le même objet. D'ailleurs, 
vouloir entendre les décrets du concile de Cons- 
tance dans le sens des gallicans, c'est vouloir les 
mettre en opposition manifeste avec la doctrine 
généralement recuedans l'Eglise catholique. Jamais 
ou n'a cru dans l'Eglise qu'il suffisait aux évêques 
de s'assembler pour devenir supérieurs au Pape, 
c'est-ù-dire au successeur de saint Pierre, le prince 
des apôtres. Dans tous les temps on a reconnu, 
d'après l'Evangile et la tradition, que le Pape con- 
serve son autorité sur les évoques, soit qu'ils soient 
dispersés, soit qu'ils soient assemblés en concile. 
Je commence par l'Evangile qui renferme les ora- 
cle» et les promesses de Jésus-Christ. 

Qu'est-ce que le concile et son autorité ? Ni 
pliiB ni moins que le collège des apôtres et son 
autorité. Mais dans ce collège Pierre reste toujours 
le chef et le pasteur de tout le troupeau, y com- 
pris les apôtres assemblés. Donc son successeur, 
qui est le Pape, reîte aussi dans le concile le chef 
et le pasteur de toute l'Eglise, y compris les évêques 
assemblés. 

Les promesses faites aux apôtres sont communes 
à Pierre, et ne détrusent pas les autres faites au- 
paravant à Pierre seul. Parmi celles-ci, il y en a 
de deux sortes. 

Les unes, que je vois renouvelées presque dans 
les mêmes termes aux apôtres. Jésus Christ n dit 
à Pierre : » Quodcnmque ligaveris super terrain, 
» erit ligatura et in cœlis...; quodcnmque solveris, 
» etc. » Aux apôtres il a dit : « Quiecomque alliga- 
» veritis super ternim, eruut ligata et in cœlo ; 

> qua-cumqne solveritis, etc. » Mais ici la raison, 
la nécessité de mettre de l'accord dans ses pro- 
messes, et enfin tous les interprètes, m'enseignent 
que la puissance donnée à Pierre, par cela seul 
qu'elle est donnée a un seul et avant tous les autres, 
et au chef, est bien supérieure à celle» des apôtre», 
qu'elle n'a point de limitation, et qu'elle s'étend 
sur tous les apôtres. 

Les autres promesses sont adressées à Pierre 
seul. « Tibi dabo claves regni coelorum. i> Je ne 
cherche pas à savoir si par ces clefs on entend 
l'autorité du gouvernement ou le pouvoir de la 
juridiction, ni si cesclefssont communes aux apôtre», 
et comment saint Opiat de Milève dit que Pierre 
■ claves regnicoelornmcommunicandas cœtari» «olu« 

> accepit. » Il me sufut d'observer que cette pro- 
messe est adressée à Pierre seul. « Tu es Pe- 
» trus... tibi dabo... • Jésus-Christ a eu se» raisons 
pour parler ainsi: lorsqu'il a voulu adresser le» 
mêmes promesses aux apôtres, il l'a fait ; cette dif- 
férence de langage me prouve d'autant plus qn il 
a donné à Pierre un pouvoir différent et particulier. 

» Paace a£uos meos, jpasco oves meas. i Mais 








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» son chef que dans ses membres; » 
décret qui fut répété en mêmes ter- 
mes, et confirme par le concile de 
Bâle , sess. 2. M. Bossuet réfute les 
exceptions et les restrictions par les- 
quelles on a cherché à énerver le 
sens de cette décision; il montre 
qu'elle n'a été réformée ni contredite 
par les décrets d'aucun concile posté- 
rieur. 

2° Par les actes des conciles géné- 
raux, à commencer par celui de Jé- 



quels sont ce9 agnoaux, quelles sont ces brebis ? 
Saint Benard me répond que tons Isa agneaux at 
toutes les brebis sont confiés a Pierre ; que nui ne 
distingue rien, n'excepte rien. Tons les Pères et les 
interprètes me disent que par ces mots Pierre est 
devenu pasteur des pasteurs, et que les apôtres 
mêmes font partie de son troupeau. 

Si l'autorité de Pierre est supérieure à celle des 
apôtres, et s'd la con erve dans le collège des 
apôtres, on doit tirer la même conséquence pour 
l'nntorité du Pape sur les évoques assembles en 
Concile. 

Tons ces témoignages do l'Evangile snntpris dans 
le sens propre et littéral, qu'on doit suivre dans 
l'Ecriture sainte toutes les fois qu'il n'en résulte 
aucune opposition à la foi qui nous oblige de recou- 
rir anx se, s mystiques et figurés; mais ce n'est 
pas le cas présent : car le sens propre et littéral 
est couronne à la doctrine de l'Eglise et à la plus 
commune interprétation des Pères, dont on peut 
voir les passages à l'article Pare. 

Après les témoignages de l'Evangile, je pas e 
à vous prouver ma proposition par les décisions de 
l'Eglise. Je me borne à la définition du concile de 
Florence : « Delinimus sanctam apostolicam sedem 
s etromauuui pontilicein in univei -uni orhem tenere 
» primatum, et ipsuni pontificem romanitin succes- 
» sorem esse sancti Pétri principis apostoiornni. et 

> verum Cbnsti lioariurn, totinsque ÉedeaisE caput 
» et omnium clinstianoroin patrem et doetorem 
• existere; ipsi in 11. Petm pasceodt, reçendt et 
» gubernandl iiuiversaleiu Ecoles un a Domino nos- 

> tro Christo Jesu plenam potestatem traditam esse 
a quemadmodum etiam in gestis cecunieuieoruin 
» conciliorum et in sacris canonibus eontiuetnr. 
» (Ex. ht. union. Grœc. inripien. Latentur cœli 

> et in sess. ult. conc. Florent. ) » 

Si le Pape est le chef de toute l'Eglise, le père de 
tous les chrétiens, et s'il lient de' Jésus Christ la 
puissance ploine dette le pasteur de toute l'Eglise, 
de la conduire et de la gouverner, on ne pourra 
pas douter qu'il n'ait cette même autorité sur les 
évoques ass ml, les en concile ; autrement cette 
puissance ne serait ni pleine, m sur tonte l'Eglise. 

Cette définition du oonaile de Florence est déci- 
sive dans notre question, d'autant plus qu'elle a 
été faito après les décrets de Constance et les on 
treprises des Pères de B'ile. 

Aussi il faut dire la vérité, que cette définition 
déplaît souverainement à ceux qui soutiennent la 
doctrine de ce second article; et l'abbé Fleury a le 
courage de dire qu'un concile de Trente les prélats 
français refusèrent do déclarer l'autorité du Pape 
dans les termes de la définition du Concile de Flo- 
rence. J'ai de la peino a le croire, d'autant plus 
qui! n'y avait aucun besoin d'une nouvelle décla- 
ration après qu'on l'avait déjà faite : mais quoi 



rusalem (1) tenu par les apôtres, jus- 
qu'à celui de Trente, qui est le der- 
nier, il montre que la force des 
décisions était uniquement tirée du 
concert unanime ou de la pluralité 

qu'aient pu dire ces prélats, comme il suppose 
dans le concle de Trente, rien ne peut empêche; 
que lo concile de Florence ne soit reconnu pour 
œcuménique, et que sa delmition ne soit reçue et 
respectée pur tous les orthodoxes. 

Voya l'article Floue»»; voyez aussi l'article 

GiLLICAN. 

D'après les autorités qu'on vient de citer, il faut 
de toute nécessité conclure, ou que les auteurs 
français se trompent dans le sens qu'ils donnent 
an.v décrets du concile de Constance, ou que ce 
conc II, q„i „'ét a it point m, nménique lorsqu'il pu- 
blia les décrets dont il s'agit, s'est trompé lui- 
même, et que par conséquent l'on ne peut nulle- 
ment invoquer l'autorité de ce concile en faveur 
des libertés gallicanes. — Cette note est extraite 
des Lettres du cardinal Litta, sur les quatre 
Articles du Clergé de France. 

Quant au concile de Baie, il est vrai qu'il a 
confirmé les décrets du concile de Constance et 
qu'il les a entendus dans le même sens que 'les 
gallicans; il a même essayé d'en faire l'apph- 
cat on contre le pape Eugène IV. Mais cet exem- 
ple ne prouve rien, où plutôt il prouve beaucoup 
contre l'opinion de MM. Bossuet et Bargier- car 
l'entreprise des Pères de Bile n'a eu aucun e'ffet. 
Malgré hurs prétentions, Eugène IV n'en a pas 
moins continué à être reconnu pnut Pape, et è cé- 
lébrer avec la plus grande solennité le concile de 
Florence, et leur résistence n'a abouti qu'au schisme 
et à l'élection de l'anti-pape Félix V. 

Gousset. 
(i) Suivant MM. Bossuet et Bergier, il en est 
des conciles œcuméniques comme de celui de Jéru- 
salem; et nous pensons comme eux. Oc, pre- 
mièrement saint Pierre, le prince des apôtres, 
assistait an concile de Jérusalem; il est dune aus-i 
nécessaire que le Pupe, qui est successeur de saint 
Pierre, et comme lui vicaire de Jésus- Christ, assiste 
et préside en personne on par ses légats aux con- 
ciles ceromémqnes. Eu effet, comment les évéqne», 
qui n'ont poiot d'anties promesses que celles qu'ils 
ont reçues conjointement avec le Pape dans la per- 
sonne de saint Pierre et des autres apôtres réunis, 
pourraienl-ds, sans le Pope qui est leur chef) 
représenter l'Eglise universelle, et prouver l'in- 
faillibilité Jo leurs jugements? Secondement, en 
supposant que la plus grande par'ie des apôtres 
nui' jas assiste au concile de Jérusalem, aurait- 
on pu pour cela révoquer en doute l'autorité des 
décisions de saint Pierre? Le prince des apôtres, 
qui avait pour lui seul de» promesses aussi for- 
melles que celles qui lui étaient communes avec 
les autres apôtres, aurait-il pu faillir ou enseigner 
l'erreur, s'il s'était trouvé seul, on s'd n'avait eu 
avec lui que quelques-uns des premiers pasteurs ? 
Qu'on y fasse bien attention : l'on ne peut res- 
treindre l'efficacité des promesses qui sont per- 
sonnelles à saint Pierre, sans autoriser les héré- 
tiques a restreindre l'elfet des promesses qui con- 
cernent le codé^e des apôtres. Or Je le répète, Je Papa 
est successeur de saint Pierre: lespromessesdeJésus- 
Christ doivent avoir leur effet jusqu'à la consom- 
mation des siècles; donc il est impossible que le 
Pape parlant ex cathedra se trompe, soit qu'il 
décide seul, soit qu'il juge avec les autres évêques. 
Gousset. 



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des suffrages, et non de ce que le 
Pape y présidait, ou par lui-même ou 
par ses légats, ni de ce qu'il en con- 
firmait les décrets par son autorité (i) ; 



(i) Nous opposerons d'abord à M. B'rgierle père 
Thomassin, 1 nu des pins savants théologiens de 
France. Parlant du concile romain, où il s'agissait 
de juger le pape Symiuaque, il enseigne qu'un 
concile même œcuménique doitêire également cou- 
•voqué et confirmé par le pape, et par conaéqu-eat 
ne peut tourner contre le pape l'autorité qu'il a de 
lui ; que ce concile n'en est pas moins une union dos 
membres de l'Eglise, qui ne peut juger le chef, un 
troupeau qui ne doit pas juger son pasteur; que 
dans ce concile aussi bien que dans les conciles 
particuliers, ce seraient, toujours les inférieurs 
qui jugeraient leur supérieur; qu'un tel jugement 
mettrait en danger tout l'épiaeopat, et détruirait 
tous les privilèges des antres siégea; qu'enfin il est 
de droit divin que le pape ne soit jugé que par 
Dieu, et que le concile ne peut rien contre ce droit. 
Voici ses propres mots en parfont du concile cité. 
(Diss. in conc, 1667. J n Non auferri, sed dill'em 

■ de peccanto pontifies judicium. An ad œcumeni- 
» cam nsqne syuodum ? Imo ad divinum usque exa- 

> men. JEque œcomanïaa synodus a pontïscu oon- 
b vocando et conïirinanda est ; quare nec in ipanoo 

■ nisi ab nso iinpiirittain distrtnget aactoritatem... 
» -E que •>■< omeoica pynoftua membrorum collectif 

■ est, etsi longe plunnm, quorum non est do sno 
» vertice judicare... Mijne o-cnmenica synodus oviln 
• et grex est, etsi numerosior; nec grugis e-t de 
» pastore judicare, sed jndicis. ffihiloseeius in ge- 

■ neroli ac in particolari tyw do ab infei ■inribua 
a eminentior judu'ftbitnr ; tuliiloiiunusiQ geoôruli ac 
a in particuluri synodo non episcopus, sed episcopa- 

■ tus ipse vaciilabit, tt in lacessito vertice status 
« episcopalis ipse in discriineu vocabitur. jftque in 
» o»cumeniea synodo frustra princeps in jus vocabi- 
i tur quod ipse dederit. nec legi snœ nisi lubens 

■ subjieitur. .Eque in œcumenica synodo si primée 
» sedis vanescant privilégia, cœterarum praeroga- 
» tivie sedllim, quœ ab illa proliciscuntnr et OoB- 

> servantnr, pariter evaneseeot. Denique si divini 
a juris est quod, cum cœterorum hominum causœ 
» perh^mines terminantnr, sedis istius {npostoàcx) 
» pr*sulem Deus sno sine quœstione reservavit ju- 
m dicio, adversus joris divmi sanctionem nec œcu- 
» menica synodus dimicabit. » 

On voit par ce passif 1 i|"«' Tiiomassin est tout-à- 
fait contraire & lu maxime du Flenry. Nans avons 
vu qu'on ne saurait la pronrer, ni par l'Evangile, 
ni par aucune décision de l'E-dise, ni par les axenv- 
pies. Mais ce qui achève de la rendre insoutenable, 
c'est qu'on peut prouver le contraire, c'est-à-dire 
que le pape conserve tout*.' son autorité sur les 
évoques assemblés en concile. Nous le verrons 
bientôt. 

Telle est la doctrine de Pascbal II. Ce pape dit 
expressément qu'aucun concile n'a fait la loi à l'E- 
glise romaine ; qu'au contraire tous les conciles 
liront leur force et leur autorité de cette Eglise : 
« Quasi romans EccIpsîx leoem conciliabnla 
» prxftxprint ; lumt-mnia concilia per Eccles x 
a romans auctoritatem et farta sint H rohur ac- 
a ceperint (Epist. ad Episc. Polon., apud Baron. , 
a ad an. 1202.1 a 

Enlin le concile de Trente fit un décret par lequel 
il ordonna qu'on demanderait au Pape, au nom du 
concile, la confirmation de tons les décrets qui y 
avaient été faits, « Omnium et singulorum qmr tain 
» sub felico Paulo 111 et Julio 111, quant su h sauc- 



qu'il n'a point été question de cette 
confirmation pour les quatre pre- 
miers conciles généraux; que, dans 
les cas môme où le Pape avait déjà 
porté son jugement et fixé la doc- 
trine, les évéques assemblés en con- 
cile ne se sont pas moins crus en 
droit de l'examiner de nouveau et 
d'en juger (i). 

3° Il soutient qu'il y a eu des dé- 
cisions dogmatiques faites par les 
Papes, qui ont été réformées et con- 
damnées par des conciles généraux : 
telle est la constitution par laquelle 
le pape Vigile avait approuvé la lettre 
d'ibas, évèque d'Edesse, lettre qui fut 
condamnée comme hérétique par le 
cinquième concile général : telles 
sont les lettres d'Honorius à Sergius 
de Constantinople, à Cyrus d'Alexan- 
drie, à Sophrone de Jérusalem, par 
lesquelles ce Pape favorisait l'erreur 
des monothélites, et qui furent con- 
damnées dans le sixième concile gé- 
néral. M. Bossuet réfute les raisons 
par lesquelles on a voulu prouver 
que ces écrits n'étaient point des dé- 
cisions dogmatiques, ou que les actes 
du sixième concile avaient été falsi- 
fiés par les Grecs i2). 



» tissimo domino no^o Pio IV, romanis pontifici- 
■ bus, în ea (synodo) décréta et definita suut, cun- 
» lirmatio Domine sa nette bujus synodi [ er apusto- 
» licse sedis legatos et prtesidentes a beatissimo 
n roiuano poatifice petatur. (Conc. Trid., sess, 
» ult.J » Gousset. 

[\\ Que les évéques aient examiné les décisions du 
saint Siège, cela ne fait rien à la question présente , 
Examiner n'est pas réformer. On convient que Je* 
évéques ont dioit d'examiner et même de juger, 
c'est-à-d re de juger arec le Pape ; mais le «boit de 
ju^oravec le Pape n'emporte pas le droit de juger 
le* jugements du Pape. Heconnaïlre dans les évéques 
le droit de juger contre le Pape, «t par-là même 
de rejeter ses décisions, c'est évidemment run ver- 
ser l'ordre établi de Dieu et autoriser les sujets à 
la révolte. Gousset. 

(2) Les gallicans ne pourraient se prévaloir de la 
conduite des papes Vigile et Honorius, qu'autant 
que ces deux Papes auraient expressément enseigné 
l'erreur, en adressant leurs décisions à l'Eglise 
comme des règles de foi. Or, ni l'un ni l'autre n'ont 
enseigné l'erreur. Il est bien vrai que le pape Vigile- 
a varié, au sujet d'S trois chapitres ; mais l'objet 
de la contestation sur les trois chapitres n'était 
point une Question dogmatique. Il s'ugissait de ju- 
ger s'il était expédient d'aller plus loin que le con- 
cile de Cbalcédoine, et de flétrir par une censure 
expresse les trois chapitres que les Pères de ce 
concile n'avaient pas jugé à propos de condamner. 
JLe p ipe Vigile, craignant qu'en condamnant les trois 
chapitres, cette condamnation ne retombât sur le 
concile- de Cbalcédoine, refusa de se rendre à la 
demande des Orientaux, et défendit de condamner 



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4° Il prouve que, par confirmer la 
décision d'un concile, on entendait 
seulement que le Pape joignait son 
suffrage à celui des Pères ; que Ton 
se servait du même terme en parlant 
du suffrage do tout autre évèque ; 
que dans les actes de quelques con- 
ciles particuliers il est dit qu'ils ont 
confirmé le sentiment ou le jugement 
du Pape (I). 

5° Il répond aux passages des saints 
Pères, par lesquels on a voulu prou- 
ver que l'autorité du Pape est supé- 
rieure à celle des conciles, et qu'il ne 
peut tomber dans aucune erreur. 

G Le savant évèque fait voir que, 
dans plusieurs disputes survenues 
sur des matières de foi, l'on n'a pas 
cru que le jugement du Pape fut suf- 
fisant pour terminer la question, mais 



les trois chapitres ; mais it n'a jamais proféré le- 
nesloi ianisme ; et en défendent de condamner la 
Lettre d'I bas f qui avait été reçue comm* orthodoxe 
an concile de Cbaleédoino, il n'obligeait point les 
fidèles è soutenir la doctrine do cet écrit. On ne 

feut donc soutenir que le pape Vigile ait enseigné 
hérésie. M. Byrgier lui-même, qui ne parait s'être 
ranL'é du côté du Bossue! nue pnr un excès do con- 
fiant à un si grand nom, dit ailleurs qu'on est forcé 
de convenir de la sag**s-e du pape Vigile, njoutunt 

3uo ce pontife avait judicieusement distingué le 
roit d avec le fait. Voyez l'article Co.nstantimo- 
ple. Au reste on peut voir dans le cinquième tome 
de la Collection des conciles du père Labbe uno 
dissertation de M. de Miirea'oii ce Pape est pleine- 
ment justifié, non-seulement contre l'accu.sation 
d'hérésie, mais même contre tout soupçon do légè- 
reté. 

Qnant au pape Honorius, il n'a pas ptas enseigné 
l'erreur que le pape Vigile. Hooonai n'a point 
défini dans ses lettres qu'il y eût une seule volonté 
en Jésus-Cbrist. Ici, comme nous n'avons à répon- 
dre qu'à MM. Bosatiet et Bergier, il suffit de les 
mettre l'un et l'autre en contradiction avec oui- 
mêmes. Nous ne voyons pas, dit Bergier à l'article 
Monothélites, que ce Pape ait soutenu comme son 
opinion une seule volonté en Jésus-Christ. Il 
ajoute que Bossuet n'a cité aucun passage d'//o- 
norius dans lequel il soit fait mention d'une seule 
volonté. L'auteur du Discours sur l'histoire uni- 
verselle se contente de dire en parlant d'Honorius, 
que ce Pape entrant dans un dangereux ménage- 
ment, consentit au silence, où le mensonge et la 
vérité furent également supprimés. Dira-ton qu'uo 
Pape, qui garde le silence, enseigne l'erreur ex 
cathedra? Voyez les notes sur l'article Mokotbk- 

L1TES. GoUSSKT. 

(1) Quoique le mot confirmer soit équivoque 
dans les auteurs ecclésiastiques, sa signification est 
suffisamment déterminée, tunt par la qualité des 
personnes qui l'emploient, que par la manière dont 
s'expriment ceux qui ont coutume de s'en servir, 
et il est facile de reconnaître qu'il a une tout antre 
signification lorsqu'il marque l'approbation que le 
souverain pontife donne aux décisions des évêques, 
et lorsque les prélats souscrivent aux décrets du 
i.amt Siège. Gocsskt. 



qu'il a fallu la décision d'un concile 
général (1), que les Papes mèmesont 
été de cet avis, et se sont défiés de 
leur propre jugement; que plusieurs, 
en ell'et, ont enseigné des erreurs 
dans leurs lettres dôcrétales (2). 

7° Il explique les passages de l'E- 
criture sainte (3), par lesquels on a 
cru prouver Y infaillibilité des Papes; 
il soutient que l'indéfectibilité delà 
foi dans le saint Sié^e est fondée sur 
rindéfectihilité de l'Eglise catholique, 
et non au contraire (4). Il discute les 
faits de l'histoire ecclésiastique dont 
les ultramontains ont voulu tirer 
avantage. 

8° Enfin il conclut que Yinfaillibi- 
lité du Pape n'est pas nécessaire pour 
mettre la foi catholique à couvert de 
tout danger; que, quand il arrive- 
rait au souverain pontife de se trom- 
per cl de proposer une opinion 
fausse, l'Eglise, loin d'être induite en 
erreur par ce jugement, témoigne- 
rait hautement, par la réclamation 



(!) Il peut se faire que certaines circonstances 
rendent les conciles nécessaires. On conviendra 
sans difficulté que le concile de Trente, par exemple, 
a exécuté îles choses qui ne pouvaient l'être que 
pm le Pape seul; mais on n'en peut rien conclure 
contre l'infaillibilité du souverain pontife, qui ne se 
montrera jamais plus infaillible que sur la question 
de savoir si le concile est nécessaire. 

« L'infaillibilité que l'on présuppose être au pape 

■ Clément, comme au tribunal souverain de l'Eglise, 

■ dit le cardinal Du Perron, n'est pas pour dire 

■ qu'il sott assisté de l'Esprit de Dieu, pour avoir 
i la lumière nécessaire à décider toutes les ques- 

■ tions ; mai* son infaillibilité consiste en ce qun 

■ toutes les questions auxquelles il se sent assista: 
» d'assez de lumières pour les juger, il les juge i 
s et les autres auxquelles il ne se sent pas assez du 

■ lumières pour les juger, il les remet au concile. 
d (Perroniana, art. Infaillibilité, cité par le car- 
» dinal Orsi, de Flom. ponlif. Auetoritate, I. I, 

■ c. 15.) » Goussbt. 
(2j Pour prouver que plusieurs Papes ont ensei- 
gné des erreurs dans leurs décrétale?, il aurait falla 
citer des faits. Or, on n'en cite aucun par lequel 
on puisse attaquer l'infaillibilité du Pape parlant tx 
cathedra. Goussit. 

{3_) Bnssuet ne peut répondre aux textes de l'E- 
vangile et aux passages des saints Pères, qu'en re- 
courant à la distinction qu'il fait entre le saint Siège 
et le souverain pontife. Mais *ous avons déjà fait 
remarquer d'après Fénelon que cette distinction 
n'est qu'une chimère. Voyez l'article Gallican. 

Goussbt. 

(4) Nôtre-Seigneur n'a-t il pas dit au prince des 
apôtres : t Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâ- 

■ tirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne pré- 
* vaudront point contre elle? » Tu es Petrus y et 
super hanc petram xdifirabo Ecclesiam meam 9 
et portx inferi non prxvalebunt adversus eam* 
(Afatth., c. 16, v. 18.J Goussbt. 



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du corps des pasteurs, qu'elle est 
dans une croyance contraire (1). 

S'il nous est permis d'ajouter une 
réflexion à celles de ce théologien cé- 
lèbre, nous dirons que la fonction es- 
sentielle des pasteurs de l'Eglise étant 
de rendre témoignage de la croyance 
universelle, le témoignage du souve- 
rain pontife considéré seul (2), ne 
peut opérer le même degré de certi- 
tude morale qui résulte d'un très- 
grand nombre de témoignages réu- 
nis. Comme chef de l'Eglise univer- 
selle, le souverain pontife est sans 
doute très-instruit de la croyance 
générale, il en est le témoin princi- 
pal; mais le témoignage qu'il enrend, 
joint à celui du très-grand nombre 
des évoques, a une toute autre force 
que quand il est seul. Comme l'in- 
faillibilité surnaturelle et divine de 
l'Eglise porte sur l'infaillibilité ou la 
certitude morale du témoignage hu- 
main en matière de fait, ainsi que 
nous l'avons fait voir dans l'article 
précédent, il n'est pas possible d'as- 
seoir sur la, même base {'infaillibilité 
du souverain pontife. 

Au reste, il ne faut pas oublier que 
M. Bossuet soutient hautement, 
comme tous les théologiens catholi- 
ques, que le jugement du souverain 
pontife, une fois confirmé par l'ac- 
quiescement exprès ou tacite du plus 
grand nombre des évêques, ala même 
autorité et la même infaillibilité que 

(1) Cette supposition est fausse et absurde. Elle 
est fausse, parce qu'elle est évidemment contraire 
aux promesses de Jésus-Christ concernant le plan 
db l'Eglise. Elle est absurde, parce qu'il s'ensui- 
vrait que les évêques seraient supérieurs au Pape, 
que les membres pourraient résister à leur chef. 

Gousset. 

(î) Le raisonnement de M. Bergier porte à faux. 
Il ne s'agit pas ici de la certitude morale et natu- 
relle, mais d'une certitude surnaturelle fondée sur 
l'assistance du Saint-Esprit. Or, le témoignage ou 
la décision du Pape parlant ex cathedra peut-il 
nous donner une certitude surnaturelle? Voilà l'état 
de la question. Or, pour décider cette question, il 
faut examiner simplement si Notre-Seigneur a pro- 
mis l'infaillibilité à saint Pierre et à ses successeurs, 
s'il a fait à Pierre pour lui seul les mêmes promes- 
ses qu'il a faites an collège des apôtres. Dire que 
le Pape n'est point infaillible, parce que le témoi- 
gnage de deux, de dix, de vingt, de cinquante ou 
de cent évêques offre plus de probabilités que le 
témoignage on la décision du souverain pontife 
considéré seul, c'est évidemment méconnaître le 
gouvernement de l'Eglise, et vouloir anéantir les 
promesses de Jésus-Christ. Voyez les articles Gif 
uci.i, Juridiction, Pipe. Gousseï* 



s'il avait été porté dans un concile 
général. Alors ce n'est plus la voix 
du chef seul, mais celle du corps en- 
tier des pasteurs, ou du chef réuni 
aux membres, par conséquent la voix 
de l'Eglise entière. 

C'est donc un sophisme puéril de 
la part des hétérodoxes, lorsqu'ils 
disent que Y infaillibilité de l'Eglise 
est un point douteux et contesté, 
puisque les théologiens français dis- 
putent contre les ultramontains, pour 
savoir si cette infaillibilité réside dans 
le pape ou dans les conciles. Jamais 
un théologien catholique, de quelque 
nation qu'il fût, n'a douté si un con- 
cile général, qui représente toute l'E- 
glise, est infaillible ; aucun n'est dis- 
convenu que le jugement du souve- 
rain pontife, confirmé par l'acquies- 
cement du corps des pasteurs, même 
dispersés, n'eût la même autorité et 
la même infaillibilité qu'un concile 
général (1). 

Bergier. 
INFAILLIBLE. L'infaillibilité est le 
privilège de ne pouvoir se tromper 
soi-même ni tromper les autres en 
les enseignant. Dieu seul est infaillible 
par nature; mais il a pu, par une 
pure grâce particulière , mettre à 
couvert de l'erreur ceux qu'il a en- 
voyés pour enseigner les hommes. 
Nous sommes convaincus qu'après la 
descente du Saint-Esprit, les apôtres, 
remplis de ses lumières, étaient in- 
faillibles, qu'ils ne pouvaient ni se 
tromper eux-mêmes ni enseigner 
l'erreur aux fidèles. Jésus-Christ leur 
avait dit : « Le Saint-Esprit consola- 
» teur, que mon Père enverra en 
» mon nom, vous enseignera toutes 
» choses, et vous fera souvenir de 
» tout ce que je vous ai dit. Joan., 
» c. 14, f 26. Lorsque cet Esprit de 
» vérité sera venu, il vous enseignera 
» toute vérité. » C. 16, ? 13. 

Une grande dispute entre les ca- 
tholiques et les sectes hétérodoxes 
est de savoir si le corps des pasteurs, 
successeurs des apôtres, est infaillible; 



(I) Toutes les notes de M. Gousset qui précèdent 
corrigeaient suffisamment le gallicanisme de l'articla 
de Bergier. Il ne leur manquait, pour les couronner, 
que le décret du concile du Vatican. V. La dissbr- 
TiTIOK f BÉUSHMAIlia et Yaticik. 

Le Nota. 









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458 



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s'il peut se méprendre" sur la vraie 
docirine de Jésas-Christ, ou l'altérer 
de propos délibéré, et induire ainsi 
les tidèles en erreur. Les catholiques 
soutiennent que ce corps, soit dis- 
persé soit rassemblé, est infaillible; 
qu'une doctrine catholique, ou en- 
seignée généralement par les pasteurs 
de l'Eglise, est la vraie doctrine de 
Jésus-Christ. En voici les preuves. 

On doit appeler infaillible la certi- 
tude morale poussée à un tel degré 
qu'elle exclut toute espèce de doute 
raisonnable. Lorsqu'un fait sensible 
et éclatant est attesté uniformément 
par une multitude de témoins placés 
en différents lieux et en différents 
temps, qui n'ont pu avoir aucun intérêt 
commun ni aucun motif d'en im- 
poser, ces témoignages ne peuvent 
être faux ; ils sont donc infaillibles : 
il serait absurde de ne pas vouloir y 
acquiescer. 

Or, les évêques successeurs des 
apôtres sont, comme eux, des témoins 
revêtus de caractère, chargés, par 
leur mission et leur ordination, d'an- 
noncer anx tidèles ce que Jésus-Christ 
a enseigné. Ils font serment de n'y 
rien changer ; ils sont persuadés qu'ils 
ne peuvent l'altérer sans être préva- 
ricateurs, sans s'exposer à être ex- 
communiés et dépossédés. Lorsque 
cette multitude de témoins, dispersés 
dans les différentes parties du monde 
ou rassemblés dans un concile, at- 
testent uniformément que tel drognie 
est généralement professé dans leurs 
Eglises, nous soutenons, 1° qu'ils ne 
peuvent ni se tromper ni en imposer 
sur ce fait public et éclatant, qu'il est 
poussé pour lors au plus haut degré 
de certitude morale et de notoriété. 
Nous soutenons 2° que, quand un 
dogme quelconque est ainsi générale- 
ment cru et professé dans toutes les 
Eglises, ce ne peut pas être un dogme 
faux ni une opinion nouvel le ; quec'est 
incontestablement la vraie doctrine 
que Jésus-Christ et les apôtres ont 
prèchée, parce qu'il est impossible 
que tous ces pasteurs se soient ac- 
cordés, ou par hasard ou par cons- 
piration, à changer la doctrine qni 
était établie avant eux. 

Ainsi, au quatrième siècle, la divi- 
nité de Jésus-Christ était-elle crue et 



enseignée en Italie et dans les Gaules 
en Espagne et en Afrique, en Egypte 
et en Syrie, dans la Grèce et dans 
l'Asie mineure, etc. ? Voilà le fait 
qu'il fallait constater au concile de Ni- 
cée, l'an 325. Trois cent dix-huit évê- 
ques, rassemblés de ces différentes 
contrées, attestèrent que telle était la 
foi de leurs Eglises. Ce témoignage ne 
pouvaitpasètre suspect. Il était impos- 
sible que cette multitude d'hommes 
de différentes nations, qui n'avaient 
m un même langage ni une môme 
passion, ni un même intérêt, qui 
tous devaient se croire obligés à dé- 
poser la vérité, aient pu, ou se trom- 
pertous sur le fait, ou conspirer tous 
à l'attester faussement; et quand, 
par une supposition impossible, tous 
auraient commis ce crime, les fidèles 
de toutes ces Eglises dispersées n'au- 
raient certainement pas consenti à 
recevoir une doctrine nouvelle, et 
qui jusqu'alors leur avait été incon- 
nue. La divinité de Jésus-Christ ne 
pouvait pas être un dogme obscur, 
ou une question concentrée parmi 
les théologiens; il s'agissait de savoir 
ce qu'entendaient les fidèles, lors- 
qu'en récitant le symbole ils di- 
saient : Je crois en Jésus-Christ Fils 
unique de Dieu, Noire-Seigneur; et il 
fallait faire celte profession de foi 
pour être baptisé. 

Pour porter sur ce point un témoi- 
gnage irrécusable, il n'était pas né- 
cessaire que chaque évêque en par- 
ticulier fût infaillible, impeccable, 
éclairé d'une lumière surnaturelle, 
ou même fort savant. L'infaillibilité 
de leur témoignage venait de l'uni- 
formité; sans miracle, il en résultait 
une certitude morale poussée au plus 
haut degré de notoriété. Nous ver- 
rons dans un moment comment cette 
infaillibilité humaine est en même 
temps une infaillibilité surnaturelle 
et divine. 

Dès que le fait était invinciblement 
établi, a-t-il pu se faire qu'au qua- 
trième siècle la divinité de Jésus- 
Christ fût crue et professée dans 
tout le monde chrétien, si Jésus- 
Christ ne l'avait pas révélée, si les 
apôtres ne l'avaient pas enseignée, 
si c'était un dogme faux ou nouvel- 
lement inventé ? Dans ce cas, il fau- 



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159 



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drait supposer que, depuis le second 
ou le troisième siècle, Jésus-Christ 
avait abandonné son Eglise, l'avait 
laissée tomber dans l'erreur sur l'ar- 
ticle le plus essentiel et le plus fonda- 
mental de sa doctrine, et que l'Eglise 
y est demeurée plongée depuis les 
apôtres jusqu'à nous. Les ariens et 
les sociniens ont trouvé bon de le 
soutenir; mais il faut être étrange- 
ment aveuglé par l'orgueil pour se 
persuader que l'on entend mieux la 
doctrine de Jésus-Christ que l'Eglise 
universelle du quatrième siècle. 

Aussi les Pères de Nicée ne disent 
point : Nous avons découvert par nos 
raisonnements, et nous décidons que 
Jésus-Christ est véritablement Dieu, 
et qu'on l'enseignera ainsi dans la 
suite; mais ils disant : Nous croyons, 
puce que cette foi était établie et 
subsistait avant eux. 

11 en a été de même de siècle en 
siècle à l'égard des divers points de 
doctrine contestés par les hérétiques; 
les évoques, rassemblés en concile, 
ont rendu témoignage de ce qui était 
cru, professé et enseigné daus leurs 
Eglises, et ont dit anathème à qui- 
conque voulait altérer cette foi uni- 
verselle. L'uniformité de leur témoi- 
gnage ne laissait aucun doute sur 
la certitude du fait, et le fait une 
fois établi entraine nécessairement la 
conséquence : telle est la croyance 
de toute l'Eglise ; donc elle est la 
vraie doctrine de Jésus-Christ. 

Ainsi, au seizième siècle, lorsque 
la présence réelle de Jésus-Christ 
dans l'eucharistie fut attaquée par 
les calvinistes, les évêques, rassem- 
blés des différentes parties du monde 
au concile de Trente, attestèrent que 
la présence réelle était la foi des 
Eglises de France et d'Allemagne, 
d'Espagne et d'Italie, de Hongrie, de 
Pologne, d'Irlande, etc. Ils parlaient 
sous les yeux des théologiens les 
plus habiles, des jurisconsultes les 
plus célèbres, des ambassadeurs de 
tous les princes chrétiens. Il s'agis- 
sait d'un dogme très-populaire, de 
savoir ce que font les prêtres lors- 
qu'ils consacrent l'eucharistie, et ce 
que reçoivent les fidèles quand ils 
communient. Ce témoignage, rendu 
par les évêques, ne pouvait donc 



donner lieu à aucun doute. Les pro- 
testants mêmes ont été forcés de con- 
venir qu'avant Luther et Calvin la 
présence réelle était la croyance de 
l'Eglise universelle. La décision du 
concile de Trente n'éprouva aucune 
opposition, si ce n'est de leur part. 
Le jugement que les docteurs pro- 
testants ont porté sur ce dogme n'est 
pas de même espèce ; ils ont décidé 
que ces paroles, Ceci est mon corps, 
ne signifient pas une présence réelle 
de la chair de Jésus-Christ sous les 
apparences du pain, mais seulement 
une présence métaphorique, spiri- 
tuelle, etc. Ce n'est point là un fait, 
mais une question spéculative, sur 
laquelle tout homme peut très-bien 
se tromper; et une preuve que les 
prolestants s'y trompent en efïet,c'est 
qu'ils n'entendent point tous ces pa- 
roles de la même manière. 

Si, au quatrième siècle, il était im- 
possible _ que la doctrine de Jésus- 
Christ eût été altérée sur le dogme 
important de sa divinité, était-il 
plus possible au seizième qu'elle le 
fût sur l'article de la présence réelle? 
L'un de ces dogmes n'entraîne pas 
des conséquences moins terribles que 
l'autre, puisque les calvinistes nous 
accusent d'idolâtrie. Au seizième siè- 
cle, l'Eglise chrétienne était pius 
étendue qu'au quatrième, elle ren- 
fermait un plus grand nombre de na- 
tions. Pour altérer le dogme de l'eu- 
charistie, il aurait fallu changer le 
sens des paroles de l'Evangile, des 
écrits des Pères, de la liturgie, des 
prières et des cérémonies de l'Eglise, 
même des catéchismes. Les schismes 
de Nestorius,d'Eutychès, de Photius, 
avaient séparé depuis longtemps de 
l'Eglise catholique les chrétiens de 
l'Egypte, de l'Ethiopie, de la Syrie, 
de la Perse, de l'Asie mineure, de la 
Grèce européenne et de la Russie. 
Toutes ces sociétés cependant profes- 
sent encore aujourd'hui comme l'E- 
glise romaine la présence réelle de 
Jésus-Christ dans l'eucharistie ; c'est 
un fait invinciblement prouvé. Donc 
ce dogme est non-seulement la 
croyance universelle, mais la foi 
constante et primitive de l'Eglise 
chrétienne. 
Si la doctrine de Jésus-Christ pou- 



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vait être altérée dans toute l'Eglise, 
ce divin Législateur aurait très-mal 
pourvu au succès de sa mission. Les 
protestants mêmes, du moins les plus 
sensés, conviennent que l'Eglise est 
infaillible, dans ce sens qu'en vertu 
des promesses de Jésus-Christ il ne 
peut pas se faire que tout le corps de 
l'Eglise tombe dans l'erreur. Com- 
ment pourrait-il en être préservé, si 
le corps entier des pasteurs, que les 
fidèles sont obligés d écouler, pouvait 
ou s'égarer lui-même, ou conspirer 
à pervertir le troupeau? 

Pour que le témoignage des pas- 
teurs ait toute sa force, il n'est pas 
nécessaire qu'il soit porté dans un 
concile par les évèques rassemblés. 
Dès qu'il est indubitable que tous 
enseignent chez eux la même chose 
sur un point quelconque de doctrine, 
cette croyance n'est pas moins catho- 
lique ou universelle, apostolique et 
divine, que s'ils avaient signé tous 
la même décision ou la même profes- 
sion de foi dans un concile. L'unifor- 
mité de leur enseignement est suffi- 
samment connue detoutel'Eglise,par 
la profession qu'ils font d'être en 
communion de fui et de doctrine 
avec le souverain pontife. 

Nous avons dit que, quand on en- 
visagerait l'attestation des évêques 
comme un témoignage purement hu- 
main, on serait déjà forcé de lui at- 
tribuer l'infaillibilité, ou la certitude 
morale poussée au plus haut degré, 
et qui ne laisse lieu à aucun doute : 
mais, dans l'Eglise catholique, cette 
infaillibilité du témoignage porte 
encore sur un fondement surnaturel 
et divin, sur la mission divine des 
pasteurs et sur les promesses de 
Jésus : Christ. En etfet, la mission des 
évêques vient des apôtres par une 
succession constante et publiquement 
connue; celle des apôtres vient de 
Jésus-Christ, et il leur a promis son 
assistance pour toujours. Il leur a dit: 
« Comme mon Père m'a envoyé, je 
» vous envoie. Joan., cap. 20, f 21. 
» Je vous ai fait connaître tout ce 
» que j'ai appris de mon Père, cap. 
» 15, y 15. Allez enseigner toutes les 
» nations;.... apprenez-leur à obser- 
» ver tout ce que je vous ai ordonné ; 
» je suis avec vous jusqu'à la con- 



» sommation des siècles. Matth., 
» 0.28, y 19. Je prierai mon Père, et 
» il vous donnera un autre consola- 
» teur, afin qu'il demeure avec vous 
» pour toujours, in œternum : c'est 
» l'esprit de vérité, vous le connai- 
» trez, parce qu'il demeurera parmi 
» vous, et il sera parmi vous, et il 
» sera en vous. Joan., cap. 14, y 16. 
» Celui qui vous écoute, m'écoute 
» moi-même. » Luc, cap. 10, y 16. 
Il ne pouvait exprimer d'une ma- 
nière plus énergique la divinité et la 
perpétuité de la mission de ses en- 
voyés. 

Les apôtres suivent les leçons et 
l'exemple de leur maître. Saint Paul 
dit à Timolhéc, en parlant de la doc- 
trine chrétienne : « Cardez ce précieux 
» dépôt par le Saint-Esprit qui ha- 
» bite en nous.... Ce que vous avez 
» appris de moi devant plusieurs 
» témoins, coniiez-le à des hommes 
» fidèles qui soient capables d'ensei- 
» gner les autres. » II. Tim. c. 1, 
t li; c. 2, y 2. 11 avertit les évêques 
qu'ils sont établis par le Saint-Esprit 
pour gouverner l'Eglise de Dieu. Ad., 
cap. 20, y 28. Voyez Mission. 

Telle est la base sur laquelle sont 
fondées la certitude de la tradition, 
la perpétuité et l'immutabilité de la 
doctrine de Jésus-Christ. Nous ne 
pouvons douter de la sagesse et de la 
solidité de ce plan divin, lorsque 
nous voyons depuis dix-sept siècles 
l'Eglise chrétienne toujours attaquée 
et toujours ferme dans sa défense, 
égelement fidèle à professer et à 
transmettre sa croyance, à condamner 
les erreurs, à rejeter de son sein les 
novateurs opiniâtres. Dix ou douze 
hérésies principales, qui lui ont dé- 
bauché une partie de ses enfants, ne 
l'ont pas fait reculer d'un pas. Elle ne 
s'est point attribué, elle n'a point 
usurpé le privilège de Y infaillibilité, 
comme ses ennemis l'en accusent ; elle 
l'a reçu de Jésus-Christ ; et, sans ce 
privilège, il y a longtemps qu'elle ne 
subsisterait plus. Si ce divin fonda- 
teur n'avait pas accompli la promesse 
qu'il avait faite de fonder son Eglise 
sur la pierre ferme, vingt fois les 
portes de l'enfer auraient prévalu 
contre elle, Matth., cap. 16, y 18. 
Une doctrine révélée, à laquelle le 



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raisonnement humain n'a rien à voir ; 
une morale austère, contre laquelle 
les passions ne cessent de lutter, un 
culte pur, que la superstition cherche 
à infecter, et que l'impiété voulait 
détruire, ne pouvaient se conserver 
que par un miracle continuel. 

Par ces principes nous démontrons 
aisément la fausseté des notions que 
les hérétiques et les incrédules se 
sont appliqués à donner de l'infailli- 
bilité de l'Eglise. 

Ils ont dit que chaque évêque se 
croit infaillible ; c'est une imposture. 
L'infaillibilité est solidairement atta- 
chée au corps des pasteurs et non à 
aucun particulier; leur témoignage 
ne peut pas induire en erreur, lors- 
qu'il est unanime ou presque una- 
nime, parce qu'il estimpossible qu'un 
très-grand nombre de témoins, re- 
vêtus de caractère, dispersés chez 
différentes nations, ou rassemblés de 
ces diverses contrées, qui déposent 
d'un fait éclatant et public, soient 
tous trompés ou conspirent à trom- 
per, surtout lorsqu'ils font profession 
de croire que cela ne leur est pas 
permis, et qu'ils sont surveillés d'ail- 
leurs par des sociétés nombreuses qui 
se croiraient en droit de les contre- 
dire. Il est aussi impossible que tous 
les^ évêques conspirent à en imposer 
à l'Eglise de Dieu, qu'il estimpossible 
que tous les fidèles usent de conni- 
vence pour favoriser la perfidie de 
leurs pasteurs. A-t-on jamais vu un 
seul évêque s'écarter de l'enseigne- 
ment commun de l'Eglise, sans que 
cet écart ait causé du scandale et des 
réclamations? Un évêque est sûr de 
ne jamais se tromper, et de ne jamais 
enseigner l'erreur, tant qu'il demeure 
uni de croyance et de doctrine avec 
le corps entier de ses collègues; s'il 
s'en écarte, ce n'est plus qu'un doc- 
teur particulier sans autorité. 

Ils ont dit que les évêques ne peu- 
vent pas être infaillibles, s'ils ne sont 
pas impeccables ; que tout homme est 
menteur, dominé par des passions, 
etc. C'est une absurdité. On rougirait 
de faire cette observation, pour atta- 
quer la certitude morale et invincible 
qui résulte de la déposition d'un 
très-grand nombre de témoins, tels 

VII 



que nous venons de les représenter. 
Plus l'on supposera que chaque pvèqué 
en particulier est dominé par des 
passions, par des intérêts humains, 
par l'entêtement de système, par la 
vanité de dogmatiser et de faire pré 
valoir son opinion, etc., plus il en 
résultera que l'uniformité de leur té- 
moignage ne peut venir que de la 
vérité du fait dont ils déposent. Les 
passions et les motifs humains divi- 
sent les hommes ; la vérité seule peut 
les réunir. Nous persuadera-t-on que 
les évêques de France, d'Espagne, 
d'Allemagne et d'Italie, ont tous la 
môme trempe de caractère, la même 
passion, le même intérêt, le même 
préjugé, et qu'ils ont réussi tous à 
l'inspirer à leur troupeau? 

Ces mêmes censeurs ont imaginé 
qu'il fallait donc que chaque évêque 
fût inspiré par le Saint-Esprit. Pas 
plus que mille témoins qui déposent 
d'un même fait public. Nous ne pré- 
tendons certainement pas exclure les 
grâces d'état que Dieu accorde prin- 
cipalement à ceux qui s'en rendent 
dignes par leurs vertus et par la fidé- 
lité à remplir leurs devoirs ; mais ces 
grâces personnelles n'influent en rien 
sur la certitude du témoignage una- 
nime des pasteurs dispersés ou l'as- 
semblés. De même que laProvidenca 
divine veille à ce que la certitude mo- 
rale dans l'usage ordinaire de la vie 
ne reçoive aucune atteinte, et dirige 
les hommes avec une pleine sécurité 
dans leur société, qui ne pourrait 
subsister autrement, ainsi le Saint- 
Esprit, par une assistance spéciale, 
veille sur l'Eglise dispersée ou ras- 
semblée, pour empêcher que la cer- 
titude de la. foi ne reçoive aucune 
atteinte, et demeure immobile au 
milieu des orages excités par les pas- 
sions des hommes. Tel est le sens de 
la formule si souvent répétée par les 
Pères de Trente : Le saint concile as- 
semblé légitimement sous la direction 
du Saint-Esprit. Des historiens sati- 
riques ont vainement étalé les dis- 
putes, les rivalités, les intérêts de 
corps, l'esprit de système, qui ont 
souvent divisé les théologiens dans 
cette assemblée célèbre : Dieu se joue 
de tous ces faibles de l'humanité pour 

11 






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162 



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opérer son ouvrage; l'unanimité ne 
s'est pas moins formée dans les dé- 
cisions. .,,-UMJ* 

Enfin, l'on a envisage 1 infaillibilité 
que le corps des pasteurs s'attribue, 
comme un trait d'orgueil insuppor- 
table, comme un effet de leur am- 
bition de dominer sur la foi des fi- 
dèles. Où est donc l'orgueil d'imposer 
aux fidèles un joug que les pasteurs 
sont obligés de subir les premiers? 
Il n'est pas plus permis à un évêque 
qu'à un simple fidèle de s'écarter de 
l'enseignement commun du corps 
dont il est membre; il serait héré- 
tique, excommunié et déposé. Le 
corps des fidèles domine donc^ aussi 
impérieusement sur la foi des évèques, 
que ceux-ci dominent sur la foi de 
leurs ouailles; les uns et les autres 
se servent mutuellement de caution 
et de surveillants. La catholicité, l'u- 
niformité et l'universalité de l'ensei- 
gnement, voilà la règle qui domine 
également sur les pasteurs et sur le 
troupeau; et cette règle est établie par 
Jésus-Christ. Voyez Catholique. 

De ces divers principes nous con- 
cluons que l'Eglise, représentée par 
le corps de ses pasteurs, est infaillible, 
non-seulement dans ces décisions sur 
le dogme, mais encore dans ses dé- 
crets sur la morale et sur le culte, 
parce que ces trois points font égale- 
ment partie du dépôt de ka doctrine 
de Jésus-Christ et des apôtres ; con- 
séquemment que l'on doit une sou- 
mission sincère aux jugements que 
porte l'Eglise sur l'orthodoxie ou 
l'héréticité d'un livre ou d'un écrit 
quelconque. En effet, l'Eglise n'en- 
seigne pas seulement les fidèles par 
ks leçons de vive voix, mais par les 
livres qu'elles leur met entre les 
mains. Si elle pouvait se tromper 
sur cet article important, elle pour- 
rait donner à ses enfants du poison 
an lieu d'une nourriture saine, une 
doctrine fausse au lieu de la doctrine 
de Jésus-Christ. Lorsque l'Eglise a 
eontiamné un livre quelconque, c'est 
<tm trait d'opiniâtreté et de rébellion 
contre elle, de soutenir que ce livre 
est orthodoxe, qu'il ne renferme point 
d'erreur, qne l'Eglise en a mal pris le 
sens, qu ? elle a pu se tromper sur ce 
fait dogmatique, etc. Par cette ex- 



ception, il n'est aucun hérésiarque 
qui n'ait été fondé à mettre ses écrits 
à couvert des censures de l'Eglise. 
Voyez Dogmatique. 

Lorsque la question de l'infaillibi- 
lité de l'Eglise est réduite à ses vrais 
termes, rien n'est plus simple : il s'a- 
git de savoir si la tradition catholi- 
que ou universelle est ou n'est pas la 
règle de foi. Si elle l'est, pour que la 
foi soit certaine et sans aucun sujet 
de doute, il faut que la tradition soit 
infailliblement vraie, ne puisse être 
fausse dans aucun cas; autrement 
l'Eglise, guidée par cette tradition, 
pourrait être universellement plongée 
dans l'erreur. Alors elle ne serait 
plus l'épouse fidèle de Jésus -Christ, 
son dépôt serait altéré, les portes de 
l'enfer prévaudraient contre elle, 
malgré la promesse de son époux. 
Maiih., c. 16, f 18. Or, la tradition 
ne peut parvenir aux fidèles que par 
l'organe de leurs pasteurs : si ces 
derniers pouvaient tous s'y tromper 
ou conspirer à la changer, où serait 
le dépôt. 

L'on a beau dire que le fondement 
de notre foi est la parole de Dieu et 
non la parole des hommes; dès que 
Dieu ne nous parle pas immédiate- 
ment lui-même, il faut que sa parole 
nous parvienne par l'organe des hom- 
mes. Ceux qui l'ont écrite, les copis- 
tes, les traducteurs, les imprimeurs, 
les lecteurs pour ceux qui ne savent 
pas lire : voilà bien des mains par 
lesquelles cette parole doit passer. Si 
nous n'avons aucun garant de leur 
fidélité, sur quoi reposera notre foi ? 
Nous ne concevons pas sur quel fon- 
dement un hérétique peut faire un 
acte de cette vertu. Voy. Autorité, 
Foi, Tradition. 

Pour savoir si le Pape est infailli- 
ble, et en quel sens, voyez l'article 
précédent. Bergier. 

INFANTICIDE, meurtre d'an en- 
fant. Ce crime est réprouvé par la 
loi de Dieu, qui défend en général 
toute espèce d'homicide : le précepte, 
tu ne tueras point, ne distingue ni les 
sexes ni les âges. L'Ecriture sainte 
regarde comme abominable la malice 
d'un homme qui trompe l'intention 
de la nature dans l'usage du mariage ; 






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103 



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à plus forte raison condamne-t-elle 
la cruauté de celui qui ôte la vie à 
un enfant soit avant soit après sa 
naissance. 

Les lois grecques et romaines, qui 
accordaient au père un droit illimité 
de vie et de mort sur ses enfants, 
péchaient essentiellement contre la 
loi naturelle , qui ordonne à tout 
homme de conserver son semblable, 
et de respecter en lui l'ouvrage du 
Créateur. Lorsqu'un enfant venait de 
naître, on le mettait aux pieds de son 
père ; si celui-ci le relevait de terre, 
il était sensé le reconnaître, le légi- 
timer et se charger do l'élever : de là 
l'expression, tolk.-e liù ros; s'il tour- 
nait le dos, l'entant était mis à mort 
ou exposé : rarement on prenait la 
peine d'élever ceux qui naissaient 
mal conformés. Le sort des enfants 
exposés était déplorable : les garçons 
étaient destinés à l'esclavage, et les 
filles à la prostitution. L'on a peine à 
concevoir comment une fausse politi- 
que avait pu étoull'er jusqu'à ce point, 
dans les pères, les sentiments de la 
nature ; il est peu d'animaux qui ne 
s'attachent à nourrir leurs petits. 

On prétend qu'à la Chine il y a 
toutes les années plus de trente mille 
enfants qui périssent en naissant : les 
parents les exposent dans les rues, 
où ils sont' foulés aux pieds des ani- 
maux, et écrasés par les voitures; 
d'autres les noient par superstition, 
ou les étouffent pour ne pas avoir la 
peine de les nourrir. On voit à peu 
près la même barbarie chez la plu- 
part des nations infidèles ; parmi les 
Sauvages, lorsqu'une femme meurt 
après ses couches ou pendant qu'elle 
allaite, on enterre l'enfant avec elle, 
parce qu'aucune nourrice ne voudrait 
s'en charger. 

Cette cruauté n'eut jamais lieu chez 
les adorateurs du vrai Dieu ; la révé- 
lation primitive, en leur enseignant 
que l'homme est créé à l'image de 
Dieu, et que la fécondité est un effet 
de la bénédiction divine, leur avait 
fait comprendre que Dieu seul était 
le souverain maître de la vie, et qu'il 
n'est permis de l'ôter à personne, à 
moins qu'il ne l'ait mérité par un 
crime. 
Mais Jésus-Christ a encore mieux 



pourvu à la conservation des enfants: 
par l'institution du baptême, il a ins- 
tar.it les chrétiens à regarder un nou- 
veau-né comme un enfant que Dieu 
lui-même veut adopter, et dont le sa- 
lut lui est cher, comme une âme ra- 
chetée par le sang du Fils de Dieu, 
comme un dépôt que la religion confie 
aux parents, et duquel ils doivent 
rendre compte à Dieu et à la société. 
Cette institution salutaire arrête sou- 
vent la main des malheureuses qui 
sont devenues mères par un crime; 
la honte les rendrait cruelles, si elles 
n'étaient pas chrétiennes. Le même 
motif de religion a fait bâtir des hô- 
pitaux et des maisons de charité pour 
recueillir et élever les enfants aban- 
donnés ; il inspire à des vierges chré- 
tiennes le courage de remplir à leur 
égard les devoirs de la maternité. 
Lorsque les incrédules osent accuser 
le christianisme de nuire à la popu- 
lation, ils ne daignent pas faire atten- 
tion que c'est celle de toutes les reli- 
gions qui veille avec le plus de zèle 
à la conservation des hommes. Voyez 
Enfant. Beugier. 

INFERNAUX. On nomma ainsi dans 
le seizième siècle les partisans de 
Nicolas Gallus et de Jacques Smidelin, 
qui soutenaient que pendant les trois 
jours de la sépulture de Jésus-Christ, 
son âme descendit dans le lieu où 
les damnés souffrent et y fut tour- 
mentée avec ces malheureux. Voyez 
Gauthier, Ghron., saec. 16. On pré- 
sume que ces insensés fondaient leur 
erreur sur un passage du livre des 
Actes, c. 2, f 24, où saint Pierre dit 
que Dieu a ressuscité Jésus-Chiist, 
en le délivrant des douleurs de l'en- 
fer, ou après l'avoir tiré des douleurs 
de l'enfer, danslequelil était impossi- 
ble qu'il fut retenu. Delà les infernaux 
concluaient que Jésus-Christ avait 
donc éprouvé, du moins pendant quel- 
ques moments, les tourments des 
damnés. Mais il est évident que, dans 
le psaume 15 que cite saint Pierre, il 
est question des liens du tombeau ou 
des liens de la mort, et non des don- 
leurs des damnés ; la même expres- 
sion se retrouve dans le psaume 17, 
y 5 et 6. C'est un exemple de l'abus 
énorme que faisaient de l'Ecriturq 



INF 



1G4 



INF 



sainte les prédicants du seizième 
siècle. Bergier. 

INFIDÈLE, homme qui n'a pas la 
foi. On nomme ainsi ceux qui ne sont 
pas Liaptisés et qui ne croient point 
les vérités de la religion chrétienne ; 
dans ce sens, les idolâtres et les ma- 
hométans sont infidèles. (1) 

Les théologiens en distinguent de 
deux espèces : ils nomment infidèles 
négatifs ceux qui n'ont jamais en- 
tendu ni refusé d'entendre la prédi- 
cation de l'Evangile, et infidèlrs po- 
sitifs ceux qui ont résisté à cette pré- 
ilication et ont fermé les yeux à la 
lumière. Yoy. l'article suivant. 

In hérétique est dilférent d'un in- 
fidèle, en ce que le premier est bap- 
tisé, connaît les dogmes de la foi, les 
allère ou les combat, au lieu que le 
second ne les connaît pas, n'a pas pu 
ou n'a pas voulu les connaître. 

Quelques théologiens ont soutenu 
que toutes les actions des infidèles 
étaient des péchés, et que toutes les 
vertus des philosophes étaient des 
vices. Si cela était vrai, plus un païen 
ferait de bonnes œuvres morales, plus 
il serait damnable. C'est une erreur 
justement condamnée par l'Eglise 
dans LSaïus et dans ses partisans. 
Elle tenait à une autre opinion dans 
laquelle ils étaient, savoir, que Dieu 
n'accorde aucune grâceintérieure aux 
infidèles pour faire le bien, et que la 
Soi est la première grâce : nouvelle 
erreur condamnée de même. Il est 
de notre devoir de réfuter l'une et 
l'autre. 

Dansl'articleGiur.E,§2, nous avons 
déjà prouvé que Dieu donne des grâ- 
ces intérieures à tous les hommes, 
sans exception ; c'est une conséquence 
de ce que Dieu veut les sauver tous, 
et de ce que Jésus-Christ est mort 
pour tous : nous avons à prouver que 
Dieu en donne nommément aux 
païens, aux infidèles. 

\° Il est dit dans plusieurs endroits 
de l'Ecriture sainte, que Dieu a opéré 
des miracles en faveur de son peuple 
sous les yeux des nations infidèles, 
alin que ces nations apprissent qu'il 



(1) Voyez les articles Iooiiiaia, Pacikiski!. 
G<KUMRj 



est le Seigneur, et de peur qu'elles 
ne fussent tentées de douter de sa 
puissance ou de sa bonté. Exod. c. 7. 
y 5;c. 9, y 27; c. 14, y 4 et 18; Ps. 
78, y 6; 113, y i;Ezech., c. 20, y 9, 
14, 22; c. 30. f 20, et suiv.; Tub., 
c. 13, y 4; Eccli., c. 30, y 2, etc. Il 
est prouvé par l'histoire sainte que 
ces prodiges ont fait impression sur 
plusieurs infidèles, sur un nombre 
d'Egyptiens qui s'unirent aux Juifs, 
Exod., c. 12 , y 38; sur Rahab , 
Josue, c. 2, y 9 et 11. Dieu a-t-il re- 
fusé des grâces à ceux pour lesquels 
il a opéré des miracles? 

2° L'Ecriture nous atteste que Dieu 
a eu les mêmes desseins en punissant 
ces nations coupables ; que c'est pour 
cela qu'il n'a pas exterminé entière- 
ment les Egyptiensetles Chananéens. 
L'auteur du livre de la Sagesse lui 
dit à ce sujet : « Vous les avez épar- 
» gnés, parce que c'étaient des hom- 
» mes faibles. En les punissant par 
» degrés, vous leur donniez le temps 
» de faire pénitence... Vous avez soin 
» de tous pour démontrer la justice 
» de vos jugements...; et parce que 
» vous êtes le Seigneur de tous, vous 
» pardonnez à tous, etc. Sap., cil, 
y 24 et suiv. ; c. 12, y 8 et suiv. De 
quoi pouvait servir cette miséricorde 
extérieure, si Dieu n'y ajoutait pas 
des grâces? 

3° Dieu n'a pas rejeté le culte des 
païens, lorsqu'ils le lui ont adressé. 
S;ilomon dit que Dieu écoutera leurs 
prières, lorsqu'ils l'adoreront dans 
son temple. 111. Reg., c. 8, y 41. 
David les y invite tous. Psal. 95. y 
7. 11 félicite Jérusalem de ce que les 
étrangers se sont rassemblés et ont 
appris à connaître le Seigneur. Ps. 
86. Nous en voyons des exemples 
dans la reine de Saba et dans Naa- 
man. Il y avait dans le temple un 
parvis destiné exprès pour les gen- 
tils. Ces infidèles adoraient-ils le Sei- 
gneur sans aucune grâce ? 

4° Dieu n'a point désapprouvé les 
prières que les Juifs lui ont adressées 
pour les rois de Babylone. Jerem. c. 
29, y. 7; Baruch,c. 1, y 10. et suiv. 
c. 2, y 14. et 15. Et par ces prières 
les Juifs demandaient à Dieu, non- 
seulement la prospérité de ces prin- 
ces, mais que Dieu leur inspirât la 



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IGo 



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douceur, la bonté, la justice. Il n'a 
point réprouvé les présents et les 
sacriiices que les rois de Syrie lui 
faisaient offrir à Jérusalem. Mach., 
1. 2, c. 3. jr 2. et 3. Lorsque saint 
Paul recommande de prier pour les 
rois et pour les princes, il entend que 
l'on demande à Dieu, non-seulement 
leur conversion, mais la grâce d'être 
justes et pacifiques, puisqu'il ajoute : 
« Afin que nous menions une vie pai- 
» sible et tranquille, avec piété et 
» avec la plus grande pureté, » I. 
Ti'm., C 2. ^2. 

5» Nous voyons en effet que Dieu 
a souvent inspiré aux infidèles des 
sentiments et des actions de piété, 
de justice, de bonté. Lorsque Es- 
ther parut devant Assuérus, il est dit 
que Dieu tourna l'esprit du roi à la 
douceur. Esther, c. 14, f 13; c. 15, 
f 1 1 . Il est dit ailleurs que Dieu 
mit. dans l'esprit de Cyrus de publier 
l'édit par lequel il faisait à Dieu hom- 
mage de ses victoires, Esdr., c. 1, 
t 1 ; que Dieu tourne le cœur de 
Darius à aider les Juifs pour la cons- 
truction du temple, c. 6, f 22; qu'il 
avait inspiré au roi Artaxerxès le des- 
sein de contribuer à l'ornement de 
ce lieu saint, c. 7, t 27. C'étaient 
donc des bonnes œuvres inspirées par 
la grâce. 

Au sujet d'Assuérus, saint Augus- 
tin fait remarquer aux pélagiens le 
pouvoir de la grâce sur les cœurs : 
« Qu'ils avouent, dit-il, que Dieu 
» produit dans les cœurs des hom- 
» mes, non-seulement de vraies lu- 
» mières, mais encore de bon vou- 
» loir; » L. de Grat. Ghristi, c. 24, 
n. 25 ; et il nomme charité ce bon 
vouloir d'un païen, Op. imperf., 1. 3, 
n. 114-, 163. Il dit que le fruit du mi- 
racle des trois enfants sauvés de la 
fournaise fut la conversion de Nabu- 
chodonosor, qu'il publia la puissance 
de Dieu dont il avait méprisé les or- 
dres. In Ps. 08, Serm. 2, n. 3. Le saint 
docteur cite les édits par lesquels ce 
roi et Darius ordonnèrent à leurs su- 
jets d'honorer le Dieu de Daniel, et 
il regarde cet hommage comme très- 
louable. Epist. 83, ad Vincent. Ro- 
gat., n. 9. Il cite le passage qui re- 
garde Artaxerxès, pour prouver que 
la grâce prévient la bonne volonté. 



1.4. contra duas Epist. Felag. c. 6,nJ 
13. Enfin, il attribue à l'opération 
divine le changement de vie du phi- 
losophe Polémon. Epist. 144, n. 2. 

6° Dieu a fait aux infidèles des grâ- 
ces auxquelles ils ont résisté. Selon 
la pensée de Job, ils ont dit à Dieu : 
« Retirez-vous de nous, nous ne vou- 
» Ions pas connaître vos voies. Qui 
» est le Tout-Puissant, pour que nous 
» le servions? Ils ont été rebelles à la 
lumière, etc. » Job, c. 21, f 14; c. 
24, f 13 et 23. Saint Paul entend 
dans le même sens ces paroles d'I- 
saïe : « J'ai été trouvé par ceux qui 
» ne me cherchaient pas ; je me suis 
» montré à ceux qui ne m'appelaient 
«pas, etc. » itom., c. 10, jk 20. 

7° Dieu a pardonné les péchés aux 
infidèles lorsqu'ls ont fait pénitence : 
à Nabuchodonosor, Dan., c. 4 , ^24, 
31, 33; aux Ninivites, Jon. c. 3, ^ 
10; aux rois Achab et Manassès, qui 
étaient plus criminels que les infi- 
dèles, III. Rcg., cap. 21, ? 29; IV. 
cap. 21 ; II. Parai., c. 33. Ont-ils été 
pénitents sans avoir été touchés de 
la grâce? 

8° Dieu a récompensé les bonnes 
actions des païens et leur obéissance 
à ses ordres : témoin les sages-fem- 
mes d'Egypte ; la courtisane Rahab ; 
Achior, chef des Ammonites ; Nabu- 
chodonosor et son armée ; Ruth, 
femme moabite, etc. Saint Augustin, 
parlant des rois païens et idolâtres, 
dit que plusieurs ont mérité de re- 
cevoir du ciel la prospérité, les vic- 
toires, un règne long et heureux; 
que la prospérité des Romains a été 
une récompense de leurs vertus mo- 
rales. De Civit. Dei, 1. 5, c. 19 et 24. 
Nous savons très-bien que ces récom- 
penses temporelles ne servaient de 
rien pour le salut, mais elles prou- 
vent que les actions pour lesquelles 
Dieu les accordait n'étaient pas des 
péchés : Dieu est aussi incapable de 
récompenser un péché que d'engager 
l'homme à le commettre. 

9° Selon saint Paul, « lorsque les 
» gentils qui n'ont pas la loi (écrite) 
» font naturellement ce qu'elle pres- 
» crit, ils sont eux-mêmes leur propre 
» loi, et lisent les préceptes de la loi 
» gravés dans leur cœur. » Rom., c. 
2, y 14. C'est-à-dire, selon l'expli- 



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1G6 



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cation de saint Augustin, que dans 
ces gens-là « la loi de Dieu, qui n'est 
» pas entièrement effacée par le cri- 
» me, est écrite de nouveau par la 
» grâce. » De Spir. et Litt., c, 28, n. 
48. Suint Prnsper l'entend de même. 
« La loi d« Dieu, dit-il, est conforma 
» à la nature, et lorsque les hommes 
» l'accomplissent, ils le îoninatvreUe- 
» ment, non purée que la nature a 
n prévenu la grâce, mais parce qu'elle 
est réparée par la grâce. » Seat. 238. 
Origène avait déjà tait le même com- 
mentaire, in Ejiist. ad Rom., 1. 2, n. 
9;1. 4, n. S. (1) 

Si m ius voulions rassembler toutes 
les réflexions que les Pères de l'Eglise 
ont faites sur les textes de l'Ecriture 
que nous avons cités , il faudrait 
faire un volume entier; mais il sutiit 
d'alléguer des faits incontestables. 
Lorsque. les Juifs prétendirent que 
tons les bienfaits de Dieu avaient été 
réservés pour eux; que les païens 
n'y avaient eu aucune part, ils furent 
réfutes par saint Justin. Dial. cum 
Trypli., n. la; Apol. 1. n. 40. Les 
marcionites disaient de même que 
Dieu avait abandonné les païens : 
saint Irénée. saint Clément d'Alexan- 
drie, Tertullien, s'élevèrent contre 
cette erreur. Elle fut renouvelée par 
le philosophe Celse : Origène lui op- 
posa les passages que nous avons ci- 
tés, en particulier ceux du livre de 
la Sagesse. Contra Cels., lih. 4, n. 88. 
Les m inichéens y retombèrent ; ils 
furent foudroyés par saint Augustin. 
Les pèlagiens soutinrent que les bon- 
nes actions des païens venaient des 
seules forces de la nature; le saint 
docteur prouva que c'était l'effet de 
la gràre. L. 4, contra Jnlinn , c. 3, a. 
16, 17, 32, etc. L'empereur Julien 
objecta que, selon nos livres saints, 
Dieu n'avait eu soin que îles Juifs, 
et avait délaissé les autres nation-, 
saint Cyrille répéta les passages de 
l'Ecriture et les faits qui promeut le 
contraire. L. 3, contra Jnlian., pag. 
406. et suiv. Il est trop tard, au dix- 
huitième siècle, pour ramener parmi 
le- chrétiens l'esprit judaïque, et pour 
faire revivre des erreurs écrasées 
cent fois par les Pères de l'Eglise. 

(1) Yoysz l'arlicle Loi nàturblie, Goucslt. 



On dira peut-être que l'intention 
de ces Pères a é.é seulement de prou- 
ver que Dieu n'a point refusé aux 
païens les secours naturels pour 
faire le bien, et non de démontrer 
que Dieu a donné des grâces inté- 
rieures surnaturelles. Outre que le 
contraire est évident, par les expres- 
sions mêmes de l'Ecriture et des Pè- 
res, il ne faut pas oublier le principe 
d'où sont partis les théologiens que 
nous réfutons. Ils disent que, depuis 
la dégradation de la nature humaine 
par le péché originel, l'homme ne 
possède plus rien de son propre fond, 
n'a plus de forces naturelles, ne peut 
faire autre chose que pécher; lors- 
que Dieu lui accorde des secours pour 
éviter le mal et faire le bien, en quel 
sens ces secours sont-ils encore na- 
turels? Selon l'Ecriture et les Pères, 
c est le Verbe divin qui opère dans 
tous les bonnes, ai n-seulement 
comme créateur de la nature, mais 
comme réparateur de son ouvrage 
île:, rade par le péché; il est donc 
l'uix que cette opération puisse être 
appelée naturelle dans aucun sens : 
c'est une conséquence de la grâce 
générale de la rédemption. 

Lorsque ces mêmes théologiens ont 
avancé que la supposition d'une grâce 
générale accordée à tous les hommes 
est une des erreurs de Pelage, ils en 
ont imposé grossièrement. Cet héré- 
tique, pour faire illusion, appelait 
ces les forces de la nature, parce 
qu'elles sont un don de Dieu. C'est 
en cesensqu'il disait que cette grâce 
est générale. Saint Augustin, Epist. 
IOCi, ad Paulin.; L. de Grat. Christi, 
c. 35, n. 38 et suiv. Il n'admettait 
point d'antre grâce de Jésus-Christ 
que la doctrine, les leçons, les exem- 
ples de ce divin Maître. Saint Augus- 
tin, L. 3, Op imperf., n. 1(4. Selon 
lui, il était absurde de penser que 
la justice de Jésus-Christ profite à 
ceux qui ne croient pas en lui. L. 3, 
de Pec, meritis et remiss., c. 2. n. 2. 
Conséquemment il disait que, dans les 
chrétiens seuls, le libre arbitre est 
aidé par la grâce. Epist. ad Innoc. 
Append. August., p. 270. Il pensait 
donc, comme Bains et ses partisans, 
que la foi est la première grâce. Com- 
ment aurait-il admis qu'une grâce 



L\F 



107 



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intérieure surnaturelle est donnée à 
tons les hommes, lui qui soutenait 
qu'elle n'est nécessaire à personne, 
qu'elle détruirait le libre arbitre, et 
que cette prétendue grâce est une 
vision ? Ce n'est pas le seul article 
de la doctrine de Pelage que ces 
théologiens onttravesti. 

Beiigieh. 

INFIDÉLITÉ, défaut de foi. Ce dé- 
faut se trouve, soit dans ceux qui ont 
eu les moyens de connaître Jésus- 
Christ et sa doctrine, et qui n'ont pas 
voulu en profiter, alors c'est une infi- 
délité positive ; soit dans ceux qui 
n'en ont jamais entendu parler, et 
alors c'est une infidélité négative. La 
première est un péché très-grave, 
puisque c'est une résistance formelle 
à une grâce que Dieu veut faire ; la 
seconde est un malheur et non un 
crime, parce que c'est l'elfet d'une 
ignorance involontaire et invincible. 
Au mot Ignorance, nous avons fait 
voir que dans ce cas elle excuse de 
péché. 

Il ne s'ensuit pas de là qu'un infi- 
dèle puisse être sauvé sans connaître 
Jésus-Christ et sans croire en lui Le 
concile de Trente a décidé que ni les 
gentils, par les forces de la nature, ni 
les Juifs, par la lettre de la loi de 
Moïse, n'ont, pu se délivrer du péché ; 
que la foi est le fondement et la ra- 
cine de toute justification, et. que 
sans la foi il est impossible de plaire 
à Dieu. Sess. 6. de Justif., c 1, et 
can. 1, c. 8. etc. Conséquemment,eri 
1700,1e clergé de France acondamné 
comme hérétiques les propositions 
qui affirmaient que la foi nécessaire 
à la justification se borne à la foi en 
Dieu ; en 1720, il a décidé, comme 
une vérité fondamentale du christia- 
nisme, que depuis la ohute d'Adam, 
nous ne pouvons être justifiés ni obte- 
nir le salut que par la foi en Jésus- 
Christ rédempteur (I). 

(1) Le clergé rie France en émettant ces décisions 
g dépss-é les limites de la foi catholique rigou- 
reuse, et ses délinitions, sans être contraires à cette 
foi, n'en son! pas des articles doot la négation cons- 
tituerait l'hérésie tonnelle. Tout le monde connaît 
la fameuse pia'aaa do ^imt Paul dans l'épitre aux 
Hébreux xi. 6: Crulete ettim oportet acceden- 
tem ad Deum, quia est et inquirentibus te re- 



liais il ne faut pas oublier la vérité 
essentielle que nous avons établie 
dans l'article précédent, que Dieu 
accorde a tous les hommes, mémo 
aux infidèles, des grâces de salut, qui 
par conséquent tendent directement 
ou indirectement à conduire ces in- 
fidèles à la connaissance de Jésus- 
Christ ; s'ils étaient dociles a y cor- 
respondre, Dieu sans doute leur en 
accorderait de plus abondantes ; par 
conséquent aucun infidèle n'est ré- 
prouvé à cause du défaut de foi en 
Jésus-Christ, mais pour avoir résisté 
à la grâce. Voyez Foi, § 6.(4) 

Beugier. 

INFINI, INFINITÉ. Il est démontré 
que Dieu, Etre nécessaire existant 
de soi-même, n'est borné par aucune 
cause ; c'est donc l'Ctre infini, duquel 
aucun attribut ne peut être borné : 
•il est encore démontré que Vin/ini est 
nécessairement un et indivisible. Il 
ne peut donc y avoir aucune succes- 
sion dans l'infini, ou de suite succes- 

mur.eratar sit, laquelle ne paraît exiger « pour 
raccessifill à Dieu que la foi en lui comme existant 
çt cemme rémunérateur de ceux qui le chercheut. *■ 
Mais de quelle accession s'agit d? est-ce seulement de- 
l'accession naturelle qui est nécessa renient toujours 
proportionnée à la connaissance qu'on a de Dieu, onde- 
l'ai L-ession surnaturelle qui nous semblerait, comme? 
au clergé de France, devoir impliquer une connais- 
sance quelconque non seulement Je Dieu rémuné- 
rateur, mais de Dieu rédempteur ? Il y a là-dessus 
de grandes discussions et de grandes divergences 
entre les théologiens. Mais la seuls chose qui 
nous paraisse impôt tante, c'est que, si l'on exclut 
les infidèles négatifs par rapport, à Jésus-Christ de 
la gloire chrétienne, on ce les exclut paa v pour 
cela, d'une gloire naluielle proportionnelle à leur 
connaissance de Dieu Cela nous semble non-seu- 
lement conforaie à la taison mais ai. ss) à l'évangile 
et à saint Puni. Voyfzncrre article Deanjoass éTS»- 
(•kllfs et to-is ceux qui en dépendent. 

La Nom. 
(1) Yoyn aussi l'article E.,i.iss. 

Gousset. 
Si vous dittts. svec Bergier, que tnm les îulidèlea 
DéûHi'fs reçoivent le* grâces qu; les conduiraient à. 
la connaissance de Jésus-Christ s'ils y répondaient,, 
vous êtes conduit à eete doctrine rigoriste qui 
consiste & déclarer coupable de non ccirespondaneer 
à la grâce la plus grande partie du genre humains 
et à lui infliger une damnation méiitée par un> 
mauvais usage du libre arbitre; et c'est précisé- 
ment cette conséquence que nous vnnloas éviter «I» 
concevant une proportionnalité naturelle entre les- 
états de la vie future et ceux de cette vie non-seult- 
ment relativement a la bonne ou mauvaise eoe*- 
cience, mais encore à la connaissance plue ou 
moins grande purement matérielle dont la cons- 
cience n'est point responsable. Voyex Dsuburi» 
éter>è-li.es et les articles qui dépendent de celui-là. 

La Nom, 



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108 



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sive actuellement infinie. De là on 
doit conclure que la matière n'est 
point infinie, puisqu'elle est divisible, 
que c'est une absurdité d'admettre 
une succession de générations qui 
n'a point eu de commencement ; il 
faudrait la supposer actuellement in- 
finir et actuellement terminée : c'est 
une contradiction. 

Lorsque nous disons que chacun 
des attributs de Dieu est infini, nous 
ne prétendons point les séparer les 
uns des autres, ni admettre en Dieu 
plusieurs infinis, puisque Dieu est 
«l'une unité et d'une simplicité par- 
faites , mais comme notre esprit borné 
ne peut concevoir l'infini, nous som- 
mes forcés de le considérer, comme 
les autres objets , sous différentes 
faces et différents rapports. 

Quelques apologistes de l'athéisme 
ont prétendu que l'on fait un so- 
phisme, quand on prouve l'existence 
d'un Etre infini par ses ouvrages : 
Ceux-ci, disent-ils, sont nécessaire- 
ment bornés, et l'on ne peut pas 
supposer dans la cause plus de per- 
fection que dans les etfets. Mais ils se 
trompent, en supposant que l'infinité 
de Dieu se tire de la notion des créa- 
tures : elle se tire de l'idée d'Etre 
nécessaire , existant de soi-même , 
qu'aucune cause n'a pu borner, puis- 
qu'il n'a point de cause de son exis- 
tence. De même que tout être créé 
est nécessairement borné, l'Etre in- 
créé ne peut pas avoir de bornes. 

Conséquemment, quoique la quan- 
tité de bien qu'il y a dans le monde 
soit bornée et mélangée de mal, il ne 
s'ensuit rien contre la bonté infinie 
de Dieu : quelque degré de bien que 
Dieu ait produit, il peut toujours en 
faire davantage, puisqu'il est tout- 
puissant : il y aurait contradiction 
qu'une puissance infinie fût épuisée 
et ne pût rien faire de mieux que ce 
qu'elle a fait. 

Il s'ensuit encore que toute com- 
paraison entre Dieu et les êtres bornés 
est nécessairement fausse. Un être 
borné n'est rensé bon qu'autant qu'il 
fait tout le bien qu'il peut, et il y a 
contradiction mie Dieu fasse tout le 
bien qu'il peut, puisqu'il en peut faire 
à l'infini. 

Telles sont les deux sources de tous 



les sophismes que l'on fait sur l'ori- 
gine du mal et contre la providence 
ue Dieu. Bkkgif.h. 

INFINI (1'). Théol. mixt, philos, 
ontol.) — Dans notre malheureux 
temps, le positivisme a tout en- 
vahi ; or qu'est-ce que le positi- 
visme? C'est en philosophie, l'ab- 
sence même de philosophie, en litté- 
rature le bavardage sec, froid, 
technique du métier, en art le réa- 
lisme géométrique de la mesure, en 
science la réduction du génie aux 
proportions mesquines d'une classi- 
lication, en religion le matérialisme 
de la négation d'une part et de la 
superstition d'autre part ; le positi- 
visme est, en toute chose, le créti- 
nisme de la nature humaine. 

Or, nous ne voyons guère tout au- 
tour de nous que du positivisme. Ce- 
pendant quelques esprits s'y sentent 
mal à l'aise et font des efforts pour 
en sortir; s'il n'en était pas ainsi, ce 
serait donc la fin du monde des âmes 
par un naufrage universel dans le 
néant de la matière. 

Parmi ces esprits nous en voyons 
un dont quelques productions nous 
tombent sous la main. C'est M. Re- 
nouvier; celui-là a l'instinct de la li- 
berté; il a des ailes, et aime à s'en 
servir ; il n'est ni quadrupède ni 
reptile, il vole; mais dans son vol il 
manque de la vue claire qui vise droit 
au but; un autre positivisme, le po- 
sitivisme mathématique l'a tellement 
emmaillotté dans son réseau, qu'il y 
a perdu la capacité de l'évidence et 
que son goût de l'immatériel, qu'il 
manifeste à chacune de ses kgnes, 
ne peut se traduire que dans un vain 
effort. Comment voir sans yeux? 
les idées claires sont les yeux de l'es- 
prit; son esprit ne les a plus; il croit 
seulement les avoir encore. 

Nous allons le lui prouver à lui- 
même en lui faisant, comprendre, s'il 
est possible, que toute son étude, 

l'iNFINI, LA SUBSTANCE ET LA LIBERTÉ, 

éditée par M. Pillon dans son année 
philosophique (2° année 1808) dans 
laquelle il nie l'infini, est une étude 
(tco<c,du commencement jusqu'àla fin. 
Précisons d'abord ce que c'est aue 
l'infini, ce que ce mot signifie. 






INF 

On peut considérer le motlui-même 
comme très-défeclueux, et parce qu'il 
présente plusieurs sens et parce que, 
même dans son sens métaphysique, 
relatif à Dieu, il exprime mal la chose 
qu'on lui fait exprimer. Pour nous 
faire bien comprendre prenons à la 
fois les deux mots contradictoires fini 
et infini. 

Quand on dit, dans le langage or- 
dinaire, qu'une œuvre est finie, en 
ce sens qu'elle a recule dernier coup 
de main de l'ouvrier qui l'a faite, et 
qu'il ne manque plus rien à sa con- 
fection, on entend qu'elle est com- 
plète, parfaite, qu'elle ne laisse plus 
rien à désirer relativement à sa des- 
tination ; et alors, le mot infini, pris 
comme le contradictoire de fini ainsi 
entendu, comme son négatif pur et 
simple, signiiierait que l'œuvre n'est 
pas arrivée à sa perfection, qu'il reste 
encore quelque chose à y faire, qu'elle 
est imparfaite, incomplète, inache- 
vée. Or, dans ce sens, ce serait le mot 
fini qui conviendrait à Dieu, et le mot 
infini qui conviendrait à la créature; 
toute créature est, en effet, inachevée 
métaphysiquement, puisqu'elle est 
toujours susceptible de perfectionne- 
ment, d'augmentation, d'agrandisse- 
ment, tandis que Dieu seul, étant 
parfait par essence, n'est susceptible 
d'aucun perfectionnement en lui- 
même et dans sa nature propre, abs- 
traction faite de ce qu'il peut s'ajou- 
ter toujours comme œuvre, comme 
production, comme créature. Il fau- 
drait donc dire, à prendre les mots 
dontil s'agit dans cette acception, que 
c'est Dieu qui est fini et que c'est la 
créature qui est infinie. Mais il y au- 
rait, alors, dansl'emploideces termes 
un défaut qui consisterait à faire sup- 
poser que Dieu n'est fini, c'est-à-dire 
complet que parce qu'il est fait ou 
s'est fait tel, tandis qu'il est tel par 
essence éternelle non faite, ni par 
lui-même ni par un autre, mais étant 
toujours, aiôn (oiuv), comme dit Aris- 
tote. Les métaphysiciens ontologistes 
n'ont point accepté cette locution, du 
moins ordinairement et dans notre 
vieuxmonde ; nous ajoutons la restric- 
tion, parce que nous avons un vague 
souvenir a'avoir rencontré, quelque 
part, l'inversion des deux mots, en 



169 



INF 



sorte qu J il nous fallait, pour compren- 
dre, entendre par fini ce que nous 
avions l'habitude d'entendre par infini 
et vice versa. 

Un second sens de fini et d'infini 
est celui que l'on a dans l'esprit quand 
on dit que tout nombre est fini, parce 
qu'il a nécessairement un premier et 
un dernier, que la matière est divi- 
sible à l'infini, qu'il y a dans le temps, 
dans l'espace, dans tous les êtres aux- 
quels le nombre est susceptible de 
s'appliquer, l'infini progressif, vers 
l'augmentation et l'infini régressif, 
vers la diminution, sans qu'on puisse 
jamais arriver, par l'augmentation, 
au complet non susceptible d'être 
augmenté encore, ni au néant non. 
susceptible d'être diminué encore. Ce 
second sens est fort usité en méta- 
physique et en ontologie : mais pour 
enlever des confusions lâcheuses entre 
ce sens et celui dont il va être ques- 
tion, qui est le troisième et le der- 
nier, les cartésiens ont substitué au 
mot infini celui d'indéfini, en gardant 
pourtant l'expression à l'infini pour 
signifier lï/idc'/i/u mathématique, l'in- 
défini du nombre, ce que saint Tho- 
mas avait appelé l'infini en puis- 
sance 

Enfin l'usage aprévalu, en ontolo- 
gie, d'appliquer le mot fini à l'être 
qui commence, qui se développe, et 
qui, par conséquent, est limité, cir- 
conscrit par des bornes susceptibles 
de progression et de régression, par 
conséquent encore imparfait. Le fini, 
dans cette acception, est l'être dont on 
trouve la fin, c'est-à-dire le commen- 
cement, q^iand on remonte à son 
origine, l'être auquel on trouve aussi 
dans son présent des bornes déter- 
minées non pas par l'essence des 
choses, mais par quelque cause qui 
pourrait les avoir fait différentes, 
rien dans l'essence des choses ne s'y 
opposant, l'être enfin dont l'avenir est 
susceptible en soi d'une fin complète, 
qui serait l'anéantissement ou d'une 
lin partielle qui serait une diminu- 
tion, ou d'une progression indéter- 
minable. 

Quant au mot infini opposé au mot 
fini pris dans ce dernier sens, l'usage 
a prévalu de l'appliquer, par contre, 
à ce qui est parfait, complet à tout 



INF 170 



INF 



point de vue, de manière qu'il ne 
soit possible à la raison de lui assi- 
gner d'autre circonscription, soit 
quant au temps, soit quant à l'espace, 
soit quant aux pw>priètée dont un 
être paisse être doué, que l'impossi- 
bilité métaphysique, ou la nécessité 
résultant de l'essence même des cho- 
ses, ou de sa propre essence. Cet. in- 
fini sera donc éternel, étant toujours 
sans succession numérable, puisque 
l'introduction dans la durée d'une 
succession représentée par le nom- 
bre serait l'introduction du nombre 
infini, c'est-à-dire d'une chose contra- 
cli loire, impossible, contraire à l'es- 
sence des choses ; il sera sans éten- 
due mesurable par la même raison, 
puisque tout espace - étendue ou 
toute continuité matérielle est sus- 
ceptible d'agrandissement et de di- 
minution; il sera l'unité spirituelle 
simple et indivisible ; il sera le par- 
iait, le complet, l'orné (le teatai les 

énergies possibles et permises par 
l'essence des choses ; et sous ce rap- 
port comme sous tous les autres, il 
n'aura de circonscription rationnelle 
et réelle que celle qui est délimitée 
par cette essence des nécessités éter- 
nelles et absolues; mais il aura cette 
délimitation, en même temps qu'il 
n'en aura pas d'autre ; il aura, par 
exemple, la puesaace de tout faire, 
excepté l'impossible uiétaphysique- 
ment, excepte l'absurde mathémati- 
que; il aura de même l'intelligence 
qui embrasse tout dans sa compré- 
hension, excepté l'impnn*tt»lr méta- 
plivM.jiienii-iit,quis'aniiule lui même ; 
il aura l'amour complet, parfait, mais 
seuleumeiit du bien, qui suppose la 
haine du mal, etnon l'amour du mal 
qui serait une contradiction et une 
impassibilité métaphysique. Enfin il 
n'aura que cette limite, mais il aura 
celle-là, en sorte que, s'il arrive que, 
dans le passé, des raisons plus ou 
moins profondes lui aient attribué des 
associations d'idées contradictoires, 
qui seront reconnues et démontrées 
pour telles, dans l'avenir, par d'autres 
raisons plus profondes encore, la rai- 
son droite, plus éclairée ne craindra 
pas de dire, à rencontre des autori- 
tés passées, devant son évidence nou- 
vellement acquise : Tel et tel s'est 



trompé en refusant à Vinfini, à Dieu, 
cette limite : cette limite est de son 
essence même. 

Tel est l'infini véritable; tel est le 
sens vrai, métaphysique du mot in- 
fini, passé en usage parmi les onto- 
logistes. 11 a pour synonymes ces 
autres mots : l'un, le parfait, le com~ 
plet, l'absolu, l'étant avec toutes les 
possibilités métaphysiques, et ex- 
cluant toutes les impossibilités d'es- 
sence. 

C'est de cet infini que nous allons 
raisonner, et sur lequel nous allons 
faire voir à M. ltenouvier qu'en rai- 
sonnant contre, lui pour en réfuter a 
priori l'existence, il n'a raisonné qu'à 
côté de la question; qu'il a appliqué 
toujours mal à propos à cet infini, 
l'infini de la créature, qui n'est que 
l'indéfini; qu'il l'a refuté vainement 
en faisant de lui une monstruosité 
impossible qui consisterait dans un 
mélange hétérogénique de la créa- 
ture et du créateur, de l'imparfait 
avec h parfait, de l'incomplet avec 
le complet, du nombre avec l'unité, 
du iini, entin, avec l'infini, deux ter- 
mes qui s'excluent dans le même 
sujet. 

Avant d'aborder encore cet exa- 
men, faisons une remarque qui jus- 
tifiera ce que nous disons, parfois, 
que l'incompréhensible véritable au 
sens d'embarrassant pour la raison et 
de sujet à des suspicions de contra- 
diction, ce n'est pas cet infini, ce 
n'est pas Dieu, mais bien l'homme et 
l'univers. Cetteidée d« Dieu sst la sim- 
plicité même; elle est aussi simple que 
celle de néant, qui est s.n contraire. 
S'il n'y avait rien, quoi de plus sim- 
ple? Eli bien, qu'il y ait l'être parfait, 
auquel il ne manqueaucune condition 
de l'être, l'être absolu, qui n'a de 
bornes que celles qui lui sont imposées 
par sa propre essence d'être, et qui 
a tout ce que ne lui refuse pas cette 
essence même, n'est-ce pas aussi 
simple? Mais qu'il y ait aussi des êtres 
qui ne le sont qu'à demi, et qui oc- 
cupent tous les degrés intermédiaires 
entre l'être et le néant, entre l'unité 
et zéro, voilà l'inconcevable, voilà 
l'inexplicable; ils sont inexplicables, 
ces êtres, et dans leur apparition à 
l'existence, et dans leur constitution 



INF 



171 



INF 



qui s'exprime par le nombre, et dans 
leur tout qui s'exprime encore par 
le nombre, et dans leur durée qui 
! devient le temps, et dans leur lieu 
[ qui devient l'espace, et dans toute 
' leur nature, qui, n'étant plus qu'un 
indéiini, un indéterminé, n'offre à la 
raison qu'un entortillement inextri- 
cable de liions obscurs, entre lesquels 
la contradiction semble se montrer à 
chaque pas. Non, ce n'est pas Dieu 
I qui ostle mystère; le grand mystère, 
c'est la créature. Aussi allons-nous 
voir M. Renouvier transformer sim- 
plement l'infini véritable en le fini ou 
l'indéfini pour y mettre l'obscurité et 
j la contradiction à l'aide du peu d'in- 
fini vrai qu'il lui conservera ; ce qu'il 
mettra de la créature et ce qu'il gar- 
dera de Dieu, constituerait, en effet, 
j un assemblage qui serait contradic- 
■ toire. 

Ecoutons maintenant M. Renouvier 
'. raisonner contre l'infini. 

« Entre les théories des anciens et 
celles des modernes touchant l'infini, 
j iî y a une différence, et nous la 
croyons en faveur des anciens. Ceux- 
[ ci, pour la plupart, n'ont spéculé sur 
l'infini qu'a leur corps défendant, 
pour ainsi dire. Ils l'ont regardé 
comme rebelle à la raison, impropre 
à la science; tout ce qu'ils ont conçu 
de parfait, d'accompli, en quelque 
genre que ce fût, ils l'ont aussi re- 
gardé comme déterminé, défini, fini. 
En dehors de la définition et des li- 
mites que la définition impose à un 
représenté quelconque, ils n'ont pas 
admis que l'esprit put avoirxme con- 
naissance, ou que la raison pût s'ap- 
pliquer à un objet. Au contraire, les 
modernes se sont accoutumés à poser 
l'infini en vertu de la raison, à ce 
qu'il» di-eut, et le comble des idées 
rationnelles est pour eux cet indé- 
terminé confus, sans commencement, 
ni fin ni bornes, où les anciens ne 
voyaient que le sujet impénétrable, 
indistinct des intuitions sensibles. 

« Entendons-nous bien ici et com- 
mençons par signaler uue équivoque 
trop commune dans les livres de 
théologie et ailleurs. L'infini dont 
nous parlons n'est pas l'infini moral 
ou idéal qui s'envisage dans les qua- 
lités (d'ailleurs très- définies) de l'en- 



tendement, de la passion ou de la 
vertu, portées au suprême degré. 
Cet infini de qualité, ceux du même 
genre qu'on y pourrait joindre, dans 
les choses non susceptibles de quan- 
tité exacte et de mesure, n'est pas 
l'infini, mais bien le parfait et l'a- 
chevé, c'est-à-dire tout le contraire 
de l'infini (l). C'est une notion nette, 
s'il en fut jamais, réalisable ou non, 
il n'importe, que celle de la justice 
parfaite, par exemple, ou de l'intel- 
ligence entièrement adéquate à son 
objet (objet déterminé), ou de l'amour 
à sa plus haute puissance dans une 
âme. Au contraire, quand il s'agit 
de l'infini de quantité, il y a impossi- 
bilité de concevoir, et non-seulement 
impossibilité passive, pour ainsi par- 
ler, mais active et, en un mot, con- 
tradiction, dans l'idée qu'on prétend 
se former. Soit qu'on veuille penser 
à des accumulations de parties en 
nombre infini, par addition ou par 
division,' dans l'espace ou dans la ma- 
tière, soit qu'on entreprenne de poser 
des suites de phénomènes existants 
sans nombre et sans commencement 
dans le monde, ces idées sont contra- 
dictoires en elles-mêmes, et toutes 
les doctrines qui les supposent sont 
ruinées d'avance (2) 



( 1 ) L'auteur a ici le gentiment de la faute énorme 
qu'il va commettre contre la logique, en poursui- 
vant sa série d'arguments contre un infini qui n'est 
pas l'infini véritable, et il a soin d'écarter cet io- 
tiui lui-même comme s'il n'élait que dans l'être 
imparfait. L'être imparfait en est rempli, en effet; 
sans cotte participation à l'infini véritable et subs- 
tantiel, il ne serait que néant; quand votre raison 
voit absolument, 6 mathématicien, que les trois 
angles d'un triangle valent deux droits, vous avez 
dan= votre raison une certitude infime, puisqu'elle 
est complète, absolue. Et c'est ce qui fait que votre 
raison n'est ni une illusion, ni une vanité ; la lu- 
mière du grand soleil des esprits est assez en elle 
pour qu'elle voie parfaitement; mais vous ne voyez 
pas tout do cette manière; et il faut un être qui 
voie tout avei' cette clarté axiomatique et simple 
qui sera en lui l'intelligence infinie, absolue, par- 
faite et complète. Ce qu'il vous a donné de cette 
intelligence vous fait voir ainsi les axiomes, et 
c'est là l'infini en vous-même, qui n'est que partiel 
et qui i-n se divisant en vous, se limitant, constitue 
le mystère de vous-même. Mais c'est bien l'infini 
véritable, notion nette s'il en fut jamais, ainsi que 
vous allez le dire ; et c'est lui que vous avez soin 
d'écarter pour avoir l'air ensuite de l'atteindre en 
ne dirigeant vos traits que sur l'indéfini, c'est-à-dire 
sur vous-même, ou plutôt sur ce qu'il y a en voua 
qui n'est pas cet infini, Lb Noir. 

(2) Il y a trente ans que nous constations cette 
contradiction en l'appliquant è une molécule de 



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172 



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Ceux qui font usage d'une formule 
irréfléchie et n'hésitent pas à poser 
l'existence d'un nombre sans nombre 
de parties effectives d'un composé, ou 
ne l'ùt-ce que d'un espace objective- 
ment conçu, l'existence actuelle d'un 
nombre suns nombre de nombres, l'exis- 
tence actuelle d'un nombre sans nom- 
bre de corpsdans l'univers, l'existence 
antécédente d'un nombre sans nombre 
de phénomènes produits et écoulés, 
l'existence d'un nombre sans nombre 
de représentations ou idées présentes 
à une pensée éternelle et portant sur 
l'avenir sans fin; tous ceux-là, physi- 
ciens, mathématiciens, philosophes 
ou théologiens, il n'importe, tombent 
dans cette espèce de contradiction 
qu'on nomme contradiction dans les 
termes, contradiction que générale- 
ment ils refusent d'avouer dès qu'on 
la leur signale, et qu'ils tâchent de 
déguiser par différents tours de lan- 
gage. On rougit d'avoir à dire que 
tout nombre est nombre, donc déter- 
miné, et qu'un nombre sans nombre 
est un nombre qui n'est pas un nom- 
bre (f). 

matière entendue pomme substance divisible a l"in- 
l.ni mi sens des cartésiens purs, et que noua en dé- 
duisions l'impossibilité, métaphysique d'une telle 
substance; mais est-ce lu 1 muni que vous atta- 
quez ? oh I alors je u'ai plus qu'à m 'apitoyer sur 
vous qui, à la place de mon unité absolue, de mon 
Dieu, esprit pur, faufilez cette muscade. Oh I non, il 
n'y a pas, chez lui, cet infini-là, ce nombre infini, 
contradictoire avec lui-même, parce [qu'il exclut de 
tonte son essence tout ce qui est contraire à son 
essence, qui est l'essence éternelle tles choses. 

La Noir. 
(1) Parfaitement accordé. Mais où cela peut-il vous 
mener par rapport à l'infini véritable ? Il est pres- 
quo bonteui de se voir condu't de la sorte à coté 
d'une redoute par un guide qui ne s'aperçoit pas 
qu'il lui tourne le dos. Mais vous voyez déjà que 
ce qui fait votre embarras, ce n'est pas Dieu, mais 
vous-même ; c'est votre temps, votre espace, votre 
univers : car enGn si votre temps n'a pas eu un 
commencement d'où il a compté ses années et ses 
siècles, il faut bien qu'il renferme dans son passé 
des siècles inliuis: si votre espace n'est pas contenu 
dans une limite, quelque éloignée qu'elle soit de 
vous, il faut bien qu'il mesure des mètres infinis, 
et si votre univers possède toutes les forces et tous 
les corps possibl. s, il faut bien que ces forces et 
ces corps soient en nombre infini, puisqu'au. 
trament, il y eo aurait encore de possibles au 
delà. D'un autre côté, si votre temps a commencé 
comme vous paraissez le dire, 6st-ce le néant ou 
l'être qui l'a produit ? Mais dire le néant, ce serait 
la plus forte encore des contradictions; c'est donc 
l'être, c'est Dieu, qui vient là, seul, vous débarras- 
ser. Si votre espace a des frontières, c'est un con- 
tenu , pas de contenu sans contenant Quel est le 
contenant ? est-ce le néant ou l'éire ? répondre, le 



« Quant a ceux qui évitent d'em- 
ployer nne telle formule, nous en ap. 
pelons à la bonne foi : nous deman- 
dons si leur pensée, autrement 
exprimée, est autre dans le fond, en 
un mot autre que contradictoire. Au 
lieu de nombre sans nombre, il y en a 
qui diront nombre plus grand que 
tout nombre assignable, et ce tour peut 
paraître spécieux, maisseulementtant 
qu'on ne précise pas le mot assigna- 
ble. Distinguons en effet : s'il est 
question de ce que l'imagination ne 
peut atteindre, de ce qu'en fait aucun 
calcul n'a déterminé et peut-être ne 
déterminera, autant que nous sa- 
chions, cet inassignable-là, quelque 
grand qu'en puisse être l'objet, n'est 
toujours que le grand, le très-grand, 
et les grandeurs étant des relations, 
il n'y a rien en ceci qui puisse con- 
fondre une raison tant soit peu 
ferme. Mettons que l'unité suivie 
d'un million de zéros exprime un 
nombre trop petit pour représenter 
le nombre des derniers éléments d'un 
millimètre cube de grès, ou le nombre 
des astres. Voulez-vous un milliard, 
un millier de milliards de zéros? En- 
core davantage ? Vous ne sauriez vous 
former la moindre imagination d'un 
pareil nombre concret, non plus que 
de tantd'aulres plus petits; vous n'en 
possédez que la définition abstraite. 
Peut-être est-il beaucoup trop grand 
pour l'usage que nous en ferions ainsi, 
peut-être aussi beaucoup trop petit. 
Nous ne savons. Dans notre igno- 
rance, c'est cela que nous devons ap- 
peler l'inassignable ou le plus grand 
que tout nombre assignable, parlant 
de notre point de vue particulier. 
« Au contraire, s'il est question de 



néant, c'est la plus foi ta des contradictions; c'est 
donc l'être qui est le contenant, mais en la manière 
des esprits ; et voilà encore Dieu qui vient, seu', 
vous tirer d'embarras. Si votre univers n'a qu'un 
nombre déteimiué de corps et de forces au delà 
duquel on peut concevoir des forces nouvelles et 
denottveanx corps, sans porteratteioteà l'essence des 
choses, il faut bien une cause intelligente et libre 
qui ait choisi cet ensemble de corps et de fo;-ces, 

filutôt que tel autre ensemble aussi possible que 
ni. Est-ce le néant ou l'être qui a fait ce choix ? 
le néant ? vous ne le direz pas ; c'est donc l'être, 
et l'être intelligent et libre ; voilà encore Dieu qui 
peut seul résoudre le problème ; et le problème, 
c'est vous ; ce n'est pas Dieu, puisqu'il en <st, au 
contraire, la solution. La Nom. 



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173 



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l'inassignable abstrait et absolu, au 
point de vue de ce que les choses sont 
pour elles-mêmes, dire qu'un nombre 
est inassignable ou pfttë grandque tout 
nombre assignable, c'est dire qu'il est 
plus grand que tout nombre (car tout 
nombre en ce sens est assignable); 
que, par conséquent, il n'est pas un 
nombre, et nous voila revenus au 
nombre qui n'est pas un nombre. 
Cette démonstration s'appuie sur une 
vérité très-claire, inhérente à la no- 
tion même du nombre : savoir, que 
tout nombre peutêtreaugmentéd|une 
unité, et qu'ainsi il ne saurait exister 
de nombre plus grand que tout 
nombre (1). 

« D'après cela, les seules formes 
d'affirmation de l'infini qui restent à 
la disposition des philosophes sont 
celles qui renoncent à faire usage de 
la notion du nombre, ou qui plutôt 
l'excluent formellement. Il ne faudra 
plus parler du nombre des choses 
pour les qualifier d'infinies, il faudra 
dire que leur inlinité repousse toute 
application de la catégorie du Nombre 
à leur existence, çncore qu'elles soient 
données, qu'elles soient distinctes, 
qu'elles soient là, qu'elles soient ma- 
nifestement nombrables pour les sens 
ou pour la pensée, aussi loin que les 
sens ou la pensée s'étendent. Alors la 
contradiction qui, nous le voulons 
bien, cesse de se produire dans les 
termes, se produit dans la nature des 
choses, a laquelle nous sommes con- 
traints et par la sensibilité, et par 
l'entendement et par la parole d'ap- 
pliquer la catégorie du Nombre, et 
qui, prétendons-nous, répugne à cette 
même application qui seule nous la 
fait comprendre (2). 



(1) Tout cela est tellement simple, que l'explica- 
tion est du superflu. Mais sur quoi tout cela tombe- 
t-it, si ce n'est eneoie sur le fini ou l'indéfini, et 
nullement sur l'infini tel que nous l'avons précisé. 

Lu Noir. 

(i) Mais, mon cher ami, — permettez- moi de vous 
qualifier ainsi quoique je ne vous aie jamais vu; je 
n'ai en ce qui est de moi, que des amis, — où doue 
allei-vous ? Nous venons de voir que le nombre 
infini réalisé est une contradiction; vous l'avei fort 
bien fait voir ; la conclusion arrêtée sur laquelle il 
ne faut plus revenir, c'est qu'il n'y a de nombre 
infini réalisé nulle part, in en Uieu ni en nous, et 
que tout ce qui est susceptible d'être exprimé par 
te nombre est déterminé par un nombre fixé sus- 
ceptible d'augmentation. Puis vous veuei nous dire 



« Encore, quand on spécule sur 
certains abstraits, comme l'espace, le 
temps, la matière môme, envisagée 
dans un plein continu et tout soli- 
daire, on trouve quelque ressource ; 
on pose un indivisible absolu dont les 
parties distinctes seraient une simple 
forme et une illusion de l'imagination 
humaine, et on tâche de se passer des 
nombres concrets (1). Mais ce parti est 
violent, il répugne, bien peu le pren- 
nent ou le soutiennent avec consé- 
quence et rigueur (2). Nous nous 
adressons ici à ceux qui admettent 
les individualilés sensibles (3). D'ail- 
leurs, outre ces dernières, il y a les 
individualités de pensée, il y a les 
phénomènes écoulés et par suite réel- 
lement nombres dans le temps (4). 
La catégorie du nombre ne s'applique 
pas moins à ces choses qu'aux autres, 



qu'il est impossible de se passer de la notion du 
nombre dans la conception de l'infini, parce que 
tout ce que nous voyons et tout ce que nous som- 
mes no pont pas s'en passer. .Mais tout ce que nous 
sommes, est-ce l'infini tel que nons l'avons défini ? 
c'est tout le conlraire, c'est l'indéfini, le Duméra- 
ble, le créé, etc.. et c'est ainsi que vous croyez at- 
taquer l'infini véritable dont la nature seule se 
pussrf de la Dotiou du nombre et s'en passe néces- 
sairement par là même qu'il n'est pas le fini ou, si 
vous aimez mieux, l'indéfini, étant le mieux défini 
de tous les déiinis puisqu'il est l'unité. C'est tou- 
jours vous-même que vous mettez à la place de 
l'infini; c'est a vous-même que s'adressent vos at- 



toq 



La Noir. 



(1) Le temps et l'espace, simples modes et non 
substances, ne peuvent être des illusions de l'ima- 
gination ; ce sont des manières d'être qui résultent 
de l'essence même des êtres qui commencent et qu: 
sont à circonscription susceptible d'agrandissement ; 
ils en sont inséparables. Mais il en est autrement 
de L'étendue matière en tant que substance ; elle 
peut n'ètie qu'une forme de l'espace se produisant 
dans le temps par concept de l'esprit , en sorte que 
la qualité de subslance objective qu'on lui attiibua 
n'existerait que dans l'esprit; et s'il n'y avait pour 
la concevoir que la manière dont la conçoivent les 
cartésiens purs, nous la trouverions bien réfutée à 
titre de substratiim par les raisonnements mêmes 
que vous avez faits sur le nombre et que nous 
avions faits au sortir de notre enfance. Mais que no 
nous parlez- vous donc de l'infioi véritable? tout 
cela est à côté ; que vient faire la matière ici, aussi 
bien que le temps et l'espace? Le Noir. 

(2) Nous sommes de ceux-là, quant à la matière, 
sous réserve de l'hypotbèse leibnitzienne, Belon la- 
quelle la matière devient possible métapbysique- 
ment. 

(3) Qui donc ne les admet pas? Est-ce que 
Berkeley avec sa conception de la matière ne les ad- 
mettait pas? c'est précisément par la sensibilité des 
esprits qu'il concevait la matière. La Noir. 

(4) S'ils sont nombres, ils ont commencé, et je 
reviens a demander la cause de leur production ; 
l'4tre ou le néant? La Noir. 



INF 



174 



INF 






ni avec de moindres difficultés pour 
le philosophe qui voudrait affranchir 
l'infini de toute numération (1). Par 
exemple, les astres sont là, et tant 
qu'on les voit (ce qui est accidentel), 
ou les compte. Quand la vue les perd, 
l'esprit les suppose, tout aussi nom- 
brables qu'auparavant. Il serait 
étrange, personne y a-t-il jamais bien 
songé? que les astres fussent là, fus- 
sent présents, l'éloignement ne fait 
rien à l'affaire, etque,pris en leur to- 
talité, ils ne formassent point un nom- 
bre, alors que cependant ils sont des 
unités, et que tous leurs groupes pos- 
sibles sont des nombres (2). On avoue 
que cela est incompréhensible; c'est 
inintelligible qu'il faut dire, c'est con- 
tradictoire, d'une contradiction qui 
intervient entre les choses (de la 
seule manière dont il nous soit donné 
de nous les représenter) et les choses 
(de la manière dont nous voulons 
qu'elles existent en soi). Mais où donc 
est la nécessité de vouloir cela? Il est 
plutôt nécessaire d'avouer qu'il nous 
plait de renoncer à l'usage de la 
raison. Qu'avons-nous donc alors à 
objecter à ceux qui font de leur dé- 
raison des applications un peu diffé- 
rentes des nôtres? Le mathématicien, 
l'astronome, le physicien, se donnent 
vrac quantité infinie, un ciel infini, 
une matière iniiuie 3 ; le philosophe, 
de plus, un procès inlini de phéno- 
mènes antérieurement an nombre 
présent, tous acquis et comptés à 
l'heure qu'il est, et cependant sans 

(I) Mais ce n'est pas do l'infini que vous parlai 
ainsi ; c'est de ce qui n'est pas l'infini. I.'inliiii voit 
dans le fini, comme le fini lui-même, le loi de nu- 
mération selon laquelle il se développe et qui lui 
«et inhérente; il y voit aussi le fond de son essence • 
mais il ne voit en lui-même aucune numération in- 
définie parce qu'il n'y en a pas. Il ne voit en lui- 
même qu'une triuité d'énergie» dans une unité de 
«ubstance. t., Nollt . 

(2; Et, sans d nite. Mais notre infini, que devient- 
il? est-ce que les astres seraient l'infini de M. Re- 
noovier? lis sont, sans nul doute, en nombre déter- 
miné, susceptible d en admettre de nouveaux mil- 
lions encore au delà. N'avons-nous pas reconnu 
dans nos définitions des mots, qu'il est de l'essence' 
du fioi d'être indéfini, et de l'es» nce de l'uifiui de 
n'être ni l'un ni l'autre, parce qu'il est l'unité pure ? 

Le Nom. 

(3) Il y a, en effet, parmi les positivistes, des 
mathématiciens, des astronomes et des physiciens 
qui sont de cette force; mais ce ne sont pas les 
Newtons : ce ue sont pas même leurs petits. 

La Noie. 



compte (1). Pourquoi ne pas vouloir 
que le théologien se forge un dieu 
pour qui sont présents une infinité 
de passés et de futurs (2)? N'est-ce 
pas toujours la môme actualité, la 

(l)Ohl quel philosophe si ce n'est, celui qui pro- 
esse I éternité le l'univers? et celui-là est-il phi- 
liwopheTiion, précisément parce qu'il met l'infini 
'i'i"" la (mi. nomme roua le faites vous-même pour 
rejeter l'infini. La Noi ^ 

(îj Kolin voilà un mot qui sa rapproche de la 
question. Sans nous occuper des théologiens, pas 
plus des scotiates que des thomistes, et sans pren- 
dre a tache de pa<ser .-n revue louis systèmes et 
leurs paroles plus on m uns explicatives du i 



du ûoi dans l'infin 



du 



mystère 



nombre dans limite, et 
lus oumoius sujettes elles-mêmes a des reproches 
fondés de contradiction, nous vous dirons là-des- 
sus, dés cotte note, avant do le dire dans le 
texte, ce que nous pensons, à titre de théologien 
sur un problème de conciliation que l'É-lise n a 
jamais voulu aborder et sur lequel elle nous laisse 
autant de liberté do pensée qu'en peut désirer le 
plus antlneienx libre penseur. 

Il n'y a point en Dieu présonce simultanée d'ob- 
jets Mus nombre ou en nombre inlini. Il n'y a eu 
lui qu'une vision claire et parfaite des lois de dé- 
veloppement des possibles et de leur essence, comme 
il y a dans l'esprit du géomètre la vue claire que 
le tout est plus grand que ses parties et que cette 
venté régit tontes les choses révélées ou pouvant 
I être ; comme il y a dans l'esprit du mathématicien 
la vue claire qu'une fraction périodique indéfioiment 
nom suivie n'atteindra jamais l'unité; comme ilya dans 
l'olgébriste la vue claire que si A égale B et que B 
ér-nV C, A égalera C; et ainsi de suite. Enfin Dieu 
voit tous les indéfinis dans leur loi, et leur essence 
comme le geouiëtro voit tous les triangles égaux a 
un triangle donne dans un seul triangle, et les pro- 
priétés essentielles detii'e, les aptères daim une 
sphère. Cette manière i . ,.; „ am ^ 

vous, elle est en type esta Dieu, et je n'ai pas be- 
soin d'en chercher davantage relativement aux 
choses nécessaires. Dieu ne voit pas plus q-ie vous 
un nombre infini, parce que le nombre lufrni est 
contraire 4 l'essence des choses, et que nous avons 
dit que Dieu a pour limite dons ses perfections, 
dans l'absolu de son être, dans l'absolu de son in- 
telligence, etdsns l'absolu de sa volonté toute-puis- 
sniite, l'impossible par essence. Vous voyez dans 
une fraction périodique la série infinie des nombres 
ou l'indéfini; vous voyez dan< les asjmptotea le pro- 
longement indéfini de deux lignes qui se rapprochent 
toujours sans s'atteindre jamais; expliquez comment 
se réalise cette vision claire, certaine, aussi lumi- 
neuse que le jour; et je vous expliquerai la même 
vision, chez Dieu, de toutes les lois de développe- 
ment de la créature, et de toutes ses essenlialités. 
Mais nous n'avons parlé que de l'infini des choses 
nécessaires ; il y a aussi l'indéterminé des choses 
qui ont, comme le dit Aristote, lenr premier com- 
mencement, leur première raison d'être dans la 
liberté de la créature ; Dieu les voit aussi, et le mys- 
tère devient encore beaucoup plus profond du coté 
de 1 objet vu; noua l'avouons sans peine, mais 
comme la difficulté principale n'est pins, ici, dans le 
nombre infini, comme elle est surtout dans la qua- 
lité d'être libre, nous en parlerons au mot Scibnci 
obs Forças libres, sans oublier le coté par lequel 
onpourrait dire encore de ces choses contingentes 
qu'elles sont vues de Dieu eu nombre infini. 

Ls Noir. 



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173 



INF 



iijfme présence simultanée d'objets 
sans nombre assemblés en un tout 
contradictoire? (1) Quand une fois les 
lois do l'entendement sont violées, 
pourquoi mettre ici et non pas là la 
limite des affirmations étranges? L'u- 
biquité, la trinité, la consubstantia- 
lité, l'union des natures et tous les 
mystères et miracles possibles ont 
aussi leurs raisons... en dehors de la 
raison. (2) 

« Nous n'entreprenons pas de res- 
sasser les nombreux arguments for- 
mulés contre l'infini depuis Aristote, 
et qui paraissent avoir été si peu 
utiles ; un seul suffit, auquel tous les 
autres dans le fond reviennent. Nous 
nous contentons d'opposer la loi du 
Nombre, en tout ce qui est ou se 
conçoit existant, à cet infini où la 
raison se perd, on le reconnaît, sans 
bien voir, il est vrai, la portée de ce 
qu'on reconnaît (3). C'est en dire assez 
à ceux qui sont décidés à ne pas se 
départir des lois de l'entendement. 
Que dire aux autres qui les touche, 
en un siècle où des philosophes ont 
toute honte bue au point de prendre 
pour fondement même de leur dog- 
matisme la négation du principe de 

(l) Il n'y a plus de tout contradictoire dans ia 
manière que nous venons de l'expliquer. M. Rînou- 
vier a dit lui même plus haut qu'en cette manière- 
là, c'était tout simple. Eh bien 1 il n'y a dans l'in- 
fini que des lumières comme celle-là ou analogues à 
celle-là. La Noir. 

(î) Oh! nous ne répondons plus : ubiquité spi- 
rituelle; trinité d'énergies ; conMibstantiabdité de 
ces énergies dans l'unité d'être ; union des natures 
quand toute nature a besoin d'une union quel- 
conque avec l'être absolu pour être quelque chose 
différant de rien ; et tous les mystères et miracles, 
lorsque tout est mystère et que tout est miracle ; 
en vérité notre philosophe s'oublie. 

La Nom. 

(3) Ainsi, voilà le grand arguement de M. Re- 
Douvier contre \'ùi/ijii; nous venons de le voir 
excusé dans sa force.', tons les antres au fond re- 
viennent à celui-là : ■ La loi du nombre, qui régit 
tout ee qui est ou se conçoit existant, » réfute «cet 
infini ou la raison se perd ainsi qu'on le reconnaît.» 
Or nous avons vu que cette loi du nombre n'est 
que le propre du fini, pnrce qu'il est indéfini, et qu'elle 
n'atteint point l'infini véritable, qn'elle le laisse de 
côté. Dans cette note même où nous avons dit 
comment nous concevions la vision du fini par l'in- 
fini, l'embarras ne venait que du fini lui-même en 
tant qu'objet de la vision, et l'infini en soi était 
toute autre chose ; c'était la simplicité même de 
l'être. Voilà donc notre philosophe qui a perdu 
son temps à tirer sur l'ombre croyant atteindre la 

froie; il tournait le dos à celle-ci quand il pensait 
avoir en face. La Nom. 



contradiction dans l'ontologie? (1) 
Celui qui écrit ces lignes a pensé 
comme eux, ou peu s'en faut, et n'a 
pas cru que la honte dans ces choses-là 
fût faite pour arrêter un philoso- 
phe (2). » 

Arrêtons là notre citation. Nous l'a- 
vons faite assez importante et assez 
longue pour que le lecteur puisse 
juger par lui-même si nous nous 
trompons quand nous disons que ce 
qui manque à nos auteurs contem- 
porains, c'est l'idée claire, sans la- 
quelle pourtant on ne peut savoir soi- 
même ce que l'on dit. Les vrais po- 
sitivistes sont beaucoup plus éton- 
nants encore dès qu'ils effleurent le 
domaine de la philosophie ; M. Re- 
nouvier est un géant près de ces pyg- 
mées; on a pu se faire une idée des 
monstruosités qu'ils débitent sur le 
reproche qu'il leur adresse en finis- 
sant et dont il ne craintpasde prendre 
sa part pour le temps où il faisait 
partie de leur cercle, car M. Renou- 
vier n'est pas, aujourd'hui, un positi- 
viste; il repousse bien loin cette qua- 
lification, en se disant criticistc ou 
disciple de Hume et de Kant. Nous 
avons apprécié son système au mot 
CaiiicisME ; c'est l'athéisme allié au 
spiritualisme. Or, comment est-il 
athée ? Nous venons de le voir : en 
niant la possibilité métaphysique de 
l'infini. Mais nous venons de voir aussi 
que cetinfini qu'il attaque, loin d'être 
l'infini véritable, est le uni lui-même, 
l'indéfini essentiel au relatif et ré- 



(I) Exeel'ente réflexion et observation pleine de 
justesse. Le lecteur voit que nous ne sommes pas 
seul à juger sévèrement nos contemporains et à 
accuser noire époque de décadence, etc. 

La Noir. 

Il) Manuelde Philosophie àncienn -, î vol. in-18- 
1844, etBurtout article l'hilosophiedaas l'Encyclo- 
pédie de P. Leroux et J. Reynaud. 

Note de M. Renouvier, 

Si M. Benouvier est allé jusqu'à cette a honte 
bue n de nier « le priucipe de la contradiction 
dans l'ontologie, a c'est-à-dire de prétendre atta- 
quer la certitude de ces propositions : ce qui est, 
est ; ce qui n'est pas n'est pas ; le oui et le non 
ne peuvent pas exister en même temps dans le 
même sujet sous le même rapport; une chose no 
peut pas ne pas être en même temps qn'elle est; etc. 
il n'est pas étennant qu'il aille aujourd'hui jusqu'où 
noua venons de la voir aller en direction à coté du 
but. Mais quoi qu'il en soit, si c'est, comme il la 
parait bien, de la compagnie des positivistes qu'il 
s'est séparé, nous le félicitons d'avoir renoncé à 
une aussi triste camaraderie. La Nom, 



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176 



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pugnant à l'absolu, que ce faux infini 
est lui-même et l'uuivers. M. Rcnou- 
vier se nie-t-il lui-même et l'uuivers 
avec lui, parce qu'étant assujetti à la 
loi du nombre, tant progressif que 
régressif, il implique, dans sa possi- 
bilité et sa nécessité de nature, l'o- 
bligation pour la raison mathémati- 
que d'y voir en gros la multiplication 
et la division à l'infini. Si cela sup- 
pose le nombre infini, « le nombre 
sans nombre », c'est l'absurde, et lui- 
même n'est qu'une absurdité méta- 
physiquement impossible. Qu'il s'en 
tire comme il pourra pour rétablir sa 
propre possibilité, mais qu'il n'aille 
pas, du moins, jusqu'à se substituer 
de la sorte à l'être absolu, au vrai 
infini, qui repousse, d'un coup, toutes 
ces objections par sa nature même 
d'unité et de simplicité parfaite. Qu'il 
ne croie qu'en Dieu, et il sera logique. 
Mais peut-il ne pas croire aussi en 
lui-même, malgré tous ses raison- 
nements ? 

S'il veut que nous lui disions notre 
pensée sur le mystère de notre être, 
mille fois plus mystère que le mys- 
tère de Dieu, nous lui répéterons ce 
que nous avons déjàindiqué dans une 
note : Oui, la réalisation présente et 
simultanée du nombre infini, absolu, 
dans uue substance, est impossible 
a priori ; c'est une des impossibilités 
de l'essence des choses ; par consé- 
quent la matière ne peut être une 
réalité substantielle au sens de l'é- 
tendue, de la continuité, de la divi- 
sibilité essentielles, des cartésiens 
purs ; et c'est une des grandes rai- 
sons pour lesquelles il faut être spi- 
ritualiste et par rapport à la cause 
et par rapport aux ell'e.ts. 

Voilà une première base ontologi- 
que. Une seconde est colle-ci : L'indé- 
fini progressif et régressif est essen- 
tiel à tous les etrets, et est exclu de 
l'essence de la cause, qui est l'unité 
pure. 

Une troisième est la suivante : 
Puisque l'indéiini est essentiel au 
fini ou à l'effet, il est nécessaire que 
l'idée, qui est spirituelle, imagine le 
nombre infini, impossible substan- 
tiellement, mais possible abstractive- 
nient par conception mathématique ; 
que l'idée imparfaite, qui est la notre, 



le conçoive dans son objet d'une ma- 
nière imparfaite, et que l'idée par- 
faite, qui est celle deDieu,leconç,oive, 
toujours dans son objet fini, d'une 
manière parfaite quin'ade limite que 
l'impossibilité métaphysique. Mais la 
difliculté, même dans le concept di- 
vin, ne vient que du fini et non de 
l'infini. 

Une quatrième base est celle-ci : 
Que le réalisé à concevoir n'est ja- 
mais ni l'infini ni V indéfini ; ce réalisé 
est toujours exprimable par un nom- 
bre déterminé. 11 n'y a que dans le 
possible, qui n'est pas réalisé, que 
l'idée introduit de la sorte la série 
indétinie soit par multiplication soit 
par division, ainsi que le fait obser- 
ver très-justement M. Renouvier dans 
un autre endroit, et en conséquence 
l'idée elle-même, l'idée spirituelle ne 
présente pas la difliculté du nombre 
sans lin par rapport à ce réalisé ; or, 
par rapport au possible, c'est le jeu 
de celte idée qui existe seul; ce 
n'est plus que l'exercice de sa puis- 
sance. 

Une cinquième base, c'est qu'il 
faut distinguer avec soin l'idée, dans 
l'absolu, du réalisé ou se réalisant fa- 
talement ou nécessairement soit en 
vertu d'une loi portant sur l'essence , 
soit en vertu d'une volonté prédéter- 
minante, et l'idée du réalisé ou se 
réalisant librement en vertu d'une 
force autonome; dans le premier cas 
nous avons, dans notre caverne de 
Platon, des exemples de conceptions 
de l'indéfini qui nous aident à conce- 
voir comment la conception parfaite 
peut en exister chez Dieu lui-même 
par vision claire de l'essence radicale 
et de la loi de développement; telles 
sont les conceptions mathématiques 
de l'application aux séries indéfinies 
d'un axiome évident; dans le second 
cas, la difliculté est plus grande, mais 
elle est ailleurs ; elle est dans la con- 
ciliation de la liberté de l'être relatif 
avec la vision complète et parfaite 
qu'a l'absolu de ses futurs libres; celle 
de l'indéfini reparaît aussi avec l'im- 
mortalité du moi pensant et se déter- 
minant, mais on peut dire que les 
religions neutralisent, en une certaine 
manière, cette difficulté en concevant 
une lin des états ou la liberté règue 



INF 



177 



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pour le choix entre le bien et le mal ; 
ici les Champs-Elysées, là le Nirvana, 
ailleurs le ciel, dans notre christia- 
nisme la vision intuitive et partout la 
fixation définitive dans un état nou- 
veau où le bien seul se développe se- 
lon des lois qui nous sont inconnues 
et que Dieu peut connaître aussi bien 
et mieux sans doute qn'un mathéma- 
ticien ne connaît celles d'une fraction 
périodique. La plus grande difficulté 
est donc dans la conciliation de la li- 
berté présente avec la vision éternelle 
des effets dont sa force est créatrice 
avec la force éternelle, son premier 
ressort; déjà en ajoutant ces derniers 
mots, nous introduisons un pan- 
théisme nécessaire qui ouvre la voie 
à des aperçus explicatifs ; mais pour- 
tant il reste, au fond, le plus grand des 
mystères, parce qu'il n'y a pas, dans 
notre ordre humain d'autre exemple 
aussi bon pour douner quelque com- 
préhension de la chose, que celui qui 
se rapporte aux effets nécessaires. 11 
y en a pourtant aussi, en un certain 
sens ; ce sont ceux des prévisions pro- 
bables de certaines déterminations 
qui ne cessent pas d'être libres quoi 
qu'elles soient présupposées avec une 
tenitude presque entière. Mais ce 
n est pas sur ces exemples que nous 
Bous baserons dans l'explication, bien 
imparfaite sans doute, mais qui prou- 
vera au moins l'absence de contradic- 
tion, lorsque nous aborderons ce 
grand mystère au mot Scie.nce des fu- 
turs LIBRES. 

Maintenant, suivrons-nous la dis- 
cussion qu'engage M. Renouvieravec 
les théologiens-philosophes sur Vin- 
fini et le nombre infini, en conti- 
nuant toujours de confondre l'un avec 
l'autre, si mal à propos? Non, ce 
serait perdre un temps que nous de- 
vons donner à d'autres questions; 
nous citerons seulement quelques 
passages de saint Augustin et de saint 
Thomas, dont Nicolas de Cusa, Jor- 
dano Bruno, Descartes, Spinosa, Lei- 
bnitz, tous les grands philosophes 
jusqu'à Kant, qui selon M. Reuouvier 
ouvre une voie en sens opposé, n'ont 
fait que développer les idées. Il triom- 
phe de ces passages comme s'ils im- 
pliquaient la contradiction qu'il a 

VII 



signalée. Voyons, et soyons comme 
toujours d'une entière bonne foi. 

« Vous seul êtes éternel, dit saint 
Augustin au véritable infini, et ce n'est 
point après d'innombrables espaces 
de temps que vous commençâtes à 
agir; mais tous les espaces de temps, 
ceux qui sont passés, ceux qui pas- 
seront, ne passeraient pas et n'arri- 
veraient pas si ce n'était que vous 
agissez et que vous demeurez. » (Cun- 
fess. vu, 15.) 

Voilà bien la distinction que nous 
avons faite entre l'infini dans son 
unité simple permanente et la com- 
plication du fini avec son indéfini ; 
voilà bien la cause qui est par soi, 
et l'effet qui n'est qu'en n'étant pas, 
et par ce qu'il tient perpétuellement 
de la cause, immanente en lui comme 
en soi-même; les innombrables es- 
paces de temps ne sont point dans la 
cause, conçue avec abstraction de 
ses produits; ils ne sont que dans les 
produits qui commencent et finis- 
sent, recommencent et refinissent 
sans cesse à mesure qu'ils passent, 
mais sont pourtant, de cette ma- 
nière successive, parce que la cause 
agit et demeure en eux ; voilà le vrai 
des choses de l'éternité et du temps 
et voilà aussi le beau, le sublime , le 
degré suprême, dans l'être humain, 
de la raison et du sentiment; voilà 
bien mon Augustin de mes jeunes 
années; je vous remercie de me le 
représenter tout entier dans une 
phrase ! Mais où est donc là votre 
contradiction, pauvres yeux malades ? 
« Un temps n'est long, poursuit 
Augustin cité par notre philosophe, 
que par la succession de beaucoup de 
mouvements qui passent et ne sau- 
raient exister ensemble ; mais à l'é- 
gard de l'éternité, rien ne passe, tout 
est présent. Aucun temps n'est tout 
entier présent, il faut que le passé 
fasse place à l'avenir... Ah 1 qui pos- 
sédera le cœur de l'homme, qui le 
fixera pour lui montrer comment 
dispose les temps futurs et les temps 
passés, sans se mouvoir elle-même, 
cette éternité qui n'est ni présente 
(en la manière du temps) ni passée I » 
(Con/'ess. x\, n.) 

a Qu'est-ce que le temps? reprend- 
il encore. Si on ne me le demanda 
12 



I 



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178 



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pas, je le sais; si je cherche h l'expli- 
quer à autrui, je l'ignore. Je sais, ce- 
pendant, que -i rien ne passait il n'y 
aurait pas de temps passé, et que si 
rien n advenait, il n'y aurait pas de 
temps à venir. Le présent passe, car 
il n'est que le présent... Il est donc 
vrai de dire que le temps n'est qu'à 
raison de ce qu'il tend à n'être pas. » 
(Gmf. xr, it.) 

C'est toujours notre distinction 
profonde entre la cause fixe et l'effet 
fugace qui n'a de vraie réalité que par 
et dans la cause immanente, per if)- 
sum, in ipe», panthéisme rationnel 
autant qu'inévitable, qui ne détruit 
pas L'effet, pouar en donner la raison 
d'être dans sa cause, puisqu'il l'en 
distingue si profondément. Mais dans 
cette distinction de l'un d'avec l'autre 
il en est un qui reste la simplicité 
même, l'être tout à t'ait être, ne pou- 
vait être ni diminué ni accru, existant 
voilà tout; taudis que l'autre n'est 
quelque chose-, ô mystère ! qu'à la 
condition de détruire perpétuellement 
son passé dans son présent, et d'y 
faire naitre son avenir, le pas?é et 
l'avenir étant deux néants, et le pré- 
sent n'étant qu'une étincelle qui s'é- 
teint à mesure qu'elle s'allume. Le- 
quel des deux est le plus compré- 
hensible ? 

Voilà ce qui confondait Augustin il 
y a quinze siècles, et ce qui nous con- 
fond aujourd'hui, et ce qui confondra 
le dernier des philosophe»; mais ce 
mélange de néanJ et d'être, de juill- 
et de nuit, c'est la créature, c'est moi- 
même, et ce n'est pas Dieu qui n'est 
que l'être pur. Où est encore la con- 
tradiction, pauvres yeux malades, si 
ce n'est en vous-mêmes, où il faut 
pourtant bien qu'elle ne soit pas, en 
réalité, pour qui; vous soyez. 

Encore quelques mots d'Augustin : 
<( Diront-ils ceux qui nient l'infini vé- 
ritable) que Dieu ne connaît pas tous 
les nombres! car il est certain qu'ils 
sont infinis... inégaux et divers entre 
eux, chacun est Uni, et tous sont in- 
finis. Est-ce donc cette infinité qui 
échappe à la science de Dieu, ou bien 
n'en peut-il connaître que quelques- 
uns, ignorant tout le reste? délire, !» 
(Cit<' de Dieu, xn, 18.) 

Nous avons remarqué que c'est 



toujours l'indélini du fini qui fait la 
difficulté pour ['infini lui-même. C'est 
lui qui présente à son idée les nom- 
bres in finis, contre lesquels nous avons 
reconnu que, pris daus notre forme 
mathématique de numération réali- 
sée, vient se briser la possibilité mé- 
taphysique de l'essence des choses. 
Or, saint Augustin nous dit ici qu'on 
ne saurait réduire la science de Dieu 
à une science partielle de ces nom- 
bres, impliquant une ignorance de tout 
le reste. Eh sans doute, il faut bien 
que cette science embrasse la totali- 
té; mais comment emhrassera-t-olle 
cette totalité? c'est ce qu'Augustin ne 
nous dit pas, et ce qu'en effet il ne sau- 
rait dire, pas plus qu'aucun de nous, 
puisqu'il a' agit de la science de Dieu, 
sur laquelle, comme ledit encore Au- 
gustin, nous ne pouvons pas raison- 
ner comme nous rayonnons de la 
nôtre : « lisse mettent, dit-il en par- 
lant de ceux qui l'attaquent, à la 
place de Dieu, et ne le comparent 
pas à lui, mais à eux. » (Cité de Dieu, 
xu, 17.) 

Nous avons dit, d'un côté, que cette 
science a pour unique délimitation 
les impossibilités métaphysiques, et, 
d'un autre coté, nous avons donné 
des exemples de visions de cette tota- 
lité, tout infinie qu'elle est, dans la 
loi qui la régit. Le géomètre en 
voyant une ligne ne voit-il pas la mul- 
titude infinie des points mathémati- 
ques que la division périodique mon- 
tre dedans? Or, saint Augustin, en évi- 
tant de nous dire le comment, ne 
nous laisse-il pas la liberté d'imagi- 
ner quelque vision de ce genre en 
Dieu lui-même, pour embrasser le 
tout, sans briser avec la nécessité 
métaphysique de l'essence des choses? 
Il donne même à entendre qu'il y a 
en Dieu une vision des choses qui n'a 
point de rapport avec celle que nous 
avons des nombres, dans cette phrase 
que cite de lui saint Thomas et qui est 
tirée du même chapitre : « Qmmwî 
ihfinitorwn numeroram nultiis sit nu- 
mena, non tamen est meomifrehensi- 

/j/7<Sei>M/MSSClENTI.ENO.N EST NL'MERUS 

(ps. 146, 5). « Quoiqu'il n'y ait aucun 
nombre des nombres infinis, il n'est 
point incompréhensible à celui dont 
dont la science n'a pas de nombre. » 




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179 



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Dans une science, en effet, qui n'a 
pas de nombre, il ne faut point amener 
le nombre qui se développe dans la 
nôtre, pour l'en retirer ensuite en le di- 
sant infini, c'est-à-dire sans nombre. Il 
faut supposer autre chose que tout 
ce qui se passe chez nous. 11 y a chez 
Bien, comme chez nous, la puissance 
de l'idée pour imaginer les possibles, 
et tandis que chez nous cette puis- 
sance est relative, elle est chez lui 
a'i^olue ; mais cet absolu est néces- 
sairement délimité par l'impossible 
absolu; nous ne craignons certes pas 
de le reconnaître et de le répéter ; et 
imaginer un nombre sans nombre d'uni- 
vers, serait l'impossible, parce que 
ce serait imaginer le iini égal à Vin- 
fini, contradiction évidente. Mais 
puisque nous avons vu le géomètre 
ne rien oublier des possibles, qui 
sont infinis, dans la seule vision claire 
d'un axiome, quelle difficulté nous 
reste-t-ilpour concevoirpossible sans 
que nous la connaissions, une visiuii . 
éternel le de même qualité, qui sans im- 
pliquer l'impossible, n'oublie pour- 
tant rien ? Il nous semble que la ques- 
tion ainsi réduite, lève tout embar- 
ras de raison, sans pourtant lever le 
mystère. 

Nous laisserons M. Renouvier aux 
prises avec Boëce, aveeCusa, avec Bru- 
no, avec Descartes, avec Spinosa, avec 
Leibnitz,parcequeletempsnousman- 
que et que, quelque grands que soient 
des noms, ces noms nous importent 
toujours assez peu en comparaison 
des principes. On vient de voir la fai- 
blesse des attaques du nouveau lut- 
teur contre Augustin ; ces attaques 
sont à peu près de môme force contre 
tous les autres. Mais il est un nom 
que nous vengerons encore, parce 
qu'il désigne le plus grand des théo- 
logiens proprement dits, saint Tho- 
mas. 

Il s'agit d'une question très-diffi- 
cile quand on la pousse à fond, que 
l'Eglise, avons-nous dit, n'a point 
abordée et qu'elle n'abordera jamais 
parce qu'elle est plus philosophique 
que religieuse et qu'elle a plutôt pour 
objet un point de conciliation de 
plusieurs dogmes entre eux qu'un 
dogme proprement dit. C'est ce qui 
explique comment il peut arriver que 



les esprits les plus logiques, les plus 
pénétrants et les plus assurés dans 
leur marche, émettent sur ce point» 
dans certains moments, des proposi- 
tions qui paraissent en contredira 
certaines autres. Ce que nous nous 
rappelons nous être arrivé à nous- 
même, sans qu'il y ail pourtant con- 
tradiction dans notre esprit, nous 
fait trouver naturel ce que nous re- 
marquons parfois, dans le même or- 
dre, chez les autres. Les aperçus de 
la raison sur de pareils objets, ne sont 
pas toujours les mêmes, parce que 
ces objets se présentent à elle tantôt 
sous une face, tantôt sous une autre 
face; comment pourrait-il en être 
autrement de notre faible vue bra- 
quée sur de tels problèmes? Nous 
allons donc trouver dans saint Tho- 
mas de ces exemples ; le point, capital 
est que les divergences soient sus- 
ceptibles d'explication; et même ne 
le fussent-elles pas, que s'en suivrait- 
il? uniquement que le génie du théo- 
logien, qui est le génie d'un homme,, 
se serait trouvé là à bout de forces. 

« Saint Thomas, dit M. Renouvier, 
nie de prime abord l'infinité de 
quantité, mais il est bientôt forcé 
d'y revenir... Dieu, suivant lui, n'est 
infini en rien de ce qui implique ex- 
tension dans l'espace ou composition ; 
sa présenee universelle est toute spi- 
rituelle. D'ailleurs il n'existe point 
d'infini en acte, quant à la grandeur; 
l'infinité ne saurait être qu'en puis- 
sance. Tout ce qui est ou fut créé est 
compris en des nombres détenu inéset 
tout nombre se mesure par l'unité. 
L'addition réelle ne va pas à l'infini 
dans le monde; car elle a la forme 
du tout pour limite. » (Somme théola- 
gique, q. vu, art. 1 et suiv.) 

Cette analyse est exacte, et nous j 
ajouterons même en confirmatur, 
quelques propositions du même saint 
Thomas, de la même q. et de la q. xiv, 
art. xi. 

II dit, par exemple, encore plus 
clairement, «qu'une multitude infinie,, 
sans nombre déterminé, est impossi- 
ble en acte et n'existe jamais qu'en 
puissance. » Et relativement à cette 
multitude qui n'est qu'en puissance, 
il pose (q. xiv, art. ix) les principes 
suivants : 



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180 



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Qu'il faut distinguer entre science 
de vision, scientia cisionis, et science 
d'intelligence, scientia simplicis intelli- 
gentix. 

Que Ij. science de vision est celle 
des choses qui existent ou existeront 
objectivement en dehors de la vision 
subjective qu'on en a. 

Que la science d'intelligence est la 
science des possibles qui n'ont jamais 
existé et qui n'existeront jamais. 

D'où il faut conclure logiquement, 
senible-t-il, que cette multitude indé- 
finie qui ne peut pas être réalisée 
dans son infinité, et qui n'existe ja- 
mais qu'en puissance, ne peut pas 
être connue de Dieu même par une 
science de vision, mais seulement par 
une science d'intelligence. 

Comment se réalise en Dieu, cette 
science d'intelligence ? Saint Thomas 
en dit assez là -dessus, croyons-nous, 
pour qu'on en puisse inférer qu'il ne 
voit ces choses, qui ne sont qu'en 
puissance, que dans leur essence gé- 
nératrice et en une manière dont la 
science mathématique humaine de 
l'indéfini par les évidences généra- 
les, peut nous donner quelque idée, 
quoique nous ne puissions la péné- 
trer; en effet: 

« Dieu, dit-il, voit les choses qui 
ne sont point et qui ne seront point, 
mais qui sont possibles, in potentia, 
selon la vérité qu'elles ont; il est 
vrai qu'elles sont possibles; et c'est 
ainsi qu'il les voit : Vcrum est ea esse 
inpotentia et sic sciuntur a Dca. (q. xiv. 
art. 9.) 

Il résulterait de toute cette recher- 
che que si les réels, présents, passés 
ou futurs, vus de Dieu par science de 
vision, étaient toujours par rapport 
a leur en soi passé, présent ou futur, 
en nombre déterminé, il n'y aurait 
pas de difficulté ; l'infinité ou plutôt 
l'indéfinité ne serait jamais qu'en 
puissance c'est-à-dire dans le possible, 
même par rapport à Dieu, et la né- 
cessité d'une science de vision de cette 
indéfinité ne reviendrait pas; la 
science d'intelligence suffirait pour 
expliquer tout, et la contradiction du 
nombre infini serait évitée. 

Mais il va se lever d'autres points 
de vue, et c'est ici que l'intelligence 



du théologien, toute forte qu'elle soit, 
va s'embarrasser dans le mystère où 
nous avons vu saint Augustin s'arrê- 
ter subito comme n'osant pas le son- 
der. 

M. Renouvier analyse encore cette 
autre thèse, en en traduisant exacte- 
ment les principales propositions ; 
mais nous prenons le parti de la tra- 
duire tout entière nous-mème, selon 
notre méthode littérale. On sentira 
des hésitations dans le génie de saint 
Thomas, et si nous sommes forcés 
de reconnaître que, pour ne pas s'é- 
carter de la proposition de saint 
Augustin, il est allé jusqu'à une con- 
tradiction avec lui-même, nous l'a- 
vouerons de bonne foi, en mettant 
à côté la réponse générale qui lève 
toute difficulté sur la chose en elle- 
même. 

Traduisons saint Thomas (1) : 

« Art. XII 

« Si Dieu peut connaître les 
infinis. 

« A la douzième question on pro- 
cède ainsi. Il semble que Dieu ne 
puisse connaître les infinis, car Vin- 
fini en tant qu'il est infini, est inconnu ; 
parce que cela estinfini dont prenant 
la quantité, il reste toujours quelque 
chose à prendre au delà, comme il est 
dit (III. Physiq. text.63 ouc. 6). Au- 
gustin dit aussi (XII, Cité de Dieu, ch. 
xvm) que tout cequi est comprispar la 
science est fîini dans la compréhension 
de la science ; or les infinis ne peuvent 
être finis ; donc ils ne peuvent être 
compris dans la science de Dieu. 

« 2. En outre si l'on dit que les 
choses qui sont en soi infinies sont fi- 
nies pour la science de Dieu ; à ren- 
contre : la raison de l'infini est qu'il 
soit infranchissable ; et du fini qu'il 
soit franchissable ; comme il est dit 
(III Phys. text. 34 ouc. vi, ettext. S9 
ou c. 6.). Mais Yinfini ne peut être 
franchi, ni par le fini ni par Yinfini, 
comme on le prouve (VI phys. text. 
CO et c. 7). Donc l'infini ne peut être 
limité par le fini, ni même par l'in- 

l)Nous saisissons arec empressement celte oc- 
casion de donner, par un exemple, a'i lecteur, une 
idée de la méthode de saint Thomas. Co te méthode 
est toujours la même. Lu Nota. 



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181 



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fini; et ainsi les infinis ne sont pas fi- 
nis pour la science de Dieu, qui est 
infinie, 

i 3. En outre : la science de Dieu 
est la mesure des choses sues ; or il 
est contre la raison de l'infini qu'il 
soit mesuré ; donc les infinis ne peu- 
vent être sus de Dieu. 

« Mais, contre cela est ce que dit 
Augustin, XII Cité de Dieu (comme ci- 
dessus) : quoiqu'il n'y ait aucun nombre 
des nombres infinis, il n'est cependant 
pas incompréhensible à celui dont la 
science n'a pas de nombre. 

« Conclusion : 

t Puisque Dieu sait toutes les cho- 
ses qui sont en acte, et en iniis- 
sance, tant sienne que de sa créature, 
il est nécessaire qu'il sache des infinis 
même par science de vision. 

o Je réponds qu'il faut dire que, 
puisque Dieu sait non-seulement les 
choses qui sont en acte mais même 
celles qui sont en puissance (ou en la 
sienne ouen celle de la créature, com- 
meil a été montré), et qu'il conste que 
celle-ci est infinie, il est nécessaire de 
dire que Dieu sait les (ou des) infinis. 
Et quoique la science de vision, qui 
est seulement la science des choses 
qui sont, ou seront, ou ont été, ne 
soit pas (comme quelques-uns le di- 
sent) une science d'infinis, puisque 
nous ne posons pas que le monde 
ait été de toute éternité, ni que la 
génération et le mouvement doivent 
durer l'éternité, en telle sorte que les 
individus soient multipliés à l'infini; 
cependant, si on y regarde avec plus 
de soin, il est nécessaire de dire que 
Dieu sait, même d'une science de vi- 
sion, des infinis, parce que Dieu sait 
même les pensées et les affections des 
cœurs qui se multiplieront à l'infini 
dans les créatures raisonnahles persis- 
tantes sans fin (1). Or cela vient de 
ce que la connaissance de tout con- 
naissant s'étend selon le mode de la 
forme qui est le principe de la con- 

(I ) Voilà le point qui force saint Thomas à reve- 
nir sur ce qu'il o'y a pas science de vision de l'in- 
défini en puissance, parce que l'indéfini en puissance 
n'existe jamais en acte. 11 sera obligé aussi d'ad- 
mettre dans l'éternel, toujours pré-pnt, "ne sorte 
d'existence er. acte de l'indéGnide la créature immor- 
telle, puisque cet indéfini doit se définir en anivant 
eo elie durant son immortalité* La Noir. 



naissance ; car l'espèce sensible qui 
est dans les sens, n'est que la simili- 
tude d'un seul individu; d'où il suit 
que par elle un seul individu peut- 
être connu: mais l'espèce intelligible 
de notre intellect est la similitude de 
la chose quant à la nature de l'espèce 
qui est paiticipable de particuliers 
infinis ; d'où, notre intellect connaît 
par l'espèce intelligible d'un homme, 
en quelque manière, des hommes in- 
finis (ou à l'infini, ou une infinité 
d'hommes) ; mais cependant non en 
tant qu'ils se distinguent les uns des 
autres, mais en tant qu'ils commu- 
nient dans la nature de l'espèce (11, 
par celte rai-son que l'espèce intelli- 
gible de notre intellect n'est pas la 
similitude des hommes quant aux 
principes individuels, mais seulement 
quant aux principes de l'espèce. Mais 
l'essence divine, par laquelle l'intellect 
divin comprend, est une similitude 
suffisante de toutes les choses qui sont 
ou peuvent être, non- seulement quant 
aux principes communs mais même 
quant aux principes propres de cha- 
cun, comme il a été montré : d'où il 
suit que la science de Dieu s'étend 
aux infinis, même en tant qu'ils sont 
distincts les uns des autres (2). 

« A la première (objection) donc, 
il faut dire que la raison de l'infini 
convient à la quantité selon le philo- 
sophe (Ari^tote), (I, Physic). Mais l'or- 
dre des parties est dans la raison de 
quantité ; donc connaître l'infini se- 
lon le mode d'infini, c'est connaître 
partie par partie, et ainsi il ne peut 
arriver, en aucune manière, que l'on 



(1) En communiant ainsi dans la nature de l'es- 
pèce, et étant indéfinis, ils entrainent la vis ; on que 
nous avons do l'espèce à être une vision véritable, 
de l'indéfini, à laquelle il ne manque, pour égaler 
celle de Dieu, que la pénétration des natures parti- 
culières et des essences génératrices. Voilà pour- 
quoi saint Thomas a dit que nous connaissons nous- 
mêmes en quelque manière, des inimités. 

Lx Noir. 

(2) Saint Thomas veut dire qu'il y » eu Dieu un* 
science complète, n'oubliant pas les particuliers et 
embrassant te tout indéfini dans sa nature de fini, 
mais science dans le geore de la nôtre lorsqu'elle! 
embrasse l'indéfini des individus par le concept de 
l'espèce. C'est une science de mime genre eu ce 
qu'elle franchit l'indéûni, mais parfaite en ce que 
lo9 particuliers ne lui échappent pnint. Y a-t-il là 
contradiction? N"iis ne le croyons pas : il y a seule- 
ment un puiut de liaison que l'homma ne peut at- 
teindre. La Noir. 



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182 



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«onnaisse Yinfini, parce que, quelle 
que soit la quantité de parties qui 
est prise, il reste toujours quelque 
chose à prendre au delà. Or Dieu ne 
connaît pas ainsi l'infini ou les infi- 
nis (comme en énumérant partie par 
partie), puisqu'il les connaît tous en 
même temps, non successivement, 
comme il a été dit plus haut ; d'où rieu 
n'empêche qu'il connaisse les in - 
.finis (1). 

« A la seconde, il faut dire que le 
franchissement emporte une certaine 
succession dans les parties; et il suit 
de là que l'infini ne peut être franchi 
ni par le lini ni par l'infini ; mais pour 
la raison de la compréhension, l'a- 
déquation (adxquatiii) suffit, parce que 
cela est dit être compris, dont il ne 
reste rien en dehors de la compré- 
hension; d'où il suit qu'il n'est pas 
contre la raison de l'infini qu'il soit 
compris par l'infini : et aussi ce qui 
est, en soi, infini, peut être dit fini 
pour la science de Dieu, en tant que 
compris, mais non en tant que fran- 
chissable (2). 

« A la troisième, il faut dire que 
la science de Dieu est la mesure des 
choses , non quantitative , mesure 
dont manquent, à la vérité, los in- 
finis, mais par laquelle il mesure l'es- 
sence et la vérité de la chose ; car 
toute chose a la vérité de sa nature 
en la proportion même qu'elle imite 
la science de Dieu, comme une œuvre 
d'art en la proportion qu'elle con- 
corde avec l'art. Or, étant donné qu'il 

(1) Ainsi que le fait observer M. Renonvier avec 
justesse, c'est dans la simultanéité de l'éternité que 
aaint Thomas ne réfngie, contre la terrible objec- 
tion du nombre infini et pour éviter la contradiction 
d'un indéfini simultuné dans l'éternel. Nous allons 
le voir, un peu plus loin, imaginer une distinction, 
que M. RouiHivicr qualifie à'ininlfllujihle, mais qui 

■■était mieux qualifiée d'incompréhensible et d'ini- 
maginable pour nous sur une manière dont les in- 
définis de la création doivent être péuétréa par le 
rentable infini. 

(2) Saint Tliomas dit là, aussi clairement que 

fossible, i cotre sena, que la compréhension de 
indéfini du temps, de l'espace et des activités créés 
} inductrices à toujours, n'est point un passage de 
'esprit jusqu'à l'infini d'une série indéfinie, chose 
qui serait impossible, parco qu'elle se détruirait elle- 
même, mais feulement une adéquation intelligible, 
dont nous ignorons et ne puuvons nous figurer le 
mode, et dont lasuenee qu'il a nommée d'intel- 
ligence, et qui repose sur la loi de l'universel im- 
pliquant l'indéfini des particuliers, suffit pour nous 
prouver la possibilité, puisque cette science est en 
nous-mêmes. L» Nom. 



y eût quelques infinis en acte selon 
le nombre, soit des hommes à l'infini 
(ou une infinité d'hommes), ou selon 
la quantité de continuité, comme s'il 
y btVait un air infini (sans limite en 
étendue), (ainsi que quelques anciens 
l'ont dit), il est cependant manifeste 
qu'ils auraient un être (une essence, 
un esse) déterminé et lini, parce que 
leur être (leur esse) serait limité à. 
quelques natures déterminées, d'où 
ils seraient mesurables selon la science 
de Dieu » (1). 

Nous avons traduit l'article tou' 
entier de saint Thomas sur la science 
en Dieu de l'indéfini de la créature; 
car c'est toujours sur la créature, non 
sur l'infini véritable, qui est la sim- 
plicité même, que porte la difficulté; 
la créature avec sa limite, sa suscep- 
tibilité de perfectionnement, sa numé- 
rabilité, sa divisibilité, ses nombres, 
etc., est tellement compliquée de pro- 
blèmes et tellement difficile à com- 
prendre qu'elle en est à se demander 
si elle peut être comprise par son 
créateur lui-même. 

Or, y a-t-il vraiment contradiction 
entre ce qu'avait dit saint Thomas 
d'abord et ce qu'il vient de dire en 
dernier lieu' 

D'abord, il avait dit que la science 
de vision ne peut porter que sur les 
choses qui sont, ont été ou seront; 
d'où il paraissait suivre que l'indé» 
lini, qui, en tant qu'indéfini, ne peut, 
d'après lui et la raison, exister qu'en 
puissance, ne pouvait, par là même, 
être l'objet de la science de vision. 

VA il dit maintenant qu'il est néces- 
saire d'admettre que Dieu a cette 
science de vision d'indélinis. 

Mais il n'y a pas encore là contra- 



(1) Voilà qui revient encore à ce que nous disions 
dans la note précédente; il y a un esse des séries 
indéfinies que nous ne pénétrons point, que la 
science de Dieu pénètre et doit pénétrer puisqu'il 
est lui-même l'essence radicale de cet esse, étant le 
tout fondamental de tout, et qui lui permet d'avoir 
l'intelligence du fond même de tout; cette intelli- 
gence est complètement en dehors de nous qui 
sommes la série indéfinie elle-même, mais la vue 
générale des choses, des genres et des espèces, 
nous suffit pour que nous soyons obligés d'admettre 
sa possibilité. Malgré l'indéfinité du nombre, Yesse 
de cette iufinité se limite à des natures détermi- 
nées. Il faut distinguer arec soin le mot natures 
du mot individu!. L» Non». 



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183 



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diction. Sur le nombre des hommes, 
des univers et de leurs parties, nés 
ou à naître, il n'y a point d'embarras, 
puisque tout cela est déterminé, doit 
être déterminé, et que la science de 
vision qui a ces choses pour objet 
ne saurait être que la science des 
choses qui sont ou seront en nombre 
fini, quelque grand qu'il soit ou soit 
appelé à être, en sorte qu'il n'y a 
point lieu d'appliquer à ces catégo- 
ries une science de vision d'indéfinis. 

Mais saint Thomas a trouvé un 
•ordre de choses qui justifie la propo- 
sition de saint Augustin sur les nom- 
bres infinis que doit envelopper aussi 
la science de Dieu. Ce sont les pen- 
sées et les sentiments que doivent 
produire, durant leur immortalité, 
les âmes actives douées de liberté et 
d'intelligence; il y a là un indéfini 
de succession, puisque ces âmes ont 
commencé, qui sera sans terme ; ces 
choses sont de celles qui ont été sont 
ou seront, et cependant forment une 
Série indéfinie; saint Thomas est 
donc obligé de dire qu'elles sont l'ob- 
jet d'une science de vision puisqu'elles 
seront, quoique indéfinies ; il y est 
obligé en vertu de la définition de la 
science de vision. 

Il ne s'est donc pas mis en contra- 
diction avec lui-même sur ce point. 
Les Indiens et les religions en géné- 
ral, ainsi que nous l'avons déjà fait 
observer, répondraient ici assez bien 
à la difficulté de la série indéfinie des 
pensées et des sentiments de l'âme 
immortelle, en assignant à ces pen- 
sées et sentiments une sorte de ter- 
minaison, par annihilation ou ab- 
sorption, ou au moins fixation de son 
activité dans Yinfini véritable, (Nir- 
vana, vision intuitive, etc.,) sans que 
pourtant Yen soi de l'âme ni le senti- 
ment d'elle-même et de son bonheur 
soit réduit au néant pur, puisqu'il n'y 
aurait plus, pour l'âme immortelle 
parvenue à ce degré, qu'une iden- 
tification de son activité avec l'ac- 
tivité de Yinfini qui est la simpli- 
cité immobile. Mais cette hypothèse 
très- profonde, et qui nous semble 
exagérée si on la pousse au delà de 
ce que nous paraît enseigner le Chris- 
tianisme, ne tireraitpas véritablement 
de l'embargo, attendu que l'âme o?é- 



taai point anéantie à proprement 
parler et aysuit commencé d'être, il 
y aura toujours, pour l'infini, à esti- 
mer la série indéfinie de ses instants 
futurs; il n'y aurait de vraie réponse, 
levant toute difficulté que le retour 
au néant absolu, dont l'être immortel 
est exclusif. Et ce qu'on dit de l'âme 
on peut le dire de tout univers qui 
change ses manières d'être sans avoir 
une véritable fin. Les indéfinis repa- 
raissent donc, dans toutes les hypo- 
thèses, après qu'on a cru les avoir 
écartés, dès là qu'on admet une im- 
mortalité quelconque d'êtres qui ont 
commencé, ne seraient-ce que des 
formes. 

Mais l'indéfini, en revenant de la 
sorte nécessairement, sous un rapport 
quelconque , avec l'immortalité, ra- 
mène la difficulté du nombre infini 
dans Yen soi des finis futurs et dans 
la science de Dieu qui est la science 
de cet en soi même. Or saint Thomas 
laisse-t-il une contradiction dans l'ex- 
plication qu'il en donne ou plutôt 
qu'il en cherche? 

Il nous semble en voir une que le 
grand théologien a sentie, et qu'il 
n'a faite qu'à son corps défendant; 
cette contradiction consiste en ce qu'il 
dit d'abord, en termes équivalents, 
que tout indétini n'existe qu'en puis- 
sance, que d'ailleurs la science de ca 
qui ne fut et ne sera jamais in actu, 
n'est qu'une science d'intelligence, 
et non point une science de vision, 
mais que l'indéfini de ce qui est im- 
mortel, quoiqu'il n'existe jamais qu'en 
puissance (puissance soit de la créa- 
ture soit de Dieu), par cela même 
qu'il est certain qu'il arrivera, fait 
exception au principe général et que 
cet indéfini n'est pas seulement l'ob- 
jet d'une science d'intelligence, mais 
aussi d'une science de vision. Nous ne 
voyons pas de différence, entre l'in- 
défini en puissance qui n'existera ja- 
mais et l'indéfini en puissance qui se 
réalisera successivement, puisqu'il ne 
sera jamais réalisé in actu prsesenti ; 
qu'importe pour la science de Dieu 
qu'il se développe en conséquence 
d'une créature existante ou non , 
puisqu'il en est maître eomme du 
simjil.- possible? et, par conséquent, 
nous ae voyons pas pourquoi saint 



INF 



181 



Thomas attribue à un objet lascionee 
de vision plutôt qu'à l'autre objet; 
il nous semble que c'est pur la même 
science que Dieu voit l'indéfini des 
futurs possibles qui seront et l'indé- 
fini des futurs possibles qui ne Beront 
pas. Nous ne soyons pas, relative- 
ment a leur indéflnitê, de différence 
entre l'en soi des uns et des autres, et 
par conséquent entre la science do 
l'infinité des uns et la science de l'in- 
finité des autres, en sorte qu'ici la 
science de vision nous parait se con- 
fondre nécessairement avec la science 
d'intelligence. 

Voilà le point où noire esprit no 
peu) pas se débarrasser d'une contra- 
diction résultant de l'argumentation 
de saint Tbomas et relative à sa ma- 
nière de poser et de creuser les ques- 
tions. 

Mais qu'importe pour la chose en 
elle-même? Retournons à nos défi- 
nitions, el résumons les certitudes 
qui résultent de nos études. 

La première certitude que nous te- 
nons à consulter, c'est que l'embarras 
du nombre infini, impossible comme 
nombre, si on le suppose simultané- 
ment réalisé, ne provient pas le lïn- 
/îm véritable, qui est l'unité et la sim- 
ple ité parfaites, mais seulement du 
fini, qui en est la demi-négation, 

Comme le néant absolu en est la né- 
gation totale, lequel fini présente à 
tout bout de champ ce problème do 

son être à sa propre intelligence et à 
celle de ['infini lui-même. 

Laseconde certitude, c'est que notre 
argumentateur contre ['infini, n'a dé- 
coché ses flèches, comme nous l'avons 
dit en commençant, que dans l'espace 
à côté du but qu'il prétendait viser; 
et ii en sera de même de tous ceux qui 
attaqueront le \ éritahle infini ; ce sera 
leur rire propre qui Is attaqueront 
en croyant attaquer l'être parfait 

La troisième certitude, qui est une 
certitude ontologique a priori, c'est 
quel' uifuii, le parfait, ne peut admet- 
tre, ni dans son essence, ni dans sa 
science, ni dans sa volonté, ni dans 
tout ce qui le constitue, l'impossible 
contraire a l'essence des choses, quel 
qu'il soit, et par conséquent, que tout 
ce qui le constitue est circonscrit à 
cette limite de nécessité métaphysi- 



1NF 



que, et à celle-là seulement, condi- 
tion qut a permis à la raison de 
i nomme de lui appliquer la qualifi- 
cation d'infini. 

La quatrième certitude, c'est que 
nous existons avec notre Indéflnitê 
et qu'il nous est impossible de ne' 
pas nous appliquer à nous-rnème l'a- 
dage évident : ab actu ad pnsse valet 
consecutio : du fuit au possible la con- 
séquence est bonne. 

La cinquième certitude, c'est que 
cette réalité du tiui. qui implique un 
indéfini rétrogressif par division et 
progressif par multiplication, et qui 
suppose un commencement dans Pê- 
tre, est conçu absolument impossible 
s il na pas l'infini véritable pour 
cause, pour soutenant, pour conte- 
nant, pour activant, pourprémotion- 
nant, pour son étant fondamental, 
puisqu il est causé, soutenu, contenu, 
activé, prémotionné, et n'étant mis 
par un autre. 

Une sixième certitude, c'est qu'il 
est impossible do ne point attribuer 
à l'infini une connaissance absolue, 
aussi parfaite que le permet l'essence 
des choses, do ses créatures prises 
dans leur ensemble et dans leur pa> 
ticulier. Ce ne peut pas être une con- 
naissance simultanée sous la forme 
du nombre, puisqu'une telle connais- 
sance supposerait Ja réalisation inacH 
de l'indéfini dans la science, et parce 
que cette forme du nombre étant ua 
caractère de notre manière impar- 
faite et relative de comprendre, n'est 
dans la science de Dieu qu'en tant 
que perçue dans sa cause, comme 
nous appartenant : sapientix ejus non 
est RumeruifPs. 148, 5); mais c'est 
une science d'une autre espèce qui, 
par cela même qu'elle est parfaite, 
n'est point celle-là. 

Une septième certitude, enfin, qui 
se déduit de toutes celles qui précè- 
dent et qui les résume, c'est que le 
fini avec son indéfini et la science 
qu'il en a, laquelle porte aussi le ca- 
ractère d'indéfini , existe en même 
temps que l'infini avec son défini par- 
fait et la science parfaite qu'il a de 
lui-même et du fini sa production, 
au moment où je raisonne. 

Si maintenant la raison me de- 
mande quelle est cette science de 



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185 



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Ymfini, comment elle se réalise, com- 
ment je concilierai cette exigence si- 
multanée du relatif et de l'absolu, et 
que la même raison me présente les 
objectious que nous venons de voir 
se développer et qui se résument , 
comme l'a dit très-exactement M. Re- 
nouvier, dans colle du nombre indé- 
fini qui se détruit lui-même si on le 
met in actu prxsenti, voici ce que je 
répondrai : 

L'infini comprend l'indéfini de ses 
créations réalisées ou pouvant l'être, 
autaut que le lui permet l'essence 
des choses, ou la nécessité éternelle 
de sa propre nature, qui est la nature 
même de l'être ; et puisque l'indéfini 
se détruit lui-même en sa forme de 
nombre, quand ou le met en acte, 
c'est-à-dire qu'on le réduit au simul- 
tané, il n'existe plus comme nombre, 
et Dieu ne le voit pas ainsi, ne le voit 
pasdanscetteforme, en son éternité; 
il l'y voit réduit en une simplicité 
identique à la sienne et qui, dans 
son essence profonde, redevient la 
sienne même. C'est un panthéisme 
sans doute pour l'explication, mais 
un panthéisme qui ne détruit pas 
l'être immortel dans son en soi de fini 
successif toujours déterminé, qui, par 
conséquent, est sans inconvénient 
pour les résultats et pour la morale, et 
qu'accepte la religion. 

Or, n'ai-je pas fait ainsi la réponse 
qui doit vous suffire, ô raison de 
l'homme ? 

Non, direz-vous peut-être ; je vou- 
drais en savoir encore davantage; je 
Toudrais savoir comment l'infini me 
comprend moi-même, embrasse à la 
fois, mon passé, mon présent, mon 
avenir indéfini, mon temps, mon es- 
pace, et les produits libres et néces- 
saires de mon activité. 

Mais, je viens de vous le dire : il 
embrasse tout cela en le réduisant à 
sa propre simplicité, et autant que sa 
compréhension n'est point arrêtée 
par le métaphysiquement impossible, 
par la contradiction qui se détruit 
elle-même. 

Il a, du reste, en vous créant rai- 
son, laissé tomber sur vous des étin- 
celles de son foyer qui vous font en- 
trevoir le comment lui-même de sa 
science infinie, et qui vous forcent à 



conclure parl'aô actu adpossn, qu'une 
manière existe dans l'en soi des 
choses, de tout embrasser dans une 
synthèse permanente. Ce sont des 
images qu'il a mises en vous-même, 
de sa force et de sa science mysté- 
rieuses. 

Quoi ! il serait étonnant pour vous 
que l'infini embrassât le fini et son 
indéfini, lorsque vos géomètres en- 
veloppent la série indéfinie des frac- 
tions qui courent vers la mesure exacte 
du cercle, à l'aide de leur théorie des 
limites, marquées par le carré inscrit 
et le carré circonscrit !... Lorsque 
votre algèbre de la terre, que vous 
avez vous-même inventée , embrasse 
cet indéfini dans ses symboles et dans 
ses formules, le met en équations, 
qu'elle résout !... Lorsque cette 
même algèbre, avec son infaillibi- 
lité absolue , vous conduit par sa 
filière à ses quantités imaginaires 
pour vous ramener, sans solution de 
continuité, aux quantités réelles, en 
vous faisant exécuter,comme à un aveu- 
gle, des pointes en avant dans le néant 
et l'absurde sans s'égarer ni vous éga- 
rer !... L'algèbre, en son absolu sym- 
bolique ne vous révèle-t-elle pas la 
force de Dieu ? 

Vous avez en vous-même, ô raison 
de l'homme, la difficulté résolue 
dans le mystère. 

L'indéfini du temps !... Mais qu'est- 
ce que le temps ? Est-ce autre chose 
qu'un mouvement? c'est une série 
d'étincelles qui sortent de l'éternité à 
mesure qu'elles y rentrent, et qui 
n'ont leur être que dans cette éter- 
nité toujours la même, toujours pré- 
sentent toujours immobile? Or, cette 
série n'est l'indéfini du nombre que 
par rapport à elle-même, et non point 
par rapport à son être véritable qui 
est une présence éternelle, une force 
qui ne change point. 

Est-ce que l'Océan ne contient pas, 
d'une manière permanente et imma- 
nente, dans la masse de ses eaux, 
toutes les vagues qu'il a jetées, qu'il 
jette, qu'il jettera et qu'il peut jeter 
sur ses rivages ? Ne comprend-il pas 
toutes ses tempêtes passées, présen- 
tes, futures et possibles, toutes indé- 
finies qu'elles soient en nombre, s'il 
est immortel ? et ne peut-il pas l'être ? 



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186 



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Mettez à sa place l'océan éternel de 
l'être, c'est-à-dire de la puissance, 
de l'intelligence et de l'amour, l'o- 
céan de l'esprit universel ; n'aura-t- 
il pas, dans sa sagesse, dans son in- 
telligence, qui est Yen soi lui-même 
de ses œuvres, qui est leur essence 
éternelle archétypique, comme le 
disait Platon, n'y aura-t-il pas leurs 
passés, leurs présents, leurs futurs 
et leurs possibles, sortant toujours 
de lui et y rentrant toujours? Ne les 
contiendra-t-il pas dans leur généra- 
tion même intime et radicale? 

Est-ce que l'éther, producteur uni- 
versel des fluides impondérables, 
d'où sortent sans cesse, pour y ren- 
trer, l'étincelle du cabinet de physi- 
que et la foudre des nuages, l'ondu- 
lation lumineuse avec toutes ses 
couleurs, la palpitation voltaïque 
avec ses attractions, l'action magné- 
tique, la cbaleur et le reste, n'a pas 
en lui, d'une manière immanente, 
toutes ces forces avec leurs effets pas- 
sés, présents, futurs et possibles? 
Mettez à sa place l'universel conte- 
nant et soutenant, l'esprit de Dieu, 
ne comprendra-t-il pas intimement 
tous ses produits possibles dans leur 
universel et dans leur particulier, 
par la racine même qui est lui seul 
éternellement présent? L'indélini se 
définit dans l'être éternel et ne reste 
indétini que dans sa propre concep- 
tion qui n'est qu'un demi néant. 

N'allons pas si loin. Voyez ce grain 
de sable ; il porte la réponse : l'éter- 
nité embrasse le temps, l'espace, et 
la série indélinie des productions 
nécessaires ou libres, de votre acti- 
vité immortelle, comme ce grain de 
sable enveloppe dans sa forme, l'in- 
finité des divisions de lui-même. 
L'infini vous fait toucher du doigt, 
dans ce grain de sable, le mystère 
dans sa possibilité, puisqu'il vous le 
donne en acte. 

Direz-vous que le grain de sable 
n'est qu'une idée? Mais alors, en ren- 
ierniera-l-il moins dans sa forme, 
cette infinité mathématique? il est 
devant vous, il frappe vos sens; il a 
un milieu et des côtés; et l'arithmé- 
tique vous dit que les parties qu'il 
renferme, ne fussent-elles que l'ana- 



lyse d'une idée, sont en nombre in- 
fini, en nombre sans nombre. 

La puissance qui le diviserait ne le 
diviserait que par succession, direz- 
vous encore : soit, mais lui, il est là 
devant vous, et il contient présente- 
ment tout ce qu'en tirera à jamais 
cette puissance ; il faut bien qu'i im- 
plique hic et nunc ce qu'elle en tirera 
dans le futur; elle ne finira jamais 
d'en tirer de nouvelles parties; donc 
il en possède, hic et nunc, une infi- 
nité. 

Si vous dites que le grain de sable 
est une substance étendue, comme 
tout le monde le croit, c'est encore 
bien plus fort en faveur de mon ex- 
plication; mais je vous avouerai qu'à 
titre de substratum cartésien, l'im- 
possibilité du nombre itifini, subs- 
tantiellement et simultanément réa- 
lisé, m'a vaincu dès ma jeunesse et 
que je me suis réfugié dans la réalité 
mentale et subjective de Berkeley ou 
dans les monades de Leibnitz, qui ne 
laissent subsister le nombre infini que 
dans l'idée, dans la forme, dans l'ef- 
fort. 

Que voulez-vous de plus, ô hu- 
maine raison? est-ce que vous vou- 
driez être Vinfini lui-même?... 

Cependant, on vous voit quelque- 
fois, oubliant les certitudes absolues, 
perdre vraiment la tète en face du 
mystère, et vous faire positiviste, 
sceptique, matérialiste, athée ! que 
sais-je? Mais où tout cela vous mène- 
t-il? Si vous aviez détruit le grain de 
sable, un des points de vue du mys- 
tère aurait disparu 1 mais elle reste 
cette malheureuse poussière, et reste 
pour vous dire que vous n'êtes qu'une 
folle. Le Noir. 

INFRALAPSAIRES. Parmi les sec- 
taires qui soutiennent que Dieu a 
créé un certain nombre d'hommes 
pour les damner, et sans leur donner 
les secours nécessaires pour se sau- 
ver, on distingue les supralapsaires et 
les infralapsuires. Les premiers di- 
sent qu'antécédemment à toute pré- 
vision de la chute du premier homme, 
ante lapsum ou supra lapsum, Dieu a 
résolu de faire éclater sa miséricorde 
et sa justice : sa miséricorde, en 



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créant un certain nombre d'hommes 
pour les rendre heureux pendant 
toute l'éternité ; sa justice, en créant 
un certain nombre d'autres hommes 
pour les punir éternellement dans 
l'enfer : qu'en conséquence Dien 
donne aux premiers des grâces pour 
se sauver, et les refuse aux seconds. 
Ces théologiens ne disent point en 
quoi consiste cette prétendue justice 
de Dieu, et nous ne concevons pas 
comment elle pourraits'accorder avec 
la bonté divine. 

Les autres prétendent que Dieu 
n'a formé ce dessein qu'en consé- 
quence du péché originel, infra lap- 
sutn, et après avoir prévu de toute 
éternité qu'Adam commettrait ce pé- 
cbé. L'homme, disent-ils, ayant perdu 
par cette faute la justice originelle et 
la grâce, ne mérite plus que des châ- 
timents; le genre humain tout entier 
n'est plus qu'une masse de corrup- 
tion et de perdition, que Dieu peut 
punir et livrer aux supplices éternels, 
sans blesser sa justice. Cependant, 
pour faire éclater aussi sa miséri- 
corde, il a résolu de tirer quelques- 
uns de cette masse, pour les sancti- 
fier et les rendre éternellement heu- 
reux. 

Il n'est pas possible de concilier ce 
plan de la Providence avec la volonté 
de Dieu de sauver tous les hommes, 
■volontéclairementrévélée dans l'Ecri- 
ture sainte, I Tim., c. 2, y 4, etc., et 
avec le décret que Dieu a formé au 
moment même de la chute d'Adam, 
de racheter le genre humain, par Jé- 
sus-Christ. Nous ne comprenons pas 
en quel sens une masse rachetée par le 
sang du Fils de Dieu est encore une 
masse de perdition, de réprobation et 
de damnation. Dieu l'a-t-il ainsi envi- 
sagée losqu'il a aimé le monde jusqu'à 
donner son Fils unique pour prix de 
sa rédemption? Joan., c. 3, f 16. 
Voyez Prédestination, Rédemption. 

Il est absurde de supposer en Dieu 
un autre motif de donner l'être à des 
créatures que la volonté de leur faire 
du bien ; et les supralupsaires préten- 
dent qu'il en a produit un très -grand 
nombre dans le dessein de leur faire 
le plus grand de tous les maux qui 
est la damnation éternelle ; ce blas- 
phème fait horreur. Il est dit dans la 



livre de la Sagesse que Dieu ne sait 
rien de ce qu'il a fait, et ces héréti- 
ques supposent que Dieu a eu de l'a- 
version pour des créatures avant de 
les faire. Bergier. 

INFUSOIRES (les). (Théol.mixt.scien. 
zool.) — Nous avons déjà parlé de ces 
animaux microscopiques dans notrt 
article Génération spontanée; nous 
donnerons ici quelques notions spé- 
ciales sur ce monde vraiment in- 
nombrable du mouvement et de la 
vie, qui serait resté à jamais inconnu 
sans l'invention du microscope. 

Le nom d'infusoires fut donné à ces 
petits êtres par Wrisberg, en 1764, 
parce qu'il les observa principale- 
ment dans les infusions. « Ces infini- 
ment petits, dit M. Ad. Focillon, for- 
ment tout un monde autour de nous; 
ils peuplent les eaux, pures ou im- 
pures, légèrement ondulées ou salines, 
celles des étangs, des rivières, des 
lacs, des océans, les liquides de cer- 
taines parties des animaux et des 
plantes, les vapeurs mêmes et les 
brouillards de notre atmosphère. 
Chaque goutte d'eau d'un étang va- 
seux, examinée sous le microscope, 
fourmille d'êtres vivants dont le dia- 
mètre ne varie souvent que de 2 à 200 
millièmes de millimètre, et ils sont 
si nombreux qu'à peine reste-il entre 
eux des intervalles égaux à leur pro- 
pre diamètre. Suivant Ehrenberg, l'in- 
fatigable observateur (1) de ces ani- 
macules, un millimètre cube d'eau 
vaseuse renferme en moyenne plu s de 
2,500 millions d'infusoires ; il fait re- 
marquer qu'en dehors de ce monde mi- 
croscopique, nulle part dans la nature- 
terrestre on ne constate une aussi 
forte proportion de corps vivants. Ainsi 
le monde des infusoires nous fait en- 
trevoir sur la terre l'infini en peti- 
tesse, comme, dans le ciel, le monde 
des étoiles (2) nous révèle l'infini en 
grandeur et en étendue. Entre ces 
deux termes extrêmes qui nous échap- 
pent, notre nature humaine apparaît 
bien étroitement bornée, mais ce qui 
nous relève à nos yeux, c'est de pou- 
voir, à ce sujet, reporter notre pen- 



(\) Prussien. 
<*. V V 7 . Lt,iles. 






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188 



INF 




sée vers la puissance, l'intelligence 
et la volonté sans bornrs du créateur 
des grandes et des petites choses. » 

Déjà, avant Wrisberg, Leeuwenhoek 
avait, le premier, découvert des ani- 
malcules dans les infusions, c'est-à-dire 
dans les eaux où ont macéré des dé- 
bris d'animaux ou de plantes, et Jo- 
blot, en 1754, avait égaré son imagi- 
nation dans une fantasmagorie qui lui 
montrait, à travers son microscope, 
des poules huppées, et mille autres 
merveilles, que Linné considéra com- 
me un chaos qu'il dédaigna d'étudier; 
puis vinrent Spallanzam.O. F. Muller 
[animakula infusoria) Lamarck (Hist. 
nat. des cmim.sam vertèbres), Iloryde 
Saint- Vincent [Essai d'une classifica- 
tion des animmkrosc) , qui débrouillè- 
rentee chaos de la viemicroscopique ; 
et Ehrenberg avec Dujardin, soncor- 
recteur sur plusieurs points élevèrent 
l'étude de ce monde noi veau à la 
hauteur d'une science acquise. Les 
travaux d'Ehrenberg se trouvent no- 
tamment consignés dans de- .... moires 
insérés aux Annales des savants, 2 e sé- 
rie, et ceux de Dujardin dans son 
Hist. nat. des infusoires. 

Il résulte de toutes ces études que 
les infusoires présentent des formes 
fort dilférentes qui ont permis d'en 
établir des classifications: les uns 
sont en forme d'oeuf, d'autres en 
forme de globe, d'autres en cônes, 
d'autres en cylindre, d'autres vermicu- 
laires, d'autres en urnes ou vases di- 
vers, d'autres d'une structure indéfinie 
et variable qui s'allonge ou se radie 
en étoiles à rayons de toute espèce. 
Il y en a dont l'enveloppe est une 
membrane molle ; il y en a aussi dont 
l'enveloppe est une carapace relati- 
vemrnt dure, une sorte de coquille ; 
enfin, parmi les infusoires, certaines 
espèces ont des membres flexibles 
pour la locomotion, pour la préhen- 
sion, ou pour le tact, d'autres espèces 
en sont absolument dépourvues, et 
beaucoup sont munies de cils vibra- 
tiles, sortes de roues qui s'agitent 
avec une incroyable rapidité. Quant 
à ce qu'a dit Ehrenberg de la per- 
fection de leur organisme, qui lui 
aurait permis d'y reconnaître des 
organes pour la digestion, pour la 
génération, un système nerveux, une 



bouche avec des dents, et le reste, il 
a éle contredit par Dujardin de 1833 
à 1841. C'est ainsi qu'en définitive 
la reproduction des infusoires autre- 
ment que par des divisions sponta- 
nées, nous est restée inconnue, et 
que les partisans de l'hétérogénie ont 
pu soutenir jusqu'à ce jour que tel 
était le genre de production le plus 
conforme à leur nature simple. 

Un des faits curieux de la vie de 
ces petits êtres c'est que beaucoup 
d'entre eux, tels que les rotiféres et 
les tardigrades, sont susceptibles d'une 
sorte de résurrection; voici comment: 
Leurs conditions de vie, par rapport 
à la température, sont, pour la plu- 
part, entre degré et 100 degrés. Au- 
dessous de glace, surtout quelques 
degrés au-dessous, les plus vivaces 
meurent; et à 100 degrés, tempéra- 
ture de l'eau bouillante, tous meurent 
également, quand on les fait passer 
brusquement de l'état de vie active à 
cette température; mais si on les y 
fait passer graduellement, ils se des- 
sèchent, et tombent dans un état qui 
ressemble à la mort, mais qui n'est 
point la mort véritable, et ils affron- 
tent, dans cet état, l'eau bouillante et 
même jusqu'à 130 degrés, parait-il 
du moins pour quelques espèces, et 
ceux-là peuvent rester des temps très- 
longs, des mois, des années, peut- 
être même des siècles, dans cet état 
de^ dessication où ils ne sont plus 
qu'une poussière pareille aux débris 
de la mort. C'est alors que, si on 
leur restitue peu à peu l'humidité 
nécessaire, ils reprennent vie, mou- 
vement, et paraissent ressusciter. 
C'est ce que constata, le premier, 
Leeuwenhoek, en 1701, puis Spallan- 
zani ; on a contesté ces faits, mais on 
ne les a pas réfutés. C'est ce qui ar- 
rive, par exemple, chez les rotiféres 
de la poussière des gouttières. (V. Ro- 
tiféres et Tardigrades. Yoy. aussi 
Résurrection). 

Il y a, d'ailleurs, des infusoires qui 
paraissent être plutôt des végétaux 
que des animaux ; tels sont les navi- 
mdes, les bacillaires, \esclosté7'ies. 

Quant à leur classification, nous 
avons indiqué, d'une manière géné- 
rale, les bases sur lesquelles on la 
fonde ; Ehremberg en a donné une 



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qui enveloppe sous le nom d'infusoi- 
res tout le monde des infiniment pe- 
tits, et dont les deux premières divi- 
sions principales sont les suivantes : 
1° Polygasliques (du grec polys elgas- 
ter, àplusicurs estomacs); 2° Rotateurs, 
(du latin rotare, tourner), lesquels 
ont une organisation beaucoup plus 
compliquée, et un appareil de locomo- 
tion composé d'une ou de deux roues 
qui tournent vivement sur elles-mê- 
mes et qu'on suppose placé à la par- 
tie antérieure de leur corps. Les po- 
hjqastiques se subdivisent en rnona- 
diens cryptomonadiens (à cuirasse), 
volvociens (en globe), vibrioniens et 
dostériens (filiformes nus et cuiras- 
sés), astatiens et dinobryens (forme 
variable nue ou cuirassée) amibiens, 
arcelliniens, bacillaricns, cyclidiniens, 
meridinkns, anopisthiens , vorticclliens, 
ophrydiniens, etc. Les rotateurs com- 
prennent buit familles, et cinquante- 
cinq genres, dont les caractères prin- 
cipaux reposent sur la forme simple 
ou double des cils vibratiles et sur 
l'absence ou la présence de carapace 
sur le corps. 

Dujardin, qui ne s'est pas moins 
occupé des infusoires et des infini- 
ment petits qu'Ehremberg lui-même, 
en a donné une autre classification ; 
il a d'abord écarté de cette classe les 
rotateurs en rattachant ces animalcu- 
les à l'embranchement des annelées, 
ou articulés, et les plaçant près des 
crustacés; parmi ces rotateurs, qu'il 
appelle aussi systotides, et qu'il ré- 
duit à vinst-cinq genres et sept fa- 
milles, se trouvent ceux qui sont fixés 
par un pédoncule, ceux qui sont ex- 
clusivement nageurs, ceux qui sont 
nageurs ou rampants, (les rotifères) 
et ceux qui sont marcheurs (les 
tardiyrades) ; il en a encore écarté les 
vibrions et les anguillules, qui sont 
pour lui de petits helminthes ; il en a 
écarté enfin les bacillaires et les clos- 
téries, qu'il renvoie, ainsi que nous 
l'avons dit, parmiles végétaux ; quant 
aux coleps, il les a mis hors de classi- 
fication, étant, dit-il, trop difficiles à 
observer et trop inconnus encore ; et 
tout le reste, il l'a établi en dix-sept 
ordres dont il a donné les caractères : 
ces caractères reposent sur les cils 



vibratiles, le mouvement plus ou 
moins actif, la forme du corps, la 
présence ou l'absence de queue, la 
présence ou l'absence d'un pédoncule, 
la nudité ou la cuirasse. Ce sont les 
amibiens ou profées, les rhyzopodes, 
les actynophriens, les monadiens, les 
volvociens, les dinobryens, etc. 

Ilnous reste à indiquer la manière 
de s'y prendre à ceux de nos lecteurs 
que leur goût porterait à employer 
leurs moments de loisir aux études 
microscopiques; et pour cela nous ne 
saurions mieux faire que de trans- 
crire les deux passages suivants de 
M. Ad. Focillon : 

a L'étude des infusoires, n'exige ni 
longs voyages, ni dangers, ni fati- 
gues. Dans sa chambre, à tout mo- 
ment, et sans trop grands prépara- 
tifs, le naturaliste, pourvu d'un bon 
microscope (V. ce mot) peut observer 
la plupart des infusoires vulgaires. 
Les ruisseaux des prairies, les eaux 
peu courantes, surtout après une 
pluie d'été et à la première fauchai- 
son, offrent à récolter les plus re- 
marquables et les plus éléganles es- 
pèces. C'est au milieu des conferves, 
des charas, des lentilles d'eau et 
autres plantes aquatiques, que l'on 
cherchera les vorticelles et les roti- 
fères ; dans les flaques d'eau pure peu 
profondes, on trouvera, au printemps, 
ce singulier volvoce tournoyant, sphère 
gélatineuse animée, formée de plu- 
sieurs centaines de petits êtres. La 
pellicule poudreuse qui couvre la 
surface des eaux croupies est peuplée 
d'infusoires aux plus belles couleurs 
(euglênes, pandorines, gonies, bursai- 
res). Les brusques changements de 
couleurs de certains lacs, la phos- 
phorescence et la coloration tran- 
chée des eaux de la mer à certains 
moments, ont pour cause le dévelop- 
pement ou la réunion subite de my- 
riades d'infusoires. Ces infiniment 
petits se retrouvent même à l'état 
fossile. De vastes et puissantes cou- 
ches du sol sont composées des cara- 
paces calcaires ou siliceuses de mil- 
liers de milliards d'infusoires, dont le 
temps a accumulé les dépouilles, mais 
dont le microscope fait encore re- 
connaître les formes et permet de 






ING 



190 



ING 



distinguer les espèces. Ce monde 
microscopique, observé daus nos eaux 
douces ou salées, est d'ailleurs plein 
de vie et de mouvement, de sorte 
que son étude peut absorber, sans 
ennui, autant d'heures qu'on lui en 
voudra consacrer. 

« Pour observer les infusoires, il 
faut avoir avant tout, un microscope 
capable de grossir de cinquante à 
mille fois en diamètre, etparfaitement 
achromatique. On peut encore obser- 
ver un assez grand nombre d'infusoires 
avec un instrument dont le pouvoir 
ne va pas au delà de cinq cents à sis 
cents fois; mais cela est insuffisant 
pour les petites espèces. On disposera 
dans des verres de montre, les échan- 
tillons des eaux que l'on veut exami- 
ner; avec une bonne loupe on pourra 
déjà reconnaître certains infusoires, 
à leurs mouvements, aux masses que 
forment leurs réunions. Pour exami- 
ner sous le microscope, on recueil- 
lera, avec un pinceau bien propre, 
une goutte peu chargée de l'eau où 
l'on soupçonne l'existence des ani- 
malcules, on la placera soigneuse- 
ment sur un morceau de verre bien 
propre, tels que les constructeurs de 
microscope en vendent pour obser- 
ver; on recouvrira doucement cette 
goutte avec un autre verre très-mince 
également préparé dans ce but, et 
on placera le tout sur le porte-objet 
du microscope que l'on a préalable- 
ment installé d'une manière conve- 
nable. » 

Pourrions-nous quitter cet intéres- 
sant sujet de la vie réduite aux infi- 
niment petits, sans une action de 
grâces à celui qui est la vie du vibrion 
au même degré que celle de l'homme 
et que celle de l'ange? 

Le Nom. 

INGRES (Jean-Dominique-Augusle). 
(Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce 
grand peintre français contemporain, 
né à Moutauban en 1781, a importé 
parmi nous un genre pur, très-cor- 
rect de dessin et plein de grâce , 
mais froid, qu'on a qualifié avec rai- 
son de genre raphaélique et qui le 
serait encore mieux, s'il était plus 
chaud. Il peut être considéré comme 



occupant le pôle opposé à celui de 
Delacroix ; mais il est, comme ce 
dernier, un grand chef d'école, bien 
que moins original et moins créa- 
teur. Il a fait aussi de magnifiques 
dessins pour vitraux d'église , et 
d'excellents portraits. Il est mort 
très-âgé , il y a quelques années. 
Pnrmi ses nombreuses productions, 
citons seulement : 

Ses Odalisques ; son Portrait du pre- 
mier consul; sou Portrait de lui-même; 
le pape Pie Vil ; Tintoret et l'Aretin; 
Henri IV en famille ; Jésus remettant 
les clefs du paradis à saint Pierre ; le 
vœu de Louis XIII (dans ia cathédrale 
de Montauban) ; l'Apothéose d'Ho- 
mère (protestation contre l'école ro- 
mantique) ; le Martyre de saint Sim- 
phorien; le fameux Portrait de Bertin 
aîné ; la Vierge à V hostie ; Stratonke ; 
le Portrait mythologique de Chérubini 
inspiré par la Muse ; la Naissance de 
Vénus Anadijoraène ( charmante nu- 
dité virginale el pudique) ; Jésus au 
milieu des docteurs ; Lesueur chez les 
Chartreux ; Molière dans son cabinet ; 
(Ingres est admirable dans ses ta- 
bleaux de genre;) Jeanne d'Arc au 
sacre de Charles VU; la Source, etc. 

Ingres est d'une force presque sans 
égale dans ses études du nu gracieux 
et virginal , mais nous le trouvons 
faible dans ses Christs. Il n'a peint 
le sentiment religieux des Raphaël; 
il le cherche, mais en le cherchant, 
ne trouve que l'exagération, la dévo- 
tion aifectéo, la caricature. Il n'était 
pas capable de faire, par exemple, 
un saint Paul qui exprimât la con- 
viction sérieuse, profonde, de tout 
l'être, comme celui de Raphaël de- 
vant l'Aréopage. Le Nom. 

INGULF. (Théol. hist. biog. et bi- 
bliog.) — Cet abbé anglais du couvent 
de Croyhmd dans le Lincolnsliire, né 
à Londres en 978, et mort en 1030, 
fut un des plus célèbres élèves des 
écoles de Westminster et d'Oxford. Il 
fut le secrétaire particulier de Guil- 
laume, duc de Normandie, à partir 
de 1 3 1 et acquit une grande influence 
sur ce prince. On lui doit une histoire 
de l'abbaye de Croyland, qui a été 
continuée par Pierre de Blois; elle a 



INN 



191 



INN 



été imprimée dans la collection de 
Savillc. Le Nom. 

INHÉRENT, justice inhérente. Voyez 
Justice, Justification. 

INNOCENCE. On appelle état d'in- 
nocence, ou innocence originelle, l'é- 
tat dans lecrael Adam a été créé et a 
vécu avant son péché. En quoi con- 
sistaient les privilèges et les avantages 
de cet état ? Nous ne pouvons le savoir 
que par la révélation. L'Ecriture nous 
apprend que Dieu avait créé l'homme 
droit, Ecdi., c. 7, f 30; que Dieu 
l'avait fait à son image et immortel, 
mais que, par la jalousie du démon, 
la mort est entrée dans le monde, 
Snp., c. 2, f 23 ; que Dieu avait 
donné à nos premiers parents les lu- 
mières de l'esprit, l'intelligence, la 
connaissance du bien et du mal, etc. 
EeclL, e 17, f 5. 

D'ailleurs, par la manière dont l'E- 
criture parle des effets, des suites du 
péché et de la réparation que Jésus- 
Christ en a faite, les Pères de l'Eglise 
et les théologiens ont conclu qu'Adam 
avait été créé de Dieu avec la grâce 
sanctifiante, avec le droit à une béa- 
titude éternelle, avec empire absolu 
sur les passions, et avec le don de 
"immortalité. 

En effet, les auteurs sacrés, en par- 
lant de la rédemption, disent que Jé- 
sus-Christ a ouvert la porte du ciel ; 
crue par le baptême il nous rend la 
justice, la qualité d'enfants adoptifs 
<le Dieu et d'héritiers du ciel ; qu'il 
jious assure, non l'exemption de la 
mort, mais une résurrection future ; 
il ne nous accorde point un empire 
absolu sur nos passions, mais le se- 
cours d'une grâce intérieure pour les 
vaincre. Si la perte de tous ces avan- 
tages a été un effet du péché, il faut 
donc qu'Adam les ait possédés avant 
sa chute. L'Ecriture ne nous dit pas 
si Adam a demeuré longtemps dans 
l'état d'innocence, ou s'il a péché peu 
de temps après sa création. 

Quelques théologiens ',ont prétendu 
que les privilèges de l'état d'innocence 
étaient des dons purement naturels ; 
que Dieu ne pouvait, sans déroger à 
sa bonté et à sa justice, créer l'homme 
dans un état différent et moins avan- 



tageux. Nous examinerons cette ques- 
tion à l'article Etat de nature. 

Saint Augustin est le premier qui 
ait fait un tableau pompeux de l'état 
dans lequel le premier homme était 
avant sa chute, afin de faire com- 
prendre, par la comparaison de cet 
état avec le nôtre, les terribles effets 
du péché originel. Mais cet argument 
est plutôt philosophique que théolo- 
gique, puisqu'il n'est fondé ni sur 
l'Ecriture sainte ni sur la tradition. 
C'est la réflexion du père Carnier 
dans sa dissert. 7 e , De Ortu et Incré- 
ment, hxresis pelagian. Append. Ali- 
gnât., p. 196. Il ne faut pas conclure 
de là, comme ont fait les déistes, que 
saint Augustin a forgé le dogme du 
péché originel, et qu'il n'était pas 
connu avant lui, puisque ce saint 
docteur l'a prouvé, non-seulement 
par l'Ecriture sainte, mais par le 
sentiment des Pères qui ont vécu 
avant lui. 

INNOCENT. {Thèol. hist. pap.) — 
Treize papes ont porté le nom d'In- 

nocent : 

INNOCENT I (S.), natif d'Albano, 
fut élu pape, après la mort d'Anas- 
tase, par la voix unanime du clergé 
et du peuple, en 402. Il mourut 
en 417. C'est lui qui occupa le siège 
apostolique, au temps de saint Au- 
gustin, et c'est à lui que ce grand 
évêque s'adressa au sujet des dona- 
tistes qui vexaient très-fort les ortho- 
doxes en Afrique . Ce fut aussi ce 
même Innocent qui, après les grandes 
luttes d'Augustin , et les conciles 
d'Afrique présidés par lui contre le 
pélagianisme , condamna Pelage et 
Célestius. Voici le jugement que porte- 
sur ce grand Pape, M. Brischar. 

« C'est un des plus grands Papes 
des premiers siècles. II avait profité 
avec ardeur de toutes les occasions 
pour faire reconnaître l'autorité du. 
Saint-Siège ; ses décrets sont de la 
plus haute importance pour l'histoire 
de l'Église et le droit ecclésiastique, 
car ils renferment les preuves les> 
moins équivoques de l'usage que tirent 
de bonne heure les Papes de leur 
souveraine puissance. C'est pourquoi 
Bowes se sent obligé, de son point 



INN 



102 



L\N 



de vue, de juger ainsi l'activité de 
co Pape : « L'autorité du Siège apos- 
tolique est le point capital de ses 
Lettres. Il essaye d'élever la primauté 
romaine au-dessus de tous les autres 
sièges, et nous pouvons dire que le 
Saint-Siège doit la grandeur à la- 
quelle il parvint à Innocent plus qu'à 
aucun de ses prédécesseurs. Il conçut 
l'idée d'une monarchie spirituelle , 
qui finit par être réalisée, après des 
travaux infatigables et malgré des 
obstacles presque invincibles. » 

On a conservé quarante-deux lettres 
à'Innœent I er ; on en trouve un extrait 
dans Cellier, Hist. des Aut. ecclcs., 
X, lOi sq. 

INNOCENT IL— « Au momcnt.dit 
M.Brischar,oùHonorius II allait mou- 
rir, trente cardinaux et un grand 
nombre de Romains de distinction se 
conjurèrent pour élever sur le Saint- 
Siège Pierre oe Léon, dont l'aïeul avait 
passé du judaïsme à l'Église catho- 
lique. Avertis de cette intrigue, les 
cardinaux, véritables représentants 
dé l'Église, qui avaient été jusqu'a- 
lors autour du lit du Pape mourant, 
appuyés par la puissante famille des 
Frangipani, qui leur offril ses palais 
fortifiés dans Rome, prévinrent le 
parti adverse et élurent le cardinal 
Grégoire Pavareschi (15 février 1130). 

« Il était Romain, de la famille des 
Guidoni, et doué de précieuses qua- 
lités. Le nouveau Pape prit le nom 
à' Innocent IL II avait refusé d'abord 
d'accepter sa nomination. Cependant 
il finit par céder aux instances des 
cardinaux, qui allèrent même jusqu'à 
le menacer de l'excommunication s'il 
persévérait dans son refus. Mais ne 
pouvant se maintenir contre le parti 
de Pierre de Léon, qui, après son 
élection illégale, avait pris le nom 
à' Anaclet, il s'embarqua pour la Fran- 
ce, après avoir célébré la Pàque à 
Rome. 

« Il fut reçu en France de la manière 
la plus honorable par Louis le Gros, 
qui, durant son règne, accueillit cinq 
Papes fugitifs. Innocent dut alors à 
l'intervention de S. Bernard, abbé 
de Clairvaux, non-seulement d'être 
reconnu par Louis le Gros, mais en- 
core de pouvoir s'aboucher avec Lo- 



thaire III, roi de Germanie, dont la 
décision devait être d'un poids im- 
mense dans cette lutte des deux Pa- 
pes. Innocent prononça à Liège l'a- 
natlième contre Anaclet II, Conrad 
de Hohenstaufen et les partisans de 
l'un et de l'autre. Lothaire s'engagea 
à ramener le Pape à Rome, tandis 
qu'Innocent lui promit de le couron- 
ner empereur. Mais en même temps 
le Pape repoussa avec énergie les 
exigences de Lothaire relatives à la 
restitution du droit d'investiture, con- 
tre lequel se prononçaient vivement 
les défenseurs les plus zélés de la li- 
berté de l'Église, et surtout S. Ber- 
nard. 

« Revenu d'Allemagne, Innocent 
II tinta Reims un conededans lequel 
Godart. moine bénédictin, né en Ba- 
vière, fut canonisé, et le lils de Louis 
le Gros couronné roi de France. 
En 1 132 le Pape revint à Rome, ra- 
mené par Lothaire, qu'il couronna, 
ainsi que l'impératrice Ricbenza, le 
4 juillet de la même année, dans 
Saint Jean de Latran, Anaclet II étant 
encore en possession de Saint-Pierre. 

« Innocent II se trouvait alors en 
possession d'une partie de Rome, et 
avait de son côté non-seulement 
l'empereur, mais les rois de France, 
d'Angleterre, d'Ecosse et d'Espagne, 
tandis qu'Anaclet II ne pouvait com- 
pter que sur le secours de Roger, 
qu'il avait su s'attacher en lui don- 
nant le titre de roi de Sicile. Cepen- 
dant, ne se sentant pas en sûreté 
dans Rome après le départ de l'em- 
pereur, Innocent se rendit à Pise, où 
il parvint à rétablir la paix entre les 
Génois et les Pisans. Il y présida aus- 
si un concile qui excommunia de 
nouveau Anaclet et son parti, et 
condamna comme hérétique la doc- 
trine d'Henri et des Henriciens, qui, 
partis de Provence, s'étaient répan- 
dus dans le midi de la France. Le 
Pape appela une seconde fois l'em- 
pereur à son secours contre les em- 
piétements de plus en plus menaçants 
de Roger de Sicile. L'empereur ne put 
paraître qu'en 1 I3G, mais ce fut à la 
tête d'une nombreuse et -puissante 
armée ; il traversa les Alpes, conquit 
une partie de l'Apulie, et nomma, à 
la demande du Pape, toutefois après 






INN 



193 



INN 



avoir longtemps hésité, le comte d'A- 
velino , Rainolf, duc d'Apulie et de 
Calabre. Lorsque l'empereur quiUa 
l'Italie, Innocent demeura à Béné- 
vcnt ; il y apprit la mort d'Anaclet 
II, qui était décédéle2Sjanvierll38, 
et qui jusqu'au dernier moment avait 
occupé le château Saint-Ange. 

« Le parti de l'antipape, soutenu 
par Roger de Sicile, élut le cardinal- 
prêtre Grégoire Conti. — Cependant 
S. Bernard, qui assista fidèlement Ircno- 
cent II pendant tout son pontificat,par- 
vint à décider, au bout de deux mois, 
l'antipape à se jeter aux pieds du 
Pontife légitime, qui était rentré dans 
Rome. 

« L'anuée suivante, au mois d'avril, 
Innocent II tint le second concile de 
Latran ou le dixième concile œcuméni- 
que, auquel, dit l'histoire, assistèrent 
environ mille évêques et une foule 
innombrable d'abbés et d'autres ecclé- 
siastiques. Ce concile annula tout ce 
qu'avait fait Pierre de Bruys, condam- 
na les partisans d'Arnaud de Brescia, 
qui refusaient à l'Église le droit de 
posséder, ainsi que les simoniaques, 
et excommunia Roger de Sicile, qui, 
après le départ de l'empereur, avait 
envahi le duché concédée Rainolf et 
continuait à s'attribuer le titre de roi. 
Innocent se mit lui-même en campa- 
gne pour arrêter les progrès de Ro- 
ger ; mais celui-ci surprit le Pape 
pendant qu'il assiégeait un château et 
le fit prisonnier avec quelques cardi- 
naux. Le Pape, se voyant hors d'état 
de contraindre son adversaire par 
les armes, conclut la paix, et investit 
Roger du royaume de Sicile, du du- 
ché d'Apulie et de la principauté de 
Capoue. 

« A son retour à Rome il renouvela 
la condamnation prononcée déjà par 
plusieurs conciles contre les erreurs 
d'Abélard. Durant les deux der- 
nières années de sa vie il eut en- 
core à réprimer la révolte de plu- 
sieurs villes, qui s'étaient déclarées 
contre Rome pour reconquérir leurs 
anciennes franchises. Les Romains 
eux-mêmes iinirent par lui refuser 
obéissance,rétablirent le sénat.élurent 
leurs magistrats, et sollicitèrent le 
roi de Germanie, Conrad III, de pren- 
dre possession de la capitale de l'em- 
VII 



pire. Conrad, qui était plutôt disposé 
à prendre parti pour le Pape contre 
les Romains, fut empêché par d'autres 
affaires d'entreprendre une expédi- 
tion contre Rome; mais Roger de 
Sicile se disposait à accourir au se- 
cours du Pape à la tête d'une armée, 
quand il apprit que, le 23 septembre 
H 43, Innocent était décédé, après 
un pontificat de treize ans et demi .... 
Innocent II accorda la permis- 
sion de se marier au moine Ramire, 
qui, après avoir vécu pendant qua- 
rante ans dans l'état religieux, fut 
élu roi d'Aragon, à la mort de son 
frère. Les historiens espagnols dis- 
cutent la question de savoir si Ra- 
mire obtint cette dispense en qualité 
d'évêque ou de simple prêtre. » 

INNOCENT III (antipape). « A peine 
l'antipape Calixte III s'était-il soumis 
à Alexandre III, continue M. Brischar, 
que le frère de l'antipape Victor III, 
mort en 1164, gentilhomme très-in- 
fluent dans Rome, poussa les schis- 
matiques à élire un certain Landus 
de la famille des Frangipani, lequel 
prit le nom d'Innocent III. Il se tint 
pendant quelque temps renfermé 
dans un château fort peu éloigné de 
Rome, appartenant au frère de Vic- 
tor III, jusqu'à ce que Alexandre III 
réussit à acheter ce château pour une 
grosse somme d'argent et à se ren- 
dre ainsi maître de son adversaire. 
Alexandre fit emprisonner le faux 
Pape dans le couvent de Cava, en 
même temps qu'on enfermait les autres 
chefs du parti dans d'autres monas- 
tères, et mit un terme au schisme, 
qui avait duré vingt et un ans (1). » 

INNOCENT III (Jean-Lothaire), né 
à Anagni, fils du comte Trasimond, 
de la famille des Conti, fut élu Pape 
le 11 janvier 1198, le jour même où 
mourut Célestin III ; il avait à peine 
trente-sept ans. 

« Lothaire, dit M. Brischar, qui, 
dans son écrit de Contemptu Mundi 
sive de miseria humanx conditionis, 
avait gémi sur le sort des grands de 



(1) Pagi,£r«». Pont Rom., III, 106 sq. Bower, 
Hist. impart, des Papes, trad. par Rambach, VII, 
3 il. 

13 






INN 



194 



INN 



-ce monde, résista, en pleurant, à son 
élévation; sa grande jeunesse, à cau- 
se de cette élévation, parut dangereuse 
même à plusieurs de ses contempo- 
rains. Le poète Walther von der Vo- 
gelwaide s'écria en l'apprenant : 
« Hélas! hélasl cePape est trop, jeune. 
Seigneur, venez en aide à la Chré- 
tienté. » 

« Mais Innocent III prouva bientôt 
qu'il unissait la force et l'énergie de 
J'àge mûr à la prudence et à la fer- 
meté du vieillard. L'éelatde son pon- 
tificat éclipsa la gloire de ses prédé- 
cesseurs et celle de ses successeurs; 
car il sut unir les vues désintéressées 
d'un patriote, le courage et la noble 
ambition d'un monarque chevale- 
resque aux lumières d'un savant et 
aux vertus d'un saint 

« Innocent sut faire respecter la 
"Papauté par tous les princes chré- 
tiens, comme par l'empereur, n'ayant, 
dans sa haute position que rehaus- 
sait son génie personnel, d'autre vue 
que défaire reconnaître par tous la 
loi de Dieu et celle de l'Eglise dans 
leur pureté et leur rigueur. 

k Ainsi il interdit le royaume de 
France pour soumettre à la loi de 
l'Église sur le mariage le roi Phi- 
lippe-Auguste, qui, ayant répudié sa 
femme légitime, Ingélburge, avait 
épousé Agnès, tille du duc de Méranie. 
Il employa le même moyen contre 
le roi de Léon, Alphonse, qui avait 
épousé sa nièce, fille chi roi de Cas- 
tille. Pierre II, roi d'Aragon, se ren- 
dit lui-même à Rome pour se faire 
couronner par le Pape, et lui remet- 
tre un acte par lequel il offrait son 
royaume à l'apôtre S. Pierre, et s'o- 
bligeait, lui et ses successeurs, à. un 
impôt annuel envers le Saint-Siège. 

« Innocent prit aussi fait et cause 
pour l'évèque d'Oporto contre les vio- 
lences de Sanche I er , roi de Portu- 
gal. Il rétablit l'ordre et la paix dans 
ce royaume, après la mort de Sanche, 
par la sentence qu'il prononça dans 
la contestation soulevée entre Alphon- 
se II et sa sœur. 

« Tandis que son zèle et sa pru- 
dence rétablissaient ainsi la paix par- 
mi les princes chrétiens de la pénin- 
sule pyrénéenne, il organisait dans 
toute l'Europe une croisade contre 



les Maures. Les efforts réunis des 
armes chrétiennes aboutirent à la 
plus éclatante victoire près de Naves 
de Tolosa (1212J, victoire qui brisa 
à jamais la puissance des infidèles en 
Espagne. 

« Ottokar de Bohême, qui avait 
été blâmé par le Pape d'avoir accepté 
de Philippe le titre de roi, fut sacré 
par le légat du souverain Pontife, après 
avoir reçu la couronne des mains 
mêmes d'Otliou IV. 

« Le Pape lit de même couronner 
à Fernoso le roi des Bulgares et des 
Valaques, qui venait de rentrer dans 
l'Église catholique. 

« Il réconcilia Huneric, roi de 
Hongrie, avec son frère André, qui 
lui faisait la guerre, et obtint qu'il 
entreprendrait une croisade. 

« Il rétablit la discipline ecclésiasti- 
que fort déchue en Pologne,par l'entre- 
mise d'Henri, archevêque de Gnesen, 
qu'il encouragea et soutint énergi- 
quement 

« En Nonyége il tâcha de rétablir 
l'ordre de l'Église troublé par les vio- 
lences du roi Swerrer... 

« Voulant aider Waldemar II, roi 
de Danemark, dans ses efforts pour 
soumettre les peuples païens des rives 
de la mer du Nord, Innocent prononça 
l'anathème contre quiconque attaque- 
rait le Danemark, en troublerait la 
paix ou porterait atteinte aux droits 
du roi et de ses héritiers... 

<< Richard Cœur de Lion rechercha 
l'intervention du Pape pour être 
mis en possession de la dot de sa 
femme, que lui retenait le roi de 
Navarre, ainsi que de la portion de 
la Normandie que lui avait prise le 
roi de France, durant son séjour en 
Terre-Sainte.... 

« Le Pape se vit obligé de lancer 
l'anathème contre Jean d'Angleterre 
frère et héritier de Richard, qui 
jusqu'alors n'avait répondu à ses 
bons procédés que par le mépris, l'ou- 
trage et l'entêtement. Quoique la 
cruauté et l'endurcissement de Jean 
ne firent que s'accoitre durant les 
quatre années suivantes, ce fut à 
regret qu'Innocent, cédant aux ins- 
tances de plusieurs prélats anglais 
qui le suppliaient d en venir à des 
mesures plus sévères pour défendre 



L\N 



195 



INN 



l'Église contre son ennemi, eut re- 
cours au dernier moyen en son pou- 
voir, en déliant les sujets de Jean 
de leur serment de fidélité, et en pro- 
voquant tous les princes chrétiens à 
s'unir pour renverser de son trône ce 
monarque aussi cruel qu'impie. Phi- 
lippe, roi de France, se mit en effet 
en mesure d'envahir l'Angleterre. 
La crainte de voir la sentence pon- 
tificale s'accomplir amena enfin le 
roi Jean à se réconcilier avec Innocent. 
Non-seulement Jean donna pleine sa- 
tisfaction pour tout le passé.mais en- 
core il reconnut , en sa qualité de 
roi d'Angleterre, la suzeraineté du 
Pape et lui prêta serment de fidélité 

comme son vassal 

« Enfin il excommunia Louis VIII, 
roi de France, qui élevait des pré- 
tentions au trône d'Angleterre. Il 
avait déjà pris une mesure analogue 
à l'égard de son père, le roi Philippe- 
Auguste; mais les évèques français 
avaient résolu de ne pas exécuter 
l'ordre du Pape. Leur désobéissance 
eût probablement entraîné des con- 
séquences graves et l'excommunica- 
tion des rebelles ; mais, avant que 
les choses en fussent venues à cette 
extrémité, le Pape mourut le 16 juil- 
let 1216 àPérouse, où il s'était ren- 
du pour opérer la réconciliation des 
républiques de Gênes et de Pise. Il 
avait régné dix-huit ans et demi.... 
« L'apogée et le terme de cette 
brillante carrière furent, en quelque 
sorte, marqués par l'ouverture du 
concile œcuménique de Latran , 
qu'Innocent III inaugura en novem- 
bre I21S, après avoir, pendant près 
de trois ans, fait des préparatifs pour 
cette solennité. 

« Le concile promulgua un grand 
nombre de décrets importants, rela- 
tifs : 1° au maintien de la foi catho- 
lique menacée par les hérétiques de 
cette époque, surtout par les Albi- 
geois, contre lesquels déjà Innocent 
avait provoqué des croisades et érigé 
à Toulouse une espèce de tribunal de 
1 Inquisition; 2° au maintien de la 
discipline ecclésiastique, aurèglement 
de la vie cléricale, au bon ordre dans 
le culte ; 3° à une croisade générale, 
pour laquelle le Pape s'engagea à 
donner une forte somme ; 4» enfin à 



la confirmation des deux ordres de 
Saint-Dominique et de Saint-François, 
qui s'étaient, en peu de temps, dé- 
veloppés d'une manière extraordi- 
naire, et qui exercèrent sur l'Église 
et la vie religieuse du moyen âge une 
influence incalculable. 

« En général, le mouvement reli- 
gieux qui se manifesta pendant lerè- 
gne dlnnoce?it III fut surtout marqué 
par la création des ordres religieux. 
Ainsi ce fut à cette époque que Jean 
de Méda fonda celui des Humiliés à 
Milan, Jean de Matha celui des Tri- 
nitaires, pour le rachat des Chrétiens 
prisonniers des Sarrasins ; en France, 
Gui de Montpellier, l'ordre des Hos- 
pitaliers ; qu'on créa en Portugal 
l'ordre de Saint-Benoît d'Avis, contre 
les Maures ; qu'à Riga l'évêque Albert 
institua, à l'instar des Templier?, 
l'ordre des Porte-Glaives, pour ga- 
rantir et maintenir le Christianisme 
en Livonie; tous ces ordres furent 
reconnus et approuvés par le pape 
Innocent III (I). 

« C'est sous ItinocentlU que la puis- 
sance de la Papauté parvint à son 
apogée. Les circonstances étaient ve- 
nues en aide à son génie et lui per- 
mirent de réaliser les idées de Gré- 
goire VII. 

« Ces deux grands princes de l'É- 
glise, Grégoire VII, qui, au milieu 
d'un siècle dépravé, entrevit claire- 
ment l'idéal de l'Église, combattit pour 
l'établir dans toute sa pureté, et, sûr 
de son triomphe, inébranlable dans 
ses convictions, mourut en exil ; In- 
nocent III , devant qui les princes et 
les peuples s'inclinèrent, dont les 
sentences étaient exécutées d'un bout 
de l'Europe à l'autre, sont les repré- 
sentants le plus fidèles et les plus 
énergiques de la Papauté du moyen 
âge, dans sa lutte et son triomphe. » 

INNOCENT IV. - A la mort de 
Célestin IV le Saint-Siège demeura 
dix-neuf mois vacant. Enfin, le 
25 juin 1243, le cardinal-prètre Sini- 
baldedeFiesque(Fieschi)îu\.ë\\ikVnnai- 

(I) Voir les deuils sur la -rie et le caractère d'In- 
nocent III dans l'excellant ouvrage de Fr Hmter 
EUtoire d'Innocent III et de ses contemporains'. 
II, 691 ; III, 1, traduit eu français par MM. d» 
Sainl-ChéroD et Haiber, Paii», 1839. 



INN 



19G 



INN 



nimité. par les cardinaux. « Son pre- 
mier et principal soin, dès qu'il fut élu, 
ditM. Bnschar, fut de terminer la lutte 
qui s'était élevée entre Frédéric II 
et l'Église, lutte qui s'était extrême- 
ment aigrie sous Grégoire IX, et de 
rétablir la paix universelle dans toute 
la Chrétienté ; mais l'espoir qu'il 
avait conçu de voir l'empereur ré- 
pondre à ses bienveillantes disposi- 
tions fut complètement déçu, lnnn- 
aiit IV proposaô l'empereur de faire 
dérider par une assemblée de mis et 
des grands de l'État et de l'Église 
leurs griefs réciproques, s'engageant, 
dans le cas où la décision serait fa- 
vorable à l'empereur, à ne rien né- 
gliger pour le satisfaire. Frédéric ne 
voulut entrer dans aucune négociation 
avant que l'excommunication pro- 
noncée contre lui par Grégoire IX 

eùi été levée, tandis que, de s Aie, 

Innocent prétendait qu'on mit en li- 
berté, préalablement à tout arrange- 
ment, les prélats retenus prisonniers. 
L'empereur, sans plus tarder, envahit 
les États de l'Église, mettanl tout à 

feu et à sang. Cependant, cédant aux 

instances des députés de différents 
princes, il consentit enfin à entrer en 
conférence ivec le Pape. Déjà ses 
députés, Pierre Desvignes etTnaddée 
de Suessa, avaient t'ait des promesses 
solennelles, lorsqu'ils rompirenl brus- 
quementles conférence-. innocent IV, 
apprenant que l'empereur lui dressait 
As embûches pour s'emparer de sa 
personne, se réfugia en toute hâte 
sur les galères de Gènes, sa patrie, et 
de là, après être entré en convales- 
cence d'une maladie mortelle, il se 
rendit à Lyon, où il convoqua un 
concile œcuménique. 

« Cette assemblée devait non-seu- 
lement juger le différend entre l'em- 
pereur et le Pape, mais encore être 
consultée sur les moyens d'empêcher 
les progrès des hérétiques et de pré- 
venir les malheurs dont l'invasion 
des Tartares menaçait l'Occident. 
Dans la troisième session (17 juil- 
let 1245) l'empereur fut excommunié 
et destitué de ses honneurs et de ses 
dignités pour s'être rendu indigne 
par ses crimes du pouvoir suprême. 

En face de la lutte mortelle qu'un 
pareil arrêt devait nécessairement 



entraîner, Innocent IV proclama qu'il 
était prêt à affronter la mort pour 
soutenirla volonté du concile, et, afin 
que les cardinaux se souvinssent de 
cette espèce de testament solennel, 
Innocent leur donna à cette occasion 
le chapeau rouge, dont toutefois ils 
ne se servirent pour la première 
fois qu'un an plus tard, lors d'une 
entrevue entre le Pape et Louis IX. 

« L'intervention de ce monarque, 
qui, a la demande du Pape, avait en- 
trepris de le réconcilier avec l'empe- 
reur, n'eut pas le résultat désiré. Ce- 
pendant, pour mettre à exécution la 
sentence de déposition de Frédéric II, 
les princes d'Allemagne élurent roi 
des Romains, à l'instigation du Pape, 
le 17 mai I24li, Henri Raspe, land- 
grave de Thuringe, auquel, après sa 
impte mort, ils donnèrent pour 
h i- Guillaume, comte de Hol- 
lande(29 septembre 1247^. Innocent IV 
ne ménageait rien pour abattre en 
Allemagne le parti des Hohenstaufen 
et relever l'autorité de l'antiroi. 11 
finit même par faire prêcher une 
croisade contre Frédéric II, son fils, 
le roi Conrad IV, et ses partisans. 

« Après la mort de Frédéric II, 
en 1251, Innocent revint en Italie. Il 
s'arrêta quelque temps à Gènes, à 
Milan, près d'un an et demi à Pé- 
rouse, et finit, a la demande instante 
des Romains, par revenir à Rome, 
où il fut reçu, eu octobre 1253, avec 
les cris de joie ordinaires d'un peu- 
ple mobile dans ses haines comme 
dans son amour. Conrad avait, à la 
tète d'une nombreuse armée, envahi 
la basse Italie et s'en était soumis 
toutes les villes. Innocent, pour se 
procurer un appui contre ce prince, 
oiirit le royaume des Deux-Siciles 
d'abord à Richard, comte de Corn- 
walls, frère d'Henri III, roi d'Angle- 
terre, qui était puissamment riche. 
La négociation échoua , Richard 
n'ayant point accepté les conditions 
du Pape. Il en arriva de même de la 
négociation qu'on entama avec 
Charles, comte d'Anjou et de Pro- 
vence, frère de Louis IX, qui avait 
sollicité l'investiture du royaume de 
Sicile, mais que ses amis et ses pa- 
rents avaient détourné de se mêler 
d'une entreprise aussi hasardée... 



L\N 



197 



INN 



« La mort de Conrad IV, à peine 
âgé de vingt-quatre ans, affaiblit sin- 
gulièrement le parti des Hohenstaufen 
en Italie ; Mainfroi lui-même se soumit 
à Innocent IV, et au bout de très-peu 
de temps la paix sembla rétablie dans 
dans la basse Italie. Mais à peine on 
respirait que Mainfroi abandonna la 
cause du Pape, se mit à la tête des 
Sarrasins de Nocéra, et battit com- 
plètement l'armée pontiiicale, le 2 
décembre 1254. Cinq jours plus tard 
Innocent IV mourut à Naples; son 
corps repose dans la cathédrale de 
celte ville... — Innocent IV avait 
tranché en faveur du clergé séculier 
une question soulevée contre les 
Franciscains, que le clergé accusait 
d'enlever toutes les offrandes de la 
messe depuis que la masse populaire 
était entraînée aux autels des ordres 
religieux. A son lit de mort le gé- 
néral des Frères mineurs le suppliait 
encore de retirer les ordonnances dé- 
favorables qu'il avait publiées contre 
son ordre. Le Pape étant mort après 
avoir persévéré dans son refus, les 
Franciscains virent dans cette 
prompte lin le châtiment que Dieu 
lui avait infligé pour sa condescen- 
dance envers le clergé séculier. 

« C'est à tort qu'on considère In- 
nocent IV comme l'auteur de la con- 
sécration de la Rose d'or, parce qu'il 
en avait envoyé une aux chanoines 
de Saint-Juste, à Lyon, par recon- 
naissance pour la longue hospitalité 
dont il avait joui au milieu d'eux... 

m Innocent IV eut parmi ses con- 
temporains une grande renommée 
de savoir ; il mit, en effet, beaucoup 
de zèle à protéger les sciences; ainsi, 
par exemple, ce fut lui qui engagea le 
célèbre Alexandre de Halès à écrire 
son Commentaire sur les Sentences 
de Pierre Lombard. Sa profonde 
connaissance du droit canon et du 
droit civil lui avait valu le surnom de 
« Gloire des canonistes et le Père du 
droit. » Son principal ouvrage fut 
YApparatus super quinque libros De- 
cretalium, qu'il lit étant Pape, et qu'il 
adressa à tous les prélats d'Angle- 
terre, de France et d'autres royau- 
mes, avec une lettre dans laquelle 
il se plaignait de la négligence de 
l'étude de la philosophie, dont les 



disciples mouraient de faim, tandis 
que les dignités et les bénéfices ecclé- 
siastiques n'étaient que pour les pro- 
fesseurs de droit et les avocats. Il 
écrivit en outre un ouvrage sur 
l'autorité du Pape et les droits de 
l'empereur, contre le célèbre Pierre 
des Vignes, chancelier de Frédéric II, 
qui, dans un ouvrage spécial, intitulé 
Âpologeticus, avait soutenu que l'em- 
pire était indépendant de la Papauté, 
mais que celle-ci ressortait de ce- 
lui-là. 

On peut, sur ses autres écrits et 
ses bulles, consulter Fabricius , Bibl. 
Lut. med. et infim. xtat. t éd. Mansi, 
IV, 36 sp. ; Cave, Scrip. eccles. litt. 
Lut., Genev.. 1094, 1, 498 sq. ; Eggs, 
Pontificium doctum, 442 sq ». 

I N XÛCFNT V.— « Il se nommait, dit 
M. Brischar, avant son élévation au 
Saint-Siège, Vicrre.de Champagny, ou, 
d'après sa ville natale, de Tarantaise 
(aujourd'hui Moûtiers, en Savoie). Il 
fut élu le 21 janvier 1276 et succéda 
à Grégoire X. Il avait été de très- 
bonne heure Dominicain et avait ac- 
quis la réputation d'un des plus ha- 
biles théologiens de son temps 

« Il s'appliqua surtout à réconcilier 
les deux partis des Guelfes et des Gi- 
belins. Il parvint à rétablir la paix 
entre les deux républiques de Luc- 
ques et de Pise, qui depuis longtemps 
se faisaient une guerre sanglante. Il 
se préparait à amener l'empereur de 
Constantinople, Michel Paléologue, à 
conlirmer les divers points que les 
ambassadeurs grecs avaient acceptés 
avec serment au concile universel de 
Lyon, lorsqu'il fut arrêté dans ses sa- 
ges projets par une mort soudaine, le 
22 juin 1276. Il avait composé de 
nombreux ouvrages, dont cependant 
les savants de son temps blâmaient 
cent propositions que saint Thomas 
d'Aquin entreprit de défendre. On 
trouve une liste de ses écrits dans Fa- 
bricius, IV, 37 sq. » 

INNOCENT VI. — «Après lamortde 
Clément VI, dit M. Brischar, le cardi- 
nal-évèque Etienne d'Albert, né à 
Mont, non loin de Pompadour, dansle 
diocèse de Limoges, fut élu Pape la 
18 décembre 1352. 



INN 



198 



INN 



« Ayant d'entrer en conclave, les 
cardinaux étaient convenus entre eux 
que celui qui serait élu partagerait 
ses revenus avec ses anciens collè- 
gues ; mais à peine Innocent VI fut-il 
monté sur le Saint-Siège qu'il rejeta 
la convention qu'il n'avait jurée que 
sous la condition « qu'elle ne serait 
pas contraire aux ordonnances de l'E- 
glise, » déclarant qu'elle était illégale, 
parce qu'elle tendait à diminuer les 
pouvoirs que le Christ avait transmis 
à son représentant sur la terre, et que 
par conséquent elle n'était nullement 
obligatoire. 

« Innocent VI était un canoniste dis- 
tingué, il s'appliqua assidûment au 
maintien et à la restauration de la 
discipline ecclésiastique. 11 révoqua 
toutes les commendes et réserves ac- 
cordées par ses prédécesseurs, et abo- 
lit les lourdes taxes qui pesaient sur 
les membres du clergé lorsqu'ils ob- 
tenaient un nouveau bénéfice ou une 
dignité nouvelle. Quelques joursaprès 
avoir été couronné il ordonna aux 
nombreux évèqnes et dignitaires ec- 
clésiastiques qui affluaient de tous 
côtés à Avignon, pour quêter de nou- 
velles grâces, de se rendre tous et 
immédiatement, sous peine d'excom- 
munication, dans leurs diocèses et d'y 
résider. Il restreignit beaucoup la 
cour luxueuse et coûteuse de ses pré- 
décesseurs, et prescrivit aux cardinaux 
de suivre son exemple, de renvoyer 
leurs suites nombreuses, de s'abste- 
nir de toute dépense inutile, atin de 
ne pas priver les pauvres et les églises 
de la part qu'ils devaient avoir à leur 
fortune. Il accorda des honoraires 
aux auditeurs de rote, qui jusqu'a- 
lors avaient rempli gratuitement leurs 
fonction») pour ne pas, disait-il, les 
exposer aux dangers de vivre aux dé- 
pens des autres et au détriment de la 
justice..... 

« Il excommunia le roi de Castille, 
Pierre le Cruel, qui non-seulement 
exerçait sa fureur contre son frère, 
mais qui avait empoisonné sa fem- 
me (I) ; entra en négociations avec les 
empereurs de Bysanee, Jean Canta- 
cuzène et Jean Paléologue, pour les 

(1) Voir Ferreras, Hist. unie. d'Espagne. 



amener à renoncer au malheureux 
schisme de l'Eglise grecque, et eut 
de fâcheux démêlés avec Louis, roi 
de Naples, qui refusait de payer le 
tribut habituel (1). 

« Il fortifia Avignon pour mettre la 
ville papale à l'abri des incursions 
des compagnies de mercenaire», com- 
posées de soldats français, anglais et 
navarrais licenciés, qui, sous la con- 
duite d'un chevalier français, rava- 
geaient le Midi ; mais les travaux n'é- 
taient pas achevés lorsque les com- 
pagnies parurent devant la résidence 
du Pape, et forcèrent Innocent VI d'a- 
cheter leur départ moyennant une 
somme d'argent et l'absolution de 
leurs péchés... (2). 

« Richard, archevêque d'Armagh et 
primai d'Irlande, s'étant fortement dé- 
claré contre les moines mendiants, 
en soutenant que leur vie était en 
contradiction avec celle du Christ et 
de. -es disciples, et en leur interdisant 
le ministère pastoral dans son dio- 
cèse, Innocent VI, pour relever la con- 
sidération et l'autorité de ces ordres, 
renouvela les privilèges que leur 
avaient accordés ses prédécesseurs. 

« Il mourut le 12 septembre 1362, 
avec une grande réputation de probité, 
de libéralité et d'austérité ;il avait un 
rentable amour de la science et des 
savants, estima singulièrement l'il- 
lustre Pétrarque, l'appela à sa cour 
et voulut l'y tixer. Ce qu'il y eut de 
moins louable dans ce pontife, ce fut 
sa faiblesse pour ses parents, dont 
plusieurs furent créés par lui cardi- 
naux. 

« Sur ses lettres on peut consulter 
Eabricius, IV, 38. » 

INNOCENT VIL — «L'électiondece. 
Pape, dit M.lîrischar.qui eutlieuapvès 
la mort de Boniface IX, le 17 octobre 
I40i, tomba au temps du grand schis- 
me d'Occident. Avant cette élection, 
chacun des cardinaux s'était par uu 
serment solennel engagé, devant un 
notaire public, à employer tous les 
moyens imaginables pour rétablir 
l'unité de l'Église, et a renoncer à la 

( 1 ) Voir Giannooe, Hist. du royaume de Na- 
ples, lit, 292. 
(5 SchuiiJt, Hist. de France, II, 84. 



p;n 



109 



INN 



di"ii!é papale si cette renonciation 
était jugée nécessaire pour arriver au 
Lut désiré. 

« Corne de Méglwrati, qui fut élu, 
était né dans les Abruzzes. Il s'était 
distinguépar sa connaissance du droit 
civil et du droit canon, plus encore 
par sa vertu et sa probité, et avait 
élé créé cardinal par Boniface IX en 
1389. Peu après son élévation sur le 
Saint-Siège, Rome fut le théâtre de 
désordres qu'excitèrent les luttes des 
Guelfes et des Gibelins, dont les pre- 
miers marchaient sous la conduite des 
Or.-ini. Innocent VII fut obligé d'accor- 
der de grandes immunités au peuple 
romain pour mettre un terme à ces 
mouvements séditieux. La ville cal- 
mée, le Pape convoqua à Rome un 
concile œcuménique, afin de rétablir 
l'unité dans l'Église ; mais de nou- 
veaux désordres, plus graves que les 
précédents, qui agitèrent Rome, ren- 
dirent impossible la réunion de cette 
assemblée.... Le jeune Louis Méglio- 
rati, neveu du Pape, irrité du mépris 
que les personnages les plus consi- 
dérables de Rome, excités par le roi 
deNaples, témoignaient aux autorités 
pontificales, s'empara de plusieurs au 
moment où ils revenaient d'une con- 
férence présidée par le Pape, et, sans 
l'aveu et à l'insu de son oncle, les lit 
mettre à mort dans son palais. Inno- 
cent fut obligé, pour sp giiranllr des 
suites de cet attentat, de fuiren toute 
haie avec son neveu et ses cardinaux. 
Il se réfugia à Viterbe. Mais les Ro- 
mains s'étant bientôt dégoûtés du 
régime de JeanColonna, chef des Gi- 
belins, et ne voulant pas se soumettre 
à l'autorité de Ladislas, que Colonna 
avait appelé à son secours, convaincus 
que le Pape n'était pas complice du 
meurtre commis par son neveu, le 
rappelèrent et le ramenèrent en 
triomphe. Les soldats du roi de Na- 
ples, que Colonna avait introduits 
dans Rome et dans le château Saint- 
Ange, continuant, malgré les nom- 
breux avertissements du Pape, à faire 
des sorties dans Rome et ses environs, 
qu'ils ravageaient, le Pontife se vit 
contraint de prononcer finalement 
l'anathème contre Ladislas, et le pro- 
clama déchu du trône qu'il tenait du 



Saint-Siège et qui lui revenait de 
droit. Cette mesure amena Ladislas,, 
qui craignit que son rival Louis d'An- 
jou ne proiitàt de l'occasion pour 
prendre les armes et pour l'attaquer, 
à négocier avec le Pape, et à accep- 
ter les conditions qui lui furent im- 
posées. 

«Dans l'intervalle, l'antipape Benoît 
XIII (1) s'était rendu à Gènes pour 
réaliser les mesures qu'il prétendait 
vouloir prendre de concert avec son 
rival afin de rétablir l'unité de l'E- 
glise. Innocent, qui connaissait les 
vues hypocrites de son adversaire, 
refusa de donner, comme le deman- 
dait Benoît XIII, un sauf-conduit k 
son ambassadeur, et Benoit en prit 
aussitôt occasion de l'accuser, dans la 
lettre qu'il adressa à tous les princes - 
de la Chrétienté, d'avoir manqué au 
serment solennel prêté avant son 
élection et de ne pas vouloir concou- 
rir à l'abolition du schisme. Innocent, 

■ on côté, accusa Benoit XIII de 
fausseté et de perfidie, en ce qu'il ne 
cherchait à ouvrir des négociations 
que pour tromper la Chrétienté eU 
gagner du temps 

«Tandis que le clergé de France 
cherchait à obtenir du roi la con- 
vocation d'un concile universel, In- 
nocent Vil mourut le 6 novembre 
1406, après un pontificat d'à peine 
deux années. Sa mort, résultat d'une 
attaque d'apoplexie, fit répandre le 
bruit mal fondé qu'il avait été em- 
poisonné par les gens de sa cour. 

«Ce Pape, d'ailleurs plein de zèle et 
de bons sentiments, fut blâmé, même 
par ses plus grands panégyristes, 
d'un népotisme effréné; il avait com- 
blé ses parents d'immenses richesseset 
des dignités les plus éminentes et les 
moins méritées. 

« Outre un discours sur l'union de 
l'Eglise, nous possédons plusieurs 
lettres à'Innocent VII (Fabricius, IV, 
38j. » 

INNOCENT Vin.— Il fut élevé surie 
Saint-Siège le 29 août 1488, après la 
mort de Sixte IV. Il se nommait 
Jean-Baptiste Cibo et était originaire 

(!) Pierre de Luna. 



INN 



200 



INN 



d'une famille qui s'était établie à 
Gènes depuis plusieurs siècles, en 
venant de Grèce. 

« Sa jeunesse, dit M. Brischar, ne 
fut pas sans reproche. Il avait plu- 
sieurs enfants, dont deux seulement 
survécurent à son pontiticat. Ciaco- 
nius, pour le défendre, prétend qu'il 
avait été marié avant d'entrer dans 
l'état ecclésiastique. 

« Le nouveau Pape s'occupa surtout 
de rétablir la paix et l'unité parmi 
les puissances chrétiennes, et de les 
unir contre l'ennemi commun , c'est- 
à-dire contre les Turcs, qui peu au- 
paravant s'étaient emparés de Cons- 
tantinople, et devenaient de plus en 

Çlus menaçants pour la Chrétienté. 
andis qu'il prêchait lui-même la 
paix, il s'engagea dans une lutte très- 
vive contre Ferdinand, roi de Naples, 
qui refusait de payer à la chambre 
apostolique le tribut qu'il lui devait. 
Cependant le Pape conclut la paix 
avec ce prince lorsqu'il le vit camper 
devant Rome à la tète de son armée. 
Mais, Ferdinand ayant violé les con- 
ditions du traité de la manière la 
plus honteuse, Innocent l'excommu- 
nia, transféra son royaume à Charles 
VIII, roi de France, et déjà ce mo- 
narque se disposait à envahir le 
royaume de Naples lorsque Ferdinand 
jugea prudent de se réconcilier avec le 
Pape.... 

« Innocent VIII permit à Ferdi- 
nand, roi d'Aragon, de prélever, 
sur les biens de l'Église d'Espagne, 
des subsides qui devaient l'aider à 
chasser les Maures, et lui accorda, 
après la conquête de Grenade, le ti- 
tre de roi catholique. 

« Il envoya à Jean, roi de Portugal, 
un étendard destiné au roi nouvelle- 
ment converti du Congo. 

« Il promulgua de fortes peines 
contre les sorciers et les sorcières 
dont toute l'Allemagne était remplie 
ïcette époque ; chercha à arrêter la 
propagation des doctrines hussites 
en Bohême; condamna les neuf cents 
propositions de Pic de la Mirandole, 
et défendit de les lire sous peine 
d'excommunication... 

« On prétendit aussi qu'il avait ac- 
cordé au clergé de Norwége l'autori- 
sation de célébrer la messe sans vin, 



parce que l'extrême froid du pays le 
gelait ou le faisait tourner en vinai- 
gre, mais Benoît XIV (I) a suffisam- 
ment réfuté cette assertion, qui ne 
repose que sur le récit de Raphaël 
Volaterranus. 

« Innocent VIII mourut le 25 juil- 
let 1492 ; il avait rendu, matérielle- 
ment, de réels services aux Romains 
en pourvoyant toujours, et en abon- 
dance, à leur subsistance. Pour rem- 
plir ses caisses vides il eut recours, 
comme plusieurs de ses prédécesseurs 
et de ses successeurs, à la vente par 
enchères de nouvelles charges. Parmi 
les huit cardinaux qu'il créa se trou- 
vait Jean de Médicis, fils de Laurent 
de Médicis et frère de la femme de 
son propre frère, qu'il éleva à cette 
haute dignité quoiqu'il fût à peine 
;\gé de treize ans. On peut voir, sur 
ses bulles, Fabricius, IV, 38 sq. Cf. 
le Diario di Roma d'un notaire incon- 
connu ; Muratori, III, 2, 1091 sq., le 
Diarium Romx urbis d'Etienne Infes- 
sura (2) et Bayle, Dict. hist. et crit-, s. 
v. Innocent VIII » 

INNOCENT IX.— « Après la mort de 
Grégoire XIV, dit M Brischar, l'élec- 
tion fut vivement disputée ; le parti 
des cardinaux espagnols l'emporta, 
et Jean- Antoine Fachinetti, habituelle- 
ment appelé, du nom de son église 
titulaire, le cardinal Santiquatro, fut 
promu au trône pontifical, le 29 oc- 
tobre 1591, sous le nom d'Innocent 
IX. Il ne régna que deux mois, et 
mourut le 30 décembre de la même 
année... 

« Il favorisa la Ligue, lui envoya 
de l'argent, et de son lit de mort il 
pressa Alexandre Farnèse de hâter 
ses armements, et de pénétrer en 
France pour venir au secours des li- 
gueurs... 

« Il passait une partie de son temps 
à l'étude et laissa un assez grand 
nombre d'écrits, tels que : Moralia 
adversus Machiavellem in Platonem de 
Politica etc. La plupart de ses écrits 
sont encore en manuscrits dans des 
bibliothèques. » 

INNOCENT X. — Ce Pape était âgé 

(1) De Canonisalione,l. H, e. 31 § îl 
(î)/4id. 1189, «ç. 



INN 



201 



INN 



de prèsde soixante-douze ans lorsqu'il 
succédai Urbain VIII, le 15 septem- 
bre 1644. Il régna jusqu'au 7 janvier 
1655. Il se nommait Jean-Baptiste 
Panfili. Il inclinait, en politique, vers 
les Espagnols, ce qui l'avait fait 
d'abord exclure par la cour de 
France. Dès le commencement de 
son pontificat, il publia contre les 
Barberini une bulle sévère, qui les 
condamnait à de graves peines, et 
se brouilla ainsi avec cette cour. 

La position de dona Olimpia Mail- 
dachina, sa belle-sœur, eutunegrande 
influence sur son pontificat. 

« Il lui avait, dit M Briscbar, de 
très-grandes obligations, parce qu'en 
s'alliant aux Panfili elle leur avait 
apporté son immense fortune, et 
avait efficacement contribué à leur 
élévation, et notamment à celle du 
Pape. Aussi ambitieuse qu'avare, do- 
na Olimpia prit un très-grand ascen- 
dant sur un pontife faible de carac- 
tère et naturellement reconnaissant. 
Elle voulut que son fils, don Camille, 
entrât dans les Ordres et occupât 
la position de cardinal-neveu ; mais 
don Camille préféra épouser une ri- 
cbe Romaine, et bientôt la division 
éclata entre la bru et la belle-mère. 
Le trouble qui régnait dans la maison 
du Pape augmenta encore lorsque 
Innocent éleva à la dignité de cardi- 
nal-neveu Camille Astalli, jeune 
homme de vingt-sept ans, allié de sa 
famille. Les autres parents se crurent 
par là même écartés de toutes les fa- 
veurs et de toute autorité. Dona 
Olimpia surtout craignit de voir par- 
tager son influence. Les choses s'en- 
venimèrent au point qu'il fallut éloi- 
gner dona Olimpia ; mais, l'ordre ne 
s'étant pas rétabli dans la famille du 
Pape, il rappela sa belle-sœur ; elle 
reprit son ascendant, tandis qu'elle 
faisait dépouiller le cardinal Astalli 
de sa dignité et le renvoyait de la 
cour pontificale. Ces intrigues et ces 
querelles domestiques non-seulement 
abreuvèrent la vie d'Innocent X d'a- 
mertume, mais encore obscurcirent 
un pontificat qui, d'ailleurs, n'eût 
pas été sans éclat... 

«Innocent fut plein de zèle et d'acti- 
vité jusqu'à l'âge le plus avancé. Il 



s'était appliqué à garantir la sûreté 
des personnes et des propriétés dans 
Rome, et à protéger les faibles contre 
la violence des grands. Il était si peu 
l'instrument aveugle de son entou- 
rage qu'il avait plutôt le défaut de 
n'avoir confiance en personne et de 
se laisser aller aux impressions du 
moment dans ses prédilections comme 
dans ses défaveurs. 

« Son zèle pour le maintien de la 
foi ne se démentit pas un instant. Il 
condamna les cinq fameuses propo- 
sitions de l' Augustinus |de Jansénius, 
ainsi qu'un livre anonyme publié en 
France qui tendait à la destruction 
de la monarchie fondée par le Christ 
et mettait les Apôtres Paul et Pierre 
sur le même niveau dans le gouver- 
nement de l'Eglise. 

« Il soutint les Catholiques irlandais 
contre la tyrannie des Anglais, et 
envoya des secours en argent à la 
femme de l'infortuné roi Charles I er 
et aux Anglais catholiques qui parta- 
geaient son triste sort.... 

« Il soutint les Vénitiens contre les 
Turcs en leur envoyant des subsides 
et des galères, et protesta contre la 
paix de Westphalie par une bulle du 
3 janvier 1651, dans laquelle il dé- 
plorait la violation des droits de l'É- 
glise d'Allemagne (1). 

« Les bulles d'Innocent X se trou- 
vent dans Chérubini , Bull, laaqn., 
IV, 237. » 

INNOCENT XL — Après la mort de 
Clément X, ce grand Pape fut élu le 16 
décembre 1676. Issudel'anciennefa- 
mille des Odescalchi, il était né le 
16 mai 1611 à Côme, en Lombardie. 

« On a prétendu, dit M. Brischar, 
que dans sa jeunesse il avait pris du 
service et s'était battu, soit en Po- 
logne contre les Turcs, soit dans la 
guerre de Trente Ans en Allemagne, 
soit en Flandre contre les Français. 
Le fait est très-douteux. Il est plus 
vraisemblable qu'il eut en effet la 
pensée de se consacrer à la carrière 
militaire, mais que toutefois il se dé- 
cida en faveur de l'état ecclésiastique, 

(1) Voir une justification de It conduite du Pape, 
très-attaqué à ce sujet par lei protestants, dans 
Meniel, Nouv. Hiet. d'Allemagne, VUI, 243. 



IRN 



£02 



1NN 



d'après le conseil d'un cardinal qui 

reconnut sa véritable vocation 

« Il s'efibrça d'abolir complètement 
le népotisme, renouvela les prescrip- 
tions de l'Eglise relatives au sévère 
examen des candidats aux ordres sa- 
crés, rétablit la discipline ecclésiasti- 
que fort déchue particulièrement à 
Home, promulgua des ordonnances 
très-sévères contre le luxe, les 
ments imrrodestes des dames romai- 
nes, auxquelles il défendit même d'ap- 
prendre la musique, et se prononça 
énorgiquement par une bulle contre 
la mauvaise habitude qu'on avait de 
son temps de remplir les sermons de 
fables et de subtûités sophistiques, 
au lieu de prêcher simplement la 
parole de Dieu. Il rejeta soirante- 
c nq proposition, tirées des ouvrsgoa 
de morale des Jésuites, ayant rapport 
surtout au probabilism», tout cornant-, 
d'un autre côté, il condamna l'adver- 
saire des Jésuite*, Molinos I), et son 
dangereux quiétisme, quoiqu'il vou- 
lût personnellement beaucoup de 
bien a l'auteur. 

« Quoique Intiment lût redevable de 
son élection sartoul au parti fran- 
çais, qui avait été très-puissant dans 
le conclave , il entra bientôt avec 
Louis XIV dans de.-, discussions et des 
difficultés qui se perpétuèrent pen- 
dant tout son règne. La première 
cause de ce long conflit fut l'abroga- 
tion des droits de franchisa des am- 
bassadeurs à Rome, qui assurait un 
asile aux criminels, non-seulement 
dans le palais des ambassadeurs, mais 

dans les quartiers environnants 

« Au mois de novembre 1G87, le 
comte de Lavardin, nouvel ambassa- 
deur de France, à qui le Pape avait 
signiûé qu'il ne le reconnaîtrait pas 
en sa qualité d'ambassadeur s'il ne 
renonçait au droit en question, lit 
son entrée dans Rome à la tète de 
huit cents soldats et de deux cents 
serviteurs pour narguer le Pape, les 
armes à la main. Innocent XI l'ex- 

(I) Mirhel Molinos, théologien opagnol, né en 
11)57, nutenr delà Guide spirituelle, f en 1696, 
après oozoansde détention. Une faut p.is le con- 
fondre avec Lovis Malina, Jésuite upaaja*^ né en 
1533. auteur de la doctrine de U Scienre muy une, 
qni divisa lea théologien» eo Molimsteseï en Jansé- 
nistes. 



communia sans retard et frappa d'in- 
terdit l'église de Saint-Louis des Fran- 
çais dans laquelle Lavardin avait as- 
sisté, à un office solennel. Louis XIV 
en vint aux représailles ; il en appela 
par le procureur général du Parle- 
ment à un concile œcuménique, fit 
occuper Avignon, traita le nonce du 
Pape à Paris comme un prisonnier 
d'Etaaj laissa entrevoir le projet d'ar- 
racher l'Église de France à Home et 
de nommer l'archevêque de Paris, 
Henri dellarlay, patriarche de France.' 
Enlin il jugea convenable de rappe- 
ler le comte de Lavardin de son 
poste. A peine son successeur, le duc 
de Chanlnes, fut-il arrivé à Rome 
qu'Innocent mourut, le 12 août 1 080, 
à l'âge de soixante dix-sept ans. 

« Il avait nwiatré dans l'alfaire des 
Régales la même fermeté que daus 
celle de la franchise... 

« Louis XIV, conformément aux 
vieilles maximes de la France, décidé 
à restreindre la puissance du Pape 
par celle des évèques du royaume, 
convoqua une assemblée du clergé 
qui, sous la direction de Bossuet, dé- 
créta les quatre fameuses proposi- 
tions du clergé gallican comme hases 
de la conduite ultérieure du gouver- 
nement français à l'égard du Pape. 
Innocent XI lit publiquement brûler 
par le bourreau les quatre articles, 
accabla le cierge de France de repro- 
ches sur sa lâcheté, son infidélité, 
son manque de conscience, et refusa 
de confirmer les nominations d'évè- 
ques faites par le roi parmi les mem- 
bres de cette assemblée, de sorte 
qu'à sa mort trente sièges épiscopaux 
étaient vacants. 

« La mésintelligence entre le Pape 
et Louis XIV ne cessa pas lorsque le 
roi rendit l'édit de Nantes et se mit 
à persécuter les Huguenots dans la 
pensée d'établir publiquement son 
orthodoxie, lnnownt XI, loin de ma- 
nifester hautement sa joie de ces 
couversions à main armée, comme on 
l'a souvent prétendu, même jusque 
dans ces derniers temps, se déclara 
vivement contre ces mesures violen- 
tes, si peu conformes à l'esprit de 
l'Eglise. Il n'approuva pas davantage 
l'imprudente conduite de Jacques II, 
roi d'Angleterre, que déjà il estimait 






INN 



203 



L\'N 



peu, a pause de la dépendance dans 
laquelle il s'était placé vis-à-vis de la 

France 

« Innocent XI soutint par de fortes 
subventions l'empereur Léopold I er 
et Jean Sobiesky, roi de Pologne, 
contre les Turcs, que la France exci- 
tait à envahir l'Autriche, et qui, 
durant son pontificat , assiégèrent 
Vienne. Il invita aussi vivement les 
princes allemands à venir au secours 
de l'empereur et de leur patrie me- 
nacée (1). La part qu'il prit aux em- 
barras de l'Autriche était si vive que 
le peuple romain attribua la victoire 
de l'empereur et le salut de sa capi- 
tale aux larmes et aux prières du 
Pape. 11 se montra aussi favorable 
qu'on pouvait s'y attendre de sa part 
à la réconciliation projetée par Spi- 
nola entre les Catholiques et les pro- 
testants. 

« On comprend, d'après la posi- 
tion où furent à l'égard de ce Pape 
les Français et les Jésuite^ pourquoi 
ils ne respectèrent pas sa mémoire. 
On attribue à leur influence l'inter- 
ruption du procès de canonisation de 
ce Pape, recommandé par Philippe V, 
et poursuivi par Benoît XIV, Clé- 
ment XI et Clément XII. 

« On trouve ses bulles dans la 
continuation du Bullarium magnum 
de Chérubini. » 

INNOCENT XII. - « De l'ancienne 
et célèbre famille des Pignatelli, dit 
M. Bnschar, il fut élu, le 13 juil- 
let 1091, pour succéder à Alexan- 
dre VIII, après un conclave qui dura 
près de six mois, et durant lequel 
un grand nombre de caidinaux fu- 
rent proposés comme candidats au 
Saint-Siège. Il était né à Naples le 
13 mars 1615. 

« Il abolit entièrement le népo- 
tisme, maintint strictement la jus- 
tice, institua à celte fin le Forum 
Innoccntianum, veilla strictement à lu 
sûreté et à l'ordre dans R.me, ban- 
nit toute prodigalité et toute mollesse 
de sa cour, et introduisit une sévère 
économie dans l'administration des 
Etats pontificaux ; il montra une sol- 



licitude particulière pour les pau- 
vres, qu'il appelait habituellement 
ses neveux, leur destina le palais de 
Latran, et institua des établisements 
où l'on éleva les pauvres enfants des 
deux sexes qu'on ramassait dans les 
rues. 

« Il mit un terme aux différends 
qui s'étaient élevés entre Rome et la 
cour de France. Après deux années 
de négociations les évèques de France 
finirent par déclarer qu'if fallait con- 
sidérer comme non avenu tout ce qui 
avait été arrèlé dans l'assemblée de 
1682, et proclamèrent, «prosternés aux 
pieds de Sa Sainteté, l'inexprimable 
douleur » qu'ils en ressentaient. Ce 
fut après cette soumission seulement 
que les éfèques nommés par le roi 
de France obtinrent l'approbation 
pontificale. Cependant le gouverne- 
ment français ne retira pas foi molle- 
ment les quatre articles... 

« Innocent avait adressé deux brefs 
à la faculté de théologie de Louvaiu 
et aux évèques néerlandais sur les 
affaires du jansénisme. Les Jansé- 
nistes ayant exploité ces brefs en leur 
faveur. Je Pape se vit obligé de s'ex- 
primer, par son bref de 1696, d'une 
manière plus catégorique dans le 
sens de la Constitution d'Alexan- 
dre VII. En outre il condamna quel- 
ques écrits publiés dans les Pays-Ras 
espagnols en faveur des principes 
jansénistes. 

o Innocent XII eut aussi à juger la 
controverse élevée entre Bossuet et 
Fénelon sur le livre des Maximes des 
Saints; Use prononça en faveur de 
Bossuet, et l'on sait que Fénelon 



i( 0) Voir Menzel, Nouv. Hist. d'Allemagne, 9, 



donna l'exemple le plus éclatant 
d'une soumission parfaite envers le 
Saint-Siège, dont Innocent lui témoi- 
gna sa joie dans un bref spécial. 

« Quant aux rapports d'Innocent XII 
avec les puissances européennes, il 
abandonna la politique anlifrançaise 
que, depuis Urbain VIII, le Saint- 
Siège avait presque constamment 
suivie. D'après la relation de Moro- 
sini, ambassadeur de Venise , Inno- 
cent XII, après s'être réconcilié avec 
Louis XIV, donna à Charles II, roi 
d'Espagne, avec lequel il avait eu an- 
térieurement des démêlés au sujet de 
l'Inquisition de Naples, le conseil 



INN 



204 



INN 



d'instituer le roi de France son héri- 
tier univrsel 

« Innocent mourut le 27 septem- 
bre 1700, à l'âge de quatre-vingt- 
cinq ans ; il avait publié une série 
de Constitutions qui avaient surtout 
pour but le maintien de la discipline 
ecclésiastique... 11 ordonna un silence 
perpétuel aux deux partis qui de- 
puis longtemps se disputaient sur l'o- 
rigin»* de l'ordre à** Carmélites... Les 
discussions des Jésuites et des Domi- 
nicains relatives aux missions chinoi- 
ses lui causèrent beaucoup de chagrin, 
et il n'en vit pas la tin. » 

« Ses bulles parurent à Rome en 
1697 dans un bullaire spécial. » 



INNOCENT XIII. — Après la mort 
de Clément XI, les cardinaux élurent, 
le 8 mai 1721, Michel-Ange, de l'illus- 
tre famille des Conti; il prit le nom 
d'Innocent XIII , en mémoire d'Inno- 
cent III, qui, ainsi que plusieurs au- 
tres Papes, appartenait à sa famille. 

« Le monde catholique, dit M. Bris- 
char, fondait de grandes espérances 
sur le pontilicat de ce Pape, et elles 
ne furent pas complètement déçues 
si l'on songe à l'état toujours maladif 
de ce Pontife et à la courte durée de 
son règne ; il mourut le 7 mars 1724. 

* Il nomma, il est vrai, quelques 
semaines après son élévation, son 
frère à la dignité de cardinal, et l'on 
put craindre le retour du népotisme; 
cependant ce nouveau cardinal ne 
parvint qu'avec peine à la jouissance 
du revenu qui depuis longtemps était 
attribué au cardinal-neveu. 

« Innocent prit, comme son prédé- 
cesseur, chaudement fait et cause 
pour le prétendant d'Angleterre. Il 
investit l'empereur Cbarles VI du 
royaume de Naples. II protesta, mais 
en vain, contre la cession que l'em- 
pereur avait faite à l'infant d'Espa- 
gne, don Carlos, des duchés de Parme 
et de Plaisance, qu'il considérait 
comme des fiefs dépendant directe- 
ment du Saint-Siège. Il déploya une 
vive sollicitude pour la défense de 
l'île de Malte, que les Turcs serraient 
de près. Il prit sous sa protection la 
bulle Unigenitus, et condamna en 
même temps la lettre que lui avaient 



écrite sept évêques français pour 
l'engager à retirer cette bulle... 

« Il eut le malheur d'élever l'abbé 
Dubois, ministre du duc d'Orléans, 
au cardinalat, et versa, dit-on, des 
larmes en signant cette nomination, 
qui lui causa encore de cruels re- 
mords dans ses derniers moments. > 
Le Nom. 

INNOCENTS, enfants massacrés 
par ordre d'Hérode, roi de Judée, 
lorsqu'il fut averti de la naissance du 
Christ ou du Messie, annoncé sous le 
nom de roi des Juifs. Ce massacre, 
ripporté par saint Matthieu, c. 2, est 
contesté par plusieurs incrédules mo- 
dernes. On ne conçoit pas, disent-ils, 
comment un roi soupçonneux, jaloux, 
troublé par la nouvelle de la nais- 
sance d'un nouveau roi des Juifs, a 
pu prendre si mal ses mesures, se lier 
à des étrangers, patienter pendant 
plusieurs jours, sans rien faire pour 
s'assurer du fait. Ou Hérode croyait 
aux prophéties, ou il n'y croyait pas : 
s'il y croyait, il devait aller rendre 
ses hommages au Christ ; s'il n'y 
croyait pas. il est absurde qu'il ait 
fait égorger des enfants en vertu des 
prophéties auxquelles il n'ajoutait au- 
cune foi. 

Dieu ne peut avoir permis ce mas- 
sacre ; il pouvait sauver son fils par 
une autre voie. Hérode n'était point 
maître absolu dans la Judée ; les Ro- 
mains n'auraient pas souffert cette 
barbarie. Les autres évangélistes n'en 
parlent point, Pholon niJosèphen'en 
disent rien, quoique ce dernier raconte 
toutes les cruautés d'Hérode. Saint 
Matthieu n'a inventé cette histoire 
que pour y appliquer faussement une 
prophétie de Jérémie qui concerne la 
captivité de Babylone. Ce qu'il dit du 
voyage et du séjour de Jésus en 
Egypte ne s'accorde point avec les 
autres évangélistes. 

D'autres critiques ont dit que, mal- 
gré toutes les cruautés que l'on re- 
proche à Hérode, il n'est pas pro- 
bable qu'il ait commis cette barbarie. 

Mais que prouvent des raisonne- 
ments et des conjectures contre des 
témoignages positifs?Le massacre des 
innocents est rapporté non-seulement 
par saint Matthieu, mais parMacrobe, 



INN 



205 



INO 



comme un fait qui fut divulgué à 
Rome dans le temps, m Auguste, dit-il, 
» ayant appris que parmi les enfants 
» âgés de deux ans et au-dessous, 
» qu'Hérode,roi des Juifs, avait fait 
» tuer dans la Syrie, son propre fils 
» avait été enveloppé dans le massacre, 
» dit : II vaut mieux être le •pourceau 
» d'Hérode que son fils. » Saturn., 1. 
i, c. 4. Celse, qui avait lu ce fait 
dans saint Matthieu et qui le met 
dans la bouche d'un juif, n'y oppose 
rien. Orig., contre Cehe, 1. 1, n. 58. 
Pourquoi ne le conteste-t-il pas par 
la notoriété publique, si le fait était 
faux ? Saint Justin, né dans la Syrie, 
allègue encore le même événement 
au juif Tryphon, Liai., n. 78 et 79, 
et ce juif ne le révoque point en 
doute. Le silence des autres évangé- 
listes, de Philon, de Josèphe, de Ni- 
colas de Damas, etc., ne détruit pas 
des témoignages aussi formels. 

Il est très-croyable qu'un monstre 
de cruauté tel qu'Hérode, qui avait 
fait périr son épouse sur de simples 
soupçons, qui avait mis à mort deux 
fils qu'il avait eus de cette femme, qui 
fit encore ôter la vie à son troisième 
fils Antipater peu de temps après le 
meurtre des innocents, qui, peu de 
jours avant sa mort, ordonna que les 
principaux Juifs fussent enfermés 
dans l'hippodrome, et massacrés le 
jour qu'il mourrait, atin que ce fût 
un jour de deuil pour tout son 
royaume, ait fait immoler à ses in- 
quiétudes les enfants de Bethléem et 
des environs. 

C'était un insensé, sa conduite le 
prouve ; il n'est donc pas étonnant 
qu'il ait mal pris ses mesures. Dieu y 
veillait d'ailleurs. Pour qu'il fût 
alarmé et troublé, il n'est pas néces- 
saire qu'il ait cru aux prophéties, 
mais qu'il ait su que la nation juive 
y croyait, et qu'il était lui-même uni- 
versellement détesté. Il fit massacrer 
les enfants, non en vertu des pro- 
phéties, mais en conséquence de l'avis 
qu'il reçut par les mages et de la 
réponse des docteurs de la loi. Dieu 
a permis ce massacre, comme il a 
souffert tous les autres crimes des 
hommes, et commeil souffre encore les 
blasphèmes des incrédules, en se ré- 
servant de les punir lorsqu'il lui 



plaira. Il pouvait sauver Jésus-Christ 
du danger par un autre moyen ; mais 
y-a-t-il quelque moyen contre lequel 
l'incrédulité n'ait pas formé des 
doutes et des reproches ? 

Les Romains n'avaient pas empêché 
les autres forfaits d'Hérode, et il 
ne consulta pas les Romains pour 
celui-ci. Quel intérêt d'ailleurs 
pouvait engager saint Matthieu à 
forger, contre la notoriété publique, 
l'histoire du meurtre des innocents ? 
Ce fait ne pouvait tourner ni à la 
gloire de Jésus, ni à l'avantage de 
ses disciples, ni au succès de l'E- 
vangile. L'application qu'il y fait 
d'une prophétie de Jérémie qui re- 
gardait la captivité de Babylone ne 
prouve ni pour ni contre la réalité de 
l'événement. 

Quant à la prétendue contradiction 
qui se trouve entre les évangclistes, 
au sujet du voyage et du séjour de 
Jésus en Egypte, voyez Mages. 

La fête des Innocents se célèbre le 
28 décembre ; l'Eglise les honore 
comme martyrs ; ils sont les premiers 
en faveur desquels Jésus-Christ avéri- 
fiésa promesse : « Celui qui perdra la 
» vie à cause de moi, la retrouvera. » 
Matth., c. 10, y 39. Cette fête est 
très-ancienne dans l'Eglise, puisque 
Origène et saint Cyprien en ont parlé 
au troisième siècle. Dès le second, 
saint Irénée n'a pas hésité de donner 
à ces enfants le titre de martyrs. Voy. 
Bingham, Orig. ecclés., 1. 20, c. § 12. 
Dans les bas siècles, la fête des Inno- 
cents a été profanée par des indé- 
cences : les enfants de chœur élisaient 
un évèque, le revêtaient d'habits pon- 
tificaux, imitaient ridiculement les 
cérémonies de l'Eglise, chantaient des 
cantiques absurdes, dansaient dans 
le chœur, etc. Cet abus fut défendu 
par un concile tenu à Cognac en 
1260, mais il subsista encore long- 
temps ; il n'a été absolument aboli 
en France qu'après l'an 1444, ensuite 
d'une lettre très-forte que les doc- 
teurs de Sorbonne écrivirent à ce 
sujet à tous les êvêques du royaume. 
Bergier. 

INONDATIONS. (Théol. mixt. scien. 
et indust.). — V. Domestication des 

FORCES ET DES FLEUVES EN PARTICILIER. 



INQ 



206 



INQUISITEUR, officier du tribunal 
de l'inquisition. Il y a des inquisiteur s 
généraux et des inquisiteurs particu- 
liers. Plusieurs auteurs ont écrit que 
saint Dominique avait été le premier 
inquisiteur général, qui avait été com- 
mis par Innocent III, et par Ho- 
noré III, pour procéder contre les 
hérétiques albigeois. C'est une er- 
reur. Le père Ecliard, le père Touron 
etlesbollandistes prouvent que saint 
Dominique n'a fait aucun acte dïu- 
quùiteur; qu'il n'opposa jamais aux 
hérétiques d'autres armes que l'ins- 
truction, la prière et la patience ; 
qu'il n'eut aucune part à rétablisse- 
ment de l'inquisition. Le premier 
inquisiteur fut le légat Pierre de Cas- 
telnau; cette commission fut donnée 
ensuite à des moines de Citeaux. Ce 
ne fut qu'en 1233 que les dominicain» 
en furent chargés, et saint Domini- 
que était mort en 1221. Voyez Vies 
des Pérès et des Martyrs, t. 7, note, 
p. 117. C'est donc depuis 1233 seule- 
ment que les généraux de cet ordre 
ont été comme inquisiteurs-nés de 
toute la chrétienté. Le Pape, qui 
nomme actuellement à cette commis- 
sion, laisse toujours subsister à Rome 
la congrégation du saint office dans 
le couvent de la Minerve des domini- 
cains ; et ces religieux sont encore 
inquisiteurs dans trente-deux tribu- 
naux de l'Italie, sans compter ceux 
d'Espagne et de Portugal. 

Les inquisiteurs généraux de la 
ville de Rome sont les cardinaux 
membres de la congrégation du saint- 
office ; ils prennent le litre d'inquisi- 
teurs généraux dans toute la chré- 
tienté; mais ils n'ont point de juri- 
diction en France ni en Allemagne 
où l'inquisition n'est pas établie. 

Le grand inquisiteur d'Espagne est 
nommé par le roi, de même qu'eD 
Portugal; après avoir été confirmé 
par le Pape, il juge en dernier res- 
sort, et sans appel à Rome. Le droit 
de confirmation suffit à Sa Sainteté 
pour prouver que l'inquisition relève 
d'elle immédiatement. 

Il y a beaucoup d'esprit dans la 
remontrance que fait aux inquisiteurs 
d'Espagne et de Portugal l'auteur de 
1 Esprit des Lois, 1. 23, c. 13; mal- 
heureusement elle porte sur une 



INQ 



fausseté. L'auteur suppose que l'in- 
quisition punit de mort les Juifs pour 
leur religion et parce qu'ils ne sont 
pas chrétiens; il est cependant cer- 
tain qu'elle ne punit que ceux qui 
ont professé ou fait semblant de 
professer le Christianisme, parce 
qu'elle les envisage comme des apos- 
tats et des profanateurs de notre re- 
ligion. La bonne foi semblait exiger 
que l'auteur le fît entendre. L'apo- 
logie qu'il fait de la constance et de 
1 attachement des Juifs à leur reli- 
gion ne prouve pas qu'ils aient rai- 
son de professer la nôtre à l'extérieur 
et par hypocrisie, pendant qu'ils de. 
meurent Juifs dans le cœur : l'exem- 
ple d'Eléazar, qui ne voulut pas 
feindre d'obéir aux ordres d'Antio- 
chus, suffit pour les condamner II 
Machab., c. f 24. 

Bergiek. 

INQUISITION, juridiction ecclésias- 
tique érigée par les souverains Pon- 
tifes en Italie, en Espagne, en Por- 
tugal et aux Indes, pour extirper les 
juifs, les Maures, les infidèles et les 
hérétiques. Nous n'avons certaine- 
ment aucune envie de faire l'éloge 
de ce tribunal ni de sa manière de 
procéder ; mais les hérétiques et les 
incrédules ont forgé à ce sujet tant 
d'impostures, qu'il est naturel de re- 
chercher ce qu'il y a de vrai ou de 
faux. 

Ce fut vers l'an 1200 que le pape 
Innocent III établit ce tribunal pour 
procéder contre les albigeois, héré- 
tiques perfides qui dissimulaient leurs 
erreurs et profanaient les sacrements 
auxquels ils n'ajoutaient aucune foi. 
Mais le concile de Vérone , tenu en 
1 184, avait déjà ordonné aux évèques 
de Lombardie de rechercher les hé- 
rétiques avec soin, et de livrer au 
magistrat civil ceux qui seraient 
opiniâtres, afin qu'ils fussent punis 
corporellement. Voyez Fleury, Ilist. 
ecclés., 1. 73, n. 54. Ce tribunal fut 
adopté par le comte de Toulouse en 
12'i9, et confié aux dominicains par 
le pape Grégoire IX, en 1233. Inno- 
cent IV l'étendit dans toute l'Italie, 
excepté à Naples. L'Espagne y fut 
entièrement soumise en 1448, sous le 
règne de Ferdinand et d'Isabelle. Le 



INQ 



207 



INQ 



Portugal l'adopta sous le roi Jean III, 
l'an 1557, selon la forme reçue en 
Espagne. Douze ans auparavant, en 
15*6, Paul III avait formé la congré- 
gation de l'inquisition sous le nom de 
taint-o/fice, et Sixte V la confirma en 
1 588. Lorsque les Espagnols passèrent 
en Amérique, ils portèrent l'inquisi- 
tion avec eux. Les Portugais l'intro- 
duisirent dans les Indes orientales, 
immédiatement après qu'elle fut au- 
torisée à Lisbonne. 

Par ce détail, et par ce que nous 
dirons ci-après, il est déjà prouvé 
que l'inquisition n'a été établie dans 
aucun des royaumes de la chrétienté 
que du consentement et quelquefois 
même à la réquisition des souverains: 
fait essentiel, et toujours dissimulé 
par les déclamateurs qui écrivent 
contre ce tribunal; ils affectent d'in- 
sinuer que cette juridiction a été éta- 
blie par la simple autorité des papes, 
contre le droit des rois, pendant qu'il 
est avéré qu'elle n'a jamais fait aucun 
exercice que sous l'autorité des rois. 

Les premiers inquisiteurs avaient le 
droit de citer tout hérétique, de l'ex- 
communier, d'accorder des indul- 
gences à tout prince qui extermine- 
rait les condamnés, de réconcilier à 
l'Eglise, de taxer les pénitents et de 
recevoir d'eux une caution de leur 
repentir. 

L'empereur Frédéric II, accusé par 
le Pape de n'avoir point de religion, 
crut se laver de ce reproche en pre- 
nant sous sa protection les inquisi- 
teurs : il donna même quatre édits à 
Pavie, en 1244, par lesquels il man- 
dait sux juges séculiers de livrer aux 
flammes ceux que les inquisiteurs 
condamneraient comme hérétiques 
obstinés, et de laisser dans une pri- 
son perpétuelle ceux qui seraient dé- 
clarés repentants. 

En 1255, le pape Alexandre III 
établit l'inquisition en France, du 
consentement de saint Louis. Le gar- 
dien des cordeliers de Paris, et le 
provincial des dominicains, étaient 
les grands inquisiteurs. Selon la bulle 
d'Alexandre III, ils devaient consulter 
les évêques; mais ils n'en dépen- 
daient pas. Cette juridiction nouvelle 
déplut également au clergé et aux 
magistrats, bientôt le soulèvement 



de tous les esprits ne laissa à ces 
moines qu'un litre inutile. Si, dans 
les autres Etats, les évêques avaient 
eu la même fermeté, leur propre ju- 
ridiction n'aurait reçu aucune at- 
teinte. 

En Italie, les Papes se servirent de 
l'inquisition contre les partisans des 
empereurs : c'était une suite de l'an- 
cien abus et de l'opinion dans laquelle 
ils étaient qu'il leur était permis 
d'employer les censures ecclésiasti- 
ques pour soutenir les droits tempo- 
rels de leur siège. En 1302 le pape 
Jean XXII fit procéder par des moines 
inquisiteurs contre Matthieu Visconti, 
seigneur de Milan, et contre d'autres, 
dont le crime était leur attachement 
à l'empereur Louis de Bavière. 

L'an 1289 Venise avait déjà reçu 
l'inquisition; mais, taudis qu'ailleurs 
elle était entièrement dépendante du 
Pape, elle fut dan? l'état de Venise 
toute soumise au sénat. Dans le sei- 
zième siècle, il fut ordonné que l'in- 
quisition ne pourrait faire aucune 
procédure sans l'assistance de trois 
sénateurs. Par ce règlement, l'auto- 
rité de ce tribunal fut anéantie à 
Venise à force d'être éludée. 

Les souverains de Naples et de Si- 
cile se croyaient en droit, par les 
concessions des Papes, d'y jouir de la 
juridiction ecclésiastique. Le pontife 
romain et le roi se disputant toujours 
à qui nommerait les inquisiteurs , 
on n'en nomma point. Si, finalement, 
l'inquisition en Sicile fut autorisée en 
1478, après l'avoir été en Espagne 
par Ferdinand et Isabelle, elle fut en 
Sicile, plus encore qu'en Castille, un 
privilège de la couronne, et non un 
tribunal romain. 

Après la conquête de Grenade sur 
les Maures, l'inquisition déploya dans 
toute l'Espagne une force et une ri- 
gueur que n'avaient jamais eues les 
tribunaux ordinaires. Le cardinal 
Ximènés voulut convertir les Maures, 
aussi vite que l'on avait pris Grenade: 
on les poursuivit, ilsse soulevèrent ; 
on les soumit, et on les força de se 
laisser instruire. 

Les Juifs, compris dans le traité 
fait avec les rois de Grenade, n'éprou- 
vèrent pas plus d'indulgence que les 
Maures. Il y en avait beaucoup en 






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208 



INQ 



Espagne ; ils furent poursuivis com- 
me les musulmans. Plusieurs milliers 
s'enfuirent ; le reste feignit d'être 
chrétien, et leurs descendants le sont 
devenus de bonne foi. 

Torquemada, dominicain, fait car- 
dinal et grand inquisiteur, donna au 
tribunal de l'inquisition espagnole 
la forme juridique qu'elle conserve 
encore aujourd'hui. On a prétendu 
que pendant quatorze ans il fit le procès 
à plus de quatre-vingtmille hommes, 
et en fit supplicier au moins cinq ou 
six mille ; c'est évidemment une exa- 
gération. Voici quelle est la forme 
de ces procédures. On ne confronte 
point les accusés aux délateurs, et il 
n'y a point de délateur qui ne soit 
écouté ; un criminel flétri par la jus- 
tice, un enfant, une courtisane, sont 
des accusateurs graves. Le fils peut 
déposer contre son père, la femme 
contre son époux, le frère contre son 
frère ; enfin l'accusé est obligé d'être 
lui-même son propre délateur, de 
deviner et d'avouer le délit qu'on lui 
suppose, et que souvent il ignore. 

Cette manière de procéder était 
sans doute inouïe et capable de faire 
trembler toute l'Espagne ; mais il ne 
faut pas croire qu'elle soit suivie à 
la lettre ; toute accusation qui suffit 
pour donner des soupçons aux inqui- 
siteurs ne suffit pas pour les autori- 
ser à faire arrêter ou tourmenter 
quelqu'un. En Espagne, lesnationaux 
et les étrangers, qui ne pensent ni à 
dogmatiser ni à troubler l'ordre pu- 
blic, vivent avec autant de sécurité 
et de liberté qu'ailleurs. 

Nos dissertateurs ont grand soin de 
peindre, sous les plus noires couleurs, 
les supplices ordonnés par l'inqui- 
sition, et que l'on nomme auto-da-fé, 
actes de foi. C'est, disent-ils, un prê- 
tre en surplis, c'est un moine voué 
à la charité et à la douceur, qui fait, 
dans de vastes et profonds cachots, 
appliquer des hommes aux tortures. 
C'est ensuite un théâtre dressé dans 
une place publique, où l'on conduit 
au bûcher les condamnés, à la suite 
d'une procession de moines et de 
confréries. Les rois, dont la seule 
présence suffit pour donner grâce à 
un criminel, assistent à ce spectacle 
sur un siège moins élevé que celui de 



l'inquisiteur, et voient expirer leurs 
sujets dans les tlammes, etc. 

Voilà du pathétique. Mais, 1 » il y a 
de la mauvaise foi à insinuer que tous 
les criminels, condamnés par l'in- 
quisition, périssent par le supplice 
du feu; elle n'y condamne que pour 
les crimes qui, chez les autres nations, 
sont expiés par la môme peine : com- 
mele sacrilège, la profanation, l'apos- 
tasie, la magie ; pour les autres cri- 
mes moins odieux, la peine et la pri- 
son perpétuelle, la relégation dans 
un monastère, des disciplines, des 
pénitences. 2° Chez toutes les nations 
ebrétiennes, les coupables condam- 
nés au supplice sont assistés par un 
prêtre qui les exhorte à la patience, 
souvent accompagnés par les péni- 
tents, ou confrères de la Croix, qui 
prient Dieu pour le patient, et don- 
nent la sépulture à son cadavre. 
Est-ce un trait de cruauté de leur 
part ? 3" Les exécutions à mort sont 
très-rares, soit en Espagne soit en 
Portugal, et l'on n'en connaît aucun 
exemple à Rome; l'inquisition y fut 
toujours plus douce que partout ail- 
leurs ; elle n'a point adopté la forme 
des procédures du moine Torque- 
mada. Si nos dissertateurs étaient 
sincères, ils ne supprimeraient point 
toutes ces réflexions. 

C'est encore une absurdité de leur 
part d'appeler les exécutions dont 
nous parlons des sacrifices de sang 
humain ; on pourrait dire la même 
chose de tous les supplices infligés 
pour des crimes qui intéressent la re- 
ligion. Ces graves auteurs persuade- 
ront-ils aux nations chrétiennes que 
l'on ne doit punir de mort aucun de 
ces sortes de forfaits? 

Quand on reproche aux Espagnols 
les rigueurs de l'inquisition, ils ré- 
pondent que ce tribunal a fait verser 
beaucoup moins de sang dans les 
quatre parties du monde, que les 
guerres de religion n'en ont fair ré- 
pandre dans le seul royaume de 
France; qu'elle les met à couvert du 
poison de l'incrédulité qui infecte 
aujourd'hui l'Europe entière. 

Vainement nos déclamateurs ont 
répliqué que les guerres finissent et 
sont passagères, au lieu que Yinquisi* 
lion, une fois établie, semble devoir 






INS 



209 



INS 



être éternelle. Les faits démontrent le 
contraire ; non-seulement la France, 
l'Allemagne, l'état de Venise, l'ont 
supprimée après l'avoir laissé éta- 
blir, mais le roi de Portugal vient de 
l'énerver dans ses états. Il a ordonné, 
1° que le procureur général, accusa- 
teur, communiquerait à l'accusé les 
articles d'accusation et le nom des 
témoins ; 2° que l'accusé aurait 
la liberté de choisir un avocat et de 
conférer avec lui ; 3° il a défendu 
d'exécuter aucune sentence deï inqui- 
sition , qu'elle n'eût été confirmée 
par son conseil. 

Un des faits que l'on a reprochés 
le plus souvent et avec le plus d'amer- 
tume à l'inquisition romaine, est l'em- 
prisonnement et la condamnation du 
célèbre Galilée, pour avoir soutenu 
que la terre tourne autour du soleil ; 
nous prouverons la fausseté de cette 
imputation au mot Sciences humaines. 

Celui qui a invectivé avec le plus 
de véhémence contre ce tribunal 
avoue que, sans doute, on lui a sou- 
vent imputé des excès d'horreur qu'il 
n'a pas commis ; il dit que c'est être 
maladroit que de s'élever contre l'in- 
quisition par des faits douteux, et 
plus encore de chercher dans le men- 
songe de quoi la rendre odieuse. Il 
devait donc éviter lui-même cette 
maladresse et rapporter les faits avec 
plus de bonne foi. 

Nous félicitons volontiersles Fran- 
çais et les Allemands de n'avoir point 
ce tribunal chez eux ; mais nous as- 
surons hardiment que, si les philoso- 
phes incrédules étaient les maîtres, 
ils établiraient une inquisition aussi 
rigoureuse que celle d'Espagne con- 
tre tous ceux qui conserveraient de 
l'attachement, pour la religion. 

Beiigier. 

INSCRIPTIONS CUNÉIFORMES. 
[Thcol. mixt. scien. archéol.) — Depuis 
que M. Champollion-Figeac trouva la 
première clé des inscriptions hiéro- 
glyphiques, la science archéologique 
s'est ingéniée à déchiffrer ces sortes 
d'écritures gravées sur la pierre et 
que conserve si bien l'heureux cli- 
mat de l'Egypte ; elle en a dévoilé un 
grand nombre déjà et elle finira par 
les lire toutes ou presque toutes. Or. 
VII 



ces inscriptions, à mesure qu'on les 
interprèle, confirment de plus en 
plus, les grands faits de l'histoire bi- 
blique au moins durant les siècles 
postérieurs à Salomon. Mais la même 
science a commencé aussi de déchif- 
frer les inscriptions cunéiformes, c'est- 
à-dire assyriennes, dont les caractères 
sont en forme de coins. Nous en par- 
lerons un peu plus en détail au mot 
NiNivE ; pour le moment nous ne 
voulons que signaler la découverte 
toute récente d'une inscription cunéi- 
forme qui contient un récit très-long 
et très-détaillé du déluge. Ce récit 
s'accorde avec celui de Bérose, d'une 
part, et avec celui de Moïse, d'autre 
part, au moins pour les traits capi- 
taux ; et il ajoute plusieurs détails 
qui ne se trouvent ni dans l'historien 
chaldéen ni dans la Genèse. Il men- 
tionne aussi des faits importants de 
l'histoire de la Chaldée, inconnus jus- 
qu'à présent. C'est M. Georges Smith 
qui a fait cette découverte sur des 
monuments assyriens et qui a traduit 
l'inscription. Voici ce qu'il en dit lui- 
même : 

« L'inscription cunéiforme, que 
j'ai récemment découverte et traduite 
donne un long et complet récit du 
déluge. Elle contient la version de 
la tradition de cet événement telle 
qu'elle existait dans la période chal- 
déenne primitive de la ville d'Érecb. 
(une des villes de Nemrod), main- 
tenant représentée par les ruines de 
Warka. Dans cette inscription, nou- 
vellement découverte, le récit du dé- 
luge est mis sous forme de narra- 
tion dans la bouche de Xisuthrus ou 
Noé. Noé raconte la perversité des 
hommes, rordredeconstruirel'arche, 
sa construction, la manière dont elle 
fut remplie, le déluge, sa station sur 
une montagne, l'envoi d'oiseaux hors 
de l'arche et autres détails. La narra- 
tion a plus de ressemblance avec le 
récit que les Grecs nous ont transmis 
d'après Bérose, l'historien chaldéen, 
qu'avec celui de la Bible, mais il ne 
diffère essentiellement ni de l'un ni 
de l'autre ; les différences sont dans 
la durée du déluge, le nom de la mon- 
tagne sur laquelle l'arche s'est arrêtée, 
l'envoi des oiseaux, etc. » 

Le Noir. 
14 



INS 



210 



INS 



INSECTES. ( Théol. mixt. sciai, 
zool.) — Les insectes forment la classe 
dans laquelle se manifeste avec le 
plus d'éclat et de variété le génie 
créateur, et la plus nombreuse de 
l'embranchement des articulés ou 
annélés, c'est-à-dire des animaux cons- 
truits en anneaux qui s'articulent les 
uns dans les autres. C'est dans cette 
classe que se montrent surtout les 
merveilles de l'organisme, celles de 
l'instinct et ces métamorphoses qui 
ont rattaché, depuis qu'on les a dé- 
couvertes, à un même animal des 
animaux qu'on croyait différents. Les 
autres classes du même embranche- 
ment sont les arachnides, les crusta- 
cés, les annélides et les myriapodes, 
que Latreille avait rattachés aux in- 
sectes, mais dont les nouveaux natu- 
ralistes et Milne Edwards lui-même, 
dans ces derniers temps, ont fait une 
classe à part. Les articulés ont, pour 
la plupart, du sang blanc ; parmi eux 
les annélides seulement ont le sang 
rouge ; les crustacés ont des bran- 
chies pour respirer dans l'eau, et les 
annélides, par exemple les sangsues, 
en ont ordinairement aussi. Quant 
aux arachnides, la plupart ont des 
poumons et un appareil circulatoire 
complet ; quelques-uns n'en ont pas, 
ils ont la tête confondue avec le tho- 
rax et sont dépourvus d'ailes ; les 
myriapodes sont pourvus d'au moins 
■vingt-quatre paires de pattes-, ce 
sont eux qu'on nomme les bêtes à 
mille pieds; les insectes, au contraire, 
n'ont que six pattes, et c'est ce qui 
les en distingue. Ces derniers ont le 
sang blanc, des trachées (V. ce mot) 
pour respirer dans l'air, point d'ap- 
pareil respiratoire proprement dit et 
en général des ailes. 

Nous donnons quelques idées du 
merveilleux instinct des insectes dans 
plusieurs articles particuliers , tels 
que l'article Fourmi, et de leurs mé- 
tamorphoses étranges dans plusieurs 
autres, tels que l'article Cantuaride. 

Pour mettre à même d'étudier ces 
merveilles du créateur ceux de nos 
lecteurs qui y seraient portés par leur 
goût naturel, goût très-légitime et 
très-digne de Dieu, mais qui pourtant 
ne doit pas entraîner à négliger des 
devoirs d'un ordre supérieur, nous 



citerons ici, quant à l'organisme des. 
insectes, une leçon de Milne Edwards 
dans laquelle, il en donne un résu- 
mé; nous ajouterons son dernier ta- 
bleau de leur classification ; et nous 
terminerons par un sommaire sur 
les insectes utiles et nuisibles, et les 
moyens d'arrêter la trop grande mul- 
tiplication de ces derniers. 

I. — « Les insectes sont des ani- 
maux articulés, conformés le plus 
ordinairement pour le vol, pourvus 
de pieds articulés, respirant par des 
trachées et n'ayant pour appareil cir- 
culatoire qu'un vaisseau dorsal tenant 
lieu de cœur, sans aucune branche 
vasculaire. Ils ont toujours une tète 
distincte et deux antennes. Enfin le 
nombre de leurs pattes est presque 
toujours de six. 

« La peau des insectes est en géné- 
ral très-dure et presque cornée; elle 
forme une sorte d'étui solide dans 
l'intérieur duquel sont logés tous les 
muscles, les viscères, etc., et elle 
remplit les fonctions d'un squelette 
extérieur, divisé en une série plus 
ou moins considérable d'anneaux. 

« Leur corps se compose de trois 
parties bien distinctes, une tète, un 
thorax et un abdomen. 

« La tite n'est pas subdivisée en an- 
neaux et porte les yeux, la bouche et 
deux petites tiges ou cornes articulées 
que l'on nomme antennes. Ces petits 
organes servent probablement au sens 
du toucher; leur longueur et leur 
forme varient beaucoup; tantôt ils 
sont filiformes, d'autres fois en scie, 
en massue, etc. 

« Le thorax ou portion moyenne 
du corps est quelquefois désigné aussi 
sous le nom de corselet. Chez tous les 
insectes ordinaires (c'est-à-dire chez 
tous ceux qui ont six pieds), il se 
compose de trois anneaux portant 
chacune une paire de pattes. Le pre- 
mier anneau du thorax ne donne ja- 
mais insertion aux ailes, et reste tou- 
jours bien visible , tandis que les 
anneaux suivants sont ordinairement 
recouverts en dessus par ces organes. 
Lorsqu'il y a quatre ailes, comme 
c'est presque toujours le cas, celles 
de la première paire se fixent au se- 
cond anneau du thorax et recouvrent 
la paire suivante qui s'insère au troi- 



LNS 



211 



1NS 



sième anneau thoracique. Quand il 
n'y a qu'une seule paire d'ailes 
(comme chez les mouches), elle ap- 
parlientau second anneau du thorax. 

« Chez tous les insectes ordinaires 
(ou hexapodes), l'abdomen est bien 
distinct du thorax et ne porte, point 
de membres ; il se compose d'un cer- 
tain nombre d'anneaux et présente 
souvent à son extrémité, près de l'a- 
nus, divers appendices, tels que des 
aiguillons ou une tarière. Chez quel- 
ques insectes non ailés , qui sont 
pourvus de vingt-quatre paires de 
pieds, ou davantage, et qui sont ap- 
pelés, pour cette raison, des myria- 
podes, l'abdomen se confond avec le 
thorax et porte comme lui des pattes. 

« Les pattes des insectes, avons- 
nous dit, sont presque toujours au 
nombre de six; il n'y en a jamais 
moins, et si, quelquefois, on n'en dis- 
tingue au premier abord que quatre 
(comme chez certains papillons), cela 
dépend de ce que deux de ces orga- 
nes sont peu développés et cachés 
sous des poils; lorsque leur nombre 
dépasse six, ce qui n'a jamais lieu 
chez les insectes ailés, et se voit chez 
les myriapodes seulement , on en 
compte toujours an moins vingt - 
quatre et quelquefois plus de cent. 

« Tantôt les pattes sont disposées 
de manière à servir seulement à la 
marche, d'autres fois s'allongent pour 
devenir propres au saut, ou s'élar- 
gissent pour constituer des nageoires; 
d'autres fois eniin elles peuvent se 
modifier de manière à devenir des 
organes de préhension. 

« On distingue dans chaque patte 
quatre parties, la hanche, la cuisse, 
la jambe et le tarse. La hanche est 
pour ainsi dire enchâssée dans le 
thorax, et résulte de l'assemblage de 
trois pièces ; du reste, sa forme varie 
beaucoup. La cuisse, ou fémur, cons- 
titue le second article de la patte : 
elle est toujours assez allongée, et est 
quelquefois remarquable par son dé- 
veloppement. La jambe, ou tibia, 
succède à la cuisse, dont elle égale 
ordinairement la longueur ; eniin la 
patte est terminée par le tarse, qui 
est presque toujours formé de deux 
à cinq articles, et qui porte souvent 



à son extrémité un ou plusieurs cro- 
chets ou ongles. 

« Les ailes sont en général des ap- 
pendices membraneux formés pai 
deux feuillets superposés, minces et 
réunis entre eux par des lignes cor- 
nées qu'on nomme nervures. 

« Sous le rapport de la consistance, . 
les ailes présentent des différences 
très-remarquables : car, au lieu d'être • 
membraneuses et transparentes (comme 
chez les mouches et les abeilles), elles 
sont quelquefois opaques et couvertes 
d'une infinité de petites écailles sem- 
blables à de la poussière (comme cela 
se voit chez les papillons), et d'autres 
fois on les voit acquérir une épais- 
seur et une consistance si grandes, 
qu'elles ont l'aspect de la corne, et 
ne différent pas des autres parties 
dures de l'insecte (chez le hanneton, 
par exemple). La première paire* 
d'ailes est la seule qui offre cette- 
dernière disposition, etc. ; ces orga- 
nes ainsi modifiés ne sont plus pro- 
pres au vol, mais forment des espèces 
de boucliers qui protègent la partie 
supérieure du corps, et qu'on nomme 
élytres. Quelquefois les élytres, au 
lieu d'être cornés dans toute leur 
étendue, sont membraneux vers le 
bout, comme cela s'observe dans les 
punaises des bois, etc; on les nomme 
alors des demi-élytres. 

« Chez quelques insectes à deux 
ailes, les ailes de la seconde paire sont 
remplacées par des espèces de stylets 
nommés balanciers. 

« Les yeux des insectes sont tou- 
jours à fleur de tête et jamais portés 
sur un pédoncule mobile , comme 
chez les crabes et les écrevisses; 
quelquefois leur structure est lamême 
que chez les arachnides, et on les 
appelle des yeux lisses ou ocellés; 
mais chez tous les insectes il existe 
soit conjointement avec ceux-ci, soit 
isolément, des yeux composés ou yeux 
à facettes, dont nous avons déjà étu- 
dié la structure en faisant l'histoire 
des crustacés. 

« On ne sait rien sur les organes 
de l'ouïe et de l'odorat chez ces ani- 
maux. Leur système nerveux se com- 
pose d'une longue chaîne de doubles 
ganglions disposée comme nous l'a- 



INS 



212 



INS 



Tons vu chez les autres animaux ar- 
ticulés. 

« L'appareil de la digestion est 
assez compliqué dans cette classe 
d'animaux. 

« La bouche occupe la partie infé- 
rieure et antérieure de la tète ; mais 
sa forme et son organisation varient 
considérablement, suivant que l'ani- 
mal est destiné à se nourrir de subs- 
tances solides ou liquides ; chez les uns, 
on trouve des instruments propres à 
déchirer et à broyer les aliments, 
comme chez la jardinière ; chez les 
autres on n'aperçoit qu'une espèce de 
tube plus ou inoins allongé et ressem- 
blant tantôt à un bec (chez les punai- 
ses, par exemple), tantôt à unetrompe 
roulée en spirale (chez les papillons). 

« Dans les insectes broyeurs la 
bouche est composée : i" d'une lèvre 
supérieure ; 2° d'une paire de mandi- 
bules; 3° d'une paire de mâchoires; 
et 4° de la lèvre inférieure. 

La l'irr supérieure on labre est une 
pièce plate, lixée au bord antérieur 
de la tète et formant la bouche en 
dessus. 

« Les mandibules sont des appen- 
dices qui ressemblent à de grosses 
dents, et qui sont insérés sur les côtés 
de la tête, immédiatement au-dessous 
ou en arrière du labre; ils sont mo- 
biles, transverses (c'est-à-dire situés, 
l'un à LMin lie, l'autre à droite), et en 
général d'une consistance cornée et 
très-dure. 

« Les mâchoires sont également au 
nombre de deux, et situées l'une à 
droite, l'autre à gauche, au-dessous 
ou en arriére des mandibules. Chaque 
mâchoire présente â son côté externe 
un petit appendice formé de quatre 
ou six articles, que l'on nomme palpe 
maxillaire; quelquefois il y en a deux. 

« Enfin la lèvre inférieure clôt la 
Louche inférieurement, et ressemble 
à une seconde paire de mâchoires 
réunies ordinairement par leur côté 
interne, et recouvertes en grande 
partie par un prolongement corné, 
qu'on nomme menton. Chacune des 
moitiés de cette lèvre porte une palpe 
plus petite que les maxillaires et 
formée seulement de quatre articles 
au plus. 

« Le tube digestif est toujours ou- 



vert aux deux bouts, et s'étend de la 
bouche à l'anus : tantôt il est droit, 
d'autres fois plus ou moins flexueux; 
et ici, de môme que chez les animaux 
supérieurs, il est en général très- 
court chez les carnassiers, et fort 
long chez les espèces qui se nour- 
rissent de substances végétales. Quel- 
quefois son diamètre est partout à 
peu près le môme ; mais en général 
il présente des renflements et des 
rétrécissements qui permettent d'y 
distinguer un cesophage, un estomac 
et un intestin. Souvent on trouve 
plusieurs estomacs auxquels on a 
donné les noms de jabot, gésier et 
ventricule chylilique. 

« De chaque côté on voit y aboutir 
un certain nombre de tubes longs, 
déliés et remplis d'un liquide jau- 
nâtre, qui sont les vaisseaux biliaires 
et remplissent les fonctions du foie. 

« On rencontre des organes sali- 
vaires dans un grand nombre à'in- 
sectes, et en général ils sont plus dé- 
veloppés chez les suceurs que chez les 
broyeurs. Ce sont de simples tubes 
flottants qui aboutissent quelquefois 
à des espèces d'utricules ou petits 
sacs membraneux, et qui communi- 
quent avec le pharynx par l'intermé- 
diaire de canaux excréteurs. 

« Enfin, on trouve encore, vers 
l'extrémité postérieure du canal in- 
testinal, d'autres organes sécréteurs 
de formes variées, qui servent à l'é- 
laboration de liquides particuliers, 
que plusieurs insectes font sortir de 
l extrémité de leur abdomen lorsqu'on 
les inquiète; le venin de l'abeille, par 
exemple. 

« Tantôt le liquide nourricier, ré- 
sultant de la digestion des aliments, 
est employé immédiatement à l'assi- 
milation , tantôt au contraire une 
portion parait pour ainsi dire mise 
en réserve, pour être employée dans 
d'autres occasions. L'espèce de ré- 
servoir que l'on regarde comme ser- 
vant à cet usage curieux est la masse 
de tissu graisseux qui entoure les vis- 
cères. 

« Les insectes n'ont point de circu- 
lation proprement dite ; le liquide 
nourricier est épanché entre tous les 
organes, et les pénètre par imbibi- 
tion. Mais il existe néanmoins à la 



INS 



213 



INS 



surface dorsale de l'animal, immé- 
diatement au-dessous des téguments, 
une espèce de tube longitudinal et 
entouré de faisceaux charnus, qui 
parait être un rudiment de cœur, 
car on y observe des mouvements al- 
ternatifs de contraction et de dilata- 
tion semblablcsà ceux que cet organe 
exécute dans d'autres animaux. Mais 
ce canal ne parait fournir aucune 
branche, et il n'existe ni artères ni 
veines. 

« Les insectes ont tous une respi- 
ration aérienne ; mais au lieu de re- 
cevoir l'air dans des poches pulmo- 
naires, comme la plupart des ani- 
maux, ils respirent à l'aide d'une 
multitude de canaux qui portent l'air 
dans toutes les parties du corps et 
qui sont connus sous le nom de tra- 
chées. 

« Ainsi que nous l'avons déjà dit 
en parlant des arachnides trachéen- 
nes, dont l'organisation est sous ce 
rapport semblable à celle des insec- 
tes, on appelle stùjmates les ouver- 
tures extérieures des trachées. Ces 
ouvertures ont la forme d'une bou- 
tonnière et sont placées de chaque 
côté du corps. 

« Les tracAéesprésentent quelquefois 
des renflementsen forme de vésicules 
et communiquent toutes entre elles ; 
elles se ramilient comme des racines, 
et leurs dernières divisions pénètrent 
dans la substance de tous les organes. 
Leur structure est la même que chez 
les arachnides trachéennes, c'est-à- 
dire qu'elles sont formées par un fila- 
ment cartilagineux enroulé en spirale 
comme un élastique de bretelle, de 
façon à constituer un tube. 

« Les insectes pondent des œufs et ne 
les déposent pas indifféremment dans 
tous les endroits où ils se trouvent : 
il faut qu'ils soient logés dans un lieu 
où les jeunes animaux qui en sorti- 
ront trouveront facilement la nour- 
riture qui leur convient. Sous ce rap- 
fiort, l'instinct des insectes est déve- 
oppé d'une manière surprenante, et 
les ruses qu'ils emploient souvent 
pour parvenir à ce but seraient inté- 
ressantes à faire connaître ; mais le 
défaut d'espace ne nous permet pas 
de nous y arrêter. 
« Lorsque l'insecte nouveau sort de 



l'œuf, il présente quelquelois la forme 
qu'il doit toujours conserver ; mais 
dans l'immense majorité des cas, il 
diffère plus ou moins de sa mère et 
de ce qu'il doit devenir lui-même. Il 
subit alors divers changements ou 
métamorphoses, et, avant que d'arriver 
à l'état parfait, passe successivement 
par deux états dilférents sous lesquels 
il porte les noms de larve et de nym- 
phe. Mais ces changements ne sont 
pas toujours de môme nature, et les 
insectes éprouvent tantôt une méta- 
morphose ébauchée, tantôt une demi- 
métamorphose, tantôt une métamor- 
phose complète. 

« Les insectes à métamorphoses ébau- 
chées acquièrent après la naissance un 
nombre plus considérable de pattes, 
mais restent toujours privés d'ailes 
(exemple, les myriapodes). 

« Les insectes à demi-métamorphoses 
naissent peu différents de ce qu'ils 
doivent devenir; leur larve ressemble 
à l'insecte parfait, seulement elle est 
dépourvue d'ailes. Quand elle par- 
vient à l'étal de nymphe, on lui 
voit des moignons ou des rudiments 
de ces organes ; enfin, lors de la der- 
nière mue, ils se développent com- 
plètement, et l'insecte acquiert ainsi 
les formes qu'il conservera pendant 
toute sa vie. 

« Chez les insectes à métamorphoses 
complètes, la larve ne ressemble en 
rien à l'animal parfait, et pour le 
prouver il suffit de rappeler que le 
papillon sort de l'œuf sous la forme 
d'une chenille. Les larves sont en gé- 
néral de consistance molle, cylindri- 
ques ou fusiformes, etelles présentent 
un certain nombre d'étranglements 
oui divisent leur corps en autant 
d'anneaux. Tantôt elles ont l'aspect 
d'un ver et sont dépourvues de pattes 
(comme chez l'abeille) ; d'autres fois 
elles présentent des appendices de ce 
genre, et en général elles portent 
alors le nom de chenilles. Ces animaux 
ont une tète pourvue de mâchoires, 
plusieurs petits yeux, des pieds très- 
courts, dont six écailleux et pointus 
fixés aux trois grands segments qui 
suivent la tète, et un nombre variable 
d'autres entièrement membraneux, 
et attachés aux derniers anneaux du 
corps. Après avoir yécu pendant un 



INS 



214 



.certain temps sous cet état de larve, 
l'insecte se transforme en nymphe et 
devient immobile. Avant que d'é- 
prouver cette métamorphose, la larve 
se prépare souvent un abri et se ren- 
ferme dans une coque qu'elle fabrique 
ivee divers matériaux, mais surtout 
avec de la soie sécrétée par des or- 
ganes analogues aux glandes sali- 
, aires, ei préparée à l'aide de filières 
creusées dans les lèvres. L'insecte, à 
l'état de nymphe, présente toutes les 
parties de l'animal parfait, mais elles 
sont contractées et recouvertes, tantôt 
d'une pellicule mince qui permet de 
les apercevoir et qui donne àranymphe 
1 aspect d'une momie emmaiîlottée, 
tantôt d'une peau assez épaisse qui 
se moule sur le corps, d'autres fois 
enfin, par la peau desséchée de la 
larve qui constitue une sorte d'étui 
ou de coque autour de l'animal et 
présente la forme d'un OBUf. Enfin, 
après être resté dans cet état d'immo- 
bilité pendant un temps dont la durée 
■varie, l'insecte parfait sort de la nym- 
phe, etlesorganes extérieurs, d'abord 
humides et mous, se desséchent à 
l'air et acquièrent la eonsistance 
qu'ils doivent conserver toujours. Ces 
changements dans la forme exté- 
rieure de l'insecte, aux diverses épo- 
ques de sa vie, sont accompagnés de 
modifications non moins grandes 
dans la structure intérieure de ces 
animaux ; et ces changements d'orga- 
nisation en entraînent d'autres dans 
les mœurs de ces êtres et dans la ma- 
nière dont ils se nourrissent. 

« Le nombre des insectes est im- 
mense; on l'évalue à plus de soixante 
mille espèces, et ces animaux diffè- 
rent beaucoup entre eux par leurs 
formes extérieures ainsi que par leur 
manière de vivre. » 

II. Classification des insectes — Le 
dernier tahleau donné par M. Milne 
Edwards ne comprend pas les myria- 
podes de Latreille, qui sont renvoyés 
à former une classe à part, remplace 
le nomde Suceurs de Latreillepar celui 
.d'Ar-HANiPTÊiiES, et constitue, aux dé- 
pens des Orthoptères, un nouvel or- 
dre sousle nom de Deumoptères. Voyez 
wee tableau sur la page 215. 

III. Insectes utiles et insectes nuisi- 
bles. — L'homme a pour mission de 



INS 

• 

tirer parti de toutes les forces de la 
nature; elles sont mises par Dieu à, 
sa disposition et livrées à son génie 
pour qu'il les fasse tourner toutes à 
son avantage. Celles que présentent 
les insectes ne font point exception; 
mais si l'on juge du progrès humain 
sur ce point, les appropriations que 
nous avons faites, jusqu'il présent, 
des insectes et de leurs produits, on 
trouvera que ce progrès n'en est en- 
core qu'à ses débuts, et par consé- 
quent, que l'humanité doit vivre bien 
longtemps sur la terre, pour arriver 
à les assujettir tons a sa puissance et 
à ses besoins. En effet, parmi les 
soixante-mille espèces d'infectes e,' 
plus, que Dieu nous a donnés à ex- 
ploiter, il n'en est encore que quel- 
ques-unes dont nous ayons trouvé 
moyen de tirer parti. Commençons 
par énumérer celles-là : 

Ce sont les abeilles, dont nous man- 
geons le miel, les vers à soie dont 
nous employons le fil à nous fabri- 
quer les plus belles étoffes, les coche- 
nilles, qui nous fournissent les plus 
belles teintures, les cantharides dont 
la médecine fait ses vésicatoires, le 
ver psalmiste ou calandre et quelques 
sauterelles ou criquets qui sont utili- 
lisés par certains peuples pour l'ali- 
mentation, quelques cynips dont les 
gaUes,qve produit leurs piqûres, four- 
nissent un principe utile au tannage 
et à la fabrication de l'encre ; une es- 
pèce de cynips est aussi mise à profit 
pour la maturation des figues (V. 
Figuier). 

Là se borne à peu près le progrès 
Immain en utilisation des insectes; 
car nous ne devons pas signaler, à ce 
point de vue, les services qu'un grand 
nombre nous rendent en en détrui- 
sant d'autres dont la grande abondance 
nous serait très-nuisible; ces services 
ont pour unique cause une' précau- 
tion qu'a eue la Providence à notre 
égard en leur donnant leur instinct, 
et ne sont pas dus à notre propre 
industrie Ces insectes destructeurs 
de ceux qui nous nuisent sont en 
très-grand nombre, et nous avons à 
faire , en ce qui les concerne, de 
grands progrès encore pour les bien 
connaître et ne pas les confondre 
avec ceux auxquels nous avons droit 



CARACTÈRES. 



ORDRES. 



EXEMPLES. 



H 
U 
W 
m 



ailis , 



transversalement . 



tlytrès etttières. 

Bouche propre à broyèr,< transversalement et enj 

dissemblables I Secondes ailes pliées.. .1 éventail \ 

entre elles. . \ I , ., ,. . . , 

longiluilinaletnent et 

en éventail ) 



à quatre 
ailes. . . 



Coléoptères . . 
Dermoptères, , 
Orthoptères. , 



semblables 
entre elles.. 



demi-elytres. Bouche en suçoir solide ou bec 

/ bouche propre à broyer 
nues {mandibules et suçoir 



Hémiptères, . 
INévroptères. 
Hyménoptères 



mou. 



à deux ailes. Bouche en suçoir 



recouvertes à'écailles. Une trompe molle enroulée, 
( ailes étendue 



( ailes pliées en éventail 



sans ailes 
ou 

aptères. 



pas d'appendices caudi- 
forrnes 



pattes propies à sauter. 



[ pattes propres a man 
des appendices caudiformes, propres au saut. . , 



Lépidoptères . . . s 






Aphaniptères ou 




Parasites 


Thysanoures.. . . 



1 Carabes. 
■. Hannetons. 
^ Charançons. 

Forliculi s. 
Sauterelles, 



Cierales. 
Pucerons. 

Libellules . 

Guêpes. 
Abeilles. 

\ Papillons. 
Teignes. 

Cousins. 
) Mouches. 

Stylops. 



Puces. 
Poux. 
Lépi suies. 



sa 



1,0 

CI 



5g 
en 



L 



INS 



216 



de faire la chasse. Nommons seule- 
ment les cicindéles, aux éclats métal- 
liques et à la course rapide ; les cara- 
bes, dont l'un, vert doré, est vulgai- 
rement appelé le jardinier ; les dyti- 
ques, gros insectes aquatiques, bons 
nageurs; les gyrias, qu'on avait d'a- 
bord confondus avec les précédents- 
les staphytins à l'odeur d'éther, dont 
1 habitude est de relever leur abdomen 
en queue retroussée ; les coccinelles , 
connues de tout le monde, la terreur 
des pucerons ; les fanes , hyménop- 
tères élégants, habitués des Heurs, à la 
longue tarière ; les ichneumons, plus 
élégants encore, grands ennemis des 
chenilles ; les chalcis, très-petits , et 
sauteurs, qui détruisent les œufs des 
autres insectes ; les chrysis, pierres 
précieuses vivantes, au vol léger et 
très-vifs, qui se mettent en boule 
quand on les prend, etc. 

Tous ces insectes et beaucoup d'an- 
tres nous rendent des services incal- 
culables, en vivant d'autres insectes 
qui ne sont occupés qu'à nous faire 
du mal, au moins jusqu'à ce quenous 
ayons trouvé quelque moyen de nous 
les rendre utiles. 

La revue que nous allons faire de 
ces espèces nuisibles ne doit donc 
être prise que sous bénéiiee d'inven- 
taire et avec réserve de nos décou- 
vertes de l'avenir : entrons dans cette 
revue. 

Comme nuisibles aux céréales à l'é- 
tat de plantes, on cite ; 

Le Zaïre bossu, qui, étant larve, 
attaque le pied, coupe la plante et 
I emporte dans son trou, puis quand 
il devient, en juillet, l'insecte parfait, 
monte le long du chaume et dévore 
les grains dans l'épi. Le blé et le sei- 
gle sont sujets à ses ravages, en Italie, 
en Prusse et en Belgique. Pour le 
combattre, apprendre aux enfants à 
le connaître et à le détruire, surtout 
ménager les corneilles et autres oi- 
seaux insectivores, semer, au prin- 
temps, sur la terre des cendres de 
tourbes ou de la chaux, donner, en 
automne, un labour profond par un 
jour dégelée, passer, la nuit, un rou- 
leau sur les terres infestées. 

L'Anisophe des champs, petit han- 
neton cuivré, qui se nourrit du grain 
tendre des blés et des seigles, et qui 



INS 



étant ailé, peut infester toute une 
Ss taire chercher Parles ™! 



Les Taupins , dont certaines larves 
coupent les racines des blés et des 
plantes potagères. Pas de remède 
connu. ° 

Le Hanneton, dont la larve, appelée 
ver blanc, turc, man, etc., couneJes 
racines des blés. Lefaire ramasser en 
cet état de larve, à la suite de la 
charrue pendant le labourage des 

L'AiguilLnnicr, dont la femelle pra- 
tique, un peu au-dessous de l'épi, un 
trou ou elle dépose un œuf; cet œuf 
tombe dans le creux du chaume ius- 
qu au premier nœud ; au bout de 
quinze jours, la larve naît et ronge le 
chaume en dedans en descendant à 
mesure qu il pousse ; un peu au-des- 
sus de la racine, elle s'établit pour 
hiver et le printemps suivant; à la 
lin de mai elle devient nymphe et 
passe quelques jours après, à l'état 
partait. Mais les chaumes qui ont été 
ainsi rongés n'ont pu porter leur 
epi et se sont rompus; dans l'Angou- 
mois, on dit alors que le blé est at- 
guillonné ou atteint de l'aiguillon. 
M. Guenn-Menneville, connaissant les 
mœurs de l'insecte, a conseillé de cou- 
per les chaumes ras terre pour faire 
périr les larves. Comme l'insecte est 
ailé, il faut s'entendre entre cultiva- 
teurs pour user tous à la fois de ce 
moyen. 

Les insectes que nous venons de si- 
gnaler sonttous coléoptères. 

Parmi les lépidoptères, on cite 
comme funeste aux blés verts, la Noc- 
tuelle moissonneuse, papillon de nuit 
d un brun sombre apparaissant en 
juin et juillet. Sa chenille vit à la ra- 
cine de la plante et la ronge ; elle 
existe dans toute l'Europe. Pas de 
moyen connu de la détruire. 

Parmi les diptères, on cite, comme 
ennemis des céréales, des tipules et 
des mouches. 

La Cécidomyedu froment, ou Mouche 
a blé, petite tipule jaune, ressemblant 
à un cousin ; avec la tarière qui ter- 
mine son abdomen, elle perfore l'épi 
qui apparaît et y pond une douzaine 
d'œufs ; bientôt les larves naissent et 
dévorent la fleur ; en juillet, ces pe- 



INS 



217 



INS 



iites larves sont do tout petits vers 
rougeàtres ; en août, ils se laissent 
tomber à terre, y passent l'automne 
et l'hiver à l'état de nymphe, et de- 
viennent mouches au mois de juin. 
En 1827, l'Irlande perdit un quart de 
sa récolle de blé, par les ravages de 
ces petits diptères ; le fléau s'est re- 
nouvelé souvent depuis, et on a même 
été obligé, dans certains pays, de re- 
noncer pendant quelque temps à la 
culture des céréales. LepsylledeBosc, 
petit ichneumonide, en combat la 
propagation en introduisant ses œufs 
dans le corps des larves de lamouche 
du blé. On ne connaît pas le vrai 
moyen de la détruire. 

La Mouche hessoise, qui a fait pen- 
dant vingt ans, aux Etats-Unis, le dés- 
espoir des agriculteurs, et dont on a 
annoncé, faussement jusqu'ici, l'arri- 
vée en Europe. 

La Musca frit de Linné, dont les 
larves dévorent en Suède, les tiges de 
l'orge naissante. 

La Téphride de l'orge, VOucine du 
seigle, l'ôucineà patlcsjaunes, VOucine 
noire, le Téphride pâle, la Leptocére 
noire, petites mouches, signalées par 
Olivier, le Chlorops des céréales, dé- 
crit par Guérin-Menneville, dont la 
larve attaque les racines au commen- 
cement du printemps. Leurs ennemis 
naturels sont, d'après Olivier, ÏAly- 
sie noire, le Bracon destructeur, le 
Chalcis brillant. 

Comme principalement nuisibles 
aux céréales à l'état de grains, on cite 
les Charençons ou Calandres du blé, 
VAlucite des céréales, et la Teigne des 
blés ou des grains. 

Les premiers sont surtout terribles 
par leurs larves; chacune d'elles se 
loge dans un grain et n'en laisse que 
l'écorce, puis elle s'y transforme en 
une nymphe bleu-clair, transparente, 
perce son enveloppe huit jours après 
et s'envole. 

L'Alucite est un petit papillon dont 
la chenille dévore les blés, les orges 
et les seigles ; on la nomme dans nos 
contrées, teigne, pouvolant, Imite, etc; 
elle est d'un gris de café au lait; sa 
chenille est un petit ver blanc qui 
éclôt d'un petit œuf rouge que le 
papillon a déposé sur les grains ; 
aussitôt née, elle choisit un heu sec, 



ypénètre parmi troupresque invisible 
caché dans larainure,ym;mge en cinq 
semaines toute la farine ; alors elle 
perfore l'écorce en vue d'avoir plus 
tard une porte pour sortir ; aussitôt ce 
dernier travail fini, elle devient chry- 
salide et sept jours après s'échappe, 
par la porte qu'elle s'est préparée, en 
papillon. Ce papillon est nocturne, 
il vole par nuées; il y en a un qui dé- 
pose ses œufs par chapelets d'une 
vingtaine sur les blés encore debout 
ou en moyettes, et un autre qui va 
les répandre sur les grains battus, 
dans les greniers; mais on pense que 
c'est la même espèce qui fait deux 
pontes par an, selon la saison de son 
êclosion. Ce fléau est très-redoutable ; 
il parait que le remède le plus effi- 
cace est dans des espèces de tarares 
ou machines à battre, appelés tue- 
teignes ou brise-insectes, qui, en im- 
primant au grain un mouvement très- 
rapide, tue les petites larves. 

La Teigne des grains fut signalée pour 
lapremièrefoisparLeuwenhoeck ; au- 
paravant on ne connaissait que les 
<e/gnesdesétolfes;Réaumurra appelée 
la fausse teigne des blés ; le papillon 
est marbré sur les ailes de brun, de 
noir et de gris, ses ailes se relèvent 
postérieurement; la huppe de la tète 
est roussâtre ; la larve que l'on appelle 
ver du blé a l'instinct de lier avec de 
la soie plusieurs grains et de s'en 
faire un fourreau d'où elle sort à 
moitié pour dévorer les grains envi- 
ronnants; elle existe en tout pays, et 
est un des fléaux des grains les plus 
désastreux; à l'état de papillon, cette 
teigne ne fait aucun mal. 

Comme insectes nuisibles aux fo- 
rêts, on signale : 

Le Hanneton commun, qui dévore 
les feuilles et les jeunes bourgeons, 
après que la larve a coupé les racines 
des blés et aussi des jeunes arbres. 
On ne connaît pas d'autre moyen d'é- 
viter ses ravages, que celui de le dé- 
truire au printemps autant qu'on 
peut, en faisant surtout attention à 
l'année des hannetons qui revient 
principalement après trois ans. Dans 
les pays qui en sont infestés, il faut 
respecter le renard, la martre, la 
fouine, le blaireau, le hérisson, la 
chauve souris, la taupe, la corneille , 




INS 



218 



INS 



le hibou, la chouette, les busards, les 
buses, la crécerelle, l'émouchet, etc. 

Le Bostriche typographe et le Bos- 
triclu du pin sylvestre, qui s'attaquent 
surtout aux sapins et aux pins, et 
dont la larve est rouge : respecter 
leurs ennemis, les oiseaux de nuit, les 
campagnols, les pies, les mésanges, 
les pinçons, etc., brûler les arbres qui 
en sont atteints. 

Le Scolytepiniperde,pA Rhynchénedes 
pins, qui se trouvent à l'état de larve 
sous l'écorce des bois résineux : mêmes 
conseils que pour les précédents. 

Le Scolyte destructeur, qui pratique 
des galeries dans le liber, en si grande 
quantité que la sève est arrêtée et que 
l'arbre meurt ; la peau est criblée de 
petits trous. La mère a creusé une 
galerie pour y déposer ses œufs, et 
tout autour, dès que ces œufs sont 
éclos, les petites larves se creusent 
chacune la leur perpendiculairement 
à celle de la mère; et chacune de ces 
galeries va en s'élargissant a mesure 
qu'elle s'allonge. On propose comme 
remède pour les arbres encore jeu- 
nes, de pratiquer, dans l'écorce du 
collet de la racine, à la naissance des 
grosses branches, des tranchées de 
six à huit centimètres, séparées entre 
elles par une largeur double laissée in- 
tacte et pénétrant jusqu'aux couches 
les plus profondes du liber sans les 
attaquer. Ces tranchées en mettant à 
l'ouvert les galeries des scolytes, les 
font mourir. 

La Ccintharide des boutiques, qui 
attaque, par les feuilles, les jeunes 
frênes surtout. En secouant le malin 
les jeunes arbres, on peut recueillir 
ces Canthurides et les vendre aux 
pharmaciens. 

La Chrysoméle du 'peuplier, qui, à 
l'état parlait, a des élytres d'un beau 
rouge avec un corselet bleu; la larve 
est noire. 

La Chrysoméle dz l'aulne, un peu 
plus petite que la précédente. On peut 

Ïmrfois lui faire la guerre en frappant 
es branches avec des bâtons, et re- 
cevant les insectes dans des tabliers. 
La Courtilliére commune, qui n'est 
plus un coléoptêre, mais un orthop- 
tére, et qu'on nomme aussi Taupe- 
Grillon ou Taupette, qui se creuse de 
longues et nombreuses galeries sou- 



terraines. En fouillantla terre vers le 
mois de juin, près des jeunes plants, 
on en détruit les nids et les œufs. 

Parmi les Hémyptêres, on signale 
surtout la Tentheréde du pin. En con- 
duisant sous les arbres un troupeau 
de cochons où les larves tombent à 
terre en filant leur cocon, beaucoup 
seront dévorées. Il en est de même 
de la Tentheréde des champs, qui 
mange aussi les feuilles du pin syl- 
vestre, en se laissant tomber de 
feuille en feuille, enveloppée de ses 
crottes. 

Parmi les Lépidoptères ou Papil- 
lons, les plus dangereux sont noc- 
turnes. Une des espèces les plus nui- 
sibles est le Cossus ronge-bois, qui at- 
taque surtout les plantations d'ormes, 
de saules, de peupliers, de chênes. 
La larve creuse des galeries sous l'é- 
corce; on s'en aperçoit à un suinte- 
ment rougeâtre accompagné d'un peu 
de sciure de bois; on ne peut guère 
détruire cet insecte qu'en faisant la 
chasse à ses papillons qu'on rencontre 
souvent, durant l'été, appliqués con- 
tre les troncs ; on peut détruire aussi 
les chrysalides avec un 01 de 1er 
pointu qu'on introduit dans les gale- 
ries. 

Une autre espèce est la Sésie api- 
forme, ressemblant à la guêpe frelon, 
dont la larve est blanchâtre avec une 
ligne médiane obscure sur le dos; 
elle attaque surtout la base des peu- 
pliers et des saules. Même moyen de 
destruction. Les papillons se mon- 
trent vers le milieu de juillet. 

Plusieurs bombyees sont encore très- 
ravageurs : 

Le Bombyce processionnaire, qui 
s'attache à l'écorce du chêne, voyage 
sur ses branches en remontant, par 
escadrons, puis passe d'un arbre sur 
l'autre quand tout est dévoré, et, 
enfin, enferme sa chrysalide dans des 
espèces de gros ballons, peut se dé- 
truire, à ce moment, avec des racloirs 
en fer ; le petit duvet qui recouvre 
ces chenilles peut donner des inflam- 
mations, si on ne s'en défie. 

Le Bombyce du pin, qui est le plus 
grand, et d'un rouge brun, a une 
chenille que, malheureusement, les 
cochons ne mangent pas; on la re- 
cueille, à la lin de l'automne sous la 



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219 



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mousse, au pied des pins, ou sur les 
troncs. 

Le Bombyce à cul doré, blanc comme 
la neige, avec un peu de laine dévi- 
dable de couleur brune rougeâtre, 
qui se trouve à l'anus de la femelle, 
a une chenille couverte de poils et 
d'un brun foncé, qui attaque les ar- 
bres fruitiers et les jeunes chênes : 
on lui fait facilement la guerre en 
recueillant et brûlant les nids qui, 
après la chute des feuilles, s'aperçoi- 
vent sur les branches. 

Le liombycc du saule, aux ailes d'un 
blanc argenté avec nervures jaunâ- 
tres, et à la chenille tachetée de 
jaune et de rouge, attaque les peu- 
pliers surtout, dont celle-ci dévore les 
feuilles; on écrase ses œufs contre 
la tige des arbres en juillet ; on fait 
tomber en mai, les chenilles elles- 
mêmes des arbres en les ébranlant, 
et on les tue; on peut, enfin, brûler 
les papillons, à la lin de mai et en 
juin, à l'aide de grands feux le soir 
prés des arbres. 

Le Bombyce livrée, papillon d'un 
rouge brun de moyenne grandeur, 
dont la larve, qui vit en société, est 
très-nuisible aux vergers ; on détruit 
les nids en hiver et au printemps en 
les écrasant contre la tige, ou avec 
une solution de savon lancée avec une 
petite pompe à main, ou un pinceau. 
Le liombycc pudibond, petit, blanc 
rougeâtre, chenille ayant quatre touf- 
fes de poils en brosse, et une cin- 
quième dressée en panache, roussâ- 
tre ou verdâtre, veloutée, attaque 
tous les arbres, surtout le hêtre : on 
ne peut les détruire qu'en les écra- 
sant quand elles montent en grand 
nombre, vers le mois d'octobre. 

Le Bombyce dispar, assez grand, 
femelle d'un blauc gris, beaucoup 
plus grande que le mâle, mâle brun 
foncé, chenille à grosse tète, à longs 
poils, verrues bleues et rouges, chry- 
salyde brun noirâtre, à touffes de 
longs poils rouges; chenille très- 
■vorace qui attaque tous les arbres. 
Enlever pendant l'hiver, avec un 
grattoir, les amas d'oeufs; les écraser 
en mai. 

Le Bombyce moine, à ailes blanches, 
à larges bandes roses sur l'abdomen; 
chenille qui attaque de préférence 



les pins ou sapins. Mêmes moyens de 
destruction. 

La Phalène piniaire , d'un brun 
rouge, chenille verte rayée de blanc 
et de jaune, peut être détruite par 
les cochons à la fin de l'automne, 
quand elle descend pour se transfor- 
mer en chrysalide. 

La Noctuelle pinipcrde, d'un rouge 
brun bleuâtre taché de blanc, che- 
nille verte à raies blanches longitu- 
dinales sur le dos, commence à ron- 
ger les bourgeons en mai et se dé- 
truit comme la précédente. 

Comme insectes nuisibles aux four- 
rages, on cite : 

Parmi les Coléoptères, plusieurs 
Apions qui déposent leurs œufs sur 
la ileur du trèfle, et dont la larve fait 
avorter cette plante, YApion à pattes 
jaunes, YApion à cuisses fauves, YApion 
noirâtre, le Charencon pyriforme, Ylly- 
loste du trèfle, qui en ronge les raci- 
nes; divers Chrysomeliens, le Colaphe 
noir, YEumalpe noir, dont les petites 
larves noires rongent les luzernes, en 
avril, mai et juin, puis sontremplacées 
au même travail par l'insecte parfait : 
ou les ramasse avec de grands filets 
à papillons. 

Parmi les Lépidoptères qui rava- 
gent les plantes fourragères à l'état 
de chenilles, ce sont surtout des pa- 
pillons nocturnes ; tels sont le Bom- 
byce nègre, la Noctuelle du gazon, 
commune en Angleterre, en Suède 
et en Norwége, la Noctuelle ghjphique, 
dont la chenille est jaune, la Phalène 
à deux points, la Phalène à barreaux. 
On signale aussi quelques Hémip- 
tères, le Cercopis épineux, vulgaire 
ment Crachat de grenouille, quelques 
Diptères, Y Agromise pied noir, quel- 
ques Orthoptères, le Criquet voyageur, 
qui n'est paslaSflutere/te de l'histoire 
ancienne et sacrée, dont les migra- 
tions sont si désastreuses dans l'O- 
rient, et partout où elles passent. 

Comme insectes nuisibles aux jar- 
dins et aux plantes potagères , ou 
pourraiteiter beaucoup de Colcoptèr es. 
quelques Dermoptères comme le For- 
ficule, quelques Orthoptères, comme la 
Courtilliére, beaucoup à' Hémiptères . 
le Pentatome des crucifères et le Pefir 
tatome du chou ; le Tingis du poirier. 
sorte de puceron, qui ronge la face 






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inférieure des feuilles de l'abricotier, 
du poirier, etc., et fait suinter la sève 
par gouttelettes ; on l'appelle le Tigre 
sur feuille quand il s'attaque aux feuil- 
les et le Tigre sur bois, quand sa fe- 
melle se présente sous la forme d'une 
petite éminence sur l'écorce où elle 
pond des œufs comme le kermès ; on 
badigeonne, pour le détruire, l'arbre 
au printemps, avec un mélange de 
goudron et d'huile de lin, et avec une 
décoction de feuilles de tabac bouil- 
lies dans de la lessive ; le Puceron, 
dont la fécondité merveilleuse estcom- 
battue par les oiseaux, les coccinelles, 
- ' les mouches et les variations de tem- 
pérature; on emploie contre les pu- 
cerons les aspersions à l'eau de savon, 
& l'eau de chaux, à l'eau salée, aux 
décoctions d'absinthe, de tabac, de 
noyer, de suie, de coloquinte, etc. 
les insufflations de poudres insecti- 
cides, de poudre de tabac, de ileurs 
et feuilles d'absinthe, de Heurs de 
pyrèthre, de fleurs d'armoise ou de 
camomille, etc., les fumigations au ta- 
bac a chiquer à l'aide d'une toile fixée 
au haut du mur et d'un réchaud placé 
en bas; le Puceron laniger, désastreux 
pour les pommiers ; les Psylles, qu'on 
détruit en brossant avec un pinceau 
raide; etc. On pourrait citer aussi 
plusieurs Hyménoptères, telles que les 
guêpes qui s'attaquent aux fruits , 
les fourmis également, des tenthederè- 
des ou Mouches à scie, dont les larves, 
parfois appelées vers limaces, atta- 
quent le cerisier, le poirier, le gro- 
seillier;on pourrait citer encore beau- 
coup de Diptères, dont les larves s'at- 
taquent aux racines et aux feuilles 
des légumes, choux, navets, oignons, 
carottes , oseille , laitue , etc. , ou 
aux fruits, mais leur petite taille et 
leur genre de vie cachée rend leur 
destruction à peu près impossible. 
On pourrait citerenfin, etsurtout, des 
Lépidoptères, dont les chenilles sont 
de terribles ennemis des potagers; 
c'est contre ces chenilles que les lois 
de police ordonnent l'échenillage : 
tels sont le Bombyx livrée, le Bombyx 
a cul doré, la Noctuelle psi, la Pyrale 
de la vigne, la Teigne padelle, la Tei- 
gne de l'olivier, la Piéride de l'alisier, 
le Bombyx feuille morte, le Bombyx 
grand paon, les Piérides du chou, de 



INS 



la rave, du navet, dont les papillons 
b ancs ou presque blancs sont les 
plus communs, etc., etc. Ce sont des 
milliers d'ennemis de nos potagers 
contre lesquels on ne connaît de 
moyen préservatif que l'échenillage. 
Nous ne parlons pas ici du Phyllo- 
xéra, ce terrible ennemi de la vigne, 
devenu si célèbre dans ces derniers 
temps ; nous en dirons quelque chose 
a ce mot lui-même ; mais nous si- 
gnalerons un scarabée ou Coléoptére de 
1 Amérique du Nord qui vient défaire 
invasion dans les pommes de terre et 
dont en redoute le passage en Europe 
par les semences de pommes déterre 
qu'on exporte d'Amérique en Angle- 
terre et en France, tant sa propaga- 
tion est facile et rapide, c'est le Do- 
ryphora decempunctata ; voici ce qu'on 
dit de cet insecte, dans le Gardener's 
Magazine : 

« Le climat originaire de ce sca- 
rabée se trouve dans les montagnes 
Rocheuses, où il se nourrissait d'une 
espèce de pommes de terre sauvages. 
Mais dès que l'on planta jusqu'au 
ped de ces montagnes des pommes 
de terre comestibles, les plants fu- 
rent attaqués par le scarabée, qui, 
des ce moment, commença à s'avan- 
cer vers l'Est et pénétra bientôt dans 
l'Indiana, l'Obio, la Pensylvanie, l'E- 
tat de New-York, le Massachusets, 
ayant accompli un voyage d'environ 
1,700 milles en onze années. En 1871, 
une grande quantité de ces insectes 
traversa le lac Erié sur des feuilles 
flottantes ou des morceaux de bois, 
et, en très peu de temps commencè- 
rent leurs déprédations entre les ri- 
vières de Saint-Clair et le Niagara. 
Pour comprendre avec quelle rapidité 
la mouche du Colorado s'accroît, il 
faut savoir qu'elle donne trois pontes 
par an. Les insectes déposent leurs 
œufs sous les feuilles, à raison d'en- 
viron mille œufs par chaque femelle. 
En moins d'une semaine, les larves 
sortent des œufs, et après s'être nour- 
ries des feuilles pendant dix-sept 
jours, elles s'enfoncent dans le sol; 
elles en sortent quinze jours plus 
tard à l'état d'insectes parfaits. Les 
champs de pommes de terre une fois 
attaqués sont dénudés en quelques 
jours. Rien n'arrête le doryphora, ni 



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le froid, ni la chaleur. On n'a trouvé 
d'autre moyen île combattre ces in- 
sectes que de les ramasser a la main, 
procédé long, coûteux et dangereux, 
car les larves du doryphora ont des 
propriétés vésicantes. » 

Comme insectes nuisibles aux plan- 
tes industrielles, telles que la bette- 
rave, le lin, le houblon, la guimauve, 
la gaude, le colza, le tabac, la ga- 
rance, etc., on peut citer : 

L'Atomaire linéaire, petit coléoptère 
brun, à peine visible, qui ronge en 
mai et en juin, les graines de bette- 
Ët mesure qu'elles germent et 
perce plus tard les racines de la jeune 
plante; on enduit pour s'en préser- 
?er les graines d'huile de cameline, 
et on fume bien la terre pour rendre 
la végétation rapide. 

Le Sylphe ou Bouclier opaque, de la 
même famille, rouge à l'éclat de larve, 
noir à l'état parfait, très-redoutable 
pour les feuilles de betterave ; pour y 
remédier, on fait nettoyer les plantes 
à la main par des enfants. 

Les Attises, également redoutables 
à l'état de larve et à l'état parfait de 
coléoptères pour les betteraves et les 
autres plantes industrielles ; elles sont 
parées des plus belles couleurs métal- 
liques , font des sauts prodigieux 
comme les puces, d'où on les appelle 
aussi puces de terre, ou tirjuets; elles 
volentaussi très-bien; VAltise des bois, 
qui serait mieux nommée des navets, 
cause dans cette plante de grands 
dégâts ; on ne connaît encore aucun 
moyen de s'en préserver. 

Les Punaises de bois ou Pentato- 
mes, autre coléoptère, qui piquent les 
feuilles et les tiges des tabacs ; on 
secoue chaque pied eton les recueille 
dans un sac. 

La Noctuelle peltif ère, papillon noc- 
turne, dont la larve jaune verdàtre et 
rayée longitudinalement de noir et 
de blanc, contre laquelle on ne con- 
naît que échenillage. 

L'Uépkale, la Pyrale du houblon, 
l'IIypéne rostral, etc., etc., qui atta- 
quent le houblon, le pastel, la ga- 
rance et contre lesquels il n'y a que 
l'échenillage. 

Enfin, parmi les insectes nuisibles 
à l'économie domestique, il est inu- 
tile de signaler les Punaises, les Puces 



et les Poux, trop connus (V. d'ailleurs 
ces mots) ; mais nous nommerons: 

Les Taons, de la famille des taba- 
niens, classe des diptères, qui tour- 
mentent nos bestiaux, nos volailles, 
etc., les CEslrcs, les Hypodcrnes les 
Mouches, les Stomoxes, qui sont des 
Athèricères ; les Hyppobosques, qui 
sont des Pupipores ; les Cousins, qui 
sont des Nemocères ; les Blattes, les 
Dcrmcstes, les Vrillettcs, les Termites, 
(V. ce mot) et surtout les Teignes et 
leurs voisines en espèce. 

La Teigne, à l'état de larve, et 
avant d'être un petit Papillon noctur- 
ne, est un ver glabre jaunâtre ou blan- 
châtre qui se fabrique, dans les étoiles, 
avec les parcelles qu'elle a rongées, 
un fourreau qu'elle habite et dans le- 
quel elle va et vient ; il y en a qui 
font ce fourreau mobile etqui le trans- 
portent, d'autres qui le font immo- 
bile; quand elles sont papillons, elles 
ne font plus de mal, pendant leur 
existence éphémère. Il y en a une, 
la Teigne bedeaude à tête blanche, qui 
allonge très-adroitement son logis à 
mesure qu'elle grandit, en y tissant 
de nouveaux filaments de laine à 
chacun des bouts ; mais il arrive aussi 
que, devenant plus grosse, ce loge- 
ment demande à être élargi ; alors 
elle le coupe dans toute sa longueur 
et y adapte une bande de la largeur 
etlongueur convenables; Réaumura. 
remarqué que, si l'extérieur du fou- 
reau est de laine, l'intérieur est de 
soie, grise blanchâtre ; le fourreau est 
donc en soie iiléc par la chenille, et 
feutré, en dessus, de poils de laine 
qu'elle a coupés. Tels sont les ména- 
ges de ces petites bètes dans nos ha- 
bits quand nous nous apercevons que 
les vers s'y sont mis ; et les ravages 
s'y font très-rapidement, souvent en 
quelques semaines, après que les vieil- 
les larves, engourdies pendant l'hi- 
ver, se sont réveillées au printemps, 
et se sont transformées en papillons, 
que les œufs sont éclos et que les 
nouvelles larves ont eu besoin, pen- 
dant l'été, depourvoir à leur dévelop- 
pement. 

L'Aglosse de la graisse, voisin de la 
Teigne, chenille brune noirâtre, vit 
dans le beurre, le lard, etc., des cui- 
sines mal tenues ; d'après Linné, La- 






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treille et plusieurs autres, elle a été 
avalée par despersonnes,a produitdes 
accidents douloureux et alarmants, 
a été vomie, et elle achève son évolu- 
tion dans les matières grasses où elle 
devient chrysalide , puis papillon. 

L'Aglosse cuivreuse, dite Fausse Tei- 
gne des cuirs par Linné, ronge les 
couvertures des livres abandonnés, 
durant son existence de chenille. 

Quant aux moyens de préserver 
nos vêtements, nos pelleteries, nos 
lainages etc., des ravages de ces in- 
sectes, ils sont faciles ; il suffit de 
les secouer, de les aérer, de les bat- 
tre de temps en temps, tous les dix 
ou quinze jours, en printemps et en 
été ; le repos est nécessaire aux in- 
sectes pour y vivre et s'y développer. 
Quant aux emplois du camphre, du 
poivre, des matières odorantes, etc., 
de la poudre de pyrèthre, etc. avec ré- 
clusion complète des objets, sans 
nier toute efficacité de ces moyens, 
il sera prudent de ne pas s'y fier. 

Nous terminons là cette revue ra- 
pide ; donnons, en la finissant, une 
admiration sans mesure à cotte intelli- 
gence universelle qui distribue aux 
infiniment petits de ses créations la 
mesure exacte du génie industriel 
qui leur convient pour l'accomplisse- 
ment de leurs destinées ; et à l'homme 
une autre mesure de génie qui n'est 
pas, comme la leur, limitée aune bor- 
ne précise, mais qui peut se dilater, 
par ses propres efforts, dans un pro- 
grès indéfini ; caractère qui, d'une 
part, le distingue à j amais de son créa- 
teur , et, d'autre part, lui a mérité 
cette parole : « Faisons l'homme à 
notre image. » Le Noir. 

INSPIRATION, selon la force du 
terme, signifie souille intérieur. On 
nomme inspiration du ciel la grâce 
ou l'opération du Saint-Esprit dans 
nos âmes, qui leur donne des lumiè- 
res et des mouvements surnaturels 
pour les porter au bien. Les prophè- 
tes parlaient par l'inspiration divine, 
et le pécheur se convertit lorsqu'il est 
docile aux inspirations de lagrâce. 

La croyance de tous les chrétiens 
est que les livres de l'Ecriture sainte 
ont été inspirés par le Saint-Esprit. 
Mais, pour savoir jusqu'à quel point 



ils l'ont été, il faut distinguer l'inspi- 
ration d'avec la révélation et l'assis- 
tance du Saint-Esprit. On croitl°que 
Dieu a révélé aux auteurs sacrés les 
vérités qu'ils ne pouvaient pas con- 
naître par la lumière naturelle ; 2° 
que, par un mouvement surnaturel 
de la grâce, il les a excités à écrire, 
et qu'il leur a suggéré le choix de» 
choses qu'ils devaient mettre par 
écrit ; 3° que, par un secours nommé 
assistance, il les a préservés de tom- 
ber dans aucune erreur sur les faits 
historiques, sur les dogmes et sur la 
morale. 

Mais, dans les livres saints, l'on 
distingue le fond des choses d'avec 
les termes ou le style. D'ailleurs, les 
choses sont ou des faits historiques, 
ou des prophéties, ou des matières 
de doctrine: celles-ci sont ou philoso- 
phiques, ou théologiques ; enfin la 
doctrine même théologique est ou 
spéculative, et fait partie du dogme, 
ou pratique, et tient à la morale. On 
demande si le Saint-Esprit a inspiré 
aux auteurs sacrés non-seulement 
toutes ces choses de différentes espè- 
ces, mais encore les termes ou les ex- 
pressions dont ils se sont servis pour 
les énoncer. Parmi les théologiens, 
quelques-uns ont soutenu que le 
Saint-Esprit avait dicté aux écrivains 
sacrés non-seulement toutes les choses 
dont ils ont parlé, mais encore les 
termes et le style ; c'est le sentiment 
des facultés de théologie de Douai et 
de Louvain, dans leur censure de l'an 
1588. 

Les autres, en beaucoup plus grand 
nom